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Il y a dans le mot séquestration, l’idée qu’on est retenu « contre son gré », et c’est la seule explication que je vois à l’utilisation de ce mot si bizarre pour désigner les réductions de dépenses de 85 milliards de dollars dans le budget du gouvernement américain, qui vont s’appliquer automatiquement le 1er mars.

Les républicains et les démocrates ont donné leur accord à ce mécanisme jadis, lors du débat sur la hausse du plafond de la dette, en se disant que ces réductions sans discernement à tous les postes de dépenses étaient si insensées qu’on trouverait bien un accord pour réduire le déficit autrement avant la date-butoir. Eh bien non… On n’en a pas trouvé. Et dans les quatre jours qui restent, rien ne semble indiquer qu’un compromis soit possible.

Les républicains disent depuis un moment déjà que s’il faut avaler la pilule, on l’avalera. Selon eux, 85 milliards de dollars sur 6 mois ce n’est pas une diète mortelle. C’est le montant que le gouvernement emprunte tous les 28 jours. L’administration Obama prédit un cataclysme? La croissance économique a déjà un peu reculé le trimestre dernier en anticipant les compressions, et reculera encore? Qu’à cela ne tienne dit le président républicain de la Chambre, John Boehner, son parti a les yeux tournés vers l’avenir :

Je ne sais pas combien d’emplois seront perdus en raison des réductions de dépenses, mais ce que je sais c’est que si nous ne réglons pas le problème des dépenses ici à Washington ce seront des dizaines de millions d’emplois futurs qui ne seront pas créés à cause du poids de la dette que nos enfants et nos petits-enfants devront supporter. Je suis venu ici pour sauver le rêve américain pour mes enfants et les vôtres. La dette et la dépendance du président aux dépenses menacent notre avenir. (point de presse du 25 février 2013)

Le président Obama fait parader chaque jour des hauts responsables de son administration : le secrétaire d’État, John Kerry, jeudi, le secrétaire au Transport, Ray Lahood, un républicain, vendredi, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Janet Napolitano, lundi, pour prédire un ralentissement des services, la suspension de contrats, des mises à pied temporaires ou la réduction de la semaine de travail des fonctionnaires (furloughs). Même l’association canadienne des manufacturiers s’est mise de la partie, craignant des problèmes aux douanes pour les exportations canadiennes si près de 3000 inspecteurs sont effectivement mis à pied quand les coupes s’appliqueront. L’argument canadien n’est peut-être pas déterminant, mais dans l’ensemble il s’agit de faire comprendre à chaque élu que ces compressions budgétaires vont frapper beaucoup plus fort qu’on le croit.

Le président Obama ne veut pas l’abandon de la séquestration, mais il veut que l’échéance soit reportée et qu’on s’entende pour réduire le déficit en combinant réductions de dépenses et nouveaux revenus par l’élimination de certains avantages fiscaux. La réponse des républicains est claire : le président a obtenu de nouveaux revenus en janvier quand des réductions d’impôts ont cessé de s’appliquer aux tranches de revenus au-delà de 400 000 $. Le robinet est fermé, disent-ils. Le président Obama laisse entendre que les élus du parti adverse défendent les intérêts des plus riches parce qu’ils ont les yeux fixés déjà sur la campagne de mi-mandat en 2014 :

Il y a toujours des questions sur lesquelles nous ne serons pas d’accord ici à Washington et dans chacun des États. Mais il y a un grand nombre de questions sur lesquelles nous pouvons faire preuve de plus de collaboration que ce que nous avons vu jusqu’à présent. Mais pour ce faire, il faut que cette ville aille au-delà de son obsession pour les prochaines élections et se concentre sur les prochaines générations. Nous sommes tous des élus et nous nous préoccupons beaucoup de politique dans notre parti et dans le parti adverse, mais à un moment donné il faut gouverner. (discours aux gouverneurs, 25 février 2013)

Et voilà donc pourquoi à quatre jours de l’échéance, il n’y pas de négociations, mais plutôt une sorte de partie de ping-pong qui consiste à se rejeter mutuellement la faute quant aux compressions qui vont faire mal.

Barack Obama est convaincu que ce sont les républicains, déjà mal aimés, qui vont en porter l’odieux. Les républicains croient que c’est la popularité du président qui va chuter.

Et des dizaines de millions d’Américains et leurs économies sont pris entre les deux, séquestrés, c’est le cas de le dire, par cette logique.

Le « départ » d’Hillary

Vendredi 1 février 2013 à 14 h 22 | | Pour me joindre

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manonglobensky

Hillary Clinton quitte ses fonctions de secrétaire d’État, et comme la plupart des femmes journalistes qui couvrent la politique ou la diplomatie américaine, son départ me touche presque personnellement.

Hillary Clinton n’est pas la première femme secrétaire d’État, bien sûr. Madeleine Allbright et Condoleezza Rice, avant elle, ont aussi mené ce portefeuille d’une main ferme.

Mais Hillary fait remonter à la surface cet esprit de sororité encore plus que les autres, peut-être parce qu’elle s’est tant attachée à défendre la cause des femmes et des jeunes filles pendant ses quatre ans au département d’État.

