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Hillary Clinton
Crédit : iStock/Getty/Dan Kitwood

C’est à la fois l’événement littéraire de l’année et l’un des temps forts de la politique américaine. Hillary Clinton, l’ex-première dame, jadis sénatrice, ancienne secrétaire d’État, lance son plus récent livre. Une brique qui semble signaler le début de la vraie campagne pour la première femme à briguer la présidence des États-Unis. Ce n’est pas officiel, mais qui peut en douter? Après tout, la biographie de HRC sur Twitter se termine par le subtil « glass ceiling craker, TBD » (démolisseuse de plafond de verre, à suivre…).

Le livre fait plus de 600 pages. Le titre du livre Hard choices (que l’on peut traduire par Décisions difficiles) fait surtout référence au temps où Hillary Clinton était secrétaire d’État sous Obama (2009-2013).

Voici cinq données sur la femme et son livre pour que vous sachiez de quoi il s’agit, avant même d’avoir lu l’ouvrage.

C’est sa version des événements

Le livre permet à Hillary (on parle souvent d’elle ainsi aux États-Unis) de donner son point de vue définitif sur des éléments controversés de son passé. C’est aussi l’occasion d’admettre, candidement, des erreurs de jugement. Elle revient sur l’attaque contre la mission diplomatique de Benghazi, en 2012, pendant laquelle un ambassadeur américain a été tué. Un événement ensuite utilisé pour critiquer l’administration Obama. Difficile de s’entendre sur ce qui s’est passé exactement, avance-t-elle.

Elle parle aussi du raid qui a mené à la mort d’Oussama ben Laden (le raid de 15 minutes lui a paru une éternité). Hillary Clinton lève (un peu) le voile sur les longues négociations pour la libération du sergent Bowe Bergdahl (tout échange avec les talibans sera difficile à avaler pour les Américains, explique-t-elle). Elle s’en prend aussi à Vladimir Poutine, selon elle un autocrate qui n’aime pas la critique.

Le but n’est pas de faire des vagues

N’oubliez pas, ce livre est écrit par une femme qui n’a pas terminé sa carrière. Il ne faut pas y chercher des règlements de comptes ni des révélations fracassantes sur les tractations à la Maison-Blanche sous Obama. CBS dit avoir lu l’ensemble du livre et le juge bien timide. Le bouquin n’est donc pas un bon guide lorsqu’il s’agit de déterminer si Clinton a fait une bonne secrétaire d’État. Je vous renvoie aux experts, qui avertissent des périls de ce genre d’exercice.

Le livre sert à polir son image

Le livre offre aussi un côté plus doux et maternel d’Hillary Clinton. Elle évoque de nombreux souvenirs de sa mère, décrite comme une source d’inspiration et de réconfort dans les temps difficiles. Le magazine Vogue en a d’ailleurs publié des extraits… juste à temps pour la fête des Mères. Ces passages permettent peut-être à Hillary Clinton de se débarrasser de l’image qui lui collait lors de sa campagne contre Barack Obama en 2008, où on la jugeait trop froide et calculatrice.

Hillary Clinton au mariage de sa fille Chelsea
Hillary avec sa mère, Dorothy Rodham et sa fille Chelsea en 2010

Elle met fin à certaines rumeurs

En lançant son livre, Hillary Clinton entreprend aussi un marathon publicitaire. Une vingtaine d’apparitions publiques en trois semaines, au Canada et sur les deux côtes américaines. C’est pour augmenter les ventes, bien sûr, mais probablement aussi pour faire taire les mauvaises langues au sujet de son âge et de sa santé. Les républicains aiment bien souligner qu’elle aura 69 ans vers la fin de campagne de 2016. On a insinué qu’il y avait un lien à faire entre une hospitalisation en 2012 et des troubles au cerveau, finalement tous des faits sans fondement. Une autre rumeur a récemment couru : Hillary utiliserait une marchette pour se déplacer.

 

Elle ne répond pas à votre principale question, sauf que…

Si les républicains cherchent déjà à percer l’armure d’Hillary Clinton, c’est parce que son accession à la présidence des États-Unis semble inévitable. Les récents sondages lui donnent une large avance sur les meilleurs candidats républicains. Les analyses des forces et faiblesses de son éventuelle candidature se multiplient depuis de nombreux mois. Les rétrospectives de sa carrière également. D’ailleurs, la tournée de promotion du livre est vue par plusieurs comme une sorte de répétition générale avant une campagne à l’investiture.

