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Sabbat et veille d’élections en Israël

Dimanche 20 janvier 2013 à 20 h 14 | | Pour me joindre

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chartrlu

À Jérusalem, n’essayez même pas d’obtenir une entrevue d’un politicien israélien en campagne lors du sabbat. Ici, où le taux de pratique religieuse est très élevé, le respect du sabbat est quelque chose de sérieux.

Dans la ville, les rues sont désertées par les voitures. Chercher un taxi est une épopée : les seuls chauffeurs, pratiquement, sont des Arabes israéliens. La vie moderne s’arrête. Le téléphone, la télévision, Internet sont débranchés dans de nombreux foyers. Les juifs savent s’arrêter!

Les autres ont de la difficulté… En particulier les journalistes, drogués de communication, toujours rivés à leurs courriels, leurs comptes Twitter ou Facebook.

Radio-Canada a Jérusalem

Ce soir, nous sommes invités, le caméraman Martin Cloutier et moi, avec une amie, Hélène, au souper du sabbat chez Peggy Cidor. C’est touchant et chaleureux. Mais, alors que nous ne pouvons nous empêcher de jeter des coups d’œil furtifs à nos téléphones intelligents, Peggy nous dit : « La prochaine fois, vous laissez vos téléphones à la porte! »

Nous sommes avec la famille de Peggy. La famille est au coeur du sabbat. L’effervescence extérieure ne doit pas venir troubler ce moment. C’est une leçon.

Je risque tout de même : « Pendant le sabbat, a-t-on le droit de parler politique? » Ils rient! « C’est même encouragé! » Le sabbat n’exige pas que l’on soit déconnecté de ce qui se passe dans le monde.

On finit donc par parler politique, à quelques jours des élections du 22 janvier. Et on parle de ce phénomène annoncé par les sondages : la montée d’un parti d’extrême droite, Maison Juive, dirigé par un jeune chef, Naftali Bennett, dont les propos entrent en résonnance avec une grande partie de l’électorat . En résumé, à peine caricatural : assez parlé des Palestiniens, il n’y aura jamais d’État pour eux sur notre terre (c’est-à-dire sur les Territoires occupés) et nous devons en annexer déjà une grande partie.

« Le problème avec Bennett, dit Peggy Cidor, c’est qu’il est un écran de fumée. Il a une allure moderne. Il a fait fortune dans la haute technologie. Il met de l’avant quelques candidats pas trop radicaux. Mais plusieurs de ses candidats sont des extrémistes. » Pour en savoir plus, cet article du New Yorker .

On n’ira pas plus loin. Après tout, c’est sabbat et, même s’ils sont d’accord pour parler politique, les journalistes en nous peuvent aussi – enfin, un peu – relaxer…

 

Du rififi au mur des Lamentations

Vendredi 19 octobre 2012 à 14 h 40 | | Pour me joindre

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Quand des féministes vont provoquer les ultra-religieux sur le site le plus sacré du judaïsme…

Une fois par mois, des juives féministes – la plupart elles-mêmes pratiquantes orthodoxes – se rendent au pied du mur des Lamentations de Jérusalem pour y pratiquer des rites qui constituent une pure hérésie aux yeux des juifs les plus conservateurs.

Ces femmes – dont une vingtaine étaient présentes au moment de notre tournage (voir Une heure sur terre, émission du 19 octobre 2012) – se couvrent du châle de prière. Certaines portent une kippa sur la tête et parfois même enroulent des phylactères autour de leur bras. Chacun de ces gestes, dans le rite juif, appartient aux hommes. Venir les accomplir dans l’enceinte la plus sacrée du judaïsme tient de la provocation. Ces femmes ne s’en cachent pas. « C’est un mouvement féministe radical », explique Peggy Cidor, une des participantes.

Elles font partie d’un groupe appelé Les femmes du mur. Elles veulent « libérer le mur » de la mainmise des ultra-orthodoxes et y donner aux femmes qui le désirent, le même droit qu’aux hommes de pratiquer selon les rites de leur choix.

Le mur — le kotel, en hébreu – a été reconquis par les Israéliens pendant la guerre des Six Jours de 1967. Depuis, la supervision religieuse du site est régie par un code strict. L’espace de prière, au pied du mur, est séparé en une section réservée aux hommes et une autre, beaucoup plus petite, réservée aux femmes.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Cette photo datée des années1880 montre qu’hommes et femmes y ont prié jadis dans le même espace.

Félix Bonfils, Mur des juifs, un vendredi

« Les ultra-orthodoxes ont littéralement conquis le mur, dit Peggy Cidor. Or, ce n’est pas une synagogue. C’est un lieu national. »

Les femmes du mur veulent donc briser l’interprétation ultra-orthodoxe qui, selon elles, les empêche de prier comme bon leur semble dans un lieu qui appartient à tous.

Jusqu’ici, les tribunaux israéliens n’ont pas accepté leur argumentation, une loi sur la protection des Lieux saints interdisant d’y tenir des cérémonies contraires à la tradition.

« Si je mets un châle de prière ici, dit Peggy Cidor, je me fais arrêter et je risque six mois de prison et 10 000 shekels (2600 $CA) d’amende. »

Trois de ses camarades viennent de se faire arrêter, le 17 octobre, pour avoir porté un châle de prière au mur.

Plusieurs Israéliens et Israéliennes voient dans ce mouvement, encore marginal, le symbole d’une lutte plus large contre l’imposition de normes de vie orthodoxes sur la société israélienne en général (le sujet d’Une heure sur terre, le 19 octobre).

« Les arrestations des Femmes du mur nous rappellent la nécessité de revoir la relation entre la religion et l’État en Israël et de renverser le monopole orthodoxe, selon le rabbin réformiste Gilad Kariv. La bataille du kotel est de même nature que celle visant à laisser les femmes s’asseoir à l’avant des autobus. »