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Pourquoi Obama n’est pas allé à Ferguson

vendredi 5 décembre 2014 à 17 h 08 | | Pour me joindre

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New York, le 4 décembre : ces manifestants protestent au lendemain de la décision d'un grand jury de ne pas poursuivre un policier blanc responsable de la mort d'un père de famille noir, Eric Garner. Crédit : Getty Images/Kena Betancur

New York, le 4 décembre : ces manifestants protestent au lendemain de la décision d’un grand jury de ne pas poursuivre un policier blanc responsable de la mort d’un père de famille noir, Eric Garner. Crédit : Getty Images/Kena Betancur

Les États-Unis sont secoués par une vague de manifestations qui rappellent la colère raciale des années 60. La mort de Michael Brown à Ferguson, celle d’Eric Garner à New York et les autres qui n’ont ne sont pas encore devenus des mots clic… Autant de cris de ralliement pour des milliers d’Américains. Ceux qui jugent que la couleur de la peau fait encore une différence aux yeux de la loi. « Hands up don’t shoot! » est peut-être le premier cri d’un nouveau mouvement de revendication des droits civils qui passera à l’histoire.

Ces remous surviennent au moment où un premier président noir est à la tête des États-Unis. Mais Barack Obama a choisi de ne pas se placer à l’avant-scène. À écouter ses critiques, il semble même s’effacer, jouer un rôle trop discret. Relisez les commentaires de Barack Obama après les troubles à Ferguson, après les manifestations à New York. Il parle du besoin des manifestants d’exprimer leur colère, mais aussi du devoir de respecter l’ordre, de ne pas céder à la violence. Aucune envolée lyrique pour galvaniser la frustration. Aucun appel à la réforme. Aucune défense passionnée comme il l’a fait, par exemple, pour les droits des sans-papiers.

À Ferguson, ils sont nombreux à être amers. En 2008, le jeune Rasheen Aldridge voyait Barack Obama comme une idole, un symbole d’espoir et de changement. Et maintenant que les demandes de changements sont concrètes? « Les sentiments de 2008 n’étaient plus là quand je l’ai rencontré (à la Maison-Blanche, récemment, dans la foulée des manifestations à Ferguson). Je suis déçu », lance Rasheen Aldridge.

Certains penseurs afro-américains sont plus mordants. Militant et intellectuel, Cornel West dit que Ferguson signale la fin d’une période d’espoir pour les Afro-Américains. D’autres tournent en ridicule les suggestions du président pour répondre aux demandes de changements dans le système de justice (des caméras sur les uniformes, un meilleur entraînement des policiers). « La fin de sa présidence n’est rien d’autre qu’une proposition que tous les écoliers connaissent », explique l’écrivaine Margaret Kimberley.

 

 Source : Washington Post/ABC News poll
Source : Washington Post/ABC News poll

La déception des Afro-Américains est palpable. Mesurable. On peut supposer que Barack Obama lui-même est frustré par la situation. Ce n’est pas qu’il ne « veut » pas faire plus sur cette question, c’est qu’il ne « peut » pas. Dénoncer les mauvais traitements des Noirs serait contre-productif, explique l’auteur et journaliste Paul Waldman. « Dès qu’il exprime la moindre préoccupation envers un défi propre aux Afro-Américains, ou lorsqu’il reconnaît les effets persistants du racisme, il fait face à un contrecoup venimeux. »

C’est un constat qui semble venir de l’expérience. Souvenez-vous de l’ancien professeur d’université d’Obama arrêté à son domicile parce qu’il entrait par une fenêtre (sa porte d’entrée était bloquée). Les policiers croyaient qu’il s’agissait d’un cambriolage. Le président a lancé que les policiers avaient agi « stupidement ».

Il a aussi rappelé que les Noirs et les Latinos se font plus souvent arrêter que les Blancs. C’était en 2009, au début de la présidence d’Obama. Et les réactions ont été bien vives, surtout chez les conservateurs. « Dans un pays déchiré par les divisions raciales et politiques, souligne le journaliste Ezra Klein, approfondir ces divisions peut transformer des problèmes difficiles en problèmes impossibles. »

C’est probablement pour cela que le président n’est pas allé à Ferguson. L’apparition aurait été jugée trop délicate à la Maison-Blanche. Barack Obama a la cause à coeur, mais il ne veut pas gâcher la sauce avec un discours. C’est son  secrétaire à la Justice, aussi afro-américain, qui a été dépêché à Ferguson.