Quand se lancera-t-elle formellement dans la course? La principale intéressée soutient que son choix n’est pas encore arrêté, qu’elle y réfléchira après les élections de mi-mandat de novembre. Pour la fin de son livre, Hillary Clinton a choisi des mots qui rappellent le titre qu’elle donne à son bouquin :  « Le temps pour prendre une autre décision difficile viendra assez rapidement. »

La saison des coups bas est ouverte

mercredi 14 mai 2014 à 23 h 40 | | Pour me joindre

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La déclaration est d’abord passée inaperçue. Puis, un tabloïd new-yorkais l’a reprise, ce qui a été suffisant pour déclencher une avalanche de critiques et de commentaires. Après tout, l’accusation vient d’un maître stratège républicain. La cible n’est nulle autre que la femme que plusieurs voient déjà comme la prochaine présidente des États-Unis.

Hillary Clinton à sa sortie de l’hôpital, le 2 janvier 2013, entourée des membres de sa famille.

La semaine dernière, Karl Rove (le stratège dont les talents ont permis l’élection de George W. Bush) a laissé entendre qu’Hillary Clinton n’avait pas tout dit à propos d’un accident qui l’a conduit à l’hôpital à la fin 2012, alors qu’elle était secrétaire d’État. Officiellement, il s’agit d’une commotion cérébrale et d’un caillot au cerveau, une explication pas assez convaincante pour M. Rove. « Elle passe 30 jours à l’hôpital, a-t-il lancé. Et quand elle ressort, elle porte des lunettes qui sont uniquement pour des gens qui ont subi des lésions cérébrales traumatiques? On a besoin de savoir ce qui en est vraiment. »

Les porte-parole de l’ancienne première dame ont rapidement tenté d’éteindre le feu. « SVP, dites au docteur Rove qu’elle est à 100 % », a-t-on expliqué. Mais le mal était fait. La machine à spéculation américaine s’est emballée. Karl Rove a essuyé bien des critiques pour une affirmation jugée bien basse.

Même son mari Bill Clinton a dû se prononcer. « J’étais abasourdi, a lancé l’ex-président. Elle s’entraîne chaque semaine. Elle est probablement plus en forme que moi. »

Bill Clinton a aussi tenté de minimiser le tout avec humour. « Ils (les républicains) affirment qu’elle passe une audition pour un rôle dans (la série de zombies) The walking dead. Il ne faut pas trop se fâcher, ce n’est que le début. » En parlant de début, l’ex-président laisse entendre que les attaques vont empirer si sa femme se lance dans la course à la présidence. (La réaction des Clinton est d’ailleurs jugée bien révélatrice, aux yeux de certains observateurs.)

Maladroite ou pas, c’est une salve bien personnelle qu’a servi le stratège républicain. Et Karl Rove ne semble pas vouloir s’arrêter là…  Il rappelle qu’Hillary Clinton aura 69 ans à la fin de 2016, que son état de santé pourrait inquiéter les électeurs. Ses gestes rappellent aussi que les adversaires de la candidate pressentie seraient bien sans pitié lors de la prochaine campagne.

Hillary Clinton TBD

mardi 11 juin 2013 à 14 h 35 | | Pour me joindre

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Twitter:

manonglobensky

Hillary Clinton a fait une entrée remarquée sur Twitter. Sur ce qui sera son site officiel maintenant qu’elle n’occupe aucune fonction publique, @HillaryClinton met en ligne une biographie très intéressante d’elle-même où, après avoir résumé les fonctions qu’elle a occupées (FLOAR veut dire première dame de l’Arkansas, FLOTUS, première dame des États-Unis), elle relève avec humour l’intérêt démesuré parfois accordé à sa coiffure ou à ses tailleurs-pantalons. Démolisseuse de plafonds de verre, conclut-elle, et TBD –to be determined– ou « à suivre » dirait-on en français.

L’engouement a été immédiat. Mille abonnés à la minute au début, plus de 350 000 après une journée, le suspense que cet « à suivre » entretient à propos de ses plans pour les élections présidentielles de 2016 a donné lieu à une vague d’excitation chez les observateurs politiques.

Et son premier tweet remercie les créateurs d’un site Tumblr, « Texts from Hillary », qui à la blague faisait état de toutes sortes de spéculations sur la candidature de l’ancienne secrétaire d’État. Dorénavant ce sera #TweetsFromHillary!

Officiellement Mme Clinton se repose (n’oubliez pas l’incident du caillot de sang près du cerveau du début de l’année), et elle écrit un livre. Elle fait un peu de travail pour la Fondation Clinton, avec son mari Bill et sa fille Chelsea. Il y a d’ailleurs un lien avec le site web.

