Billets classés sous « espionnage »

« Tu es journaliste? Fais bien attention… » L’avertissement vient d’une personne âgée. Un homme qui pourrait être mon grand-père. Tout doux, l’air inoffensif. C’est un républicain, venu écouter un sénateur proche du Tea Party. Attention à quoi? A qui? Aux républicains qui se méfient des journalistes des grands médias? Non. L’homme me fixe droit dans les yeux et m’avertit : « Ils écoutent mes appels, lisent mes courriels. » « Ils », c’est le gouvernement américain, et surtout son Agence de sécurité nationale (la NSA selon son acronyme anglais). L’organisation, normalement discrète, est au centre de révélations bien gênantes sur l’étendue de son programme de surveillance. Un programme qui fait dresser les poils sur les bras des conservateurs.

Cela fait presque cinq mois que les Américains ont appris avec surprise que la NSA s’intéressait à leurs conversations téléphoniques. Selon des documents rendus publics par subtilisés par Edward Snowden (et coulé à plusieurs médias), au moins une grande compagnie de téléphonie a dû remettre des données sur ces appels aux espions américains. Les communications par Internet et par message texte sont aussi ciblées. Les espions n’écoutent pas tous les appels, bien sûr, mais ils conservent des métadonnées (du jargon informatique : le terme pourrait englober les numéros composés, le temps et la durée des conversations) dans leurs vastes serveurs. Ces dépôts d’informations peuvent être fouillés en cas de besoin. Ces révélations ont fait couler beaucoup d’encre aux États-Unis, mais n’ont pas vraiment dicté de changement de politique. Les élus américains semblent hésiter. Un premier projet de loi pour restreindre les capacités de la NSA vient d’être déposé (le USA Freedom Act). Mais il y a aussi un second projet de loi en préparation. Ce dernier permettrait que se poursuive la collecte de données sur les communications des Américains.

Depuis peu les premières révélations, cet été, ce sont maintenant les Européens qui s’inquiètent de la puissance d’écoute des Américains (quoiqu’il y a sûrement un peu de jalousie dans ces sorties publiques, comme le souligne mon collègue Neil Macdonald). Leurs inquiétudes ont pris un ton plus sérieux récemment, après qu’on eu appris que l’un des téléphones cellulaires de la chancelière allemande Angela Merkel a été sous écoute. Les communications de citoyens français et espagnols l’ont été également. À partir des documents fournis par Edward Snowden, les collègues du Monde expliquent les différents modes de collecte d’informations. Selon certaines sources, les échanges de 35 chefs d’État ont été sous surveillance, dont ceux de certains pays alliés des États-Unis.

Les États-Unis ont peu dit sur l’ampleur de ces activités. Le directeur de la NSA soutient que son agence n’espionne pas les citoyens européens. Les données mentionnées dans la presse européenne viendraient en fait d’agences européennes du renseignement! On soutient aussi que les téléphones de la dirigeante allemande ne sont plus sous écoute et ne le seront pas. De son côté, la Maison-Blanche invoque la sécurité du pays et celle de ces alliés pour justifier ces écoutes, qui ont commencé sous George W. Bush dans la foulée des attentats de septembre 2001. Mais plusieurs soupçonnent qu’il y a aussi des raisons commerciales ou diplomatiques derrière ces activités. Les citoyens américains font peu de cas de ces révélations. Mais cela n’a pas empêché une très influente sénatrice démocrate de faire une sortie publique cette semaine. Dianne Feinstein préside le comité du Sénat sur le renseignement. Elle a souvent défendu les activités de la NSA. Mais cette fois, elle trouve que les espions ont besoin d’être mieux encadrés. Son message est clair : « À moins d’une guerre ou d’une urgence, je ne crois pas que les États-Unis devraient collecter [les données sur] les appels téléphoniques ou les courriels de présidents ou de premiers ministres amis. »

Dianne Feinstein voit comme « un gros problème » que le président Barack Obama n’a pas été mis au courant rapidement de l’existence de ce programme de surveillance de dirigeants étrangers. Sa sortie met en lumière un détail qui embête bien des gens à la Maison-Blanche : à quel moment le président a-t-il été informé? Cet été? Ou plus tôt, depuis son entrée en poste? C’est une question qui est sur bien des lèvres à Washington parce qu’il n’y a pas de réponse claire. L’explication est peut-être simple. Il ne l’a pas su plus tôt parce que ce programme ne faisait pas partie de ses priorités, comme la Chine ou l’Iran. Peu importe, l’image du président en prend pour son rhume. Ses démentis froissent ceux qui travaillent à la NSA, et ça pourrait créer des tensions avec le gouvernement. D’autres soulignent que l’ignorance de Barack Obama lui sert d’excuse peut-être un peu trop souvent ces temps-ci.

