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Rencontre entre Barack Obama et Vladimir Poutine au G8 en juin 2013

Rencontre entre Barack Obama et Vladimir Poutine au G8 en juin 2013 : pas l’entente cordiale…

Au moment où la question de la Syrie monopolise l’attention au sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, et suscite un véritable dialogue de sourds, cette crise, et l’incapacité à la régler, est révélatrice du côté de plus en plus dysfonctionnel des relations entre la Russie et les États-Unis. S’il est exagéré de parler d’un retour à la guerre froide entre Washington et Moscou, il est tentant aujourd’hui de parler de guerre tiède.

Syrie, Libye, réduction de l’armement nucléaire, adoption internationale, Edward Snowden, affaire Magnitsky, expulsion régulière d’espions de part et d’autre… Les pommes de discorde ne manquent pas ces jours-ci entre Moscou et Washington. La remise à plat des relations voulue par Obama et Medvedev semble désormais morte et enterrée. Depuis un an, les désaccords sont si systématiques qu’on pourrait penser qu’ils sont le fruit de l’inimitié bien réelle entre Vladimir Poutine et Barack Obama.

Les deux hommes ne s’apprécient guère, certes, mais selon l’analyste Fyodor Loukianov, la tension actuelle s’explique davantage par une crise de confiance entre les deux capitales. D’après le rédacteur en chef du magazine Russia in Global Affairs, la méfiance de Vladimir Poutine envers l’Amérique vient peut-être d’un vieux réflexe d’agent du KGB formé au temps de la guerre froide, mais ce sentiment se nourrit sans cesse d’éléments nouveaux. Et le président russe craint une chose par-dessus tout, soit se trouver un jour dans le collimateur d’un des changements de régime orchestrés ou soutenus par Washington (Serbie, Ukraine, Libye et bien d’autres).

À tort ou à raison, l’homme fort du Kremlin est ainsi persuadé que les importantes manifestations d’opposition contre lui l’hiver dernier ont été aidées et financées par Washington. D’après Maria Lipman, du centre Carnegie, c’est cette raison qui l’a poussé à mettre un terme aux activités de USAID en Russie, et à faire voter une loi obligeant les ONG internationales « exerçant une activité politique en Russie et recevant des fonds de provenance autre que russe » à se déclarer auprès des autorités en tant qu’« agents de l’étranger ».

Vu sous cet angle, l’entêtement russe dans le dossier syrien prend un tout autre sens. Selon Fyodor Loukianov, Vladimir Poutine n’éprouve pas d’affection particulière pour Bachar Al-Assad, et l’importance des liens économiques, historiques ou stratégiques entre les deux capitales a été beaucoup exagérée. L’analyste en est convaincu : Vladimir Poutine veut surtout mettre un terme à la manie américaine de s’ingérer dans les affaires d’un pays souverain et d’en renverser le chef d’État, fut-il dictateur.

Barack Obama a beau dire que les frappes punitives qu’il envisage actuellement contre la Syrie ne visent pas à faire tomber le régime au pouvoir à Damas, Vladimir Poutine se méfie. Il veut à tout prix éviter une répétition de l’exemple libyen où, armée d’une résolution de l’ONU imposant une interdiction de survol, l’OTAN a changé l’équilibre des forces sur le terrain et a fini par faire tomber le régime du colonel Kadhafi.

Autre élément à ne pas négliger : la popularité de Vladimir Poutine découle en bonne partie d’un fond de nostalgie assez largement partagé en Russie pour la grandeur passée de l’URSS. Chaque fois qu’il se tient debout face à Washington et qu’il est vu comme le seul à pouvoir le faire, comme dans le cas de Snowden; chaque fois qu’il se comporte comme l’empêcheur de tourner en rond, Poutine marque des points auprès d’une frange importante de l’électorat. Il est payant politiquement en Russie de s’opposer à Washington. La position de Poutine sur la Syrie répond aussi à cette logique.

Dernier point qui a aussi son importance, Poutine, comme Obama, est un peu prisonnier de ses prises de position et de ses déclarations passées. Un duel de coqs où aucun ne peut changer d’avis ou adoucir publiquement sa position sans passer pour un faible. Et plus Obama joue les gros bras dans le dossier syrien, plus il condamne Poutine à s’ancrer dans ses positions, et ce, même s’il devient de plus en plus délicat pour lui de soutenir publiquement le régime Al-Assad. Cela dit, il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir et, à ce chapitre, Washington a peu de leçons à donner puisque tant la Maison-Blanche que le Département d’État pratiquent l’aveuglement volontaire sur l’importance et l’influence réelle et sans doute grandissante d’Al-Qaïda au sein des troupes rebelles.

