Billets classés sous « Mitt Romney »

Chronique postélectorale américaine

Jeudi 15 novembre 2012 à 16 h 28 | | Pour me joindre

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manonglobensky

Les leçons qu’en tire Mitt Romney

Mitt Romney ne s’est pas expliqué publiquement depuis sa défaite, mais l’enregistrement (encore un!) d’une conférence téléphonique avec les riches donateurs qui ont financé sa campagne lève le voile sur la façon dont il explique la victoire du président Obama.

M. Romney dit que la campagne Obama s’est concentrée sur les éléments importants de sa coalition électorale, c’est-à-dire les jeunes, les minorités et les femmes, qu’elle leur a fait des « cadeaux »  importants et s’est ensuite assurée qu’ils iraient voter en grand nombre. Par cadeaux, il entend par exemple :

  • certains avantages de l’Obamacare;
  • la politique qui inclut les moyens contraceptifs, dont la pilule, dans ce qui est remboursé par l’assurance fournie par l’employeur;
  • sa main tendue aux jeunes immigrants arrivés illégalement au pays avec leurs parents et qui ont maintenant un statut légal et la possibilité de travailler pour deux ans, renouvelable.

Donc ce n’est pas de sa faute, ce n’est pas de la faute du Parti républicain, malgré tous les commentaires après les élections comme quoi le parti devait faire un examen de conscience et trouver une façon de faire de la place aux minorités, aux jeunes et aux femmes, parce que son électorat d’hommes blancs diminue à vue d’œil.

C’est tout simplement que le président Obama a su s’acheter un autre mandat en utilisant l’État providence pour fidéliser ses électeurs.

Alors, on est de retour au 47 %?

Mitt Romney a eu beau jurer, après que la vidéo clandestine de ses propos à des donateurs en Floride ait fait surface durant la campagne, qu’il faisait campagne pour 100 % des Américains, on peut se demander ce qu’il pensait vraiment.

Rappelez-vous que M. Romney avait dit que 47 % des électeurs américains ne voteraient jamais pour lui parce qu’ils refusent d’être responsables de leur vie, qu’ils préfèrent se fier à l’État providence et donc qu’ils sont acquis à Barack Obama, beau temps mauvais temps.

Quelle est la différence avec son explication actuelle de la défaite? Mitt Romney semble acquis à la théorie des « makers and takers », qui veut que tous les républicains soient des « makers », des gens qui prennent les choses en main, et tous les démocrates, des « takers »,  des accros à tout ce que l’État peut faire à leur place.

Mitt Romney n’est pas seul

La conférence des gouverneurs républicains, à Las Vegas, fait entendre des voix qui vont tout à fait dans le sens de M. Romney. Par exemple, un sondeur du parti, Glenn Bolger, a expliqué que les jeunes adultes s’identifient plus au socialisme parce qu’ils sont paresseux, satisfaits de ne pas travailler et de vivre dans le sous-sol chez leurs parents. L’ancien gouverneur Haley Barbour constate que le parti n’a pas perdu par une grande marge, 2 %, alors ce n’est pas une si grande victoire pour Barack Obama, et surtout pas un effondrement total du Parti républicain.

Les cadeaux étaient-ils seulement chez les démocrates?

Enfin, une chose m’échappe dans la logique de Mitt Romney : ne promettait-il pas lui aussi des cadeaux à quiconque voterait pour lui? La promesse d’une baisse des taux d’imposition? La promesse de ne pas toucher ni à Medicare ni à la sécurité sociale pour les 10 prochaines années? Celle de se débarrasser des nouveaux règlements sur les institutions financières? Tous des « cadeaux » ciblés vers des éléments importants de sa base électorale, les plus aisés et les plus âgés.

Sans surprise, le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney, trouve que l’interprétation du résultat des élections que fait Mitt Romney ne colle pas avec la réalité.

À lire

Si vous pouvez le retrouver, cet article du magazine Time donne un coup d’œil éclairant sur la réalité du rôle de l’État dans la vie de tous les jours, même pour ceux qui se voient comme des « makers » qui prennent les choses en main.

