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La 'une' du prochain numéro du New Yorker est consacrée au scandale qui éclabousse le gouverneur du New Jersey.

La une du prochain numéro du New Yorker est consacrée au scandale qui éclabousse le gouverneur du New Jersey.

Regardez la carte : il y a plus de 350 kilomètres entre Fort Lee, au New Jersey, et Washington, où siègent les élus américains. Pourtant, les embouteillages monstres sur le pont qui relie Fort Lee à New York font jaser bien des gens au cœur de pouvoir américain.

C’est un « must-see tv » au Capitole, disait CNN. L’explication est bien sûr liée aux ambitions politiques d’un politicien du New Jersey. Chris Christie, le gouverneur de l’État, est souvent vu comme le meilleur espoir des républicains qui rêvent de reprendre la Maison-Blanche en 2016.

Mais cette semaine, la dynamique a changé. Pour le gouverneur du New Jersey, les embouteillages de septembre sont devenus un sérieux accrochage en route vers la Maison-Blanche.

L’idée de prendre des automobilistes en otage peut sembler ridicule. Celle d’ordonner une telle manœuvre par courriel surprend encore davantage.

L’ironie, c’est que l’équipe de Chris Christie n’avait pas besoin de faire pression sur le maire de Fort Lee pour assurer la réélection du gouverneur. Il a gagné par une confortable majorité, avec plus de 20 % d’avance. L’appui du maire de Fort Lee n’aurait rien changé à l’issue du vote.

Une image écornée

La machination a changé autre chose. Il n’y a plus la même aura autour de Chris Christie. Il n’est plus le sauveur assuré du parti républicain. Celui que plusieurs voient comme le meneur dans une course qui sera déclenchée dans deux ans.

Gouverneur républicain dans un état démocrate, il a cultivé l’image d’un politicien au franc-parler. Celui qui dit ce qu’il pense plutôt que ce que les sondages lui suggèrent de dire. Ce qui le rend si attrayant pour les républicains, c’est qu’il est un modéré. Un politicien moins partisan que ceux issus du Tea Party. Un homme qui n’hésite pas à travailler avec l’adversaire démocrate pour aider ses concitoyens.

L’image qui colle pour l’instant à la peau du politicien est tout autre. Un politicien calculateur, intimidateur (« bully »), ambitieux. Le « Bridgegate » a souligné à gros traits les défauts de Chris Christie. Certains « insiders » les avaient déjà notés, ce qui l’aurait empêché de devenir candidat à la vice-présidence, aux côtés de Mitt Romney en 2012.

Une conférence de 108 minutes pour s’expliquer

Les adversaires de Chris Christie (dont les républicains qui ont aussi des ambitions présidentielles) prennent des notes, se frottent peut-être les mains en privé.

Chris Christie, lui, continue de minimiser son intérêt pour la Maison-Blanche. Dans une conférence de presse marathon (108 minutes, c’est long; je résume son point de presse ici), le gouverneur a tout fait pour balayer le scandale. Chris Christie nie avoir eu connaissance de cette machination.

Fâché, honteux, il a viré sa chef de cabinet adjointe et pris ses distances d’un autre allié. Surtout, Chris Christie a dit, insisté, répété : il n’a pas demandé cette rétribution politique, ce n’est pas son style. Il n’était pas au courant. Il a plutôt été trahi par des proches qui lui ont menti.

La longue route jusqu’à la Maison-Blanche

C’est une explication que plusieurs ont de la difficulté à accepter. Surtout venant de quelqu’un réputé combatif. C’est aussi une position qui pourrait revenir le hanter dans les prochains mois. Quelques enquêtes sont en cours. Des procédures judiciaires également. Imaginez ce qui restera de sa crédibilité si des documents affirmant le contraire font surface.

La route vers la Maison-Blanche est bien longue, c’est certain. Et les électeurs ont souvent la mémoire courte. Il faudra laisser le temps filer avant de savoir si Chris Christie peut encore prétendre diriger les États-Unis.

La vérité sur les armes à feu

Dimanche 15 décembre 2013 à 6 h 49 | | Pour me joindre

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Aux États-Unis, il y a peu de sujets aussi délicats, aussi polarisateurs que le débat sur les armes à feu. Il s’agit, dit-on, des eaux les plus troubles où naviguer en politique américaine. C’est un mélange d’argent (les millions des fabricants d’armes), d’émotions (la douleur des parents qui survivent à un enfant), d’intimidation (les politiciens ciblés par le lobby des armes) et d’ambitions (ces mêmes politiciens). La religion s’en mêle. Bref, le genre de sujet qu’on évite dans un événement social. C’est aussi un sujet qui semble être basé davantage sur les émotions que sur des faits.

Je ne parle pas des morts. Chaque victime est de trop. Dans une tuerie comme dans un accident de chasse. Mais au-delà du nombre incroyablement élevé de victimes (plus de 30 000 par année, autant que la population d’Alma ou de Côte-Saint-Luc, au Québec), il est difficile de trouver des données pour appuyer ses positions. Y a-t-il vraiment 310 millions d’armes en circulation aux États-Unis? C’est une approximation, une estimation basée sur des sondages et de vieilles statistiques. En divisant le nombre d’armes par la population totale du pays, on obtient le plus important ratio au monde, devant la Syrie et le Yémen. On ne peut pas savoir non plus combien de ménages ont des armes. Est-ce trois sur quatre? Un sur trois?