Dans ces circonstances, il ne faut pas attendre grand-chose des discussions sur la Syrie qui auront lieu au sommet du G20 à Saint-Pétersbourg. Les civils innocents en Syrie pris entre deux feux, tant au sens propre qu’au sens figuré, et qui ne savent plus depuis longtemps à quel saint se vouer devront, une nouvelle fois, chercher ailleurs une solution à leur malheur.

Vivre en guerre

Dimanche 2 décembre 2012 à 10 h 36 | | Pour me joindre

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Mon reportage à Dimanche magazine, diffusé le 2 décembre :

Venir, repartir…

Vendredi 30 novembre 2012 à 9 h 46 | | Pour me joindre

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Un habitant d'Alep
Un habitant d’Alep

Retour demain à Montréal… Je lis qu’il y fait nettement moins chaud qu’à Killis, petite ville turque où nous sommes, à 5 km de la frontière syrienne. Moi et mon collègue Luc Chartrand avons même passé quelques instants sur une terrasse de café, en compagnie d’Ahmed, un réfugié qui a fui Alep il y a trois mois.

À Killis, des Syriens, il y en a beaucoup. Certains sont dans des camps, mais d’autres, ceux qui le peuvent, ont pris un appartement dans la ville. Si proches, mais si loin de chez eux… Aujourd’hui, impossible de joindre ceux qui sont restés là-bas, où plus rien ne fonctionne, ni Internet ni téléphone. Rien de rassurant.

Killis ne connaît pas les bruits de la guerre, mais elle en a la tristesse. Le soir, dans ce café où nous sommes allés, des familles entières viennent pour fumer une chicha, échanger des nouvelles, pendant que les enfants, privés d’école, sautent sur le trampoline installé sur la terrasse. De ceux qui sont partis, on dit généralement qu’ils sont « sains et saufs », pour reprendre la formule consacrée. Physiquement, peut-être. Pour le reste, sort-on vraiment indemne d’une tragédie comme celle-là?

Je disais que nous repartions pour Montréal demain matin. Ces derniers jours, nous avons raconté ce que nous avons vu à Alep.

Peut-être pas de quoi tomber à terre, a écrit Pierre Foglia, dans une de ses chroniques. Entièrement d’accord, ce n’est pas nous qui tombons. Mais pour ceux qui ont perdu la vie, leurs proches, leur maison, c’est le monde qui s’écroule. Et tant que leur monde s’écroulera, il faudra le dire, et le redire, jusqu’à ce qu’il cesse de s’écrouler.

En repartant, je penserai à tous ces gens qui nous ont livré leur histoire sans jamais nous dire qu’elle avait déjà été racontée, qu’il n’était pas nécessaire de venir. À ces enfants qui nous ont souri en tournant autour de la caméra de Sylvain et de Marie-Ève, sa réalisatrice. À ces hommes et ces femmes inquiets et en colère, qui veulent que la paix revienne, et avec elles, ceux qui ont fui les bombes et le chaos.

Quant à nous, nous ne faisions que passer et ramasser au passage des fragments de vies menacées de mort. Mais nous n’avons pas fait que notre métier. Modestement, nous sommes venus dire à tous ces gens, chaleureux et accueillants malgré le drame, que nous n’y étions pas indifférents. Et que notre vie ne valait pas mieux que la leur.

La colère des gens d’Alep

Jeudi 29 novembre 2012 à 18 h 13 | | Pour me joindre

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Dans tout Alep en guerre, ce qu’il manque, c’est l’argent. « Il n’y a plus de travail et les prix n’arrêtent pas de s’envoler, disent des hommes avides de paroles. Ajoutez les bombes et les tireurs embusqués, voilà notre vie. Qu’Allah fasse triompher la justice! Le mazout est cher, le pain est cher, et puis il n’y a plus d’électricité. »

La guerre, dans toute son horreur

Mercredi 28 novembre 2012 à 23 h 31 | | Pour me joindre

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Je vous entraîne dans un hôpital de la ville d’Alep, rasé quelques minutes plus tard par l’aviation syrienne. L’établissement n’est plus que décombres… et un tombeau pour une quarantaine de personnes qui s’y trouvaient. Une médecine de guerre, avec très peu de moyens.

