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Pauvreté en France

Mardi 11 décembre 2012 à 16 h 26 | | Pour me joindre

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En France, le premier ministre Jean-Marc Ayrault a dévoilé les grandes orientations de son gouvernement pour lutter contre la pauvreté. L’accent est mis sur l’emploi des jeunes et l’accès au logement. Ce plan, qui sera échelonné sur plusieurs années, a été présenté aux participants à la Conférence nationale de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale, qui vient de prendre fin à Paris. Cette conférence était très attendue par les associations d’aide et des groupes de travail qui avaient soumis des recommandations au gouvernement, dans sept domaines comme l’emploi, l’aide à l’enfance, le surendettement et le logement.

Au moment où :

  • Au moins 8 millions et demi de Français doivent vivre avec moins de 964 euros (environ 1200 $CA) par mois, sous le seuil officiel de la pauvreté au pays.
  • Selon un sondage récent, la moitié des Français se sentent pauvres, ou ont peur de le devenir en ces temps de crise et de précarité.
  • La pauvreté touche près du quart des 16-25 ans. Un enfant sur cinq. Et de plus en plus de retraités, de familles monoparentales et de jeunes adultes comme Julie, rencontrée chez elle à Paris (voir photo).

Julie, une jeune Parisienne qui a de la difficulté à joindre les deux bouts
Julie, une jeune Parisienne qui a de la difficulté à joindre les deux bouts.

Julie a 27 ans. Elle a fait des études supérieures en théâtre, et elle fait partie des millions de travailleurs pauvres en France. Ces travailleurs sont à temps partiel, occupent des emplois temporaires ou encore obtiennent des contrats de courte durée, pratique très répandue en France. Les employeurs offrent souvent ce type de contrat aux jeunes.

Je vous propose des extraits du témoignage de Julie :

Sur la difficulté de se trouver un emploi quand on est jeune en France :

Sur la façon dont elle se débrouille, tandis qu’elle peut à peine arriver avec ses deux petits boulots, l’un de caissière, l’autre de vendeuse. Elle s’est vue obligée de se remettre en colocation, compte tenu des loyers très chers à Paris :

Sur le fait qu’elle ne peut pas toujours compter sur l’aide familiale. C’est le cas de bien des jeunes issus de foyers modestes :

Sur la façon dont elle conçoit l’avenir :

Mon reportage diffusé le 10 décembre :

Mon reportage diffusé le 11 décembre :

Crise en Syrie : la France s’impose

Mercredi 28 novembre 2012 à 21 h 50 | | Pour me joindre

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La France veut continuer à jouer un rôle-clé avec les rebelles du régime syrien :

Pauline Marois à Paris

Lundi 15 octobre 2012 à 16 h 03 | | Pour me joindre

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J’ai fait une entrevue avec la première ministre du Québec, Pauline  Marois, lors de son passage à Paris. Elle venait de rencontrer le président Hollande. La première ministre se dit satisfaite de cet entretien, qu’elle a qualifié de chaleureux. Elle est aussi satisfaite de la position de François Hollande sur la question nationale québécoise. Le président français a dit qu’il s’inscrivait dans la continuité de la fameuse politique de « non-ingérence, non-indifférence », qui avait été abandonnée par son prédécesseur Nicolas Sarkozy.

Voici donc l’entrevue :

Et mon compte-rendu au radiojournal : 

L’Europe n’est pas au bout de ses peines. Les prévisions économiques rendues publiques le 11 mai par la Commission européenne (récession en 2012, minirebond hypothétique en 2013, chômage à plus de 11%) ne permettent pas d’être optimiste. Elles pourraient durement plomber le mandat du second président socialiste de la Cinquième République française.  

Les deux élections du 6 mai, la grecque et la française, ont été largement interprétées comme des votes de protestation contre l’austérité. L’austérité sous toutes ses formes, sous toutes les latitudes et dans tous les contextes politiques.

Il y a celle, déjà bien concrète, qui fait souffrir les Grecs depuis deux ans, et menace de s’aggraver, au moment où le pays inventeur de la démocratie est en pleine décomposition politique. Les salaires presque réduits de moitié et le chômage à 21 % ont accouché d’un Parlement où les extrêmes – des néonazis aux trotskystes – prospèrent au détriment des deux partis traditionnels, PASOK et Nouvelle Démocratie. Le message du peuple : « Assez! Nous souffrons! Nous saignons! On n’en peut plus! »

Et puis, il y a l’austérité annoncée et crainte qui pourrait bientôt être décrétée en France, même si le nouveau président est socialiste, et même s’il a fait officiellement campagne « contre la fatalité » de ce fléau.