Creusez, vous le constaterez : il existe un important flou dans la qualité des données sur les armes à feu aux États-Unis. Il existe aussi peu de recherches scientifiques (impartiales, qui ne sont pas liées à des groupes de pression) sur les armes, les causes des accidents, les techniques pour rendre les fusils plus sûrs. Étrange pour un pays si préoccupé par les armes? Peut-être pas. Comme avec beaucoup de questions dans ce dossier, la réponse tient aux gestes de la NRA, le groupe le plus actif du puissant lobby des armes. (Rolling Stones en a fait un portrait bien détaillé , le New York Times aussi.)

Depuis 1996, le fédéral ne finance plus de recherches scientifiques sur la violence causée par les armes à feu. C’est aussi simple que cela. Une décision des élus américains, basée sur les pressions de la NRA. La loi qui accorde des fonds à la recherche pour prévenir des blessures interdit les travaux qui pourraient servir au contrôle des armes à feu. Il se faisait de la recherche avant (avec l’agence de santé publique des États-Unis, les CDC.) En 2012, l’interdiction a aussi été appliquée à l’équivalent du ministère de la Santé. La NRA soutient que les CDC « publiaient des articles qui étaient des opinions politiques déguisées en recherche médicale ».

Bref, on craignait la propagande. Parmi les questions qui intéressaient les chercheurs à l’époque, on en trouve une importante : êtes-vous plus en sécurité avec une arme à la maison, ou plus à risque de blesser ou de tuer un proche (accidentellement ou sous l’effet de la colère)? D’autres questions importantes demeurent sans réponse :

  • d’où proviennent les armes utilisées par les mineurs qui commettent des crimes?
  • combien de temps s’écoule-t-il entre l’achat d’une arme et un suicide?
  • la vérification des antécédents d’un acheteur fait-elle vraiment une différence?
  • est-ce que la capacité d’un chargeur a un impact sur le nombre de victimes lors d’une tuerie?

Des réponses claires à ces questions pourraient influencer les discussions, convaincre les élus d’agir pour améliorer la sécurité des Américains, sans nécessairement restreindre l’accès aux armes pour ceux qui y voient un loisir. Le président Obama le sait bien. Après Newtown, il a ordonné la reprise des recherches. « On ne profite pas de l’ignorance », avait-il expliqué. Une position qui a déclenché une mini-controverse et soulevé une certaine opposition.

Alors que le souvenir de l’horreur de Newtown revient dans nos esprits, il est utile de rappeler que des dizaines d’enfants sont tués chaque année par des armes à feu. Pas seulement dans des tueries. Surtout par accident. Deux garçons qui jouent ensemble et découvrent une carabine chargée. Une jeune curieuse qui prend l’arme supposément cachée de sa mère. Depuis Newtown, au moins 120 jeunes Américains seraient morts de cette façon. Une épidémie, selon certains. Un drame que la recherche pourrait aider à atténuer. La technologie peut-elle empêcher un enfant d’utiliser l’arme de ses parents par accident? On ne sait pas. Les cours de prévention (donné par la NRA notamment) sont-ils vraiment efficaces? Difficile à dire.

Dans les mois qui ont suivi l’ordre du président, les CDC ont établi les priorités de recherche concernant les armes à feu. La liste contient quelques dizaines de questions. Obtenir ces réponses prendra probablement des années de recherche. Si recherche il y a. L’interdiction de 17 ans sur la recherche a découragé bien des scientifiques, qui se sont trouvé d’autres spécialités. Et puis il faudra financer cette recherche. Cette tâche revient aux élus du Congrès. « Les probabilités sont presque nulles », lançait le responsable d’un groupe proche de la NRA.

Difficile d’espérer obtenir la vérité sur les armes à feu!

Difficile d’échapper à Rob Ford, même de Washington. Et ce n’est pas seulement la curiosité de l’ancien Torontois que je suis.

Les émissions télé de fin de soirée font leurs choux gras des frasques du premier magistrat de la plus grande ville canadienne depuis plusieurs mois déjà. Mais depuis quelques jours, les grands médias s’y intéressent aussi. En fait, bien des Américains suivent l’affaire comme s’il s’agissait d’un maire de chez eux. Au point où c’est devenu un sujet de conversation lorsqu’un Américain rencontre un Canadien : « Ah! Vous venez de la ville de Rob Ford! »

Dans son grand bulletin matinal, NPR expliquait que la rencontre de mercredi à l’hôtel de ville de Toronto pouvait être « décisive » pour le maire Ford. CNN a suivi cette houleuse rencontre en même temps que les audiences sur la réforme de la santé du président Obama. La chaîne a diffusé de longs échanges entre les conseillers en direct, en plus d’une entrevue « exclusive » avec le frère du maire.

Dans son jeu-questionnaire sur l’actualité de la semaine, le New York Times utilise l’aveu de Rob Ford : « Oui, j’ai fumé du crack. » Les lecteurs devaient identifier son auteur. Les choix : trois maires américains qui ont fait de la prison… et celui de Toronto. Même l’Associated Press en fait mention dans les « 10 choses à savoir aujourd’hui (jeudi) ».

Sur les sites web des grands médias, les mots clés « Rob Ford » sont parmi les plus recherchés. Et les commentaires abondent. « Qu’est-il advenu de Toronto, la « New York gérée par les Suisses »? Ford à la mairie montre ce qui arrive quand un adolescent de 16 ans gère une ville. »

D’autres le comparent à Rush Limbaugh, le vitriolique animateur de radio porte-étendard de la droite dure. « Il ferait un bon candidat républicain à la présidence », dit avec ironie un autre. Certains se portent à la défense de Toronto (des Canadiens expatriés, comme des Américains). Les politiciens ne sont pas l’âme d’une ville, explique un type de l’Arizona. Sinon, toutes les grandes villes du monde seraient vues comme des corrompues.