Chronique électorale américaine J-75

Vendredi 24 août 2012 à 10 h 01 | | Pour me joindre

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manonglobensky

Dans 75 jours, les Américains choisiront entre le candidat républicain,  Mitt Romney, ou le président démocrate sortant, Barack Obama. Ils renouvelleront aussi la totalité de la Chambre des représentants et le tiers du Sénat. Cette chronique, que je me promets de faire assez régulièrement, nous mènera jusqu’au mardi 6 novembre et peut-être au-delà, si un État décide de se prendre pour la Floride…

L’allure de la campagne

Il y a une multitude de sondages, chaque média national a le sien, puis il y a les sondages d’organisations partisanes, des instituts indépendants, etc.  J’aime bien consulter le site Real Clear Politics, qui propose une moyenne des sondages et donc, une façon de suivre les variations semaine après semaine. Et si vous vous attardez au graphique, sous le tableau, vous verrez que depuis avril, moment où Mitt Romney est devenu le candidat pressenti du Parti républicain, il est au coude-à-coude avec Barack Obama.

Rien de ce qui a été fait et dit au cours des 19 dernières semaines de campagne (les dizaines de millions de dollars dépensés en publicité par les deux candidats, leurs partis et les « super-PAC » qui les appuient) n’ont fait bouger l’opinion publique américaine. On dit même que le nombre d’indécis est très peu élevé pour ces élections.

Il y a quand même ceux que les sondeurs appellent les « décidés mous », que tant M. Obama que M. Romney tente de faire changer d’idée. En ce sens, l’argent dépensé par la campagne Obama dans le but avoué de définir Mitt Romney aux yeux des électeurs avant qu’ils apprennent à le connaître vraiment l’a bien servi. 

Jusqu’à maintenant (et je rappelle qu’il reste 10 semaines avant le vote, donc ça pourrait changer et rechanger), Barack Obama a évité que l’élection soit perçue comme un référendum sur son premier mandat. Il voulait la présenter comme un choix entre deux visions, et c’est comme ça que la campagne est perçue.

Calculs mathématiques

Vous savez que le président n’est pas élu au suffrage universel, mais par les grands électeurs du collège électoral, où chaque État a droit à un nombre de votes selon son poids au Congrès. Il faut 270 grands électeurs pour l’emporter. Il y a de nombreux sites web qui présentent des cartes où on extrapole sur la mathématique nécessaire à la victoire pour l’un ou l’autre des candidats, comme Politico. On peut même faire ses propres prédictions sur celui-ci.

Vu à la télévision

Au moment où la convention républicaine approche à grands pas, au moins deux réseaux de télévision, ABC News et NBC News, ont réalisé des reportages sur le mormonisme, la religion de Mitt Romney, qui est un mystère pour beaucoup d’Américains. Entre 10 et 20 % d’entre eux, selon les sondages, sont même tentés d’appeler ça une secte. Mitt Romney est très discret sur son rôle dans l’Église de Jésus Christ et des Saints des Derniers Jours. Il a quand même accepté la semaine dernière que les journalistes l’accompagnent jusqu’au service, mais pas à l’intérieur.

Ce que je lis

Convention oblige : The real Romney, écrit par deux journalistes du Boston Globe, Michael Kranish et Scott Helman, qui s’appuient sur cinq ans d’entrevues et de recherche.

Ce que je voudrais lire

No easy day, the autobiography of a navy seal, par Mark Owen (nom de plume), qui raconte l’histoire du raid qui a mené à la mort d’Oussama ben Laden. L’auteur a participé au raid et a pris sa retraite depuis. Les services secrets n’ont pas tenté d’en empêcher la publication. Je me demande si ça fait bien paraître le président Obama…..

Le livre sera disponible le 11 septembre, mais il est déjà en tête des ventes d’Amazon.

L’amendement Akin

Mercredi 22 août 2012 à 17 h 20 | | Pour me joindre

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manonglobensky

La question de l’avortement revient à l’avant-scène pour les républicains, bien malgré eux.