Rapidement, les détracteurs de Barack Obama lui ont trouvé un nouveau surnom. Ils parlent du « président spectateur ». Un bon slogan pour un autocollant de pare-chocs, peut-être. Des munitions de plus pour ceux qui croient que le gouvernement n’a pas sa place dans la vie privée de ses citoyens.

Cuba : les Cinq de Miami

lundi 6 février 2012 à 17 h 07 | | Pour me joindre

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jmleprince

C’est le nom donné aux cinq agents des renseignements cubains emprisonnés depuis 13 ans aux États-Unis pour espionnage et complicité dans le meurtre de quatre aviateurs cubano-américains du groupe anti-Castro Brothers to the Rescue (Hermanos al Rescate) le 24 février 1996.

Cuba mène une campagne internationale sans précédent pour obtenir leur libération auprès du président Barack Obama, car les recours légaux des Cinq sont pratiquement épuisés.

Cuba affirme qu’ils ont été victimes d’une injustice, condamnés sans vraies preuves et dans un climat hostile par un tribunal de Miami.

Amnistie internationale a émis de sérieux doutes sur les procès.  Le 10 octobre 2010, l’organisation a demandé au gouvernement américain de revoir le cas des cinq Cubains. « Amnistie internationale dit que, même si nous ne prenons pas position sur leur culpabilité ou leur innocence, nous croyons qu’il y a des doutes sur l’équité et l’impartialité du procès qui n’ont pas été résolus en appel ». Voir la déclaration complète.

Amnistie remarque aussi la fragilité des preuves dans l’accusation de complicité pour meurtre de Gerardo Hernandez et fait appel à la clémence des autorités américaines.

Les peines vont de 15 ans de prison à la double prison à perpétuité pour le chef du groupe, Gerardo Hernandez.

L’ENQUÊTE DU PILOTE MATT LAWRENCE

Matt Lawrence a été un des pilotes bénévoles de l’organisation Brothers to the Rescue. Il a publié ce livre : Betrayal, Clinton, Castro & The Cuban Five.

 

 

Après une enquête de 13 années sur l’incident qui a entraîné la mort de ses quatre collègues, il affirme avoir toutes les preuves que l’administration du président Bill Clinton était au courant des intentions cubaines ce jour-là.

« Au fil des années, une quantité substantielle de preuves indique que les plus hauts niveaux du gouvernement des États-Unis étaient au courant de l’attaque (aérienne). […] À strictement parler, la définition légale de complicité dans le meurtre des quatre Brothers to the Rescue ne s’applique pas. Toutefois, il n’y a aucun doute que du personnel haut placé de la Maison-Blanche avait connaissance de l’attaque planifiée sur les Brothers to the Rescue – et ils ont gardé le silence. » (Betrayal, P. 102)

« Des membres de l’administration Clinton, y compris Sandy Burger, Richard Nuncio, le gouverneur Bill Richardson, ils sont plusieurs et je les nomme tous dans mon livre, aucun d’entre eux n’est jamais venu me trouver pour débattre de la question et je doute qu’ils ne viennent jamais. » (En entrevue)

Matt Lawrence s’interroge encore sur les motifs de ce silence de l’administration Clinton sur cet événement. Qui au juste ne voulait pas de « la détente » qui commençait à s’amorcer dans la relation Cuba-États-Unis?

Voir le site web de Matt Lawrence.

La conséquence a été un nouveau durcissement des sanctions contre Cuba avec la loi Helms-Burton, toujours en vigueur.  Elle vise à sanctionner toute personne ou entreprise dans le monde qui « trafique » avec des biens américains nationalisés par Fidel Castro dans les années 1959-1961. Entre autres, la compagnie canadienne Sherritt, qui exploite du nickel à Cuba, et ses dirigeants sont interdits de séjour aux États-Unis sous peine de poursuites.

 

  

 

Sites en soutien aux  Cinq de Miami : National Committee to free the Cuban Five  et  Cuba Si France.

La puissante Fondation nationale cubaine américaine de Miami estime qu’ils ont eu droit à un procès juste et équitable et qu’ils méritent leurs peines. Elle s’oppose à tout échange de prisonniers : les Cinq contre l’Américain Alan Gross condamné à 15 ans de prison à Cuba pour importation illégale de matériel de communication par satellite.