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La plus récente gaffe de campagne du candidat à l’investiture républicaine Mitt Romney n’est pas sortie de sa bouche, même si, à de nombreuses reprises dans le passé, il a montré qu’il a un don pour les déclarations controversées.

Cette fois, c’est son principal stratège, Eric Fehrnstrom, qui s’est mis les pieds dans les plats. Cela, au lendemain de la victoire de M. Romney en Illinois, et le jour même où il recevait l’appui convoité de l’ancien gouverneur de Floride Jeb Bush. Eric Fehrnstrom se fait demander par CNN si le candidat Romney n’a pas été obligé de se positionner trop à droite pour plaire aux électeurs du centre. Voici sa réponse : « Pour la campagne électorale à l’automne, c’est presque comme si on appuyait sur le bouton recommencer, tout change, on secoue pour tout effacer comme sur un Etch-a-Sketch et on recommence. »

Ses opposants ont sauté sur la gaffe et pas seulement au Parti républicain… la campagne démocrate a produit deux publicités en deux jours qui reprennent la gaffe de l’Etch-a-Sketch

Rick Santorum et Newt Gingrich, deux des opposants de Mitt Romney dans la course républicaine, vont à tous leurs événements de campagne avec une petite tablette rouge sous le bras. Et ils ne se gênent pas pour dénoncer le manque de conviction du candidat qui les distance allègrement. Cette histoire n’a pas fini de le hanter.

Et en post-scriptum, il faut mentionner une conséquence tout à fait américaine à la controverse : les ventes d’Etch-a-Sketch ont augmenté (la petite tablette rouge avec ses deux boutons blancs s’est hissée aux premiers rangs sur Amazon) et les actions de la compagnie qui les produit, Ohio Art Company, ont monté en flèche, une augmentation de 212 % en une journée.

Le retour du candidat mal-aimé

Jeudi 8 mars 2012 à 15 h 21 | | Pour me joindre

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MCAuger

WASHINGTON — À première vue, c’est une grande victoire : 6 États sur 10 et plus de la moitié des délégués en jeu. Pourtant, il y a plus de feux jaunes que de feux verts dans la victoire de Mitt Romney au « super mardi ».

En montrant qu’il n’est pas capable de passer la barre des 30 % dans les États du Sud profond et qu’il y a toujours autant d’électeurs républicains qui ont des doutes sur sa candidature, Mitt Romney est retourné, en quelque sorte, à la case départ. Celle du candidat mal-aimé qui doit tout prouver aux membres de son propre parti.

Le problème de Mitt Romney n’est pas qu’il pourrait perdre. C’est maintenant hautement improbable. Pour gagner, l’un de ses trois adversaires devrait remporter les deux tiers des caucus et primaires qui restent. Mission impossible, pour ainsi dire.

De plus, à partir de maintenant, plusieurs États tiendront des primaires « winner-take-all », où le gagnant, ne serait-ce que par une voix, remporte tous les délégués de l’État. Une recette qui ne peut qu’aider le meneur dans la course. Il reste que Mitt Romney aura tout de même à gagner près de la moitié (47 %) des délégués qui reste à choisir pour l’emporter dès le premier tour. C’est difficile, mais jouable compte tenu des règles.

Il faut aussi dire que le scénario de la convention bloquée, où un candidat qui ne s’est pas soumis à l’épreuve des primaires pourrait surgir et sauver le parti, n’est pas réaliste. D’abord, parce que les principaux candidats potentiels y ont déjà renoncé, et aussi parce qu’il serait impensable de détourner ainsi l’exercice démocratique des primaires au profit d’une convention manipulée par de prétendues éminences grises du parti.

Normalement, à ce moment-ci de la course, les candidats moins bien placés seraient forcés de reconsidérer leur campagne et de se retirer. Le plus souvent par manque d’argent.

Sauf qu’avec le jugement de la Cour suprême de 2010 levant toutes les limites de financement et permettant la création des Super PAC (organismes prétendument indépendants des campagnes officielles, mais qui peuvent recevoir des fonds et dépenser sans limites), il suffit d’avoir des amis fortunés qui ne s’occupent pas trop des résultats électoraux. Comme ce milliardaire de Las Vegas qui finance Newt Gingrich à coup de chèques de cinq millions de dollars.

Traditionnellement, les candidats se retiraient aussi soit pour le bien et l’unité du parti, soit par ambition personnelle (comme d’avoir une chance d’être choisi candidat à la vice-présidence), soit pour préserver ses chances pour une prochaine fois.