Todd Akin, élu du Missouri à la Chambre des représentants qui se présente à un poste de sénateur en novembre, connaît son 15 minutes de « gloire ». Ses propos voulant que le corps de la femme ait les moyens d’empêcher la grossesse si elle résulte d’un viol véritable lui ont attiré une condamnation unanime de la classe politique, y compris de la part des plus hautes instances de son parti, le Parti républicain. Mitt Romney ne pouvait pas aller assez vite pour prendre ses distances de M. Akin.

Malgré les pressions, le candidat a décidé de rester dans la course, ce qui pourrait permettre à la démocrate Claire McCaskill de s’accrocher à son siège. Vraisemblablement, sans cette victoire au Missouri, les républicains ne reprendront pas la majorité au Sénat. Todd Akin, lui, croit encore qu’il peut gagner.

En présentant ses excuses, il a expliqué qu’il s’est trompé de mots. Il admet qu’il est possible qu’une femme tombe enceinte après avoir été violée. Mais dans tous les cas, Todd Akin s’oppose à une interruption de cette grossesse. La punition doit être contre le violeur, dit-il, pas contre l’enfant à naître.

Il n’est pas le seul de son parti à penser ça : le candidat pressenti à la vice-présidence, Paul Ryan, un catholique pratiquant, pense la même chose. Et le Parti républicain vient de se prononcer, dans les délibérations sur son programme électoral qui précèdent la convention de la semaine prochaine, en faveur d’un amendement constitutionnel qui interdit l’avortement sans exception. On appelle ça
« l’amendement pour la vie humaine », mais les démocrates se sont empressés de le surnommer
« l’amendement Akin ».

Cette position du Parti républicain n’est pas nouvelle. En fait, le comité n’a fait que renouveler l’inscription de l’amendement pour la vie humaine dans le programme du parti. Mais, en campagne, la position de Mitt Romney, et de son colistier donc, sera plus nuancée : l’avortement peut être permis dans les cas de viol, d’inceste, et quand la vie de la mère est en danger.

Par ailleurs, l’opinion de Todd Akin que les femmes violées tombent rarement enceintes lui vient des écrits d’un médecin antiavortement, John Willke, qui affirme que le traumatisme résultant du viol est suffisant pour empêcher, la plupart du temps, la grossesse. Le Dr Willke faisait partie de l’équipe rapprochée de Mitt Romney lors de sa première campagne d’investiture, en 2008.

Todd Akin dit qu’il aurait dû parler de viols forcés au lieu de vrais viols. Mais même cette notion de viols forcés est contestée. Elle a en fait été introduite dans un projet de loi républicain qui visait à définir le viol de façon plus serrée pour restreindre les remboursements d’avortements par l’assurance fédérale. Devant les protestations, le mot forcé est disparu du projet de loi parrainé tant par Todd Akin que par Paul Ryan.

« Un viol est un viol », a dit le président Barack Obama en réagissant à la controverse Akin, et ce n’est surtout pas à un groupe de politiciens, en majorité des hommes, a-t-il dit, de se mettre à prendre des décisions de santé au nom des femmes.

La controverse Akin n’est pas terminée. Il a jusqu’au 25 septembre pour se retirer de la course, mais il encourra des pénalités.

Les démocrates n’ont pas encore donné la pleine mesure de la façon dont ils comptent exploiter la gaffe aux dépens des républicains, qui ont des difficultés avec l’électorat féminin. Dans le plus récent sondage NBC-News/WSJ, les femmes appuient Barack Obama à 51 %, contre 41 % pour Mitt Romney.

Le retour du candidat mal-aimé

Jeudi 8 mars 2012 à 15 h 21 | | Pour me joindre

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MCAuger

WASHINGTON — À première vue, c’est une grande victoire : 6 États sur 10 et plus de la moitié des délégués en jeu. Pourtant, il y a plus de feux jaunes que de feux verts dans la victoire de Mitt Romney au « super mardi ».

En montrant qu’il n’est pas capable de passer la barre des 30 % dans les États du Sud profond et qu’il y a toujours autant d’électeurs républicains qui ont des doutes sur sa candidature, Mitt Romney est retourné, en quelque sorte, à la case départ. Celle du candidat mal-aimé qui doit tout prouver aux membres de son propre parti.