Ça ne veut pas dire que le président ne fait rien pour satisfaire aux cris de justice. Son département de la Justice étudie de près le comportement des policiers de Ferguson. Il a déjà convaincu ceux de Cleveland d’adopter une approche moins musclée.

Les propositions du président sont modestes, mais aussi réalistes. Bien des policiers aiment l’idée de porter des caméras vidéo. Même chose pour les méthodes qui visent à rétablir la confiance entre les policiers et ceux qu’ils doivent protéger. Barack Obama n’en a pas parlé dans un discours qui passera à l’histoire, mais ce qu’il suggère pourrait bien rallier les deux camps dans ce débat.

Que pensez-vous que le président pourrait faire de plus?

Ferguson : en mémoire de Michael Brown

dimanche 24 août 2014 à 6 h 47 | | Pour me joindre

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Photo : Yanik Dumont Baron

Photo : Yanik Dumont Baron

C’est un dessin d’enfant qui avertit les passants. « Ralentissez », lance l’affiche un peu défraîchie, sur laquelle on a dessiné le triangle jaune qui symbolise un passage pour piétons. Ou peut-être que le pictogramme dans le triangle représente un homme noir gisant par terre. Mort.

C’est là où Michael Brown a été abattu le 9 août. « C’est Ground Zero », explique une résidente.

Le calme est surprenant, et l’ambiance solennelle. Funèbre. L’asphalte est encore souillé de sang, noirci.

En mémoire de Michael Brown, ce jeune Noir abattu par la police à Ferguson, au Missouri

Photo : Yanik Dumont Baron

Entre deux bornes orange, sur la ligne jaune qui sépare les voies, un monument à la mémoire de celui qu’on surnommait le Gentle Giant (gentil géant). Regarder ce monument, c’est se forcer à s’arrêter, à réfléchir et à s’émouvoir.

Le jeune homme de 18 ans est mort en public. Il a été abattu en plein jour, tombé au milieu d’une rue qui traverse un complexe de petits édifices à logements. Son corps est resté de longues heures au centre de cet univers. Comme s’il avait été abattu sur une place publique. « Exécuté », disent ses proches.

Michael Brown est peut-être mort parce qu’il s’en prenait à un policier. Peu importe, sa mort a crevé un abcès. « We are Mike Brown! », scande la foule à Ferguson. Le sous-texte : ce qui lui est arrivé pourrait nous arriver. Une vie brusquement interrompue. Des espoirs que ses parents doivent maintenant effacer.

Il y a de nombreux enfants parmi les manifestants. Il y a bien des adolescents, bien sûr, mais aussi de jeunes enfants et des bébés. Leur présence est peut-être pratique (pas de gardienne disponible), mais aussi symbolique. Vont-ils grandir dans des circonstances semblables? Ou meilleures, plus équitables?

En mémoire de Michael Brown, ce jeune Noir abattu par la police à Ferguson, au Missouri

Photo : Yanik Dumont Baron

Certains de ses jeunes ont laissé des notes à l’endroit où la vie de Michael Brown s’est arrêtée. Il y a aussi bien des animaux en peluche, plusieurs ballons qui se dégonflent doucement, des tournesols et des dizaines de roses. Des fleurs maintenant fanées. Elles disparaîtront bientôt si on ne les enlève pas avant.

Avec le temps, cette petite section d’une rue résidentielle finira par reprendre les airs d’avant le 9 août 2014. Le souvenir de Michael Brown, lui, pourrait bien avoir marqué une génération.

En mémoire de Michael Brown, ce jeune Noir abattu par la police à Ferguson, au Missouri

Photo : Yanik Dumont Baron

En mémoire de Michael Brown, ce jeune Noir abattu par la police à Ferguson, au Missouri

Photo : Yanik Dumont Baron

En mémoire de Michael Brown, ce jeune Noir abattu par la police à Ferguson, au Missouri

Photo : Yanik Dumont Baron

Des collages en mémoire de Michael Brown, ce jeune Noir abattu par la police à Ferguson, au Missouri

Photo : Yanik Dumont Baron