L’espoir d’une nouvelle politique

L’espoir de nombreux Grecs, Français, et celui de millions d’Européens en général, c’est qu’un virage « à gauche », un vote « contre l’austérité », puisse faire la différence et infléchir les politiques menées par les gouvernements. Des politiques aujourd’hui caractérisées par une obsession dogmatique des déficits et des compressions budgétaires.

Des analystes sérieux, comme le Prix Nobel d’économie Paul Krugman, ont démontré au cours des dernières années que les politiques d’austérité « à outrance », soit couper le plus possible dans les déficits, immédiatement et sans compromis, non seulement sont critiquables à cause des souffrances qu’elles infligent, mais qu’en plus, elles n’aboutissent même pas à l’assainissement promis.

Les malheurs de l’Espagne et du Portugal, sans parler de l’Irlande ou de la Grande-Bretagne, montrent depuis 2010 que cette austérité-là ne combat pas la récession, mais qu’elle semble au contraire l’alimenter de façon perverse, en coupant les liquidités et en écrasant la demande.

Cependant, même devant de telles évidences, les résistances politiques restent très fortes devant les demandes d’assouplissement.

La chancelière allemande Angela Merkel et le premier ministre britannique David Cameron incarnent cette fermeté, embrassée un moment par le président sortant Nicolas Sarkozy. Mme Merkel l’a encore dit après les deux élections de dimanche : « Il n’y aura pas de croissance à crédit, car c’est une illusion, a-t-elle fait valoir. Nous ne reviendrons pas sur les textes déjà signés. » Des textes qui disent : on coupe, on coupe, on coupe.

L’élection de François Hollande peut certes inspirer l’espoir d’un nouveau rapport de forces en Europe sur les politiques économiques. Le mot « croissance » est désormais répété comme un mantra, pour faire pièce à « l’austérité » honnie. Et la « relance », avec des politiques publiques, mais à l’échelle de l’Europe cette fois, n’est plus un sujet tabou. Encore faut-il savoir de quelles politiques on parle… et avoir l’argent pour les appliquer.

Un débat de titans

Dans le débat de titans qui s’annonce sur l’avenir d’une Europe guettée par le déclin, les Allemands continuent d’avoir le gros bout du bâton. Même si leur dogmatisme paraît dangereux, même si leur prospérité est moins méritoire qu’ils aiment à le répéter (ils ont besoin d’acheteurs, et leurs légendaires exportations ont été surtout absorbées par les autres Européens), ils ont tout de même des arguments.

L’État allemand est endetté comme les autres – proportionnellement plus, par exemple, que l’Espagne! –, mais les industries du pays sont hyperconcurrentielles, les taux d’intérêt très bas, l’excédent commercial spectaculaire, et le chômage sous les 6 % nargue le reste de l’Europe. Il est de 10 % en France, 21 % en Grèce et 25 % en Espagne.

Quand l’Allemagne parle, les autres Européens sont obligés d’écouter. Mais ils commencent à se rebiffer.

Par ailleurs, et malgré tout ce qu’on peut dire sur le besoin de croissance et les méfaits de l’austérité dogmatique, la France a un vrai, un grave problème de finances publiques. François Hollande le sait. Il a même promis l’équilibre budgétaire à l’horizon de son quinquennat. Cela implique une réduction des dépenses de l’ordre de 90 milliards d’euros par an. La croissance et la compétitivité ne se décrètent pas.

C’est pourquoi, hormis les 60 000 nouvelles embauches dans l’Éducation nationale, le candidat Hollande s’est gardé de faire des promesses trop ambitieuses. Pour éviter sans doute que le président Hollande, dans 6 mois, un an, 18 mois, se trouve à son tour avec des foules dans la rue, hurlant à la trahison devant les inévitables sacrifices qui s’annoncent.