Toutefois, les règles habituelles ne jouent pas vraiment cette année.

Ni Ron Paul (76 ans) ni Newt Gingrich (69 ans) ne seront là au prochain cycle électoral. Quant à Rick Santorum (53 ans), il répète sur tous les tons que l’avenir du parti passe par un vrai conservateur comme lui et pas par tous ces modérés qui finissent par perdre comme John McCain, il y a quatre ans, ou Mitt Romney, cette année.

La course va donc se poursuivre pendant encore quelques semaines avec des candidats qui n’ont pratiquement aucune chance de l’emporter, mais qui continuent la course, au risque d’affaiblir l’éventuel candidat républicain à la présidence.

Mitt Romney finira certainement par obtenir le nombre de délégués requis, donc la nomination. Cela semble désormais acquis. Reste à savoir dans quel état le candidat mal-aimé se trouvera quand il franchira enfin la ligne d’arrivée.

Une des choses qui m’avait frappée pendant les trois ans où j’ai été basée à Paris, c’est à quel point le rapport à l’argent des Français (et de plusieurs autres Européens) est différent de celui des Canadiens et des Américains.

Et depuis que je vis à Washington, ce constat est renforcé. Les Français parlent peu d’argent, on peut même dire que ça les met mal à l’aise. Ceux qui parlent de prix passent pour de nouveaux riches. Même les montres trop voyantes (du président Sarkozy, entre autres) et les voitures trop tape-à-l’oeil (de Dominique Strauss-Kahn, par exemple) attirent les reproches et la déconsidération. Ce n’est pas qu’il n’y a pas de richesse, mais mieux vaut qu’elle se manifeste dans une certaine sobriété. Une petite robe noire de chez Chanel peut coûter plus de 2000 euros, mais elle ne fait pas m’as-tu-vu et jamais on ne mentionnerait son prix.

Aux États-Unis, la donne est différente. Ici, c’est le pays de la réussite. Le rêve américain c’est que tous les rêves peuvent se réaliser, à condition d’y mettre l’effort nécessaire. Et être riche c’est avoir réussi! On parle du prix des maisons, des voitures, des chaussures. Le magasinage est un sport national… « Money makes the world go round », a écrit Fred Ebb, le parolier américain de Cabaret.

Alors, il est un peu surprenant ces jours-ci de voir le Parti républicain aux prises avec pas un, mais deux débats qui tournent autour de l’argent et de Mitt Romney, le meneur de la course à l’investiture du parti, en vue des élections présidentielles de novembre prochain.

Romney et Bain Capital

Le premier débat porte sur la façon dont Mitt Romney a fait son argent lorsqu’il dirigeait Bain Capital, une société de capital de risques. Quelques-uns de ses opposants républicains laissent entendre qu’il n’a pas fait son argent de façon morale. Rick Perry, le gouverneur du Texas, l’a même décrit comme un vautour.

Au coeur du débat, le fonctionnement des sociétés de capital de risques, qui rachètent des compagnies naissantes ou en difficulté avec l’argent de leurs investisseurs, les mettent en bonne santé financière ou tirent le maximum de leurs actifs avant de les revendre ou de les fermer, à profit idéalement. Mitt Romney dit qu’il a un bilan enviable avec Bain Capital, et que sous sa gouverne, des milliers d’emplois ont été créés. Ils ne parlent pas des mises à pied qui ont dû être faites.

Un documentaire de 27 minutes commandité par les sympathisants d’un de ses opposants, Newt Gingrich, se fait un plaisir de mettre en lumière les exemples moins reluisants des investissements de Bain Capital. Le documentaire contiendrait cependant plusieurs erreurs, et Newt Gingrich a dû s’en désolidariser.

Mais la question demeure : y a-t-il une bonne et une moins bonne façon de faire de l’argent légalement?

Romney et l’impôt

L’autre débat autour de M. Romney touche aux impôts qu’il verse. Ses opposants réclament depuis plusieurs jours qu’il rende publiques ses déclarations d’impôt, dans le but bien entendu de montrer qu’il est beaucoup trop riche, bien trop loin de l’Américain moyen. Cela viendra, répond-il, ce sera même une obligation s’il est élu.

Mais M. Romney a tout de même levé un peu le voile, en affirmant qu’il est imposé autour de 15 % sur quelques millions de dollars de revenus, parce que la plupart de ses revenus sont des revenus d’investissements, moins taxés que les revenus d’emploi.