Une question revient souvent : mais comment est-ce possible que ce politicien soit encore en poste? On s’interroge sur les pouvoirs des élus torontois (symboliques), sur l’enquête policière (toujours en cours). « Est-ce qu’une telle situation serait possible aux États-Unis? », demandait une animatrice de CNN, visiblement choquée. La réponse de l’expert juriste invité? Non, sûrement pas.

Peut-être. Le scandale Rob Ford est bon pour les cotes d’écoute des réseaux américains. Il fait la joie des satiristes de fin de soirée.

Il fait peut-être aussi le bonheur de bien des Américains, qui ont eu plus que leur part de politiciens corrompus, ineptes et menteurs dans les dernières années. Rob Ford « fait bien paraître nos politiciens », titrait le Los Angeles Times en chronique.  « C’est presque comme si le maire de Toronto avait été installé juste au nord de la frontière pour faire réfléchir les citoyens américains : « Hé, on pensait que nos politiciens étaient dysfonctionnels. Regardez ce Canadien! Les nôtres agissent comme des drogués, des fêlés… celui-ci, c’est un vrai drogué. » »

« Tu es journaliste? Fais bien attention… » L’avertissement vient d’une personne âgée. Un homme qui pourrait être mon grand-père. Tout doux, l’air inoffensif. C’est un républicain, venu écouter un sénateur proche du Tea Party. Attention à quoi? A qui? Aux républicains qui se méfient des journalistes des grands médias? Non. L’homme me fixe droit dans les yeux et m’avertit : « Ils écoutent mes appels, lisent mes courriels. » « Ils », c’est le gouvernement américain, et surtout son Agence de sécurité nationale (la NSA selon son acronyme anglais). L’organisation, normalement discrète, est au centre de révélations bien gênantes sur l’étendue de son programme de surveillance. Un programme qui fait dresser les poils sur les bras des conservateurs.

Cela fait presque cinq mois que les Américains ont appris avec surprise que la NSA s’intéressait à leurs conversations téléphoniques. Selon des documents rendus publics par subtilisés par Edward Snowden (et coulé à plusieurs médias), au moins une grande compagnie de téléphonie a dû remettre des données sur ces appels aux espions américains. Les communications par Internet et par message texte sont aussi ciblées. Les espions n’écoutent pas tous les appels, bien sûr, mais ils conservent des métadonnées (du jargon informatique : le terme pourrait englober les numéros composés, le temps et la durée des conversations) dans leurs vastes serveurs. Ces dépôts d’informations peuvent être fouillés en cas de besoin. Ces révélations ont fait couler beaucoup d’encre aux États-Unis, mais n’ont pas vraiment dicté de changement de politique. Les élus américains semblent hésiter. Un premier projet de loi pour restreindre les capacités de la NSA vient d’être déposé (le USA Freedom Act). Mais il y a aussi un second projet de loi en préparation. Ce dernier permettrait que se poursuive la collecte de données sur les communications des Américains.

Depuis peu les premières révélations, cet été, ce sont maintenant les Européens qui s’inquiètent de la puissance d’écoute des Américains (quoiqu’il y a sûrement un peu de jalousie dans ces sorties publiques, comme le souligne mon collègue Neil Macdonald). Leurs inquiétudes ont pris un ton plus sérieux récemment, après qu’on eu appris que l’un des téléphones cellulaires de la chancelière allemande Angela Merkel a été sous écoute. Les communications de citoyens français et espagnols l’ont été également. À partir des documents fournis par Edward Snowden, les collègues du Monde expliquent les différents modes de collecte d’informations. Selon certaines sources, les échanges de 35 chefs d’État ont été sous surveillance, dont ceux de certains pays alliés des États-Unis.

Les États-Unis ont peu dit sur l’ampleur de ces activités. Le directeur de la NSA soutient que son agence n’espionne pas les citoyens européens. Les données mentionnées dans la presse européenne viendraient en fait d’agences européennes du renseignement! On soutient aussi que les téléphones de la dirigeante allemande ne sont plus sous écoute et ne le seront pas. De son côté, la Maison-Blanche invoque la sécurité du pays et celle de ces alliés pour justifier ces écoutes, qui ont commencé sous George W. Bush dans la foulée des attentats de septembre 2001. Mais plusieurs soupçonnent qu’il y a aussi des raisons commerciales ou diplomatiques derrière ces activités. Les citoyens américains font peu de cas de ces révélations. Mais cela n’a pas empêché une très influente sénatrice démocrate de faire une sortie publique cette semaine. Dianne Feinstein préside le comité du Sénat sur le renseignement. Elle a souvent défendu les activités de la NSA. Mais cette fois, elle trouve que les espions ont besoin d’être mieux encadrés. Son message est clair : « À moins d’une guerre ou d’une urgence, je ne crois pas que les États-Unis devraient collecter [les données sur] les appels téléphoniques ou les courriels de présidents ou de premiers ministres amis. »

Dianne Feinstein voit comme « un gros problème » que le président Barack Obama n’a pas été mis au courant rapidement de l’existence de ce programme de surveillance de dirigeants étrangers. Sa sortie met en lumière un détail qui embête bien des gens à la Maison-Blanche : à quel moment le président a-t-il été informé? Cet été? Ou plus tôt, depuis son entrée en poste? C’est une question qui est sur bien des lèvres à Washington parce qu’il n’y a pas de réponse claire. L’explication est peut-être simple. Il ne l’a pas su plus tôt parce que ce programme ne faisait pas partie de ses priorités, comme la Chine ou l’Iran. Peu importe, l’image du président en prend pour son rhume. Ses démentis froissent ceux qui travaillent à la NSA, et ça pourrait créer des tensions avec le gouvernement. D’autres soulignent que l’ignorance de Barack Obama lui sert d’excuse peut-être un peu trop souvent ces temps-ci.

