Billets classés sous « Mexique »

Jamais le Mexique n’a connu un tel vent de réformes structurelles fondamentales et, surtout, à une telle rapidité.

Élu en juillet 2012, Enrique Peña Nieto a pris le pouvoir le 1er décembre dernier.

Très tôt il conclut un Pacte pour le Mexique entre son parti, le PRI, et l’opposition du PAN et du PRD. Du jamais vu. Le Pacte, par contre, montre des signes d’effritement.

L’agence de notation Fitch vient de reconnaître les progrès du Mexique en relevant la note souveraine qu’elle lui attribue d’un échelon, à BBB+, en soulignant les bases économiques solides de l’économie mexicaine et en saluant la volonté de réforme.

« L’élan des réformes a dépassé nos attentes et nous avons assisté à des réformes structurelles qui, selon nous, vont favoriser la confiance dans le Mexique, ainsi que l’investissement et la dynamique de croissance à moyen terme », a déclaré Shelly Shetty, analyste senior de Fitch.

Après la décision de Fitch, le Mexique n’est plus qu’à un échelon de la catégorie A, dans laquelle le Chili est pour l’instant le seul pays latino-américain à figurer (Reuters).

Les réformes

La réforme des télécommunications brise le duopole de Televisa et TV Azteca et le quasi-monopole de Telcel, qui appartient à l’homme le plus riche du monde, Carlos Slim.

La réforme des lois du travail vise à réduire les emplois dans l’économie informelle en faveur d’emplois reconnus et encadrés.

Le gros morceau c’est la réforme de l’éducation. Il s’agit d’améliorer la qualité d’un enseignement public qui en a bien besoin. La réforme a été lancée en même temps que l’arrestation pour détournement de fonds de 200 millions de dollars de la « Maestra », Elba Esther Gordillo, présidente du tout-puissant syndicat des enseignants du Mexique.

Le syndicat contrôlait entièrement l’embauche des enseignants, dont les postes pouvaient s’acheter ou s’hériter. 79 % des Mexicains approuvent cette arrestation.

La « Maestra » est à présent derrière les barreaux.

Un mouvement de résistance à la réforme est en train de s’étendre à partir des États de Guerrero et d’Oaxaca. Un groupe dissident du syndicat proteste contre ce qu’il voit comme une tentative de privatiser davantage l’enseignement public. Il devrait être gratuit, mais les parents doivent payer toujours davantage les fournitures ou les uniformes scolaires.

Le président Peña Nieto veut maintenant s’attaquer à deux autres gros morceaux : la réforme financière et fiscale (les Mexicains paient très peu d’impôt) et la réforme du secteur pétrolier entièrement, contrôlé par la compagnie d’État Pemex et son puissant syndicat. Le but : ouvrir l’industrie pétrolière aux investissements étrangers sans dénationaliser Pemex.

Sécurité au Mexique

Mercredi 8 mai 2013 à 10 h 34 | | Pour me joindre

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jmleprince

Le nouveau président mexicain, Enrique Peña Nieto, aborde la question de la lutte contre les cartels de la drogue différemment de son prédécesseur, Felipe Calderon, qui avait envoyé l’armée les combattre jusque dans les rues.

Il veut s’attaquer d’abord à la violence, quelle qu’elle soit, pas forcément celle des narcotrafiquants, celle aussi des petits délinquants, et protéger d’abord les citoyens. Il ne veut plus compter sur l’armée, mais sur une nouvelle gendarmerie mieux adaptée.

Le dossier de la sécurité a été mis entre les mains de son ministre de l’Intérieur (Secretaria de Gobernación), Miguel Ángel Osorio Chong. Les États-Unis collaborent avec son plan Mérida, soit 2 milliards de dollars en aide matérielle (hélicoptères, drones) et renseignements. Les agences américaines (CIA, DEA), qui avaient un accès direct et libre aux polices et aux bureaux du procureur général du Mexique, passeront sous les ordres du ministre.

Tout le monde s’attendait à des frictions à ce sujet, mais Barack Obama a accordé toute sa confiance à la stratégie de son homologue, et son appui total, quelles que soient les décisions du dirigeant mexicain. Nouveau tout ça.

Le président Barack Obama et le président Henrique Peña Nieto à Mexico.
Le président Barack Obama et le président Henrique Peña Nieto à Mexico.