Et peut-être aussi parce qu’elle a moins senti le besoin que ses prédécesseures de se comporter exactement comme un homme. La chef de la diplomatie américaine n’a pas hésité à danser à plusieurs reprises pendant ses voyages. Elle n’a pas caché son émotion lorsqu’elle a enfin pu rencontrer Aung San Suu Kyi à Rangoon.

Bien sûr, ses « sœurs » journalistes, moi la première, ne lui ont pas fait de cadeau, s’esclaffant ou se désolant chaque fois qu’elle se présentait mal coiffée, mal habillée ou parée d’un collier beaucoup trop gros pour elle.

Mais n’allez surtout pas parler à Hillary Clinton de sa coiffure ou de ses rides, elle s’en fout. D’ailleurs, une des meilleures photos d’elle est probablement celle où elle surveille la progression de l’opération contre Ben Laden aux côtés de Barack Obama : pas maquillée, la main devant la bouche, la tension clairement visible sur son visage.

Pendant la série d’entrevues qu’elle a accordées, elle a répondu à une question d’un jeune homme en Inde qui s’interrogeait sur le fait que les femmes aujourd’hui doivent encore démontrer qu’elles sont capables d’occuper des postes comme le sien :

« Voilà une question qui mériterait une entrevue au complet, mais permettez-moi de dire deux choses. D’abord, les choses se sont améliorées. Je suis à même de le constater, puisque j’ai fait de la politique, ou je l’ai côtoyée depuis plusieurs années. Mais il y a quand même un double standard. Et ce double standard, il s’applique aux petites choses, comme ce que vous portez, et aussi aux choses extrêmement sérieuses, comme le fait que les femmes ne peuvent pas encore voter partout, elles ne peuvent pas toujours être candidates ou même paraître en public. C’est une vaste série de barrières culturelles et légales au respect des femmes, à leur pleine participation à la société. Et donc, il y a encore du chemin à faire. […]

Et la deuxième chose que je dirais, c’est que ça a été et ça va demeurer la cause de ma vie, même après mon départ du département d’État. […] Quand on met des obstacles sur la route de la moitié de la population, on freine ni plus ni moins le développement même d’une nation. […] J’ai été très encouragée et même fière de voir tant de jeunes hommes et de jeunes femmes manifester contre la façon dont les femmes sont traitées par des hommes qui ne comprennent pas ou n’ont pas appris qu’il n’y a pas que leurs sœurs et leurs mères qui sont dignes de respect, mais toutes les filles et toutes les femmes. » (Hillary Clinton, Townterview, Newseum, 28 janvier 2013)

Hillary Clinton part, mais elle ne prend pas sa retraite. Elle insiste sur le fait qu’elle doit d’abord rattraper 20 ans de sommeil perdu, puis qu’elle va se remettre au travail, probablement faire des discours et travailler de concert avec la fondation de son mari Bill.

Il faut donc mettre le mot « départ » entre guillemets dans son cas. Surtout qu’on sait qu’elle ne ferme pas la porte à une course à la présidence en 2016, à 69 ans. Elle ne la ferme ni ne l’ouvre en fait. Comme à son habitude, Hillary Clinton va évaluer très rationnellement au cours des prochains mois quelle sera à l’avenir la meilleure façon pour elle, en tant que femme, d’avoir le plus d’influence.

Que faut-il surveiller?

Ça y est, tout a été dit, tout l’argent a été dépensé, tous les bénévoles sont en place. Et maintenant les files d’attente d’électeurs devant les bureaux de scrutin s’allongent et s’allongent. Je suis étonnée chaque fois de la ferveur avec laquelle les Américains votent, même si ce n’est pas toujours en grand nombre. C’est un devoir, c’est une fête. Ce soir devant leurs téléviseurs, ils seront à moitié heureux de découvrir le dénouement et à moitié heureux que ce soit enfin fini.

Alors, que faut-il surveiller ce soir? Les neuf États-clés. Ils sont tous détenus par les démocrates, mais lesquels Barack Obama pourra-t-il retenir, ou lesquels Mitt Romney réussira-t-il à faire basculer?

  • Ohio (18 grands électeurs) Obama +4,6 % en 2008, Bush +2,1 % en 2004
  • Floride (29 grands électeurs) Obama +2,8 % en 2008, Bush +5 % en 2004
  • Virginie (13 grands électeurs) Obama +6,3 % en 2008, Bush +8,2 % en 2004
  • New Hampshire (5 grands électeurs) Obama +9,6 % en 2008, Kerry +1,3 % en 2004
  • Caroline du Nord (15 grands électeurs) Obama +0,3 % en 2008, Bush +12,4 % en 2004
  • Wisconsin (10 grands électeurs) Obama +13,9 % en 2008, Kerry +0,4 % en 2004
  • Iowa (6 grands électeurs) Obama +9,5 % en 2008, Bush 0,7% en 2004
  • Colorado (9 grands électeurs) Obama +9 % en 2008, Bush 4,7 % en 2004
  • Nevada (6 grands électeurs) Obama 12,5 % en 2008, Bush 2,6 % en 2004

On pense que la Caroline du Nord ira à Mitt Romney, et le Nevada à Barack Obama. Les sept autres États sont plus imprévisibles, mais le prix le plus important, c’est l’Ohio, qui semble être la clé pour les deux candidats pour arriver à 270 votes de grands électeurs au Collège électoral.