Rapidement, les détracteurs de Barack Obama lui ont trouvé un nouveau surnom. Ils parlent du « président spectateur ». Un bon slogan pour un autocollant de pare-chocs, peut-être. Des munitions de plus pour ceux qui croient que le gouvernement n’a pas sa place dans la vie privée de ses citoyens.

Jouer avec le feu

Vendredi 11 octobre 2013 à 15 h 34 | | Pour me joindre

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L’impasse politique qui paralyse une partie du gouvernement fédéral fait couler beaucoup d’encre… et elle fait parler beaucoup de politiciens. Le vocabulaire est souvent coloré, les métaphores viennent facilement. Une façon parfois de résumer très simplement une position complexe. Le président de la Chambre, le républicain John Boehner, a utilisé une phrase bien drôle et difficile à traduire en français pour éviter de répondre à une question sur une éventuelle reprise des activités du gouvernement fédéral. Le porte-parole de la Maison-Blanche s’est réfugié derrière les métaphores jeudi pour éviter de dévoiler le jeu de son patron, le président Barack Obama.

Permettez-moi donc d’en utiliser une pour résumer le pétrin dans lequel les républicains se sont enfoncés. Ils ont joué avec le feu… et semblent s’être brûlés. La reprise des discussions entre les partis est surtout une façon pour les républicains de sauver la face. Ce sont eux qui ont causé l’impasse, la paralysie du gouvernement, en insistant pour miner la réforme de la santé du président Obama. À une semaine d’un possible défaut de paiement, ils ont trouvé une manière de relancer les discussions. Une façon d’éviter la catastrophe économique annoncée et de devoir en porter le blâme.

Les enquêtes d’opinion des derniers jours révèlent aussi d’autres inquiétudes dans le parti. Selon un sondage NBC/WSJ, les républicains n’ont jamais été aussi impopulaires de leur histoire. Même chose pour le Tea Party, dont les membres forment le noyau le moins flexible de la droite républicaine. Cette enquête (données originales ici) montre aussi que la réforme de la santé qui est à l’origine de l’impasse politique, le fameux « Obamacare », a gagné en popularité au cours du conflit. Difficile pour les républicains de mesurer ce qu’ils ont gagné dans cette bataille, et ce qu’ils gagneraient à la prolonger.

Comme si ce n’était pas assez, certains alliés traditionnels du parti républicain menacent de retirer leur appui financier. Ce sont des gens d’affaires, des groupes de pression. Ceux qui partagent le désir de réduire le fardeau réglementaire et fiscal des entreprises, mais qui ne veulent pas d’une panique sur les marchés à cause d’un défaut de paiement. Ils semblent être de plus en plus nombreux à montrer le Tea Party du doigt. Certains parlent d’une fracture au sein des républicains, même de la fin du parti. Un jugement probablement prématuré, mais sévère.

Attention, les démocrates partagent aussi une partie du malheur des républicains. Ce n’est pas la première impasse politique du genre à Washington dans les dernières années. Il y a notamment eu les drames de 2011, de fin 2012 et celui-ci. C’est devenu cyclique. Et ça rend bien des Américains cyniques. Consultez cette série de sondages et retenez la donnée qui vous frappe le plus (j’aime bien celle qui révèle que les politiciens constituent le problème numéro un auquel est confronté le pays. Numéro un, devant l’économie.)

Il est peut-être trop poli de dire que l’ensemble de la classe politique américaine est mal vu. Quelle expression utiliseriez-vous pour décrire la classe politique américaine?

L’ABC d’une paralysie anticipée

Lundi 30 septembre 2013 à 16 h 01 | | Pour me joindre

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La possibilité d’une paralysie du gouvernement fédéral américain occupe bien des esprits à Washington. Depuis ce matin, CNN montre les secondes qui restent avant l’échéance de minuit. Difficile pour un Canadien de concevoir qu’un gouvernement pourrait manquer d’argent. La situation semble bien particulière au système politique américain. Voici l’essentiel du pourquoi et du comment.

Les questions sont les bienvenues. J’ajouterai les réponses à ce blogue.

Texte et recherche : Yanik Dumont-Baron

 

1- Pourquoi le plus important gouvernement de la planète manquerait-il d’argent pour payer ses employés?

C’est en partie le fruit de disputes politiques et d’un point de droit. Les États-Unis n’ont pas adopté de budget depuis 2009. Pour assurer que l’État fonctionne, les élus ont voté des continuing resolutions. Essentiellement, des crédits supplémentaires, avec une échéance prédéterminée. Une fois cette échéance passée, le gouvernement n’a plus l’autorité de dépenser d’argent. Le 1er octobre marque le début de l’année financière aux États-Unis. Voilà pour l’aspect légal.