Le problème de Mitt Romney n’est pas qu’il pourrait perdre. C’est maintenant hautement improbable. Pour gagner, l’un de ses trois adversaires devrait remporter les deux tiers des caucus et primaires qui restent. Mission impossible, pour ainsi dire.

De plus, à partir de maintenant, plusieurs États tiendront des primaires « winner-take-all », où le gagnant, ne serait-ce que par une voix, remporte tous les délégués de l’État. Une recette qui ne peut qu’aider le meneur dans la course. Il reste que Mitt Romney aura tout de même à gagner près de la moitié (47 %) des délégués qui reste à choisir pour l’emporter dès le premier tour. C’est difficile, mais jouable compte tenu des règles.

Il faut aussi dire que le scénario de la convention bloquée, où un candidat qui ne s’est pas soumis à l’épreuve des primaires pourrait surgir et sauver le parti, n’est pas réaliste. D’abord, parce que les principaux candidats potentiels y ont déjà renoncé, et aussi parce qu’il serait impensable de détourner ainsi l’exercice démocratique des primaires au profit d’une convention manipulée par de prétendues éminences grises du parti.

Normalement, à ce moment-ci de la course, les candidats moins bien placés seraient forcés de reconsidérer leur campagne et de se retirer. Le plus souvent par manque d’argent.

Sauf qu’avec le jugement de la Cour suprême de 2010 levant toutes les limites de financement et permettant la création des Super PAC (organismes prétendument indépendants des campagnes officielles, mais qui peuvent recevoir des fonds et dépenser sans limites), il suffit d’avoir des amis fortunés qui ne s’occupent pas trop des résultats électoraux. Comme ce milliardaire de Las Vegas qui finance Newt Gingrich à coup de chèques de cinq millions de dollars.

Traditionnellement, les candidats se retiraient aussi soit pour le bien et l’unité du parti, soit par ambition personnelle (comme d’avoir une chance d’être choisi candidat à la vice-présidence), soit pour préserver ses chances pour une prochaine fois.

Toutefois, les règles habituelles ne jouent pas vraiment cette année.

Ni Ron Paul (76 ans) ni Newt Gingrich (69 ans) ne seront là au prochain cycle électoral. Quant à Rick Santorum (53 ans), il répète sur tous les tons que l’avenir du parti passe par un vrai conservateur comme lui et pas par tous ces modérés qui finissent par perdre comme John McCain, il y a quatre ans, ou Mitt Romney, cette année.

La course va donc se poursuivre pendant encore quelques semaines avec des candidats qui n’ont pratiquement aucune chance de l’emporter, mais qui continuent la course, au risque d’affaiblir l’éventuel candidat républicain à la présidence.

Mitt Romney finira certainement par obtenir le nombre de délégués requis, donc la nomination. Cela semble désormais acquis. Reste à savoir dans quel état le candidat mal-aimé se trouvera quand il franchira enfin la ligne d’arrivée.

Dur, dur d’être Mitt Romney

Vendredi 10 février 2012 à 15 h 39 | | Pour me joindre

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MCAuger

WASHINGTON – C’est une biographie de campagne comme il s’en publie chaque année. Mais The Real Romney , des journalistes Michael Kranish et Scott Helman, est bien plus que ça. Ce pourrait être un traité sur la difficulté qu’ont les gens d’affaires à réussir en politique.

On l’a vu au Minnesota, au Colorado et au Missouri, Mitt Romney reste plus que jamais le favori mal-aimé de la course à l’investiture républicaine. Et chaque fois qu’il semble sur le point de conclure la vente, de convaincre les éléments les plus conservateurs qu’il est l’un des leurs, les électeurs républicains lui rappellent qu’ils ont encore des doutes.

Après avoir lu le livre de Kranish et de Helman, on comprend mieux pourquoi.

Dans le monde des affaires, la première question que l’on pose, c’est : est-ce que ça va marcher? De plus en plus, en politique américaine, on se demande : est-ce une idée de droite ou de gauche?

En affaires, on doit défendre un bilan et des résultats. En politique, on défend une idéologie et des valeurs. Dans le monde des affaires, changer d’idée, c’est une preuve de sa capacité d’adaptation, un gage de succès. En politique, c’est un signe d’opportunisme, c’est la preuve qu’on est une girouette.