Vous pouvez créer votre propre carte électorale. Il y a plusieurs liens, dont celui-ci, et plusieurs applications dont 270towin et celle de NBC Politics

À surveiller aussi

Le vote populaire. À cause du système d’élection indirecte (par le Collège électoral), quatre présidents dans le passé ont gagné les élections sans remporter le vote populaire. Trois, John Quincy Adams, Rutherford Hayes et Benjamin Harrison, au 19e siècle. Et George W. Bush, en 2000, a gagné les fameuses élections où le verdict en Floride était si contesté qu’il a fallu que la Cour suprême tranche cinq semaines plus tard. En fin de compte, George W. Bush a remporté le collège électoral avec 271 voix contre 266, mais il a perdu le vote populaire : 47,9 % contre 48,4 % pour Al Gore.

S’il y a beaucoup de griefs, de plaintes, de litiges et de recomptages, les élections de 2012 pourraient bien se terminer par un scénario semblable.

Bon à savoir

Pourquoi les élections américaines sont-elles toujours le premier mardi de novembre? Le jour des élections a été décidé en 1845, à une époque où la société américaine était encore majoritairement agraire. Comme il fallait aux fermiers un jour pour voyager vers le bureau de scrutin, un jour pour voter et un jour pour rentrer chez eux, et en éliminant les jours de culte, il ne restait que les mardis ou mercredis. Comme le mercredi était typiquement un jour de marché, on a choisi le mardi.

Il y a un mouvement pour essayer de tenir le scrutin pendant la fin de semaine, mais ça ne fait pas l’unanimité.

Chronique électorale américaine J-3

Vendredi 2 novembre 2012 à 21 h 44 | | Pour me joindre

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Le suspense jusqu’à la dernière minute

Peu importe la façon dont on tente d’y arriver, il est impossible de prédire qui va gagner les élections mardi prochain. Il n’y a qu’à écouter les campagnes qui, à quelques jours du scrutin, présentent deux versions diamétralement opposées de la réalité. Les responsables de la communication pour Mitt Romney affirmaient cette semaine que leur candidat allait non seulement l’emporter, avec les 270 votes nécessaires au Collège électoral, mais que la campagne faisait des efforts maintenant pour l’emporter largement, avec 300 votes pourquoi pas, avec des États comme la Pennsylvanie, le Minnesota et le Michigan qui semblent pourtant pratiquement acquis aux démocrates.

Karl Rove, l’ancien conseiller de George W. Bush, dans sa chronique au Wall Street Journal, donne 279 grands électeurs à Mitt Romney et 51% du vote populaire. Pour dire cela, il se base sur le fait que le candidat républicain est en avance, parfois très légèrement, dans 19 des 31 sondages publiés en une semaine et que la machine républicaine aurait eu un certain succès à faire voter ses supporteurs par anticipation.

La machine démocrate affiche la même confiance à propos du vote par anticipation. Et lors de mon passage en Ohio, je n’ai vu à Cleveland, sur deux jours, que des démocrates se présenter aux bureaux de vote. David Exelrod, le principal conseiller de Barack Obama, promet de raser sa moustache légendaire s’ils perdent le Michigan, la Pennsylvanie ou le Minnesota.

Et ça vaut la peine de mentionner que le porte-parole de Mitt Romney, dans une conférence téléphonique avec les journalistes en début de semaine, n’a jamais mentionné l’Ohio ni le Wisconsin comme des États que les républicains pensent pouvoir faire basculer.

Un scénario plus prudent tourne autour du mot imprévisible. Barack Obama obtenant les 270 voix qu’il lui faut au Collège électoral, mais sans avoir la majorité du vote populaire est une possibilité souvent évoquée.

Quoique

Celui qui agrège les sondages et fait les prévisions pour le New York Times, Nate Silver, ne voit pas pourquoi les gens refusent l’évidence que Barack Obama est le favori.

Sur son blogue FiveThirtyEight, il écrit que tout se résume aux quatre petites lettres du mot OHIO avec ses 18 votes au Collège électoral et où Barack Obama mène selon M. Silver, quoiqu’on en dise.

Charlie Cook

Et Charlie Cook, reconnu comme l’autorité suprême pour ses prévisions, fait le calcul suivant : une fois tous les États sûrs pour Obama et tous les États sûrs pour Romney écartés, il reste 98 votes au Collège électoral à départager. Barack Obama doit en gagner 18 pour arriver à 270, Mitt Romney 80.

Mon sentiment personnel

Je plonge!!! Il y a un an, quand le cycle électoral a commencé, je donnais Barack Obama gagnant, avec un pourcentage du vote plus faible que ses 52,9 % de 2008. Mon raisonnement était que la radicalisation du Parti républicain vers une droite religieuse et intransigeante allait décourager les indépendants. Cependant, je pensais aussi que les deux chambres du Congrès iraient au Parti républicain, ce qui ferait une cohabitation difficile du second mandat de Barack Obama.

