Billets classés sous « Israël »

Une émeute au mur des Lamentations! Ce n’est pas tous les jours que cela se produit sur le site le plus sacré du judaïsme. C’est ce qui est arrivé le vendredi 10 mai.

C’est qu’il existe une guerre de religion à l’intérieur même du judaïsme. Et elle oppose les ultraorthodoxes d’Israël à un mouvement féministe, les Femmes du Mur. Ces femmes revendiquent le droit de pratiquer leur religion sans suivre les rites patriarcaux, et ce, sur le site même du mur des Lamentations.

Une fois par mois, depuis quelques années, elles se réunissent devant la section du mur des Lamentations réservée aux femmes et y prient en faisant fi des restrictions qui leur sont imposées à cause de leur sexe. Ainsi, elles revêtent le châle de prière, elles enroulent les tefillin autour de leurs bras et elles lisent la Torah.

Ce vendredi, des centaines d’ultrareligieux, hommes et femmes, se sont rassemblés pour manifester contre ces pratiques dénoncées comme des sacrilèges. Des manifestants ont voulu s’en prendre aux militantes des Femmes du Mur. Certaines ont été aspergées de café. Et cinq manifestants (des hommes) ont été arrêtés.

Ce n’est pas la première fois que des accrochages à ce sujet surviennent devant le Mur. La forte mobilisation des ultrareligieux s’explique cependant par un nouveau contexte qui menace leur autorité. D’une part, une décision de la cour vient de remettre en question leur mainmise sur la réglementation du lieu saint. Par ailleurs, le nouveau gouvernement israélien, formé l’hiver dernier, a exclu les partis religieux, habituellement membres des coalitions au pouvoir.

La place des ultrareligieux est une source grandissante de conflits dans la société israélienne. Ces derniers n’étaient qu’une infime minorité lors de la fondation du pays, en 1948. Ils comptent aujourd’hui pour 12 % de la population du pays, et plus du tiers de celle de Jérusalem. Cela entraîne de nombreuses frictions avec les laïcs et avec les femmes en particulier. Les femmes israéliennes ont toujours eu la réputation d’être particulièrement émancipées. Or, plusieurs d’entre elles sentent leur liberté menacée par les règles strictes que les ultrareligieux cherchent à faire régner dans diverses sphères de la société.

J’ai consacré à ce sujet passionnant un reportage à Une heure sur terre l’an dernier.

Le précédent

Vendredi 12 avril 2013 à 15 h 48 | | Pour me joindre

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 John Baird, le ministre canadien des Affaires étrangères en 2013.
John Baird, le ministre canadien des Affaires étrangères en 2013.

À la fin des années 70, à l’époque où il était ministre dans le gouvernement de René Lévesque, Denis Lazure (1925-2008) avait suscité l’ire du ministère des Affaires étrangères du Canada (Affaires extérieures à l’époque). La raison : il avait accepté une invitation à visiter Tallinn, capitale de l’Estonie, un pays balte qui était à l’époque sous occupation soviétique et qui avait été annexé à l’URSS.

En Occident, aucun pays ne reconnaissait cette annexion et, de ce fait, aucun officiel, d’aucun pays de l’OTAN, n’y mettait les pieds.

Le refus de faire certains gestes bien précis fait partie des règles de l’art de la diplomatie. C’est une façon de marquer un désaccord fondamental, comme pour rappeler que l’on ne reconnaîtra jamais le fait d’une annexion forcée. Voilà pourquoi le président Obama, en visite récente en Israël, a décliné les invitations à se rendre visiter des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée. Voilà pourquoi la diplomatie américaine a refusé que des étudiants de l’Université d’Ariel, sise dans une colonie, participent à la rencontre d’étudiants israéliens avec le président des États-Unis.

La décision du ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird, de rencontrer une ministre israélienne à ses bureaux de Jérusalem-Est, le 9 avril, s’inscrit dans une logique diamétralement opposée : celle de rompre avec 46 ans de protestations canadiennes et internationales contre l’annexion de cette ville par Israël.