Il reste à voir Peña Nieto à l’oeuvre. Il est trop tôt (il a pris le pouvoir le 1er décembre 2012) pour voir si sa stratégie fonctionne.

Les milices d’autodéfense

La violence a diminué dans certains États du nord, mais elle est de plus en plus inquiétante dans des États comme Guerrero, Michoacan, Jalisco et Vera Cruz, et dans des villes comme Acapulco et Cuernavaca (Morelos), à une heure à peine de Mexico.

Un phénomène nouveau qui montre à quel point des communautés ont totalement perdu confiance en leurs institutions : polices, tribunaux, gouvernements locaux.

Au coeur d’une terre aride, rude, turbulente, entre Tierra Colorada et Chilpancingo

Des milices formées de bénévoles se sont constituées spontanément depuis le début 2013, et certaines polices communautaires ont réussi à rétablir la paix et la tranquillité dans leurs villes et campagnes. D’autres alimentent encore plus l’anarchie.

Regardez mon reportage au Téléjournal 21 h :

Nouvelle stratégie et changement radical d’attitude des États-Unis

Un phénomène inquiétant, notamment au Michoacan, où on ne sait pas toujours si les milices travaillent pour la population ou les narcotrafiquants.

Obama au Mexique

Mardi 7 mai 2013 à 15 h 42 | | Pour me joindre

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jmleprince

La grande séduction

Vous vous souvenez des « Tres Amigos »? Bush père avec Brian Mulroney? Les présidents Carlos Salinas puis Vicente Fox? Bill Clinton avec Jean Chrétien et Vicente Fox? W. Bush avec Vicente Fox puis Felipe Calderon?

Le Canada a toujours gardé un peu ses distances, mais les États-Unis, comme voisin immédiat, ont toujours prétendu entretenir une relation spéciale avec le Mexique. On l’aime bien le Mexique, pour la photo de groupe et les grandes déclarations d’amitié éternelle. Et puis, on l’oublie tout de suite après la visite officielle pour s’occuper de choses plus urgentes ailleurs dans le monde. Le Mexique se sent tenu pour acquis. (Le Canada aussi parfois, il faut l’avouer.)

Après s’être longtemps senti oppressé, menacé, par le géant du nord, le Mexique ne le craint plus vraiment, surtout depuis l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), mais il s’en méfie encore. Non sans raison…

Discours du président Obama devant des jeunes au Musée d'anthropologie de Mexico, le 3 mai
Discours du président Obama devant des jeunes au Musée d’anthropologie de Mexico, le 3 mai. Photo : AFP/Yuri Cortez

Mais c’est fini. Obama a séduit les Mexicains. Jamais président américain ne leur avait paru aussi sympathique, chaleureux, sincère, ouvert à leur histoire, à leur culture. Il les a tous fait craquer, le 3 mai dernier, avec son discours sous le parasol géant du magnifique Musée d’anthropologie de Mexico.

« Malgré les liens profonds et nos valeurs partagées, nos attitudes – dans les deux pays – restent piégées par les vieux stéréotypes. »

« Je suis venu au Mexique, car il est temps de mettre au rancart les vieilles mentalités. »

« En tant que président, j’ai été guidé par cette proposition de base : dans notre relation, il n’y a pas de partenaire senior ou de partenaire junior. Nous sommes deux partenaires égaux, deux nations souveraines qui doivent travailler dans un intérêt mutuel et un respect mutuel. » — Barak Obama

Pourvu que ça dure, pensent les Mexicains… Trop beau pour être vrai?

Selon le professeur Gabriel Fernandez de Castro, de l’université privée ITAM, « ce président est un internationaliste. Quelqu’un qui comprend bien l’importance du Mexique et de l’Amérique latine pour les États-Unis. »

Gabriel Fernandez de Castro

Il croit que Barak Obama est aussi un réaliste : « Obama comprend parfaitement que c’est grâce au vote hispanophone qu’il a été élu il y a quatre ans et réélu en novembre dernier. Obama sait qu’il a une dette importante envers les immigrants et (avec sa réforme migratoire) il essaie de tenir sa promesse électorale. [...] Il y a 11 millions de Mexicains aux États-Unis et plus de la moitié d’entre eux n’ont pas de documents (sont en situation illégale). »

Grâce à l’intégration des Mexicains illégaux et à l’arrêt du flux migratoire des Mexicains vers les États-Unis, le rapport entre les deux pays voisins devrait changer radicalement à moyen et à long terme.

