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Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, lors de son discours devant les délégués de l'AIPAC, lundi matin.

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, lors de son discours devant les délégués de l’AIPAC, lundi matin.

En pleine campagne électorale chez lui, Benyamin Nétanyahou vient à Washington pour s’adresser aux élus américains. Le premier ministre d’Israël vient parler du nucléaire iranien. Une question qu’il juge critique à l’existence d’Israël. Cette visite est loin de passer inaperçue aux États-Unis et en Israël. Elle a été décriée, critiquée. Certains ont même appelé à son annulation. Beaucoup a été écrit depuis que ce discours a été annoncé en janvier. Voici quatre points à retenir.

1. LA CLAQUE AU VISAGE

« Jamais autant n’a été écrit sur un discours qui n’a pas été prononcé. » Benyamin Nétanyahou s’adressait, lundi, à un immense regroupement de juifs américains à Washington. Il voulait faire taire une partie de ceux qui lui reprochent d’avoir accepté de venir prononcer ce discours. C’est le président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner, qui a invité M. Nétanyahou. La Maison-Blanche n’aurait été informée de la visite du chef de l’État israélien que quelques heures avant le public. C’est une entorse au protocole qui est mal vue par bien des Américains.

« L’intention de mon discours n’est pas de manquer de respect envers le président Obama ou la présidence », assure Benyamin Nétanyahou. Si telles étaient vraiment ses intentions, il a été mal compris par la Maison-Blanche. Barack Obama demeure à quelques pas de l’hôtel où loge M. Nétanyahou, mais les deux chefs d’État ne vont pas se rencontrer. Le vice-président américain est à l’extérieur du pays. Joe Biden préside aussi le Sénat. La tradition veut qu’il soit assis derrière le chef d’État invité à présenter un discours au Congrès. Il n’y sera pas cette fois…

2. UN LIEN INDESTRUCTIBLE, MAIS PARTISAN

Benyamin Nétanyahou a aussi pris soin de répéter que l’appui américain à l’État d’Israël est une question qui transcende les divisions politiques. Le premier ministre croit que l’alliance entre les deux pays demeure forte parce qu’elle a été « défendue par les deux partis, et que ça doit rester ainsi ». Il veut éviter que son discours soit perçu comme une façon de s’attirer les faveurs des républicains, au détriment des démocrates.

Encore une fois, ses intentions semblent avoir été mal perçues. Le républicain qui a invité le premier ministre au Congrès a beau se défendre de vouloir faire de la partisanerie, plusieurs élus démocrates ont l’intention de ne pas assister au discours par solidarité avec leur président.

Oui, les Américains penchent toujours (et fortement) du côté d’Israël dans le conflit qui les oppose aux Palestiniens. Mais récemment, les démocrates se montrent moins ardents dans leur défense de l’État juif. De récents sondages montrent même une diminution de leur appui. Le sort des Palestiniens y est peut-être pour quelque chose. Les difficiles relations entre Nétanyahou et Obama aussi.

3. LES DIFFÉRENCES FONDAMENTALES

Six années à la Maison-Blanche, et Barack Obama n’a pas réussi à tisser des liens solides avec le premier ministre Nétanyahou. Les deux pays coopèrent toujours dans le domaine de la sécurité et à l’ONU, mais les deux chefs d’État ne s’entendent pas. Et ils ne se respecteraient pas vraiment. À un journaliste, un haut placé à la Maison-Blanche a même parlé de Nétanyahou comme d’un « chickenshit »!

Cette mésentente illustre probablement un manque d’affinité sur le plan personnel. Mais de grandes différences idéologiques séparent les deux dirigeants. De Washington, on voit d’un mauvais œil la politique des colonies juives en territoire contesté. L’administration Obama a aussi critiqué la construction d’une clôture de sécurité en Cisjordanie.

À Jérusalem, on ne comprend pas pourquoi le gouvernement américain négocie avec l’Iran une façon d’encadrer le développement de technologie nucléaire à des fins civiles. Nétanyahou le répète. Israël et les États-Unis s’entendent sur une chose : ils ne veulent pas que l’Iran développe l’arme nucléaire. La mésentente porte plutôt sur les façons d’y arriver. Obama préfère la voie diplomatique, et Nétanyahou, celle de la force et de la dissuasion.

4. LE DISCOURS VISE LES ÉLECTEURS ISRAÉLIENS

Benyamin Nétanyahou tente de se faire élire une quatrième fois comme premier ministre d’Israël. Il a précipité des élections, mais semble en difficulté, à deux semaines du vote. Son discours devant le Congrès américain lui offre une vaste tribune à laquelle ses adversaires n’ont pas accès. Cette tribune lui permet de projeter l’image d’un politicien qui n’hésite pas à se tenir debout. Qui n’hésite pas à défendre ses principes, même dans la controverse. Même chez celui avec qui il est en désaccord.

Ce n’est pas une coïncidence si M. Nétanyahou prononce son discours en fin d’avant-midi à Washington. Ce n’est pas à une heure de grande écoute pour les réseaux américains, mais ça tombe à temps pour les bulletins de fin de soirée à Jérusalem et Tel-Aviv!