Mais Mitt Romney a réussi le pari de changer les perceptions. Son image et ses propos sont plus modérés depuis le premier débat, au début octobre. Et c’était le bon moment de le faire, puisque les Américains ne portent vraiment attention à la campagne que dans les dernières semaines. Alors on est de retour à l’impossible à prédire.

JFK invite les Américains à voter

Pour encourager le vote, la commission électorale a trouvé ce message d’intérêt public de John Fitzgerald Kennedy tourné quelques jours après la fin de la crise des missiles cubains, et qui invite les Américains à voter le 6 novembre… 1962

L’effet Halo 4

Est-ce que la mise en vente le 6 novembre de Halo 4, le populaire jeu vidéo mettant en vedette Master Chief, pourrait avoir un impact négatif sur le vote des jeunes? Des études sérieuses démontrent que les amateurs de tels jeux se terrent parfois pendant des heures sinon des jours, pour jouer. Ils pourraient en oublier d’aller voter et cela nuirait plus aux démocrates qu’aux républicains. Ils sont des millions à attendre la suite de Halo 3.

Comment Barack Obama et Mitt Romney font-ils pleurer une petite fille

Tout le monde a souri jeudi quand cette vidéo a fait surface.

La petite Abigael Evans allait au supermarché avec sa mère. Un reportage de NPR, la radio publique, sur les élections était diffusé et la fillette de 4 ans a commencé à pleurer. Questionnée par sa mère, elle dit qu’elle n’en peut plus de «Bronco Bamma» et de Mitt Romney. NPR, sur son site Internet, a présenté ses excuses à Abigael et l’assure que, tout comme le père Noël existe vraiment, le 7 novembre viendra aussi et on n’entendra plus parler des élections, enfin presque plus.

Chronique électorale J-29

Lundi 8 octobre 2012 à 13 h 58 | | Pour me joindre

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Nous voilà à moins d’un mois des élections américaines et la campagne ne pourrait pas être plus trépidante.

Les sondages commencent à donner des indications de l’effet du débat sur l’électorat, mais on n’avait pas besoin d’eux pour savoir que c’est Mitt Romney qui en est sorti vainqueur.

Et la contre-performance de Barack Obama continue de fasciner. Certains ont des explications farfelues, comme l’ancien vice-président Al Gore : l’altitude de Denver, au Colorado (1500 m au-dessus du niveau de la mer), où avait lieu le débat, lui aurait nui. Le président lui-même a choisi d’en rire : « Je ne suis pas toujours à mon mieux », a-t-il avoué à un groupe de célébrités hollywoodiennes, dimanche soir.

Nate Silver, dans sa chronique intitulée Five Thirty Eight (pour les 538 Grands Électeurs du Collège électoral américain), conclut que Mitt Romney a reçu un élan de trois points dans les sondages grâce à sa bonne performance lors du premier débat.

Il n’y a pas encore de sondages concluants dans les neuf États-clés que tout le monde surveille pour déterminer la victoire du 6 novembre prochain : Ohio, Virginie, Wisconsin, Nevada, Floride, Iowa, Colorado, New Hampshire et Caroline du Nord.

Au coude à coude

Mitt Romney a donc réussi à combler l’écart qui le séparait de Barack Obama. Gallup offre une mesure de comparaison avant et après le débat.

Bonne nouvelle aussi pour Mitt Romney : la mesure de l’enthousiasme pour les élections en 2012 comparée à 2008 est plus élevée chez les républicains et chez les 65 ans et plus, deux groupes cruciaux pour le candidat républicain. L’enthousiasme a baissé chez les jeunes et chez les latinos – deux groupes qui sont plus favorables à Barack Obama – qui sont cette année plus difficiles à motiver et plus susceptibles de ne pas aller voter.

Le camp Obama a fait le tour des émissions du dimanche pour dire qu’il n’est pas du tout inquiet de la contre-performance du président au débat et pour qualifier la performance de Mitt Romney de performance d’acteur totalement dénuée de vérité, reprenant la critique principale entendue après le débat que c’était un Mitt Romney très différent de celui qu’on avait vu en campagne jusqu’à maintenant qui a présenté ses propositions au débat.

Ils insistent sur la différence entre « Radical Mitt », qui a emporté l’investiture de son parti, et « Moderate Mitt », qui vient selon eux d’apparaître au débat.

À noter que Mitt Romney, durant les primaires de son parti, avait déjà essuyé ce genre de critiques de la part de Newt Gingrich. Il l’avait qualifié de menteur prêt à dire n’importe quoi pour gagner.  M. Gingrich avait toutefois ajouté qu’il serait prêt à voter pour lui s’il remportait l’investiture…

Au cœur de la controverse

Mitt Romney en a surpris plus d’un en affirmant durant le débat qu’il n’a pas de plan de réduction des impôts de 5000 milliards de dollars. Mitt Romney promet en effet de réduire tous les taux d’imposition de base de 20 %, une mesure qui va coûter (en baisse de revenus) 4800 milliards sur 10 ans, selon le centre indépendant Tax Policy Center.