Sarko blues

Lundi 7 mai 2012 à 12 h 19 | | Pour me joindre

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Nicolas Sarkozy quitte après avoir concédé la victoire à son adversaire dans un discours à ses partisans à la Mutualité, à Paris
Nicolas Sarkozy 

Quand je suis arrivé au poste de correspondant de Radio-Canada à Paris, en septembre 2006, je n’avais pas une grande connaissance de la politique française. Vue du Québec à ce moment, Ségolène Royal, flamboyante madone de la gauche, semblait favorite pour remporter la présidentielle de 2007.

Pourtant, à peine débarqué, j’ai immédiatement été frappé par l’effervescence incroyable qui entourait le nom de Nicolas Sarkozy. Il suffisait alors de s’asseoir à la terrasse d’un café et de tendre l’oreille pour réaliser qu’à presque toutes les tables, il n’était question que de « Sarko ». Il soulevait les passions, pour ou contre. Personne n’était indifférent.

Cet engouement tenait au caractère extraordinairement atypique du personnage. Aucune langue de bois. Un livre ouvert. Presque indécent. Il parlait sans plus de retenue de sa Cécilia qui menaçait de le quitter – et qui finira par le faire – autant que de sa volonté effrontée de rompre avec son patron d’alors, Jacques Chirac.

Cette « rupture » le portait. Une rupture avec une France profondément conservatrice, celle de gauche ou celle de droite. Il n’y avait pas de tabou. La France allait reporter l’âge de la retraite (un échec des gouvernements précédents qui s’y étaient essayés), réformer les universités, renouer avec les États-Unis, réintégrer l’OTAN, réduire la taille de l’État, remettre en question la semaine de 35 heures (mesure-fétiche des socialistes), dire de nouveau « oui » à l’Europe (les Français venaient de rejeter le traité de Maastricht) et reconduire les immigrés illégaux à la frontière!

Sarko ratissait large, dans tout le spectre politique. Il intégrait dans ses discours, au grand dam de la gauche, des citations du socialiste Jean Jaurès tout en rassurant ce peuple inquiet qui avait voté Front national lors de la précédente élection. Il n’y avait rien à son épreuve.

Il n’était pas, soit dit en passant, aussi à droite que ses détracteurs l’ont fait croire. Dès son discours économique de Saint-Étienne, à l’automne 2006, on comprenait qu’il n’était pas un néo-libéral. Ses attaques contre le « capitalisme financier », ennemi du « capitalisme industriel », préfiguraient ce qui deviendrait son leitmotiv lors de la crise de 2008 : « réformer le capitalisme ». Bien sûr, il ne réformera jamais le capitalisme. Pas plus qu’il ne mettra fin à l’État-providence français. Il aura été un président du centre droit.

Trois mois après l’avoir élu, une majorité de Français regrettaient déjà leur choix : leur président n’avait pas l’allure d’un président. Il était « bling-bling ». Il entrait à l’Élysée en faisant son jogging, portait sans complexe une Rolex et des Ray-ban et conservait la morgue qu’ils avaient tant aimée chez lui quand il était ministre de l’Intérieur. Mais pour un président, c’était une autre affaire! Pourfendre la « racaille » à titre de ministre de la police pouvait plaire aux uns. Mais « casse-toi pauv’ con », dans la bouche d’un président, ça n’allait plus pour personne…

Les Français ont un sens inné de la fonction. Un président qui n’avait pas l’air d’un président et parlait comme un voyou, ça ne pouvait pas passer. Les jeux de 2012, curieusement, étaient pratiquement faits dès ce moment. Car, au bout du compte, le quinquennat Sarkozy aura suscité plus de polémiques de style que de politiques.

Agité, l’air de Zébulon sorti de sa boîte, il était partout, tout le temps. Il avait réussi son ascension par une maîtrise sans faille de la communication. L’hypercommunication de l’hyperprésident sera, ultimement, sa faille, la surdose qui l’emportera.

Le fait que François Hollande, en 2012, ait trouvé comme slogan assassin ce simple mot, « un président normal », dit tout.

Sarkozy n’a jamais été « normal ».

Et c’est pour ça que les journalistes commenceront, dès ce matin du 7 mai 2012, lendemain de sa défaite, à s’en ennuyer!

Nicolas Sarkozy aura-t-il tiré profit de l’épisode du tueur fou de Montauban et de Toulouse, survenu à un mois du premier tour d’une élection où il essaie difficilement de conserver son siège? Son comportement « présidentiel » – entendre : digne et mesuré – au cours des heures qui ont suivi la fin violente de Mohamed Merah, est-il de nature à réorienter le vote en sa faveur? Le président « rassembleur dans l’épreuve »… recueille-t-il les fruits de son action?