Mitt Romney était un redresseur d’entreprises en difficultés. Cela implique de changer les pratiques de ces entreprises pas d’en adopter les valeurs. Mais c’était, en fait, une bien mauvaise préparation pour la politique.

Quand il s’est lancé en politique, autant quand il a été battu au Sénat par Ted Kennedy, en 1994, que lorsqu’il s’est fait élire gouverneur du Massachusetts en 2002, Romney a agi en homme d’affaires qui voulait obtenir un résultat : gagner l’élection.

Cela demandait d’adopter des positions qui ne heurteraient pas trop cet État très démocrate qu’est le Massachusetts, par exemple d’être pro-choix en matière d’avortement et pour le contrôle des armes à feu. Mais dans le Parti républicain d’aujourd’hui, ce sont des idées qu’il est pratiquement impossible de défendre.

L’approche d’un homme d’affaires qui veut des résultats explique aussi ce qu’on lui reproche le plus dans le Parti républicain : une réforme de l’assurance maladie vers la fin de son mandat de gouverneur et qui ressemble un peu trop à celle du président Obama.

C’était la réforme d’un politicien qui voulait d’abord obtenir des résultats et ne se souciait guère de l’idéologie. Il a fait les compromis idéologiques nécessaires pour s’assurer qu’elle soit acceptable, autant pour les compagnies d’assurances que pour les législateurs démocrates.

Au cœur de cette réforme, il y a la notion de mandat individuel : l’obligation pour chaque citoyen de s’assurer. C’est cette obligation, d’abord suggérée par un « think tank » de droite, qui est au cœur des objections du Parti républicain à la réforme de la santé du président Obama. C’est essentiellement sur la base de cette obligation, jugée contraire à la Constitution, que certains États contestent la réforme en Cour suprême.

Kranish et Helman montrent très bien combien la réforme de la santé de Barack Obama est presque un calque de celle de Mitt Romney. Pourtant, Mitt Romney dit aujourd’hui qu’il ne regrette pas sa réforme au Massachusetts, mais qu’il abolirait celle du président Obama.

On avait déjà dit de l’ex-président français François Mitterrand qu’il « n’est pas socialiste, mais il a appris à le parler ». C’est un peu ce que les conservateurs reprochent à Mitt Romney : il parle comme un conservateur, mais on croit qu’au fond, il fera tous les compromis pour obtenir les résultats qu’il souhaite.

Une des choses qui m’avait frappée pendant les trois ans où j’ai été basée à Paris, c’est à quel point le rapport à l’argent des Français (et de plusieurs autres Européens) est différent de celui des Canadiens et des Américains.

Et depuis que je vis à Washington, ce constat est renforcé. Les Français parlent peu d’argent, on peut même dire que ça les met mal à l’aise. Ceux qui parlent de prix passent pour de nouveaux riches. Même les montres trop voyantes (du président Sarkozy, entre autres) et les voitures trop tape-à-l’oeil (de Dominique Strauss-Kahn, par exemple) attirent les reproches et la déconsidération. Ce n’est pas qu’il n’y a pas de richesse, mais mieux vaut qu’elle se manifeste dans une certaine sobriété. Une petite robe noire de chez Chanel peut coûter plus de 2000 euros, mais elle ne fait pas m’as-tu-vu et jamais on ne mentionnerait son prix.

Aux États-Unis, la donne est différente. Ici, c’est le pays de la réussite. Le rêve américain c’est que tous les rêves peuvent se réaliser, à condition d’y mettre l’effort nécessaire. Et être riche c’est avoir réussi! On parle du prix des maisons, des voitures, des chaussures. Le magasinage est un sport national… « Money makes the world go round », a écrit Fred Ebb, le parolier américain de Cabaret.

Alors, il est un peu surprenant ces jours-ci de voir le Parti républicain aux prises avec pas un, mais deux débats qui tournent autour de l’argent et de Mitt Romney, le meneur de la course à l’investiture du parti, en vue des élections présidentielles de novembre prochain.