Les tensions entre démocrates et républicains (qui ont aussi leurs problèmes internes) contribuent à cette situation. Pour qu’un projet de loi soit adopté, il faut que les deux entités qui forment le Congrès, le Sénat et la Chambre des représentants, s’entendent sur un même texte. Pour l’instant, c’est le dialogue de sourds entre le Sénat et la Chambre.

 

2- Qu’est-ce qui ne passe pas entre le Sénat et la Chambre?

Les républicains contrôlent la Chambre. Ils insistent pour attacher à l’entente budgétaire des clauses qui mineraient l’Affordable Care Act (connue comme Obamacare), la réforme de la santé qui vise à aider tous les Américains à obtenir une assurance-maladie. C’est l’une des lois les plus chères aux yeux du président. Barack Obama a déjà signalé qu’il allait imposer son veto à tout texte qui modifierait cette loi.

Le Sénat est contrôlé par les démocrates, le parti du président. Le chef de la majorité au Sénat refuse de marchander dans ce contexte. Le Sénat souhaite de son côté adopter un projet de loi qui autoriserait des dépenses supplémentaires, mais qui ne comporte aucune contrepartie. Il s’agit d’un projet de loi « propre » (clean resolution) dans le jargon de Washington.

 

3- Est-ce qu’une telle situation s’est déjà produite dans le passé?

Le gouvernement a été partiellement paralysé 17 fois en 35 ans, selon plusieurs sources. Le plus long et le plus récent épisode de paralysie s’est produit en 1995-1996, sous le président démocrate Bill Clinton. Il avait duré trois semaines.

Le Washington Post a compilé cette liste, si vous voulez les détails de ces batailles politiques du passé.

 

4- Est-ce qu’il y a un lien avec les négociations sur le plafond de la dette?

Oui et non. Dans les deux cas, les républicains insistent pour obtenir des concessions liées à la réforme sur la santé adoptée dans le premier mandat du président Obama (et validée par la Cour suprême depuis). Les deux dates butoirs sont en octobre, mais les conséquences sont différentes.

La paralysie touche les employés fédéraux. C’est en quelque sorte un problème domestique.

Le plafond de la dette est lié à la capacité du gouvernement de respecter ses engagements financiers, donc de payer ses dettes (bons du Trésor, intérêt sur les prêts, etc.). S’il ne paie pas, le trésor américain est en défaut de paiement. Il devient un mauvais payeur (a dead-beat dad, selon les mots du président Obama). Dans ce cas, il n’y a aucun précédent. Si cela devait arriver, le président et plusieurs analystes craignent un ébranlement de la confiance des investisseurs dans la solidité financière des États-Unis.

 

5- Qu’est-ce qui adviendra en cas de paralysie du gouvernement?

Les services jugés essentiels seront assurés. Cela veut dire que les douaniers seront aux postes frontaliers, les soldats continueront leurs patrouilles en Afghanistan, les banques seront ouvertes, la poste fonctionnera toujours, les programmes d’assistance sociale également. Par contre, environ 800 000 employés fédéraux seront en congé forcé. La NASA sera l’une des agences les plus touchées. Un peu partout dans les édifices fédéraux, les statisticiens, les économistes, les inspecteurs environnementaux ne travailleront plus. Les parcs nationaux seront inaccessibles, ce qui pourrait écourter les vacances de plusieurs. Les zoos seront fermés au public, mais les animaux toujours soignés.

Le New York Times donne plusieurs exemples ici.

Mais attention, il ne faut pas minimiser les conséquences d’une paralysie. Les multiples agences fédérales touchent des millions d’Américains. Plus les services seront inaccessibles longtemps, plus les effets de cette paralysie se feront sentir à l’échelle du pays.

 

6- Et les politiciens dans tout cela?

Un porte-parole de la Maison-Blanche indique qu’il ne resterait plus qu’une équipe « squelettique » dans l’entourage du président. Une quinzaine d’employés plutôt que les 90 habituels.

Les élus du Congrès perdraient aussi une bonne partie de leur personnel. Par contre, les politiciens responsables de cette paralysie continueraient de toucher leur salaire, même si leurs employés en seraient privés.

 

7- Et les conséquences à long terme?

Quelques conséquences possibles : les politiciens porteront le blâme pour leur incapacité à s’entendre. Selon CNN, la réputation du Parti républicain souffrirait davantage… mais légèrement. En fait, les électeurs qui s’identifient à un parti auront tendance à désigner l’autre comme responsable. Chez les indépendants, il semble que le blâme soit porté par l’ensemble de la classe politique.

Il y aura aussi un prix économique à payer. Pour ce qui est de la bureaucratie, on estime que les deux paralysies partielles sous Bill Clinton ont coûté 1,4 milliard en planification et en retards bureaucratiques.

Les marchés n’aiment pas l’incertitude, c’est connu. Le Standard & Poor a perdu quelques points au cours de la dernière paralysie (1995-1996). Cette fois-ci, une fermeture de quelques jours aurait un effet négligeable sur la croissance économique. Si elle se prolonge, elle pourrait avoir des conséquences plus graves pour une économie qui reprend très lentement du mieux.

 

Le tournis aux Nations unies

Vendredi 27 septembre 2013 à 21 h 53 | | Pour me joindre

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Quatre jours passés au quartier général des Nations unies, près de l’East River à New York. Quatre jours à montrer patte blanche des dizaines de fois pour sortir et entrer de l’immense édifice, à retracer mon chemin dans ses méandres.

Quatre jours à entendre parler cinq ou six langues différentes, à croiser des gens venus d’un peu partout. La plupart portent le veston ou le tailleur foncé, mais plusieurs Africains ont revêtu des vêtements plus traditionnels… et plus colorés.