En gros, la réponse est non.

Les derniers sondages pour le premier tour, en date du 27 mars, montraient une quasi-égalité, autour de 27-28 %, avec le candidat socialiste François Hollande, alors qu’une lutte à trois se déroulait pour la troisième place, entre Jean-Luc Mélenchon (extrême gauche), Marine Le Pen (extrême droite) et le centriste François Bayrou. C’est à peu de choses près ce qui se passait déjà juste avant les tueries…

La miniremontée de Sarkozy au premier tour (deux ou trois points pour rejoindre Hollande, voire le dépasser d’un poil) était en fait antérieure aux événements. Elle n’a rien à voir avec cet épisode.

Au second tour, les projections ne donnent certes plus une avance de 16 % à François Hollande (58 % contre 42 % comme en janvier et février). Mais l’écart en sa faveur reste confortable : 54 % contre 46 %, selon au moins deux sondages postérieurs aux événements.

Bravo M. Sarkozy, mais…

La retenue et l’élévation – inhabituelles – du président qui, juste après le dénouement sanglant de Toulouse, a prévenu les citoyens contre tout « amalgame » antiarabe ou antimusulman, ne sont pas considérées par l’opinion comme déterminantes.

Il aura somme toute « bien fait ça », reconnaissent les Français à 74 % (sondage SOFRES du 23 mars), mais ce n’est pas une raison suffisante pour changer son vote en faveur de Sarkozy. Et puis, les Français se souviennent que c’est le même homme qui avait – quelques jours plus tôt –, soufflé sur les braises, dénonçant pêle-mêle l’immigration excessive, les frontières poreuses de l’Europe et l’imposition (réelle ou supposée) de la viande halal aux non-musulmans.

Et puis, quelques jours après les événements, M. Sarkozy revenait à la charge sur le thème de la menace sécuritaire. Il a affirmé que l’antiterrorisme serait pour lui « la priorité d’un nouveau mandat »… irrésistiblement attiré sur ce terrain par une Marine Le Pen elle-même en perte de vitesse, qui « en rajoutait » sur les dangers de l’islam extrémiste.

Malheureusement pour M. Sarkozy et Mme Le Pen, « l’immigration et la sécurité ne sont pas au centre des préoccupations des électeurs », ainsi que le titrait Le Monde du 28 mars. Avant comme après Toulouse, ils restent plutôt obsédés – sans surprise – par l’emploi, le pouvoir d’achat, l’éducation et le logement.

Les événements, disent les sondeurs, n’ont rien changé aux angoisses économiques fondamentales des Français, effarés par le déclin de leur pays, de leur continent, et toujours tentés de se tourner vers l’État protecteur.

Ces événements n’ont rien changé, non plus, à leur évaluation fondamentale des candidats devant eux. Sarkozy « l’agité » exaspère le peuple. Son bilan économique le plombe. Hollande « le mou » s’apprête à récolter des votes « contre », par défaut et sans enthousiasme.

Quant à Marine Le Pen, elle a perdu l’attrait de la nouveauté qui lui donnait, début 2011, des sondages à 21 %, voire 23 %. Elle agite des épouvantails qui – leçon cruciale de cet épisode tragique – ne font plus autant recette aujourd’hui. Selon la firme de sondages BVA (27 mars), elle devra même se battre pour ne pas glisser, le 22 avril, sous les 15 %, barre dont s’approche, par ailleurs, le flamboyant néocommuniste Jean-Luc Mélenchon. La gauche radicale a encore de belles réserves en France.

À moins de quatre semaines du vote, la campagne française offrait donc le spectacle d’une mer relativement calme, qui résiste aux secousses, avec quelques courants sous-marins… et peu de surprises appréhendées.

Bien différent de l’Espagne en 2004

On est loin, bien loin, du scénario espagnol de mars 2004. À l’époque, une droite au pouvoir arrogante, sûre d’une réélection qu’elle croyait facile, avait trébuché de façon catastrophique sur un épisode terroriste survenu en toute fin de campagne législative.

Les attentats de Madrid, il y a huit ans, avaient certes une autre dimension que les dernières tueries du sud de la France. Ce jour-là, le 11 mars 2004, ce sont près de 200 personnes qui ont trouvé la mort.

