Billets classés sous « femmes »

Où sont les femmes?

Jeudi 29 novembre 2012 à 11 h 58 | | Pour me joindre

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@mebedardSRC

« Où sont les femmes? » se demandait dans une chanson assurément sexiste Patrick Juvet dans les années 70. C’est le refrain improbable qui me trotte en tête depuis une semaine. À voir notre couverture de la guerre qui embrase la Syrie depuis presque deux ans, on peut en effet se poser la question : où sont les femmes?

Elles sont bien là, devant la boulangerie, à faire la queue bien à l’écart des hommes. Mais impossible de les approcher avec notre caméra sans qu’un homme généralement armé nous bloque le passage. Au marché d’un quartier populaire d’Alep, les hommes se sont bousculés pour nous crier leurs frustrations devant une vie qu’ils ne contrôlent plus et qui coûte de plus en plus cher. À la seule vue de notre groupe, les femmes elles, baissaient le regard quand elles ne rebroussaient pas carrément chemin.

Elles ne prennent pas les armes, mais dans tous les conflits, les femmes ne se battent pas moins pour autant. Ce sont elles les mères qui rassurent leurs enfants apeurés par le bruit des bombes, ce sont elles qui enterrent un mari ou un fils tombé au combat. Mais nos tentatives de recueillir leurs témoignages se sont avérées un exercice de frustration.

Les jeunes filles se laissent plus facilement approcher.

Au marché, difficile d’interroger les femmes.

Une jeune fille dans un marché d’Alep

Je n’ai pas connu Alep avant la guerre. Et avec l’omniprésence des miliciens, qui font désormais la loi, arme à la main, dans les secteurs contrôlés par l’Armée syrienne libre, difficile de juger à quel point le courant d’islamisme, dans le sillage des rebelles, explique cette pudeur farouche des femmes ici. La Syrie est un pays multiconfessionnel où cohabitent chrétiens et musulmans de toutes confessions depuis des millénaires. Ces jours-ci, on ne devine rien de cet héritage dans la cité commerciale. Pas une seule tête sans voile ne s’aventure dans la rue.

Des milices, nous en avons côtoyées plusieurs pendant cette semaine en Syrie. Leurs discours étaient immanquablement imprégnés de ferveur religieuse. Un peu à la blague, je prétendais pouvoir déterminer le degré d’intégrisme religieux d’un rebelle, selon qu’il accepte de me serrer la main ou pas. Certains n’osaient même pas me regarder. D’autres me vantaient les vertus de la charia, la loi islamique, strictement appliquée. Le port du voile obligatoire pour les femmes, bien sûr, mais aussi les dispositions punitives comme les mains coupées pour les voleurs.

Abou Muhamdine nous dit qu’il se bat d’abord pour l’islam.

Une milice se réchauffe entre les combats dans la vieille ville d’Alep.

Quand nous avons quitté M. Adam, un fonctionnaire qui nous a confié à visage couvert ses craintes pour l’avenir de son pays, il m’a spontanément embrassée sur les deux joues en pleine rue. Une marque d’affection banale chez nous, mais dans cette Syrie nouvelle qui se dessine à la pointe de mitraillettes, son élan m’a semblé être un geste de résistance. Dans cette courte embrassade, j’ai senti que M. Adam ne se demandait pas où sont les femmes, mais plutôt, où vont les hommes.

Rwanda-RDC : du génocide au fémicide

Mercredi 21 novembre 2012 à 16 h 39 | | Pour me joindre

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SRCLanglois

Aux amis et collègues qui me demandent pourquoi on devrait s’intéresser à l’interminable conflit entre la RDC et le Rwanda, je réponds : parce que c’est un immense drame humain. Avant d’être un affrontement très compliqué d’intérêts croisés — politiques et économiques —, la région des Grands Lacs est une poudrière qui a déjà fait plus de victimes que les guerres en Syrie et à Gaza.

« C’est un conflit tragique, humanitaire, où les femmes sont devenues des butins de guerre, a déclaré mercredi la ministre française Yamina Benguigui, déléguée à la Francophonie, à la sortie du Conseil des ministres. Les Congolaises sont un champ de bataille où on les massacre et viole à satiété. »

Dénonçant « un conflit sans image », la ministre a indiqué que des exactions visant délibérément les femmes avaient eu lieu après l’abandon, par des dizaines de milliers de réfugiés, des camps installés autour de la capitale du Nord-Kivu.