Romney et Bain Capital

Le premier débat porte sur la façon dont Mitt Romney a fait son argent lorsqu’il dirigeait Bain Capital, une société de capital de risques. Quelques-uns de ses opposants républicains laissent entendre qu’il n’a pas fait son argent de façon morale. Rick Perry, le gouverneur du Texas, l’a même décrit comme un vautour.

Au coeur du débat, le fonctionnement des sociétés de capital de risques, qui rachètent des compagnies naissantes ou en difficulté avec l’argent de leurs investisseurs, les mettent en bonne santé financière ou tirent le maximum de leurs actifs avant de les revendre ou de les fermer, à profit idéalement. Mitt Romney dit qu’il a un bilan enviable avec Bain Capital, et que sous sa gouverne, des milliers d’emplois ont été créés. Ils ne parlent pas des mises à pied qui ont dû être faites.

Un documentaire de 27 minutes commandité par les sympathisants d’un de ses opposants, Newt Gingrich, se fait un plaisir de mettre en lumière les exemples moins reluisants des investissements de Bain Capital. Le documentaire contiendrait cependant plusieurs erreurs, et Newt Gingrich a dû s’en désolidariser.

Mais la question demeure : y a-t-il une bonne et une moins bonne façon de faire de l’argent légalement?

Romney et l’impôt

L’autre débat autour de M. Romney touche aux impôts qu’il verse. Ses opposants réclament depuis plusieurs jours qu’il rende publiques ses déclarations d’impôt, dans le but bien entendu de montrer qu’il est beaucoup trop riche, bien trop loin de l’Américain moyen. Cela viendra, répond-il, ce sera même une obligation s’il est élu.

Mais M. Romney a tout de même levé un peu le voile, en affirmant qu’il est imposé autour de 15 % sur quelques millions de dollars de revenus, parce que la plupart de ses revenus sont des revenus d’investissements, moins taxés que les revenus d’emploi.

Et Mitt Romney, sur cette question, s’est mis lui-même dans le trouble avec un peu d’aide du Parti démocrate. Il a dit qu’il avait eu quelques autres revenus, dont les gages qu’il reçoit lorsqu’il prononce des discours, mais que ce n’était pas un gros montant. Or, le Parti démocrate a rappelé que selon les informations données par M. Romney lui-même, ses revenus de discours avaient été de 374 000 $ l’an dernier, soit plus de sept fois le revenu moyen d’une famille américaine.

Il n’y a qu’à espérer qu’il ne pariera 10 000 $ avec personne (autre gaffe lors d’un débat en Iowa, en décembre dernier, qui a soulevé son manque de contact avec la réalité) que ces histoires seront vite oubliées!

Gingrich : saveur du mois ou lutte à deux?

Vendredi 2 décembre 2011 à 16 h 14 | | Pour me joindre

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MCAuger

WASHINGTON – Un autre mois, un autre meneur dans la course à l’investiture républicaine. Cette fois, c’est l’ancien président de la Chambre des représentants, Newt Gingrich, qui est en tête des sondages.

Est-il seulement la saveur du mois, comme les Bachmann, Perry et Cain l’ont été avant lui? Ou est-il plutôt celui qui pourra ravir la nomination au candidat que l’on disait inévitable, l’ancien gouverneur Mitt Romney?

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles Gingrich est un candidat plus sérieux que les précédents. D’abord, nul ne doute de son intelligence, de sa capacité de saisir les questions les plus complexes ou de son expérience. Ce n’est pas lui qui dira que la Chine n’a pas la bombe atomique, comme Herman Cain, ou qui ne se souviendra pas des trois principaux éléments de son propre programme, comme Rick Perry.

Le problème de tous ceux qui ont mené la course depuis quelques mois est que dès qu’ils se sont retrouvés sous la lumière des projecteurs, ils ont surtout réussi à faire la preuve qu’ils n’étaient aucunement prêts à assumer la présidence des États-Unis. Ça n’arrivera pas à Newt Gingrich.

En même temps, dans cet étrange derby de démolition qu’est devenue la course républicaine, il est le dernier candidat sérieux à être encore debout et à pouvoir affronter Mitt Romney – qui se maintient constamment au premier ou deuxième rang des sondages, mais toujours avec le même désespérant quart des voix.