Et Mitt Romney, sur cette question, s’est mis lui-même dans le trouble avec un peu d’aide du Parti démocrate. Il a dit qu’il avait eu quelques autres revenus, dont les gages qu’il reçoit lorsqu’il prononce des discours, mais que ce n’était pas un gros montant. Or, le Parti démocrate a rappelé que selon les informations données par M. Romney lui-même, ses revenus de discours avaient été de 374 000 $ l’an dernier, soit plus de sept fois le revenu moyen d’une famille américaine.

Il n’y a qu’à espérer qu’il ne pariera 10 000 $ avec personne (autre gaffe lors d’un débat en Iowa, en décembre dernier, qui a soulevé son manque de contact avec la réalité) que ces histoires seront vite oubliées!

WASHINGTON En se retirant de la course à l’investiture républicaine à ce moment-ci ce qui a pour effet de donner la victoire à Mitt Romney l’ex-ambassadeur des États-Unis en Chine Jon Huntsman vient de se donner le statut de favori de la course de… 2016, si, bien sûr, Romney ne l’emportait pas en novembre.

Huntsman quitte la course pour une seule et bonne raison : il ne va pas gagner en Caroline du Sud, samedi prochain, et chaque vote qu’il prendrait serait autrement allé à Romney. En se retirant maintenant, il donnera au favori 8 ou 10 % des voix supplémentaires, de quoi assurer sa victoire.

En fait, il ne fait que suivre exactement la voie qu’avait empruntée Mitt Romney, il y a exactement quatre ans. Avant qu’il ne devienne absolument évident qu’il ne pourrait battre John McCain, Romney s’est retiré de la course, même s’il avait les ressources pour continuer un bout de temps. Il a tout de suite annoncé son appui pour McCain et a passé le reste de l’année à faire campagne pour des candidats républicains d’un bout à l’autre du pays.

Avec le résultat que Romney s’est fait des amis un peu partout, et surtout dans l’establishment du Parti républicain. Et ce dernier a reconnu en lui un homme qui faisait passer l’intérêt du parti avant son intérêt personnel. Quatre ans plus tard, il est le favori pour l’investiture républicaine et en bonne voie de l’obtenir.

Pour Jon Huntsman, cette campagne se solde par un succès d’estime. Il a vite été vu comme l’un des trois (avec Romney et Newt Gingrich) candidats ayant le bagage d’expérience et la profondeur pour être président des États-Unis. Les autres, que ce soit Monsieur Pizza (Herman Cain) ou Madame Tea Party (Michele Bachmann), n’auraient jamais dû se retrouver sur l’estrade et ont surtout nui à l’image de marque du Parti républicain en passant les six derniers mois dans des débats télévisés où ils avaient autant de place que les trois autres.

Mais, pour Jon Huntsman, le succès d’estime qu’il a remporté au New Hampshire peut être un point de départ. Il peut utiliser sa notoriété pour bâtir en vue de 2016. En attendant, il fera campagne pour Romney, en prenant bien soin de collectionner les éventuels renvois d’ascenseur.

Huntsman en 2016, donc? Dans ce pays où on est en campagne électorale permanente, il y a certainement des gens qui ont commencé à y penser…

Le Tea Party

Une autre faction du Parti républicain qui pourrait avoir perdu au jeu de « Qui perd gagne » est le Tea Party. Ces représentants ont été la révélation des élections de mi-mandat en 2010 et ont largement contribué, depuis, au blocage politique que l’on constate au Congrès.

D’abord, leur représentante dans la course à la présidence, Michele Bachmann, a été la première à jeter l’éponge après les caucus de l’Iowa à cause de ses faméliques appuis.

Le Tea Party n’a surtout pu imposer un candidat crédible pour empêcher que la nomination aille à un modéré comme Mitt Romney. Pourtant, la naissance même du Tea Party est venue de la défaite du tout aussi modéré John McCain en 2008. Pour ceux qui allaient se retrouver dans la mouvance du Tea Party, c’était la preuve que la modération n’apporte pas la victoire et que, tant qu’à y être, aussi bien choisir un candidat qui partage nos valeurs.

Le problème, c’est que la campagne républicaine nous montre que lorsqu’on pose la question aux électeurs plutôt qu’aux militants, ils préfèrent encore les candidats modérés…

L’influence du Tea Party ne s’est guère fait sentir dans le choix du candidat républicain à la présidence, et elle est en nette baisse dans les autres aspects de la vie politique.