M. Romney affirme qu’il va amortir ce coût par l’élimination d’exemptions et de crédits d’impôt. Cela justifie son affirmation qu’il n’a pas de plan à 5000 milliards de dollars.  Mais il ne précise pas ce qui sera éliminé. C’est à négocier avec le prochain Congrès, dit-il. Le Tax Policy Center croit qu’il n’y a pas assez d’exemptions à éliminer pour contrebalancer les baisses de revenus anticipées, et que la classe moyenne finira par devoir fournir plus de 2000 $ par ménage pour amortir ces réductions d’impôts pour les plus riches. Ce que le camp Romney nie, mais toujours sans offrir de détails.

En déplacement cette semaine

Je me promènerai en Ohio jusqu’à mercredi pour voir comment se déroule le vote par anticipation, un indicateur crucial de la force des organisations des deux campagnes sur le terrain dans cet État-clé.  Plus de détails dans ma prochaine chronique et le point sur les obstacles au vote.

Chronique électorale américaine J-48

Mercredi 19 septembre 2012 à 17 h 25 | | Pour me joindre

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Est-ce si grave que ça pour les républicains?

On a tous vu dans l’incident de la vidéo clandestine du discours de Mitt Romney à de riches donateurs un possible tournant de campagne, mais on ne saura pas si c’est le cas tant que des sondages ne seront pas en mesure d’en évaluer l’impact auprès des électeurs.

Chose certaine, le candidat républicain et son parti sont déjà sur une pente glissante, incapables, semble-t-il, de se relever d’une performance moyenne à la convention. Et là où ça fait le plus mal, c’est dans les États-clés. Les sondages se succèdent et montrent tous une avance de Barack Obama sur Mitt Romney.

En Virginie par exemple, État qui a voté démocrate en 2008 pour la première fois en 40 ans, les républicains espéraient bien renverser la vapeur et surtout rallier le vote des militaires qui y sont basés. Eh bien, un sondage du Washington Post donne Barack Obama en avance de 8 points. Et pas chez les électeurs en général, mais chez les électeurs qui ont l’intention d’aller voter, un échantillon jugé plus fiable. L’autre maison de sondage, Quinnipiac University, a des chiffres encourageants pour le président Obama en Virginie, au Wisconsin et au Colorado.

Et au-delà des intentions de vote, le président Obama mène en ce qui a trait à tous les indicateurs (qui ferait le mieux face à une crise, qui se préoccupe le plus des intérêts des Américains)  et il est au coude à coude avec Mitt Romney sur la question de l’économie, ce qui n’est pas mauvais signe, puisque jusqu’à maintenant, c’est le seul indicateur où Mitt Romney menait, et là, son avantage a disparu.

C’est difficile de ne pas paniquer. L’ancienne collaboratrice de Ronald Reagan, Peggy Noonan, écrit dans le Wall Street Journal qu’il est temps d’admettre que la campagne Romney est un exemple d’incompétence.

Mais elle écrit aussi qu’il reste du temps pour la ramener dans la bonne voie, et arrêter les dérapages. Il faut que les discours du candidat soient plus étoffés, mais que les idées soient achevées, pas seulement nées d’un besoin de critiquer pour critiquer. Il faut réveiller la campagne dit-elle, mettre aux côtés de Mitt Romney ceux qui performent bien dans le parti, les Chris Christie, Susana Martinez, Marco Rubio, etc.  Et puis il faut y mettre de l’argent, beaucoup d’argent.

Tout ça avec une série de trois débats à préparer…

Les chiffres qu’on ne peut pas ignorer

J’ai déjà mentionné dans cette chronique la mathématique nécessaire à l’élection d’un président aux États-Unis, les 270 votes de grands électeurs par lesquels un candidat décroche le poste de dirigeant du monde libre.

Le site Real Clear Politics donne en ce moment 247 grands électeurs à Barack Obama contre 190 à Mitt Romney et met 100 votes (Colorado 9, Floride 29, Iowa 6, Nevada 6, New Hampshire 4, North Carolina 15, Ohio 18, Virginia 13) en jeu.

Le site Politico, lui, répartit les États-clés selon les résultats des sondages du moment et, compte tenu de l’avance de Barack Obama discutée plus haut, le résultat  est actuellement de 332 votes pour le président, et de 206 pour Mitt Romney

Ce que je lis en ce moment

The price of politics, de Bob Woodward, sur la façon dont s’est déroulé le bras de fer entre Barack Obama et les républicains avant la décote du crédit américain. Très cuisine interne, mais M. Woodward a eu un accès remarquable aux principaux acteurs des deux côtés du débat.

Ce que je voudrais lire

Paris, a love story, de Kati Mason, la veuve du grand diplomate américain Richard Holbrooke, qui a aussi été l’épouse du journaliste canadien, présentateur d’ABC News, Peter Jennings.