Ni le Canada, ni l’Union européenne, ni les États-Unis ne reconnaissent la souveraineté israélienne sur Jérusalem-Est, occupée puis annexée après la guerre israélo-arabe de 1967. Et si l’ambassade du Canada (comme les autres du reste) se trouve à Tel-Aviv et non pas à Jérusalem, siège du gouvernement israélien, c’est pour affirmer ce refus.

À l’époque, M. Lazure avait fait fi des protestations de la diplomatie canadienne et s’était rendu en Estonie. L’affaire n’avait pas eu de grande conséquence. Qu’un ministre des Affaires sociales d’un gouvernement provincial du Canada visite un pays balte n’a sans doute jamais été même remarqué par le Kremlin!

Il en va tout autrement lorsque c’est le chef de la diplomatie d’un pays du G8 qui transgresse la règle. En se rendant à Jérusalem-Est, écrivait jeudi le quotidien israélien Haaretz, John Baird a « brisé un tabou ». Le chroniqueur diplomatique du journal cite une source du ministère israélien des Affaires étrangères selon laquelle M. Baird a agi en dépit de l’opposition de diplomates de l’ambassade du Canada à Tel Aviv. Selon une autre source, citée par Haaretz, le ministre canadien a « voulu créer un précédent ».

Un porte-parole du gouvernement israélien s’est félicité de cette décision. Les diplomates palestiniens et la Ligue arabe, comme on pouvait s’y attendre, s’en sont indignés.

Est-ce vraiment un précédent? Un lecteur fait remarquer que Pierre Pettigrew, qui a été ministre canadien des Affaires étrangères, s’était rendu visiter le Vieux Jérusalem, en zone annexée, sans créer d’incident. Il semble en effet que la visite des lieux de pèlerinage de la Ville sainte passe mieux que les visites ouvertement politiques comme celle effectuée par M. Baird. (Jacques Chirac, Jean-Paul II et Benoît XVI, pour n’en citer que quelques-uns, ont foulé ces vieilles pierres, alors que ni la France ni le Vatican ne reconnaissent l’annexion).

M. Baird a tenté de minimiser la portée de son geste en parlant de « discussion sémantique ». Il a ajouté : « Si vous avez une rencontre avec une personne d’un côté de la rue, c’est correct. Si vous avez une rencontre de l’autre côté de la rue, ce ne l’est pas? »

Venant d’un homme dont c’est la responsabilité ministérielle de peser et de soupeser la portée des gestes diplomatiques, cette badinerie ne convainc personne.

En choisissant de se rendre officiellement à Jérusalem-Est, John Baird a rompu, au moins symboliquement, avec la tradition diplomatique canadienne sur le conflit israélo-palestinien. Cette rupture a été amorcée il y a quelques années. Elle a déjà été marquée par plusieurs gestes concrets (changement des priorités de financement dans l’aide aux Palestiniens, positions de plus en plus alignées sur celles d’Israël aux Nations unies, etc.). Et il ne fait guère de doute qu’elle sera suivie d’autres gestes qui, par leur accumulation, feront une nouvelle politique.

Sabbat et veille d’élections en Israël

Dimanche 20 janvier 2013 à 20 h 14 | | Pour me joindre

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À Jérusalem, n’essayez même pas d’obtenir une entrevue d’un politicien israélien en campagne lors du sabbat. Ici, où le taux de pratique religieuse est très élevé, le respect du sabbat est quelque chose de sérieux.

Dans la ville, les rues sont désertées par les voitures. Chercher un taxi est une épopée : les seuls chauffeurs, pratiquement, sont des Arabes israéliens. La vie moderne s’arrête. Le téléphone, la télévision, Internet sont débranchés dans de nombreux foyers. Les juifs savent s’arrêter!

Les autres ont de la difficulté… En particulier les journalistes, drogués de communication, toujours rivés à leurs courriels, leurs comptes Twitter ou Facebook.

Radio-Canada a Jérusalem

Ce soir, nous sommes invités, le caméraman Martin Cloutier et moi, avec une amie, Hélène, au souper du sabbat chez Peggy Cidor. C’est touchant et chaleureux. Mais, alors que nous ne pouvons nous empêcher de jeter des coups d’œil furtifs à nos téléphones intelligents, Peggy nous dit : « La prochaine fois, vous laissez vos téléphones à la porte! »

Nous sommes avec la famille de Peggy. La famille est au coeur du sabbat. L’effervescence extérieure ne doit pas venir troubler ce moment. C’est une leçon.