Pas étonnant que pratiquement la moitié des Américains estiment que le Tea Party nuira aux républicains lors des élections de novembre. Les partisans du Tea Party détestent peut-être le mot « compromis », mais la plupart des Américains croient que c’est essentiel quand on veut diriger un pays comme les États-Unis.

Les pires ennemis des républicains

Jeudi 12 janvier 2012 à 16 h 35 | | Pour me joindre

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MCAuger

WASHINGTON – Les pires ennemis du Parti républicain sont-ils les républicains eux-mêmes? On est en droit de se le demander quand on voit la tournure qu’est en train de prendre la course à l’investiture du parti en vue de l’élection présidentielle de novembre.

Depuis le début informel de la course, l’été dernier, tous les candidats ont été, chacun leur tour, en tête des sondages. Tous ont été « la saveur du mois » contre Mitt Romney, ce favori mal-aimé parce que trop modéré, qui finira sans nul doute par gagner la course à l’investiture, mais à quel prix?

Trop modéré, pas assez conservateur, vire-capot sur nombre de sujets importants pour les conservateurs comme l’avortement ou le contrôle des armes à feu, on a tout reproché à Romney. Même d’être un trop bon capitaliste.

La campagne de Newt Gingrich a même acheté une vidéo de 27 minutes qui dénonce les méthodes de Bain Capital, la société que dirigeait Romney avant d’entrer en politique.

http://www.youtube.com/watch?v=UYg_OdXNc1Q

La vidéo veut montrer des manœuvres à l’éthique douteuse de la part de Bain Capital. C’est peut-être le genre d’arguments que voudront exploiter les démocrates. Cela dit, c’est une tout autre chose que de voir un autre candidat républicain utiliser un vocabulaire qui est plutôt associé à des mouvements comme Occupy Wall Street!

Même si elles sont déplacées, les attaques personnelles désespérées contre un candidat ou un autre font partie des campagnes électorales, et les électeurs finissent tôt ou tard par les oublier. Mais les républicains ont connu une campagne à l’investiture qui a réussi à salir la réputation du parti et de sa marque de commerce.

La principale vitrine du Parti républicain, ces derniers mois, a été la quinzaine de débats des candidats à la présidence, dont les cotes d’écoute à la télévision ont été fort respectables. Sauf que ces débats, souvent organisés par des groupes représentant la droite du parti (Tea Party, Fox News, etc.), ont surtout donné une plateforme aux candidats qui défendaient des idées plus radicales.

Les débats sont vite devenus des tests pour débusquer ceux qui s’écarteraient du credo républicain de cette année : aucune hausse d’impôts de quelques formes que ce soit, une opposition totale au mariage gai, déportation pour les immigrants illégaux, refus de reconnaître les changements climatiques, abolition de la réforme de la santé et de plusieurs organismes comme l’Agence de protection de l’environnement.

Quand un candidat remettait en question cette orthodoxie, il devait encaisser les attaques nourries de ses adversaires. Même quand on ne faisait que reconnaître une certaine réalité, comme lorsque Newt Gingrich avait tout simplement noté qu’il était illusoire de penser déporter les 11 ou 12 millions d’immigrants en situation illégale, dont certains vivent aux États-Unis depuis des décennies.

Avec le résultat que le Parti républicain est en voie de s’aliéner une grande partie de la communauté d’origine latino-américaine, dont il aurait pourtant grand besoin pour gagner certains des États qui vont déterminer la prochaine élection, en particulier dans le Sud-Ouest.

C’est une réalité incontournable de la politique américaine de courtiser les militants « purs et durs » pour obtenir la nomination de son parti et d’aller ensuite à toute vitesse vers le centre, vers les indépendants, là où l’on gagne les élections.

Encore faut-il que la course à l’investiture n’ait pas obligé le candidat à défendre des positions qui deviendront autant de boulets pendant l’élection générale.

Mais les militants républicains ne croient pas à cet argument. Pour eux, la défaite du modéré John McCain contre Barack Obama, en 2008, est la preuve que modération n’est pas garantie de victoire aux élections. D’où cette insistance à obliger les candidats de cette année à prendre des engagements bétonnés sur les questions qui leur tiennent à cœur.

Romney le mal-aimé finira par obtenir la nomination. Il est le seul à avoir le financement et l’organisation pour continuer très longtemps dans cette course. Mais ce sera un candidat qui n’inspire pas tellement ses propres troupes. Un mariage de raison plutôt que d’amour, donc, et avec un contrat de mariage qui pourrait se révéler bien encombrant.