Au moins 50 000 morts, 60  000 avancent certains depuis le début du mandat de Felipe Calderon, et 20 000 disparus. Pas seulement des délinquants, et beaucoup de victimes « collatérales »

 

 

« Nous avons fait des progrès énormes ces dernières années en termes de droits de la personne, a dit Emilio Alvarez Icaza Longoria du Centre national de communication sociale (CENCOS), organisme spécialisé dans les droits de la personne. La stratégie en matière de sécurité publique que le président Calderon a qualifiée de guerre nous a conduits à une manière d’affronter le narcotrafic qui a engendré une terrible spirale de violence. »

 

 

LE MODÈLE COLOMBIEN

Le président élu Enrique Peña Nieto promet une nouvelle stratégie de lutte contre le crime organisé. Vers la fin de la campagne électorale, il a annoncé qu’il engagerait le général colombien Oscar Naranjo comme expert pour s’attaquer à la délinquance, au crime organisé et au narcotrafic.

Oscar Naranjo était chef de la police colombienne depuis 2007, sous la présidence d’Alvaro Uribe, jusqu’à sa démission le 12 juin dernier. Sous son commandement et avec l’aide des États-Unis, la police colombienne est devenue le fer de lance de la lutte contre les délinquants, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et les paramilitaires, tous liés étroitement au narcotrafic.

« Une politique de sécurité publique doit être plus sensible aux victimes du crime », a dit le général Oscar Naranjo.

En plus de créer une sorte de gendarmerie, Peña Nieto veut renforcer la nouvelle police fédérale, créée par Felipe Calderon, qui compte 36 000 membres. Elle n’est toujours pas capable de remplacer l’armée dans la lutte contre les narcos.

On la disait incorruptible, le nouveau président devra d’abord la purger. La fusillade du début de la semaine à l’aéroport de Mexico a montré qu’elle contenait déjà des éléments véreux. Trois policiers ont été tués lorsqu’ils ont tenté d’arrêter deux de leurs collègues soupçonnés de complicité avec des trafiquants. Les meurtriers ont pris la fuite et trois hommes sont recherchés.

Enrique Peña Nieto prendra le pouvoir le 1er décembre 2012. La sécurité publique sera son plus grand défi.

« Ce défi est d’une telle magnitude! Le défi de la délinquance c’est le défi de la démocratie. J’avais espéré que l’élection offrirait la possibilité de conclure un pacte pour que, quel que soit le gagnant, tout le monde se mette d’accord sur la manière de faire face à ce défi. Cela ne s’est pas produit », a dit Emilio Alvarez Icaza Longoria.

La campagne électorale est terminée. Les jeux sont faits. Les Mexicains n’ont plus que quelques heures pour se décider. PRI, PAN ou PRD?

Les derniers sondages ont été publiés et ils coïncident, disent les journaux : Enrique Peña Nieto est largement en tête, obtenant de 10 à 17 points d’écart avec le candidat de gauche, Andrès Manuel Lopez Obrador (PRD).

Journaux mexicains

Milenio cite la maison de sondage Mitofski : AMLO a plus de chances de gagner la loterie que de devenir président.

Avec Peña Nieto, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) reprendrait le pouvoir après 12 ans dans l’ombre au niveau fédéral seulement.

Car ces 12 dernières années, le PRI n’a pas disparu, loin de là. Il dirige la majorité des États du Mexique. Les adversaires soulignent que les États les plus violents du Mexique, le long du Pacifique, dans le nord et le golfe du Mexique, sont gouvernés par le PRI.

Enrique Peña Nieto

Peña Nieto a fait campagne sur son bilan comme gouverneur de l’État de Mexico, relativement épargné par la violence. Il dispose d’une impressionnante machine électorale, très bien huilée. Il affirme que le PRI a bien changé et qu’il est capable de résister aux « dinosaures » du parti. Les adversaires en doutent, à commencer par le mouvement étudiant « yo soy 132 » qui manifeste régulièrement contre le retour du PRI.

Le mouvement étudiant « yo so 132 »Alors, faut-il avoir peur du PRI, ce parti autoritaire, notoirement corrompu, qui a gouverné le pays pendant 70 ans d’une main de fer?

Jean-François Prud'homme

Jean-François Prud’homme, analyste politique, vit au Mexique depuis 30 ans. Il est coordonnateur général académique du prestigieux Colegio de Mexico.
 