Le résultat du scrutin en a été totalement bouleversé. C’est que José Maria Aznar, le premier ministre sortant, avait faussement accusé l’organisation basque ETA d’avoir fait sauter les 10 bombes qui ont semé la mort dans des gares madrilènes et des trains de banlieue.

Malgré toute une série d’indices qui, très rapidement, ont désigné la filière maghrébine d’Al-Qaïda, le gouvernement Aznar avait non seulement maintenu, à des fins électoralistes, la fausse thèse de l’ETA, mais il avait également exercé des pressions indues contre la presse, pour qu’elle ne contredise pas la thèse officielle mensongère.

Mais à 24 heures du scrutin, la version gouvernementale s’effondrait… et le gouvernement avec. Le 14 mars 2004, le Parti socialiste ouvrier espagnol cueillait une victoire totalement inespérée, dans une campagne mise cul par-dessus tête par une irruption terroriste, doublée d’un vote de rage antigouvernemental.

En comparaison, devant les errances sanglantes de Mohamed Merah, la France de 2012 – électeurs et politiciens confondus – aura gardé son sang-froid. Et elle aura maintenu, contre les aléas du terrorisme et les transports émotionnels, ses critères de vote, restés plus proches de l’angoisse économique que de l’obsession sécuritaire.

Ce « peuple » si courtisé…

Jeudi 1 mars 2012 à 10 h 50 | | Pour me joindre

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La France qui se lève tôt. La France qui trime dur. La France qui souffre en ces temps d’austérité, de crise, de chômage élevé et de hausse du coût de la vie.

Cette France-là fait l’objet d’une intense cour de la part des prétendants à l’Élysée.

Impossible de rater le remarquable tourbillon de candidats ces jours-ci à l’incontournable Salon de l’Agriculture, immense foire annuelle très populaire aux portes de Paris.  

Certains viennent y vanter leurs origines rurales ou provinciales; d’autres se plient, même en costume-cravate, au rituel de la traite des vaches ou de la toilette des animaux;  et tous goûtent aux  produits de la ferme, de la terre et de la vigne. Et ils font un brin de jasette avec les agriculteurs et les éleveurs.

Tout ça, bien sûr, dans une nuée de micros et de caméras.

Les médias qui croquent aussi la tournée des candidats dans les usines en crise. Les annonces de sauvetage in extremis, faites par le président candidat, disputent la manchette aux promesses de protection des emplois ou de préservation des sites menacés, faites par les uns et les autres.

Plus de 700 000 emplois industriels ont disparu en 10 ans au pays.

Des statistiques.

C’est la dure réalité pour Bernard Garrigou, Robert Nagel et Éric Haennel. Ils ont travaillé pendant des années au site alsacien de la raffinerie Petroplus, qui a fermé il y a plusieurs mois. Je les ai rencontrés à Strasbourg, dans le nord de la France. J’ai bien senti leur déception.

 

Robert Nagel, Éric Haennel et Bernard Garrigou, employés de la raffinerie du géant Pétroplus de Reichstett, en Alsace, qui a fermé ses portes il y a quelques mois. Strasbourg, février 2012

En ces temps de désillusion, la chef frontiste Marine Le Pen serait en tête des intentions de vote chez l’électorat ouvrier. En tout cas, c’est ce que dit un récent sondage. Elle est devant le socialiste François Hollande, et devant Nicolas Sarkozy, qui avait courtisé avec un certain succès les ouvriers en 2007. Cinq ans plus tard, pour en savoir plus sur l’électorat ouvrier et son état d’esprit, j’en ai parlé avec Florent Gougou, de Sciences Po à Paris.

 

Florent Gougou, spécialiste du vote ouvrier et doctorant au Centre d’études européennes de Sciences Po. Paris, février 2012

En me promenant à Strasbourg, j’ai croisé d’autres travailleurs qui ne se font plus trop d’illusions. C’est le cas de François Moes, apiculteur de père en fils. Il n’est pas du tout enclin à voter Nicolas Sarkozy, qui selon les sondages, serait le favori chez les commerçants, les artisans et les chefs d’entreprise.

 

François Moes, apiculteur de père en fils, au stand de l’entreprise familiale dans un marché de Strasbourg. Février 2012