La vie en temps de guerre

Mercredi 28 novembre 2012 à 17 h 54 | | Pour me joindre

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Témoignage d’un citoyen d’Alep qui vit dans un quartier contrôlé par les rebelles : « La vie est plus dure qu’avant. Avant c’était la simplicité, le travail. Maintenant on ne peut pas marcher facilement, surtout après 7 h, 6 h du soir. Avant on pouvait marcher à minuit, à 2 h du matin, aller dans les souks. Maintenant c’est le contraire. Il y a toujours des bombardements. On a perdu plusieurs enfants, plusieurs familles. »

J’en parle à Désautels :

Alep ravagée par la guerre

Mercredi 28 novembre 2012 à 11 h 00 | | Pour me joindre

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Beaucoup d’Aleppins sont mécontents d’être pris en otage dans cette guerre :

 

Couvrir la guerre avec les plus faibles

Mardi 27 novembre 2012 à 8 h 57 | | Pour me joindre

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L'équipe de Radio-Canada en Syrie
Couvrir une guerre peut devenir une expérience très différente, selon que l’on se trouve du côté de l’armée la plus forte ou avec la plus faible. Les rebelles syriens appartiennent sans l’ombre d’un doute à la seconde catégorie.

Certains d’entre nous avaient déjà été « embeddés » dans les armées canadienne ou américaine, en Afghanistan ou en Irak. Même si de telles couvertures sont dangereuses, les journalistes y bénéficient au moins de la protection que confère la supériorité militaire des soldats qu’ils accompagnent. Ceux-ci ont les meilleures armes, de bons moyens de communication et un accès à des secours médicaux d’urgence ou d’évacuation.

Rien de tel quand on se trouve du côté d’une milice rebelle telle que celles qui se battent en Syrie.

Pendant toute la semaine que nous avons passée sur ce front, il nous a fallu d’abord passer au silence radio. Nous avons dû retirer les cartes à puces de nos cellulaires, car les méthodes de détection modernes permettent de les localiser et de les suivre. Pas de protection non plus sur la route où nous avons dû nous déplacer dans un vieux minibus déglingué.

Les rebelles que nous allons rencontrer s’abritent souvent dans des écoles. Les forces de l’armée gouvernementale connaissent leurs emplacements et celles-ci sont souvent bombardées. S’ils choisissent ces bâtiments, c’est parce qu’ils sont construits en béton et peuvent — on l’espère — résister aux bombes.

Nous voyageons aussi avec un ange gardien. Il s’appelle John Heron. C’est notre conseiller en sécurité. John a servi pendant 16 ans dans les forces spéciales britanniques, les SAS, et travaille depuis 10 ans dans le secteur privé comme conseiller en sécurité en zone dangereuse. C’est un homme calme. Il surveille constamment et évalue les risques. Il nous fait ses recommandations. C’est ensuite à l’équipe de décider si le jeu en vaut la chandelle et s’il faut avancer.

John est aussi formé en secours d’urgence. Il transporte avec lui une panoplie d’équipements fascinants : poudres coagulantes ultrarapides pour stopper une hémorragie, appareils d’injection nasale pour la morphine, pic pour creuser le tibia en cas de nécessité d’y injecter dans la moelle un médicament salvateur… Nous n’avons bien sûr rien utilisé de tout ça. Inch Allah!

Les rêves brisés d’un peuple

Mardi 27 novembre 2012 à 3 h 24 | | Pour me joindre

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Les rebelles sont convaincus que s’ils réussissent à prendre Alep, la capitale économique de la Syrie, ils parviendront à faire tomber le régime du président Bachar Al-Assad. Nous sommes allés passer quelques jours dans cette ville, qui est un théâtre féroce de guerre urbaine.

On entend les tirs toutes les minutes et les bombes tombent sans discernement sur les quartiers tenus par les rebelles. Alep est donc dans un état lamentable et les habitants manquent de tout. Paradoxalement, les gens d’Alep n’avaient pas beaucoup participé à la contestation du régime lorsqu’elle a commencé il y a 20 mois. Or, aujourd’hui, ils paient le prix fort de cette guerre.

Voici les rêves brisés d’un peuple coincé entre les rebelles et l’armée :

Les stigmates de la guerre

Lundi 26 novembre 2012 à 17 h 24 | | Pour me joindre

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À peine passé le poste frontalier de Bab Es-Salam, déjà les premiers stigmates de la guerre. Ici commence la Syrie libre :