Quatre jours à écouter des discours parfois fleuves (le président de l’Uruguay a parlé durant plus d’une heure lundi soir). La Brésilienne sermonne les États-Unis (au sujet de leur programme de surveillance électronique), les États-Unis répondent par un avertissement à l’ensemble de la planète (l’ONU risque de perdre son influence). L’Iran mène une opération charme, rejette l’arme nucléaire et demande à Israël de faire de même.

L’étiquette qui confirme le passage de la sécurité à l’ONU, bleu poudre oblige.

J’ai vu trop de bleu poudre en quatre jours. Les murs, les tapis à souris, l’uniforme des policiers de l’ONU (le QG est sur un territoire à juridiction spéciale), le décor derrière les micros pour les points de presse.

J’ai vu des centaines de courriels passer en quatre jours. Les délégations annoncent leurs positions et offrent leurs chefs en entrevue. D’autres notes plus discrètes invitent à des réceptions.

Il est rare qu’un édifice réunisse autant de gens influents, les élus comme leurs conseillers. Le va-et-vient constant donne le tournis. Je n’ai pas vraiment vu de groupies à l’ONU. Une exception : peu importe sa cote de popularité domestique, Barack Obama semble toujours charmer le reste de la planète. En fait, les foules semblent si habituées au ballet des VIP qu’on s’écarte machinalement sur leur passage, avant de reprendre les discussions, comme si John Kerry ou François Hollande n’était jamais passé.

Un mystère a plané durant ses quatre jours à l’ONU. Dans les corridors, journalistes et délégués échangeaient les dernières bribes d’information ou comparaient les théories. On tentait de deviner l’issue des discussions entre Russes, Chinois, Français, Britanniques et Américains sur la question du désarmement chimique en Syrie.

Après quatre jours, la réponse est apparue : les demandes initiales des Occidentaux sont diluées. Mais pas trop. La menace de représailles est présente, si la Syrie ne respecte pas ses engagements… mais les sanctions (économiques, voire militaires) ne sont pas automatiques. En cas d’infraction, le conseil de sécurité de l’ONU devra approuver ces mesures. Ce qui donne à la Russie, un solide allié de la Syrie, l’occasion de tout bloquer. Les responsables de l’attaque du 21 août ne sont pas nommés et ne seront pas automatiquement traînés en justice.

C’est la première fois en plus de 30 mois de guerre civile que les membres permanents du Conseil de sécurité s’entendent sur une résolution. Auparavant, la Chine et la Russie avaient bloqué les efforts occidentaux.

Pour l’administration de Barack Obama, c’est tout un changement de cap en quelques semaines. Il y a à peine un mois, le président menaçait d’attaquer la Syrie. Sans l’autorisation de l’ONU, pratiquement seul, au nom d’un impératif moral.

Pour les Nations unies, il y a peut-être un gain de prestige dans cette résolution, avec un vote pour la résolution de conflit par la diplomatie, plutôt que par la force.

Quatre jours à l’ONU qui donnent le tournis, oui. Mais quatre jours qui ont passé très, très vite.

Et le cinquième jour, Barack Obama s’entretient au téléphone avec le président de l’Iran, Hassan Rohani. Un premier contact direct entre les dirigeants de ces deux pays depuis plus de 30 ans. Comme quoi la diplomatie a la cote ces jours-ci dans l’administration américaine.

Les Américains, insensibles aux tueries?

Vendredi 20 septembre 2013 à 16 h 26 | | Pour me joindre

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Aaron Alexis
Aaron Alexis

Quelques jours après la publication de la première version de ce texte, le président américain s’est adressé à son peuple lors d’une cérémonie en hommage aux victimes de la tuerie de Washington.

Barack Obama a déploré ce qu’il juge être «une résignation rampante » (a creeping resignation) lors de ces tragédies. Il appelle les Américains à exiger des changements. Ses mots parlent d’eux-mêmes.

En voici quelques citations:

«On ne peut pas accepter ceci. En tant qu’Américains unis par la douleur et l’amour, nous devons insister: il n’y a rien de normal quand des femmes et des hommes innocents sont tués sur leur lieu de travail».

«Maintenant, ça doit être clair que les changements nécessaires ne viendront pas de Washington, même quand la tragédie frappe Washington. Le changement viendra par où il est toujours venu, c’est-à-dire du peuple américain.»

 

Je tenais à ajouter ce développement à la version originale du texte, que voici:

 

Aaron Alexis a disparu des conversations aussi rapidement qu’il est entré dans nos vies en début de semaine.

Il s’agit de ce jeune Américain qui s’est introduit dans l’un des quartiers généraux de la marine américaine lundi matin et s’est mis à tirer sur une foule de fonctionnaires. Le bilan est lourd : 12 morts (plus le tireur, abattu par les policiers) et plus d’une douzaine de blessés. Moins de 10 heures après la tuerie, le FBI diffusait la photo du responsable et les médias interrogeaient ceux qui l’ont connu pour tenter d’expliquer le pourquoi de la chose.

Puis, 24 heures après la fusillade, les drapeaux étaient en berne, quelques fleurs ont été déposées, les victimes ont été honorées. Certains se sont arrêtés pour réfléchir. Enfin, la rapide vie moderne a repris son cours. J’écris cela, bien conscient que ce début de semaine a changé à jamais le quotidien des blessés, de ceux qui ont perdu un proche. Certes, les enquêtes se poursuivent, et la sécurité sera révisée sur les installations militaires. Mais pour la grande majorité des Américains, cette tuerie ne semble plus qu’une autre entrée dans un triste palmarès, celui des fusillades meurtrières. Il y a eu près de 80 tueries en public dans les 30 dernières années, selon le Centre de recherche du Congrès. Plus de 550 Américains y ont perdu la vie.

