Billets classés sous « monnaie unique »

Adieu le franc français

vendredi 17 février 2012 à 12 h 48 | | Pour me joindre

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Une file d’attente digne de la période des soldes. Telle était la scène, vendredi, à l’entrée d’une agence de la Banque de France, dans le chic 7e arrondissement de Paris. Beaucoup de monde. Plusieurs dans la fleur de l’âge, mais il y avait aussi des jeunes, pour marquer la fin d’une époque.

C’est la disparition du franc français. Adieu les billets à l’effigie de Debussy, sur la note de 20 francs, de Saint-Exupéry, sur le 50 francs, ou encore de Pierre et Marie Curie, sur le 500 francs.

C’était donc la dernière chance aujourd’hui de se débarrasser de ces francs qui font partie des quelques séries de billets encore convertibles en euros, et qui n’auront plus de valeur sauf pour les collectionneurs. Les pièces, elles, ne sont déjà plus convertibles depuis 2005.

Dans la file, certains étaient venus en groupe, pour tromper l’attente. Parfois dans une ambiance festive, en rigolant entre camarades ou en famille. Parfois avec une étincelle dans les yeux à l’idée de toucher, quand ils avaient une somme importante en francs, une cagnotte intéressante en euros. 

Mais la nostalgie était aussi au rendez-vous. J’ai vu des femmes et des hommes serrer contre eux une enveloppe froissée, sortie d’un tiroir ou retrouvée par hasard, et qui contenait parfois simplement un ou deux billets, contre lesquels ils ne pouvaient espérer que quelques euros. Quelques-uns m’ont dit qu’il leur en coûtait de tourner la page, définitivement, sur la monnaie nationale, qu’ils n’aiment pas du tout l’euro.

D’autres m’ont dit au contraire que de se départir des derniers francs, c’était faire confiance en l’avenir, en la monnaie unique. Malgré l’incertitude et les soubresauts de la zone euro.

Certains candidats à la présidentielle française comme Marine Le Pen, du Front national, prônent le retour au franc. Et Nicolas Dupont-Aignan, un candidat souverainiste, s’est même rendu aujourd’hui devant une succursale de la Banque de France pour inciter les gens à ne pas rendre leurs francs. Il a souligné que les Allemands, eux, gardaient leurs marks, en disant qu’ils ont compris que l’euro était condamné.

Il faut dire qu’après l’Italie, la France deviendra, à compter de ce soir, le deuxième pays seulement de la zone euro à ne plus convertir son ancienne monnaie.

Et l’État français compte bien sur les citoyens retardataires, ou nostalgiques, bref, ceux et celles qui n’auront pas rapporté à temps leurs francs oubliés ou cachés, car la Banque de France va alors lui reverser la valeur des francs inchangés, une jolie somme qui pourrait atteindre les 550 millions d’euros.