Je suis allée au Nord-Kivu il y a deux ans. Même quand la guerre prend une pause, les femmes dans cette région se font violer impunément. Dans un des camps de réfugiés autour de Goma, mis à feu et à sang par les rebelles dimanche, j’avais rencontré des femmes qui venaient d’être sauvagement attaquées au moment où elles allaient chercher du bois dans la forêt.

Seize femmes violées par des soldats de l’armée congolaise censés les protéger contre les rebelles qui campent dans la forêt. « Un seul homme m’a violée, m’avait dit Justine, une mère de six enfants, en s’excusant presque d’avoir été « épargnée ». La femme à côté de moi a été violée par deux soldats, son appareil génital est complètement détruit. »

Le viol est devenu une arme de guerre en RDC. Stephen Lewis, ancien ambassadeur du Canada à l’ONU et ancien envoyé spécial de l’ONU pour le VIH/SIDA en Afrique, avait inventé un mot pour décrire ce fléau : le « fémicide ». C’est reparti, les Congolaises, qu’elles soient Hutues ou Tutsies, qu’elles parlent swahili ou kinyarwanda, sont, encore une fois, les premières victimes de cette guerre insensée.

« Les bombes du Rwanda tombent sur nos maisons, nous allons mourir », criait mardi une maman congolaise en courant en fuite sur le bord d’une route de Goma. Dans l’extrait vidéo de Reuters, Kavira-Marie porte un bébé sur son dos, tire par la main un gamin d’une dizaine d’années, tient dans l’autre un bac de plastique bleu. On entend des coups de feu et des bruits d’explosion tout près.

La famille de Marie court le long d’un mur de pierres. Au-dessus de leurs têtes, trois soldats font le guet, debout sur le mur. Sous la visière de leur casque bleu, ils regardent le chaos, loin au-dessus de la mêlée. Quand les rebelles sont entrés dans la ville de Goma, les 18 000 militaires de la mission de l’ONU en RDC, qui sont là pour protéger les civils, ont encore une fois brillé par leur absence… ou leur laisser-faire. « Les gars de la MONUC (Mission de l’ONU au Congo), qu’ils nous laissent tranquilles dit Victor Kabengele avec un air de dégoût. Ils étaient là, ils ont vu les M23 (rebelles) arriver à l’aéroport et ils sont partis de l’autre côté, ils les ont laissés prendre l’aéroport. »

Il est frappant de voir les rebelles triompher aujourd’hui devant une foule immense dans le stade de Goma, entourés de caméras et d’appareils photo. Ceux qui ont humilié l’armée du Congo — avec l’aide du Rwanda, selon l’ONU et Washington — veulent que leur victoire et la déconfiture des hommes de Joseph Kabila soient vues partout dans le monde. Les massacres, eux, se font loin des caméras.

« Les rebelles exécutent sommairement ceux qui osent se mettre sur leur chemin ou refusent de coopérer, y compris des chefs traditionnels et des hauts fonctionnaires, affirme le chef de la mission de l’ONU en RDC, Roger Meece, de Kinshasa. On nous rapporte que le recrutement d’enfants-soldats est largement répandu, de même que les violences sexuelles et d’autres violations sérieuses des droits de la personne. »

Un autre chapitre du « fémicide » congolais vient de commencer. Ne pas s’y intéresser, c’est laisser des mères de famille mourir à petit feu sans rien dire. Certains silences tuent.

Pour plus d’information :

Au Congo, les femmes affrontent leurs agresseurs
Reportage diffusé au Téléjournal du 3 mars 2011

Reportage sur les femmes violées dans le camp de réfugiés de Goma (Téléjournal du 25 novembre 2010)

Diaporama sur Goma – 19 novembre 2012

Mitt Romney est-il en train de gagner?

C’est en tout cas ce que pense Karl Rove, un ancien conseiller de George W. Bush qui est à la tête maintenant d’un super PAC, American Crossroads, et de son organisation sœur, Crossroads GPS. Il écrit mercredi dans le Wall Street Journal que M. Romney prend la tête parce qu’il devient de plus en plus évident que le président Obama n’a rien à proposer pour les quatre prochaines années.