Le Washington Post y voit plus qu’un besoin d’oublier l’horreur des événements. Ce « geste lâche », selon les mots du président Barack Obama, ne regroupe pas tous les ingrédients pour demeurer imprimé dans l’inconscient collectif. Ce n’est pas arrivé dans un endroit où tous pourraient se retrouver (un cinéma au Colorado), les victimes ne sont pas des adolescents à l’avenir brillant (Virginia Tech, Colombine). Au Navy Yard de Washington, le tueur ne semble même pas avoir été motivé par des raisons idéologiques (Boston, Fort Hood). Ce serait plutôt un Américain moyen, qui n’a peut-être pas reçu l’aide psychologique dont il semblait avoir besoin.

Il n’y aura pas de procès, pas de longue traque aux suspects. Peu, donc, pour garder cette tuerie dans l’inconscient d’une nation divisée sur la place à faire aux armes à feu. Il y a bien eu quelques appels pour restreindre l’accès aux fusils d’assaut et aux armes automatiques. Mais la plupart des élus n’ont pas réagi, même si le massacre a eu lieu à quelques kilomètres du Congrès et de la Maison-Blanche. Le Sénat a observé un moment de silence mardi. Depuis, c’est la perspective d’un « shutdown », un arrêt forcé des services gouvernementaux pour manque de fonds qui préoccupent les élus fédéraux.

Beaucoup espéraient que l’horreur et le choc qui ont suivi la tuerie de Newtown allaient convaincre les politiciens d’agir. C’était il y a 10 mois. Depuis, il y a eu d’autres tueries, le Sénat a refusé de resserrer les mesures de contrôle. Même Barack Obama semble avoir modifié sa liste des priorités. Le jour de la fusillade, il a rendu hommage aux victimes, et s’est contenté de dire qu’il s’agissait « encore une fois, d’une autre tuerie ». Aucun appel à changer les choses.

Il reste peut-être la société civile, comme l’a fait remarquer un collègue. Il pensait à l’entreprise Starbucks, qui demande cette semaine à ses clients de laisser leurs armes à la maison avant de commander un café. Pas une interdiction formelle, mais une demande polie de la part d’un PDG. Le seul geste concret vraiment remarqué après la tuerie de lundi.

Il y a dans le mot séquestration, l’idée qu’on est retenu « contre son gré », et c’est la seule explication que je vois à l’utilisation de ce mot si bizarre pour désigner les réductions de dépenses de 85 milliards de dollars dans le budget du gouvernement américain, qui vont s’appliquer automatiquement le 1er mars.

Les républicains et les démocrates ont donné leur accord à ce mécanisme jadis, lors du débat sur la hausse du plafond de la dette, en se disant que ces réductions sans discernement à tous les postes de dépenses étaient si insensées qu’on trouverait bien un accord pour réduire le déficit autrement avant la date-butoir. Eh bien non… On n’en a pas trouvé. Et dans les quatre jours qui restent, rien ne semble indiquer qu’un compromis soit possible.

Les républicains disent depuis un moment déjà que s’il faut avaler la pilule, on l’avalera. Selon eux, 85 milliards de dollars sur 6 mois ce n’est pas une diète mortelle. C’est le montant que le gouvernement emprunte tous les 28 jours. L’administration Obama prédit un cataclysme? La croissance économique a déjà un peu reculé le trimestre dernier en anticipant les compressions, et reculera encore? Qu’à cela ne tienne dit le président républicain de la Chambre, John Boehner, son parti a les yeux tournés vers l’avenir :

Je ne sais pas combien d’emplois seront perdus en raison des réductions de dépenses, mais ce que je sais c’est que si nous ne réglons pas le problème des dépenses ici à Washington ce seront des dizaines de millions d’emplois futurs qui ne seront pas créés à cause du poids de la dette que nos enfants et nos petits-enfants devront supporter. Je suis venu ici pour sauver le rêve américain pour mes enfants et les vôtres. La dette et la dépendance du président aux dépenses menacent notre avenir. (point de presse du 25 février 2013)

Le président Obama fait parader chaque jour des hauts responsables de son administration : le secrétaire d’État, John Kerry, jeudi, le secrétaire au Transport, Ray Lahood, un républicain, vendredi, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Janet Napolitano, lundi, pour prédire un ralentissement des services, la suspension de contrats, des mises à pied temporaires ou la réduction de la semaine de travail des fonctionnaires (furloughs). Même l’association canadienne des manufacturiers s’est mise de la partie, craignant des problèmes aux douanes pour les exportations canadiennes si près de 3000 inspecteurs sont effectivement mis à pied quand les coupes s’appliqueront. L’argument canadien n’est peut-être pas déterminant, mais dans l’ensemble il s’agit de faire comprendre à chaque élu que ces compressions budgétaires vont frapper beaucoup plus fort qu’on le croit.