Chronique électorale américaine J-75

Vendredi 24 août 2012 à 10 h 01 | | Pour me joindre

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manonglobensky

Dans 75 jours, les Américains choisiront entre le candidat républicain,  Mitt Romney, ou le président démocrate sortant, Barack Obama. Ils renouvelleront aussi la totalité de la Chambre des représentants et le tiers du Sénat. Cette chronique, que je me promets de faire assez régulièrement, nous mènera jusqu’au mardi 6 novembre et peut-être au-delà, si un État décide de se prendre pour la Floride…

L’allure de la campagne

Il y a une multitude de sondages, chaque média national a le sien, puis il y a les sondages d’organisations partisanes, des instituts indépendants, etc.  J’aime bien consulter le site Real Clear Politics, qui propose une moyenne des sondages et donc, une façon de suivre les variations semaine après semaine. Et si vous vous attardez au graphique, sous le tableau, vous verrez que depuis avril, moment où Mitt Romney est devenu le candidat pressenti du Parti républicain, il est au coude-à-coude avec Barack Obama.

Rien de ce qui a été fait et dit au cours des 19 dernières semaines de campagne (les dizaines de millions de dollars dépensés en publicité par les deux candidats, leurs partis et les « super-PAC » qui les appuient) n’ont fait bouger l’opinion publique américaine. On dit même que le nombre d’indécis est très peu élevé pour ces élections.

Il y a quand même ceux que les sondeurs appellent les « décidés mous », que tant M. Obama que M. Romney tente de faire changer d’idée. En ce sens, l’argent dépensé par la campagne Obama dans le but avoué de définir Mitt Romney aux yeux des électeurs avant qu’ils apprennent à le connaître vraiment l’a bien servi. 

Jusqu’à maintenant (et je rappelle qu’il reste 10 semaines avant le vote, donc ça pourrait changer et rechanger), Barack Obama a évité que l’élection soit perçue comme un référendum sur son premier mandat. Il voulait la présenter comme un choix entre deux visions, et c’est comme ça que la campagne est perçue.

Calculs mathématiques

Vous savez que le président n’est pas élu au suffrage universel, mais par les grands électeurs du collège électoral, où chaque État a droit à un nombre de votes selon son poids au Congrès. Il faut 270 grands électeurs pour l’emporter. Il y a de nombreux sites web qui présentent des cartes où on extrapole sur la mathématique nécessaire à la victoire pour l’un ou l’autre des candidats, comme Politico. On peut même faire ses propres prédictions sur celui-ci.

Vu à la télévision

Au moment où la convention républicaine approche à grands pas, au moins deux réseaux de télévision, ABC News et NBC News, ont réalisé des reportages sur le mormonisme, la religion de Mitt Romney, qui est un mystère pour beaucoup d’Américains. Entre 10 et 20 % d’entre eux, selon les sondages, sont même tentés d’appeler ça une secte. Mitt Romney est très discret sur son rôle dans l’Église de Jésus Christ et des Saints des Derniers Jours. Il a quand même accepté la semaine dernière que les journalistes l’accompagnent jusqu’au service, mais pas à l’intérieur.

Ce que je lis

Convention oblige : The real Romney, écrit par deux journalistes du Boston Globe, Michael Kranish et Scott Helman, qui s’appuient sur cinq ans d’entrevues et de recherche.

Ce que je voudrais lire

No easy day, the autobiography of a navy seal, par Mark Owen (nom de plume), qui raconte l’histoire du raid qui a mené à la mort d’Oussama ben Laden. L’auteur a participé au raid et a pris sa retraite depuis. Les services secrets n’ont pas tenté d’en empêcher la publication. Je me demande si ça fait bien paraître le président Obama…..

Le livre sera disponible le 11 septembre, mais il est déjà en tête des ventes d’Amazon.

L’amendement Akin

Mercredi 22 août 2012 à 17 h 20 | | Pour me joindre

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La question de l’avortement revient à l’avant-scène pour les républicains, bien malgré eux.

Todd Akin, élu du Missouri à la Chambre des représentants qui se présente à un poste de sénateur en novembre, connaît son 15 minutes de « gloire ». Ses propos voulant que le corps de la femme ait les moyens d’empêcher la grossesse si elle résulte d’un viol véritable lui ont attiré une condamnation unanime de la classe politique, y compris de la part des plus hautes instances de son parti, le Parti républicain. Mitt Romney ne pouvait pas aller assez vite pour prendre ses distances de M. Akin.

Malgré les pressions, le candidat a décidé de rester dans la course, ce qui pourrait permettre à la démocrate Claire McCaskill de s’accrocher à son siège. Vraisemblablement, sans cette victoire au Missouri, les républicains ne reprendront pas la majorité au Sénat. Todd Akin, lui, croit encore qu’il peut gagner.

En présentant ses excuses, il a expliqué qu’il s’est trompé de mots. Il admet qu’il est possible qu’une femme tombe enceinte après avoir été violée. Mais dans tous les cas, Todd Akin s’oppose à une interruption de cette grossesse. La punition doit être contre le violeur, dit-il, pas contre l’enfant à naître.