M. Rove répète là ce qui est devenu le mantra du camp conservateur depuis le premier débat et un des arguments que Mitt Romney a utilisés lors du deuxième débat. Et M. Rove s’appuie sur un facteur important, les perceptions des candidats, surtout en ce qui a trait à celui qui réussirait le mieux à relancer l’économie.

Dans le sondage instantané de CNN après le deuxième débat, 58 % répondaient Mitt Romney, contre 40 % Obama. Et M. Rove souligne aussi le premier sondage quotidien, Gallup Daily Tracking, qui met Mitt Romney à 50 % des intentions de vote, un seuil important puisque, explique-t-il, aucun candidat n’a été à 50 % à ce point dans la course sans l’emporter.

(J’ajoute ici une parenthèse pour ceux qui veulent s’amuser à voir cette compilation des problèmes que peuvent poser les précédents en politique.)

Karl Rove pourrait se réjouir aussi du fait que Mitt Romney mène largement chez les électeurs blancs, comme le rapporte le Washington Post.

Tout ça renforce peut-être la possibilité que Mitt Romney obtienne la moitié du vote populaire. Mais mathématiquement, il n’atteint toujours pas le seuil des 270 grands électeurs nécessaires à la victoire. Dans deux des neuf États-clés, la Floride et la Caroline du Nord (où le vote par anticipation ne commençait que mercredi), il mène. Et en Virginie et au Colorado, maintenant, on pense que l’État pourrait aller dans un sens ou dans l’autre. À moins de remporter trois de ces quatre États ainsi que l’Ohio, il lui faudra remporter deux autres des quatre États qui restent (New Hampshire, Wisconsin, Iowa ou Nevada) pour prétendre à la victoire.

Tout le monde comprend maintenant pourquoi plus de la moitié des événements des deux campagnes se déroulent en Ohio.

Bruce Springsteen

Personne n’a été surpris d’apprendre que Bruce Springsteen donne son appui au président Obama. À Parma, en Ohio (encore l’Ohio!), il a chanté une demi-douzaine de ses chansons et le grand hymne de Woodie Guthrie, This land is my land, seul à la guitare et à l’harmonica. Puis il a expliqué son choix pour les élections et incité les jeunes à voter. La campagne Obama utilise la chanson de Bruce Springsteen We take care of our own dans plusieurs de ses rassemblements.

 

Le vote des femmes

J’ai été surprise lors du débat d’entendre Mitt Romney affirmer qu’il a toujours été pour l’accès des femmes à la contraception et même pour le remboursement de la contraception par l’employeur. Et dès le lendemain du deuxième débat, sa campagne mettait en ondes une publicité télé qui reprend essentiellement cette position modérée de l’ancien gouverneur du Massachusetts.

C’est important pour la campagne Romney de convaincre le plus de femmes possible, elles sont en grande partie responsable de son rebond dans les sondages après le premier débat et sont nombreuses parmi les indécis.

Je ne suis pas la seule à avoir voulu vérifier le doute que j’avais à l’esprit, c’est-à-dire que Mitt Romney, malgré ce qu’il en dit, aurait appuyé un amendement, l’amendement Blunt, qui permettait aux employeurs de ne pas rembourser la contraception à leurs employées, si cela allait à l’encontre de leurs valeurs morales ou religieuses. L’amendement Blunt a été défait au Sénat. N’empêche que la position de Mitt Romney est plus nuancée qu’il ne l’annonce. Cela lui a valu un Pinocchio ou deux sur les sites de vérification de faits. Un lien entre autres, celui de CNN.

Gallup, en se basant sur les résultats de sondages dans 12 États-clés, montre que chez les électrices enregistrées, la position des candidats sur l’avortement est la préoccupation numéro un. Viennent ensuite l’emploi, la santé et l’économie. L’emploi et l’économie sont ex aequo en tête de liste pour les hommes.

Encore plus

La prochaine chronique parviendra en direct de la Floride, où je me trouverai pour le dernier débat. J’ai hâte de voir si les ondes radio et télé de Floride sont aussi remplies de publicités qu’ici dans le District de Columbia, à cause de l’État voisin de la Virginie, considéré comme pivot. Il y a un raz-le-bol qui se dessine chez les électeurs, il est temps que ça finisse, juste pour ne plus voir toutes ces pubs.