Je risque tout de même : « Pendant le sabbat, a-t-on le droit de parler politique? » Ils rient! « C’est même encouragé! » Le sabbat n’exige pas que l’on soit déconnecté de ce qui se passe dans le monde.

On finit donc par parler politique, à quelques jours des élections du 22 janvier. Et on parle de ce phénomène annoncé par les sondages : la montée d’un parti d’extrême droite, Maison Juive, dirigé par un jeune chef, Naftali Bennett, dont les propos entrent en résonnance avec une grande partie de l’électorat . En résumé, à peine caricatural : assez parlé des Palestiniens, il n’y aura jamais d’État pour eux sur notre terre (c’est-à-dire sur les Territoires occupés) et nous devons en annexer déjà une grande partie.

« Le problème avec Bennett, dit Peggy Cidor, c’est qu’il est un écran de fumée. Il a une allure moderne. Il a fait fortune dans la haute technologie. Il met de l’avant quelques candidats pas trop radicaux. Mais plusieurs de ses candidats sont des extrémistes. » Pour en savoir plus, cet article du New Yorker .

On n’ira pas plus loin. Après tout, c’est sabbat et, même s’ils sont d’accord pour parler politique, les journalistes en nous peuvent aussi – enfin, un peu – relaxer…

 

Le sourire du colon

Mercredi 5 octobre 2011 à 16 h 39 | | Pour me joindre

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Les journalistes étrangers sont rarement accueillis à bras ouverts dans les colonies israéliennes, là où les habitants considèrent qu’ils ont mauvaise presse dans le monde. Ce qui est assez vrai.

Pendant notre visite à la colonie de Karme Tsour, près de Bethléem, nous avons rencontré Elyahou Amdadi. Il est un membre de la milice locale qui patrouillait, armé d’un fusil automatique, le long de la clôture entourant son village. Juif orthodoxe d’origine iranienne, Elyahou était ravi de rencontrer une équipe de Radio-Canada.

Nous avons passé un bon moment avec lui et, il faut bien le dire, beaucoup ri! Le sens de l’humour est un passe-partout mondial…

L’état d’alerte était élevé, en ce mois de septembre dominé par la demande de reconnaissance de l’État palestinien par l’ONU. Elyahou ne craignait pas trop les soubresauts de violences de la part de ses voisins palestiniens.

« Nous n’avons pas peur. S’ils veulent vivre en paix avec nous, tout ira bien. »

Les colons juifs de Cisjordanie ne forment pas un bloc homogène, loin de là. Il y a des implantations à vocation principalement résidentielle, où des Israéliens sont attirés par des logements abordables et subventionnés par l’État (alors qu’en Israël sévit une très grave crise du logement).

On y trouve aussi des communautés essentiellement religieuses, ou d’autres, beaucoup plus politisées, qui rêvent de voir Israël annexer la Cisjordanie au grand complet.

La colonie de Karme Tsour appartient à cette dernière catégorie.

Elyahou n’a-t-il pas l’impression que sa communauté s’approprie une terre qui ne lui appartient pas?

« Non. Nous sommes dans le Grand Israël (Eretz Israel). Cette terre appartient aux Juifs, incluant Beit Ommar (le village palestinien, de l’autre côté de la clôture). »

Tout ça dit avec un grand sourire!

MOINS SOURIANT…

Elyahou paraît moins souriant toutefois sur cette vidéo, tournée par des manifestants palestiniens dans le village de Beit Ommar, le 24 avril 2010.

Nous avions remarqué, lors de notre visite, qu’Elyahou, pourtant un civil, semblait donner des ordres aux soldats de l’armée israélienne. Cela se vérifie encore dans la vidéo, alors qu’il harangue les soldats et leur dit (ordonne?) d’arrêter les Palestiniens (en hébreu, à partir de 2 min 15 s.).