Il n’est pas le seul de son parti à penser ça : le candidat pressenti à la vice-présidence, Paul Ryan, un catholique pratiquant, pense la même chose. Et le Parti républicain vient de se prononcer, dans les délibérations sur son programme électoral qui précèdent la convention de la semaine prochaine, en faveur d’un amendement constitutionnel qui interdit l’avortement sans exception. On appelle ça
« l’amendement pour la vie humaine », mais les démocrates se sont empressés de le surnommer
« l’amendement Akin ».

Cette position du Parti républicain n’est pas nouvelle. En fait, le comité n’a fait que renouveler l’inscription de l’amendement pour la vie humaine dans le programme du parti. Mais, en campagne, la position de Mitt Romney, et de son colistier donc, sera plus nuancée : l’avortement peut être permis dans les cas de viol, d’inceste, et quand la vie de la mère est en danger.

Par ailleurs, l’opinion de Todd Akin que les femmes violées tombent rarement enceintes lui vient des écrits d’un médecin antiavortement, John Willke, qui affirme que le traumatisme résultant du viol est suffisant pour empêcher, la plupart du temps, la grossesse. Le Dr Willke faisait partie de l’équipe rapprochée de Mitt Romney lors de sa première campagne d’investiture, en 2008.

Todd Akin dit qu’il aurait dû parler de viols forcés au lieu de vrais viols. Mais même cette notion de viols forcés est contestée. Elle a en fait été introduite dans un projet de loi républicain qui visait à définir le viol de façon plus serrée pour restreindre les remboursements d’avortements par l’assurance fédérale. Devant les protestations, le mot forcé est disparu du projet de loi parrainé tant par Todd Akin que par Paul Ryan.

« Un viol est un viol », a dit le président Barack Obama en réagissant à la controverse Akin, et ce n’est surtout pas à un groupe de politiciens, en majorité des hommes, a-t-il dit, de se mettre à prendre des décisions de santé au nom des femmes.

La controverse Akin n’est pas terminée. Il a jusqu’au 25 septembre pour se retirer de la course, mais il encourra des pénalités.

Les démocrates n’ont pas encore donné la pleine mesure de la façon dont ils comptent exploiter la gaffe aux dépens des républicains, qui ont des difficultés avec l’électorat féminin. Dans le plus récent sondage NBC-News/WSJ, les femmes appuient Barack Obama à 51 %, contre 41 % pour Mitt Romney.

Sans papiers et sans droits

Mardi 19 juin 2012 à 11 h 20 | | Pour me joindre

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Ils sont 12 millions, plus ou moins.

Le nombre de sans-papiers qui vivent aux États-Unis n’est qu’une estimation. Ils sont fort probablement beaucoup plus nombreux.

Ils arrivent en traversant illégalement la frontière mexicaine à pied. Ils viennent en avion et en auto aussi, munis de visas temporaires, mais ils restent aux États-Unis après la date d’expiration. Ils font des travaux modestes et sont habités par cette peur constante de se faire expulser à tout moment.

Les clandestins arrivent souvent avec de jeunes enfants, des bébés qui grandissent aux États-Unis, vont à l’école, parlent anglais comme des Américains. Mais ils sont néanmoins des sans-papiers qui n’ont pas le droit de s’inscrire à l’université publique ni de se trouver un emploi légal.

Vendredi, cette génération « d’illégaux » – ils sont 800 000 – a reçu la bonne nouvelle : Barack Obama met un stop temporaire aux expulsions de jeunes sans-papiers, ceux qui sont arrivés ici enfants et qui veulent travailler. Des jeunes, a dit le président, qui sont « Américains dans l’âme, mais pas sur papier ».

Les jeunes pourront donc obtenir un permis de travail, mais leurs parents alors? Et les millions d’autres clandestins qui frôlent les murs, qui baissent les yeux quand vous les croisez sur le trottoir? Ceux-là continueront de vivre en marge d’une société bien trop heureuse d’avoir à sa disposition cette main-d’œuvre bon marché.

L’équipe de Washington a passé cinq jours en Arizona au début du mois, l’État où les lois contre l’immigration clandestine sont les plus sévères, l’État par où entrent près de la moitié des sans-papiers qui viennent aux États-Unis. Ils traversent le désert de Sonora à pied… Des centaines y meurent de soif chaque année.

Maria, sans-papiers mexicaine qui vit à Tucson, y a perdu son frère.

Lisette, une Américaine mariée à un clandestin expulsé au Mexique, ne veut pas que son mari le traverse pour revenir.

Des millions de clandestins, des millions d’histoires.

Faut-il accorder des permis de travail à ceux qui ne présentent aucun danger pour la société, ou fermer la frontière et les expulser?  L’Arizona adopte la ligne dure. Une vingtaine d’États songent à emboîter le pas.

Est-ce la bonne solution?

 

 

Chen et puis après…

Jeudi 31 mai 2012 à 9 h 53 | | Pour me joindre

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« Il paraît que CGC part aujourd’hui aux US. » Le message, envoyé par une amie, est atterri dans ma boîte de textos le samedi 19 mai à 14 h pile. Chen Guangcheng – CGC pour les intimes – allait s’envoler quelques heures plus tard à bord d’un avion de la United Airlines vers les États-Unis. C’était le dénouement d’une partie de bras de fer diplomatique entre les deux plus grandes puissances mondiales : la Chine de plus en plus sûre d’elle-même, qui ne s’en laisse pas imposer, et les États-Unis, champions fatigués à l’étoile pâlissante.
 