Plusieurs personnalités ont salué son arrivée sur Twitter : Bill Clinton bien sûr, Ellen DeGeneres, John King, Julia Gillard, Cécile Duflot, John McCain et son ancien rival à la présidence, un certain Barack Obama, qui lui souhaite la bienvenue et écrit qu’il faut désormais rester à l’écoute des vrais #TweetsFromHillary.

 

Le « départ » d’Hillary

vendredi 1 février 2013 à 14 h 22 | | Pour me joindre

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Twitter:

manonglobensky

Hillary Clinton quitte ses fonctions de secrétaire d’État, et comme la plupart des femmes journalistes qui couvrent la politique ou la diplomatie américaine, son départ me touche presque personnellement.

Hillary Clinton n’est pas la première femme secrétaire d’État, bien sûr. Madeleine Allbright et Condoleezza Rice, avant elle, ont aussi mené ce portefeuille d’une main ferme.

Mais Hillary fait remonter à la surface cet esprit de sororité encore plus que les autres, peut-être parce qu’elle s’est tant attachée à défendre la cause des femmes et des jeunes filles pendant ses quatre ans au département d’État.

Et peut-être aussi parce qu’elle a moins senti le besoin que ses prédécesseures de se comporter exactement comme un homme. La chef de la diplomatie américaine n’a pas hésité à danser à plusieurs reprises pendant ses voyages. Elle n’a pas caché son émotion lorsqu’elle a enfin pu rencontrer Aung San Suu Kyi à Rangoon.

Bien sûr, ses « sœurs » journalistes, moi la première, ne lui ont pas fait de cadeau, s’esclaffant ou se désolant chaque fois qu’elle se présentait mal coiffée, mal habillée ou parée d’un collier beaucoup trop gros pour elle.

Mais n’allez surtout pas parler à Hillary Clinton de sa coiffure ou de ses rides, elle s’en fout. D’ailleurs, une des meilleures photos d’elle est probablement celle où elle surveille la progression de l’opération contre Ben Laden aux côtés de Barack Obama : pas maquillée, la main devant la bouche, la tension clairement visible sur son visage.

Pendant la série d’entrevues qu’elle a accordées, elle a répondu à une question d’un jeune homme en Inde qui s’interrogeait sur le fait que les femmes aujourd’hui doivent encore démontrer qu’elles sont capables d’occuper des postes comme le sien :

« Voilà une question qui mériterait une entrevue au complet, mais permettez-moi de dire deux choses. D’abord, les choses se sont améliorées. Je suis à même de le constater, puisque j’ai fait de la politique, ou je l’ai côtoyée depuis plusieurs années. Mais il y a quand même un double standard. Et ce double standard, il s’applique aux petites choses, comme ce que vous portez, et aussi aux choses extrêmement sérieuses, comme le fait que les femmes ne peuvent pas encore voter partout, elles ne peuvent pas toujours être candidates ou même paraître en public. C’est une vaste série de barrières culturelles et légales au respect des femmes, à leur pleine participation à la société. Et donc, il y a encore du chemin à faire. […]

Et la deuxième chose que je dirais, c’est que ça a été et ça va demeurer la cause de ma vie, même après mon départ du département d’État. […] Quand on met des obstacles sur la route de la moitié de la population, on freine ni plus ni moins le développement même d’une nation. […] J’ai été très encouragée et même fière de voir tant de jeunes hommes et de jeunes femmes manifester contre la façon dont les femmes sont traitées par des hommes qui ne comprennent pas ou n’ont pas appris qu’il n’y a pas que leurs sœurs et leurs mères qui sont dignes de respect, mais toutes les filles et toutes les femmes. » (Hillary Clinton, Townterview, Newseum, 28 janvier 2013)

Hillary Clinton part, mais elle ne prend pas sa retraite. Elle insiste sur le fait qu’elle doit d’abord rattraper 20 ans de sommeil perdu, puis qu’elle va se remettre au travail, probablement faire des discours et travailler de concert avec la fondation de son mari Bill.

Il faut donc mettre le mot « départ » entre guillemets dans son cas. Surtout qu’on sait qu’elle ne ferme pas la porte à une course à la présidence en 2016, à 69 ans. Elle ne la ferme ni ne l’ouvre en fait. Comme à son habitude, Hillary Clinton va évaluer très rationnellement au cours des prochains mois quelle sera à l’avenir la meilleure façon pour elle, en tant que femme, d’avoir le plus d’influence.