« Le contexte et les conditions sont très différents de ce qu’ils étaient il y a une vingtaine d’années.

« Le Mexique est un pays qui a changé beaucoup. C’est un pays où l’idée de démocratie, de concurrence politique est bien installée, c’est un pays où il y a une séparation du pouvoir entre l’exécutif, le législatif et le pouvoir judiciaire. C’est un pays aussi qui est doté d’institutions autonomes que ne peut pas contrôler directement le gouvernement. »

Voir le reportage »» 

 

Emilio Alvarez Icaza

 

Emilio Alvarez Icaza, expert en droits de la personne, croit que l’élection de 2006 a interrompu la transition démocratique commencée par l’élection de Vicente Fox du PAN, en 2000. En 2006, Lopez Orbrador (PRD), vaincu par 0,56 % des voix, a crié à la fraude et à l’illégitimité du mandat de Felipe Calderon (PAN).

« Le grand défi est que si le PRI gagne, cela ne signifie pas un recul de la démocratie. Le dilemme du Mexique est de faire en sorte que, quel que soit le gagnant, la transition démocratique progresse. »

 

Tous les six ans, c’est un rite. Le Mexique élit un nouveau président. Nouveau, car il n’a plus jamais le droit de se représenter à la présidence.

Ainsi le veut la Constitution de 1917, mise en place après la révolution (Pancho Villa, Emiliano Zapata…)

La Constitution mexicaine
La Constitution mexicaine

Article 83 : « Le président commencera son mandat le 1er décembre et il durera quatre ans (changé à six ans en 1934). Le citoyen qui a occupé la charge de président de la République, élu par le peuple (suffrage universel à un tour avec majorité simple) […] en aucun cas ni pour aucun motif ne pourra occuper à nouveau ce poste.

La faute à Porfirio Diaz (1830-1915). La Constitution de 1824 interdisait la réélection. Ce militaire populiste la fait modifier à plusieurs reprises pour obtenir la réélection indéfinie.

Porfirio Diaz

Porfirio Diaz gouverne le pays d’une main de fer durant 30 ans. En 1910, la révolution met un terme à sa dictature.

De 1929 à 2000, le Mexique est gouverné par un seul parti, le PRI, Parti révolutionnaire institutionnel. C’est 70 ans d’un régime que l’écrivain péruvien et Prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa a fameusement qualifié de « dictature parfaite ».

Le dernier président du PRI est Ernesto Zedillo, choisi à la hâte par le président sortant Carlos Salinas après l’assassinat de son candidat, Luis Donaldo Colosio, en pleine campagne électorale et lors d’une visite officielle du premier ministre Jean Chrétien au Mexique.

En 2000, Vicente Fox du PAN (Parti d’action nationale, de droite) succède à Ernesto Zedillo (PRI).

En 2006, Felipe Calderon est élu. Il marquera l’histoire pour avoir lancé l’armée aux trousses des cartels de la drogue. Offensive qui se solde jusqu’ici par 50 000 morts.

Felipe Calderon
Felipe Calderon

En 2006, il ravit la présidence à Andrès Manuel Lopez Obrador (PRD, de gauche) de quelques fractions de pourcentage. Ce dernier crie à la fraude et refuse de reconnaître la victoire de Calderon. AMLO est à nouveau candidat à la présidence.

Andrès Manuel Lopez Obrador, du PRD
Andrès Manuel Lopez Obrador, du PRD

Josefina Vasquez Mota représente le PAN, parti au pouvoir depuis 2000. Elle était ministre de l’Éducation de Vicente Fox et directrice de campagne de Felipe Calderon en 2006.

Josefina Vasquez Mota, du PAN, en campagne électorale à Tantoyuca, le 16 juin 2012
Josefina Vasquez Mota, du PAN, en campagne électorale à Tantoyuca, le 16 juin 2012

À une semaine de la fin de la campagne électorale, les sondages donnent Enrique Peña Nieto, du PRI, gagnant. Il est gouverneur sortant de l’État de Mexico (qui entoure le district fédéral).

Enrique Peña Nieto

Alors, le retour du PRI après 12 ans d’absence?

Un quatrième candidat, moins connu, se présente pour la Nouvelle Alliance : Gabriel Quadri.

Gabriel Quadri, de la Nouvelle Alliance
Gabriel Quadri, de la Nouvelle Alliance