Mitt Romney

Les sondages ont beau indiquer que, de tous les républicains en lice, c’est Romney qui a les meilleures chances de battre Barack Obama, on dirait que les républicains – et particulièrement les plus conservateurs – sont incapables de lui trouver des qualités.

Trop modéré, sans véritables convictions conservatrices, dit-on de Romney. Certains le trouvent même trop parfait, au point d’être « un candidat en plastique ».

Il est vrai que Mitt Romney a souvent changé d’idée. Sa réforme de l’assurance maladie au Massachusetts ressemble beaucoup à celle d’Obama, qu’il promet pourtant d’abandonner. Il a été pour le sauvetage des banques, pour une bourse du carbone et pro-choix en matière d’avortement, mais il défend aujourd’hui le contraire. Il a longtemps été favorable au contrôle des armes à feu, pour ensuite devenir membre à vie de la National Rifle Association, le principal lobby des armes à feu, à 59 ans!

Et c’est un mormon, ce qui pour bien des chrétiens évangélistes, qui sont une force dans le Parti républicain, n’est rien de plus qu’une secte dont il faut se méfier.

Newt Gingrich

Newt Gingrich n’a pas, lui non plus, le profil pour plaire à l’aile droite de son parti.

Il a permis à son parti de prendre le contrôle de la Chambre des représentants pour la première fois en 30 ans pendant les années Clinton, mais il devait démissionner en disgrâce seulement quatre ans plus tard parce qu’il s’était fait de puissants ennemis au sein même de son parti. Des ennemis qui le sont encore…

Sa vie personnelle est loin d’être parfaite : il en est à son troisième mariage et ses aventures extra-conjugales sont bien connues.

Il a, lui aussi, appuyé le sauvetage des banques et il a été l’un des rares républicains à rejeter le budget proposé par le représentant Paul Ryan pour réduire le déficit.

Il a été le lobbyiste grassement payé, même s’il s’en défend, de Freddie Mac et de Fannie Mae, les deux prêteurs hypothécaires quasi gouvernementaux que les républicains accusent d’être responsables de la crise actuelle.

Et, surtout, Gingrich a la réputation d’être imprévisible et de pouvoir, pratiquement à tout moment, faire une déclaration aussi spectaculaire qu’embarrassante. Comme la semaine dernière quand il a suggéré qu’on n’avait qu’à congédier les concierges des écoles et de faire faire le nettoyage par les élèves.

« Tout le monde sait qu’inévitablement, Newt va, un jour, presser le mauvais bouton et qu’il va s’autodétruire. C’est l’histoire de sa carrière », disait cette semaine un stratège démocrate.

Sauf que Gingrich est l’homme qui s’est mis à monter dans les sondages au bon moment et, intellectuellement, nul ne doute qu’il puisse tenir tête à Mitt Romney et à l’establishment du Parti républicain.

Reste à savoir s’il sera assez discipliné pour que cela dure suffisamment longtemps.

Washington — Le Parti républicain avait coutume d’être un parti discipliné et qui finissait toujours par choisir le candidat à la présidence qui a le plus d’expérience et qui a été approuvé par l’establishment. Même quand le parti avait des doutes — comme ça a été le cas pour George W. Bush en 2000 —, il finissait toujours par choisir le favori et celui qui pouvait le mieux unir le parti devant des démocrates, dont le sport national a longtemps été de s’entredéchirer en public.

La méfiance envers Mitt Romney

Normalement, donc, les républicains devraient être en train de couronner Mitt Romney, l’ancien gouverneur du Massachusetts, candidat malheureux en 2008 et qui a l’appui de l’establishment du parti.

En débat, aucun des autres candidats ne lui arrive à la cheville. Il peut parler autant d’économie que d’affaires étrangères. Il a une campagne professionnelle et bien financée.

Surtout, il est perçu par l’électorat en général comme un modéré et, contre Barack Obama, il pourrait compter sur l’appui de nombreux électeurs indépendants. Bref, Romney devrait avoir tout pour lui.