Le président Obama ne veut pas l’abandon de la séquestration, mais il veut que l’échéance soit reportée et qu’on s’entende pour réduire le déficit en combinant réductions de dépenses et nouveaux revenus par l’élimination de certains avantages fiscaux. La réponse des républicains est claire : le président a obtenu de nouveaux revenus en janvier quand des réductions d’impôts ont cessé de s’appliquer aux tranches de revenus au-delà de 400 000 $. Le robinet est fermé, disent-ils. Le président Obama laisse entendre que les élus du parti adverse défendent les intérêts des plus riches parce qu’ils ont les yeux fixés déjà sur la campagne de mi-mandat en 2014 :

Il y a toujours des questions sur lesquelles nous ne serons pas d’accord ici à Washington et dans chacun des États. Mais il y a un grand nombre de questions sur lesquelles nous pouvons faire preuve de plus de collaboration que ce que nous avons vu jusqu’à présent. Mais pour ce faire, il faut que cette ville aille au-delà de son obsession pour les prochaines élections et se concentre sur les prochaines générations. Nous sommes tous des élus et nous nous préoccupons beaucoup de politique dans notre parti et dans le parti adverse, mais à un moment donné il faut gouverner. (discours aux gouverneurs, 25 février 2013)

Et voilà donc pourquoi à quatre jours de l’échéance, il n’y pas de négociations, mais plutôt une sorte de partie de ping-pong qui consiste à se rejeter mutuellement la faute quant aux compressions qui vont faire mal.

Barack Obama est convaincu que ce sont les républicains, déjà mal aimés, qui vont en porter l’odieux. Les républicains croient que c’est la popularité du président qui va chuter.

Et des dizaines de millions d’Américains et leurs économies sont pris entre les deux, séquestrés, c’est le cas de le dire, par cette logique.

Le « départ » d’Hillary

Vendredi 1 février 2013 à 14 h 22 | | Pour me joindre

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Hillary Clinton quitte ses fonctions de secrétaire d’État, et comme la plupart des femmes journalistes qui couvrent la politique ou la diplomatie américaine, son départ me touche presque personnellement.

Hillary Clinton n’est pas la première femme secrétaire d’État, bien sûr. Madeleine Allbright et Condoleezza Rice, avant elle, ont aussi mené ce portefeuille d’une main ferme.

Mais Hillary fait remonter à la surface cet esprit de sororité encore plus que les autres, peut-être parce qu’elle s’est tant attachée à défendre la cause des femmes et des jeunes filles pendant ses quatre ans au département d’État.

Et peut-être aussi parce qu’elle a moins senti le besoin que ses prédécesseures de se comporter exactement comme un homme. La chef de la diplomatie américaine n’a pas hésité à danser à plusieurs reprises pendant ses voyages. Elle n’a pas caché son émotion lorsqu’elle a enfin pu rencontrer Aung San Suu Kyi à Rangoon.

Bien sûr, ses « sœurs » journalistes, moi la première, ne lui ont pas fait de cadeau, s’esclaffant ou se désolant chaque fois qu’elle se présentait mal coiffée, mal habillée ou parée d’un collier beaucoup trop gros pour elle.

Mais n’allez surtout pas parler à Hillary Clinton de sa coiffure ou de ses rides, elle s’en fout. D’ailleurs, une des meilleures photos d’elle est probablement celle où elle surveille la progression de l’opération contre Ben Laden aux côtés de Barack Obama : pas maquillée, la main devant la bouche, la tension clairement visible sur son visage.

Pendant la série d’entrevues qu’elle a accordées, elle a répondu à une question d’un jeune homme en Inde qui s’interrogeait sur le fait que les femmes aujourd’hui doivent encore démontrer qu’elles sont capables d’occuper des postes comme le sien :

« Voilà une question qui mériterait une entrevue au complet, mais permettez-moi de dire deux choses. D’abord, les choses se sont améliorées. Je suis à même de le constater, puisque j’ai fait de la politique, ou je l’ai côtoyée depuis plusieurs années. Mais il y a quand même un double standard. Et ce double standard, il s’applique aux petites choses, comme ce que vous portez, et aussi aux choses extrêmement sérieuses, comme le fait que les femmes ne peuvent pas encore voter partout, elles ne peuvent pas toujours être candidates ou même paraître en public. C’est une vaste série de barrières culturelles et légales au respect des femmes, à leur pleine participation à la société. Et donc, il y a encore du chemin à faire. […]

Et la deuxième chose que je dirais, c’est que ça a été et ça va demeurer la cause de ma vie, même après mon départ du département d’État. […] Quand on met des obstacles sur la route de la moitié de la population, on freine ni plus ni moins le développement même d’une nation. […] J’ai été très encouragée et même fière de voir tant de jeunes hommes et de jeunes femmes manifester contre la façon dont les femmes sont traitées par des hommes qui ne comprennent pas ou n’ont pas appris qu’il n’y a pas que leurs sœurs et leurs mères qui sont dignes de respect, mais toutes les filles et toutes les femmes. » (Hillary Clinton, Townterview, Newseum, 28 janvier 2013)

Hillary Clinton part, mais elle ne prend pas sa retraite. Elle insiste sur le fait qu’elle doit d’abord rattraper 20 ans de sommeil perdu, puis qu’elle va se remettre au travail, probablement faire des discours et travailler de concert avec la fondation de son mari Bill.

Il faut donc mettre le mot « départ » entre guillemets dans son cas. Surtout qu’on sait qu’elle ne ferme pas la porte à une course à la présidence en 2016, à 69 ans. Elle ne la ferme ni ne l’ouvre en fait. Comme à son habitude, Hillary Clinton va évaluer très rationnellement au cours des prochains mois quelle sera à l’avenir la meilleure façon pour elle, en tant que femme, d’avoir le plus d’influence.