Aujourd’hui, Chen est étudiant en droit à NYU, l’Université de New York. Sa femme et lui chercheraient une école pour leurs deux enfants. La famille a été aperçue dans un parc le lendemain de son arrivée.  Après sept ans de résidence surveillée et de détention arbitraire, Chen peut enfin souffler un peu.
 
On pourrait croire que tout est bien qui finit bien.
 

Chen Guangcheng arrive à New York en compagnie de sa femme, Yuan Weijing, le 20 mai 2012. Photo Splash News

Mais en Chine, à des milliers de kilomètres de New York, rien n’a changé.
 
Le petit village de Dongshigu, au Shandong, est toujours sous haute surveillance, même si son habitant le plus célèbre a réussi à échapper au formidable appareil de sécurité mis en place pour le surveiller. Depuis que Chen Guangcheng brille par son absence dans cette campagne perdue, tous les collègues journalistes qui ont tenté de s’y rendre se sont heurtés au même mur de paranoïa. Impossible de s’approcher du village.
 
Pourquoi fermer la porte de la cage à double tour, maintenant que l’oiseau s’est envolé? C’est en partie une question d’argent. L’assignation à résidence de Chen Guangcheng était une véritable industrie locale. Depuis 2005 cette détention extrajudiciaire aurait coûté plus de 11 millions de dollars. La maison de Chen Guangcheng était entourée d’une clôture électrique et équipée de matériel sophistiqué pour brouiller les signaux de téléphones cellulaires. La cour était éclairée 24 heures sur 24 par de puissantes lumières. Et des dizaines de gardes étaient payés 100 yuans (un peu plus de 16 $) par jour, repas compris – le gros lot quand on pense que de s’éreinter à travailler aux champs ne rapporte que la moitié de cette somme.
 
Imaginez le choc si du jour au lendemain tout ce beau monde avait perdu un boulot aussi lucratif! Alors, on continue de bloquer l’accès à ce village perdu du Shandong. Et pour échapper à l’absurdité d’une prison sans prisonnier, la cible est désormais le frère de Chen Guangcheng, Chen Guangfu. Celui-ci aurait aidé l’avocat autodidacte à s’enfuir à Pékin, alertant un ami dans la capitale.
 
Quand la nouvelle de la disparition du dissident a atteint le village, des voyous à la solde des policiers auraient fait irruption en pleine nuit chez lui. Dans une lettre ouverte publiée cette semaine dans le New York Times, Chen raconte comment aucun de ces hommes n’était en uniforme, ni même muni de mandat d’arrestation. Dans l’altercation qui a suivi, le neveu de Chen Guangcheng a saisi un couteau et aurait blessé des assaillants. Il est aujourd’hui accusé de meurtre, même s’il n’y a pas eu mort d’homme. Chen Guangfu a réussi la semaine dernière à échapper aux gardiens qui le maintenaient en résidence surveillée, mais il serait de retour à Dongshigu.
 
Dans cette lettre ouverte, Chen Guangcheng dépasse le cadre de son histoire familiale et s’adresse aux futurs dirigeants de la Chine qui seront installés à la tête du pays l’automne prochain :
 
« La question fondamentale à laquelle le gouvernement chinois doit faire face, c’est le non-respect de la loi », écrit-il. Ce ne sont pas les lois qui font défaut à la Chine, mais l’état de droit. »
Bref, les lois sont là, mais les représentants du Parti communiste, qui n’ont jamais à craindre de perdre une élection ou d’être dénoncés à la une du journal local, s’en moquent. En fait, le politique et le judiciaire ne forment qu’un seul et même pouvoir. Comme le raconte Chen, tous les procès sont contrôlés par un comité politicolégal du Parti communiste. Celui-ci « dirige les actions de la police, des procureurs et des juges, transformant ces acteurs soi-disant indépendants en une arme unique, dont le pouvoir ne peut être remis en question ».  En d’autres termes, si vous êtes victime d’une injustice, bonne chance.
 
Les dirigeants chinois agissent ainsi pour assurer la stabilité du pays. On sacrifie quelques fauteurs de trouble pour maintenir la paix générale. On force l’individu à s’effacer devant le groupe. Et on s’assure, évidemment, de ne pas raconter au groupe le traitement réservé à cet individu, de peur que la paix générale ne s’effrite. Son histoire a peut-être fait le tour du monde, mais en Chine, pratiquement personne ne sait qui est Chen Guangcheng. À ce jour, toutes les recherches sur le dissident de l’heure sont bloquées sur les sites de microblogues chinois. Les mots « aveugle », « ambassade américaine », « Chen Guangcheng » (en chinois et en anglais) et l’abréviation CGC ne produisent, étrangement, aucun résultat.
 
Cette logique tiendra-t-elle encore longtemps? Un groupe fort de millions de paysans avait jadis porté Mao au pouvoir. Un autre groupe se réveillera-t-il un jour? Je vous le demande.