Sauf que l’aile la plus conservatrice du Parti républicain ne veut rien savoir de Mitt Romney. On s’en méfie. On ne le croit pas. Après tout, s’il est vu comme modéré, c’est qu’il ne peut pas être un vrai conservateur, non? On se souvient aussi que sur des sujets comme l’avortement, les droits des homosexuels ou le contrôle des armes à feu, il a changé d’idée et n’a épousé que récemment les idées conservatrices. Et il y a cette réforme de l’assurance maladie au Massachusetts, qui a inspiré celle de Barack Obama.

Les conservateurs soupçonnent Romney d’avoir appris à parler leur langage, mais sans y croire vraiment. C’est pourquoi, depuis le début de cette course à l’investiture républicaine, ils cherchent un candidat acceptable et qui ne serait pas Romney. Insatisfaits des candidats actuels, ils ont longtemps essayé d’en recruter de nouveaux. Mais après les refus des Sarah Palin, Donald Trump et, plus récemment, de Chris Christie, ils ont fini par comprendre qu’il leur faudrait vivre avec le groupe actuel.

Les faiblesses des « saveurs du mois »

Depuis l’été, on a eu droit au phénomène de la « saveur du mois ». En août, la favorite du Tea Party, la représentante Michelle Bachmann, trônait en tête des sondages. Mais sa propension à lancer des faits sans les vérifier l’a rendue moins attrayante.

En septembre, c’était le gouverneur Rick Perry du Texas. Mais il a déçu dans les débats des candidats et, surtout, il a prouvé qu’en matière de lutte au terrorisme ou en affaires étrangères en général, il n’était vraiment pas prêt à devenir président des États-Unis.

En octobre, contre toute attente, c’est Herman Cain, le magnat de la pizza, qui a été propulsé en tête. Mais, selon la plupart des experts, son plan économique de 9-9-9 (9 % d’impôt sur le revenu pour tous, 9 % d’impôt sur les sociétés et une taxe de vente nationale de 9 %) ne tient pas la route.

Les « saveurs du mois » ont en commun d’en être à leur première campagne présidentielle et d’avoir des points faibles qui deviennent évidents dès qu’on commence à considérer sérieusement leurs propositions. Ce qui devrait inciter les républicains à regarder Romney avec un œil un peu plus favorable.

Le temps file…

Romney fait toutefois du sur-place avec environ le quart des intentions de vote des électeurs républicains. Une proportion des voix qui est stable, mais insuffisante pour une victoire rapide dans les trois ou quatre premiers États à tenir des primaires pour forcer les autres candidats à abandonner la course.

Incapable de s’imposer d’emblée, Romney a donc changé de stratégie. Il se présente maintenant comme le candidat inévitable : le seul dont l’organisation, le financement et les qualités de rassembleur lui permettront, à la fin, de s’imposer.

Il essaie donc de rester au-dessus de la mêlée et d’attendre que les électeurs lui reviennent, même sans enthousiasme, quand ils se rendront compte que les autres candidats ne sont pas aussi attrayants qu’ils le pensaient.

Mais il risque de manquer de temps : on vient, en effet, de retrancher un mois à la campagne à l’investiture. Certains États ont décidé de devancer leurs primaires et on commencera donc à voter dès le début de janvier 2012 et non en février. Et il y a même une petite possibilité que la primaire du New Hampshire se tienne en décembre.

À une dizaine de semaines des  premiers votes, et peut-être un peu moins, Romney se trouve dans une position plutôt vulnérable. Avec aussi peu de temps, il devient bien plus difficile d’attendre que les électeurs conservateurs finissent par lui trouver des qualités.

Romney pourrait commencer à dépenser de l’argent en publicité télévisée pour tenter de se présenter sous un nouveau jour aux électeurs. Mais s’il a 15 millions de dollars en banque, son rival Rick Perry en a tout autant. Toute tentative du camp Romney de saturer les ondes serait très certainement contrée par un barrage de publicité négative de la part de Perry qui, au point où il en est, n’a plus grand-chose à perdre.

Il y a encore quelques semaines, le temps semblait être le meilleur allié de Mitt Romney. Aujourd’hui, il est en voie de devenir son ennemi.