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Nano-manifs et faces de boeuf

Mercredi 1 février 2012 à 17 h 24 | | Pour me joindre

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Rassemblement de jouets

Des poupées rassemblées pour réclamer des élections honnêtes. Photo : Sergueï Teplyakov

La police russe n’est pas reconnue pour son sens de l’humour.

Elle en a encore donné la preuve dernièrement à Barnaul, en Sibérie, en s’attaquant aux organisateurs de « nano-manifestations », des rassemblements de poupées et de peluches.

Après s’être heurtée à l’inflexibilité des autorités locales qui refusaient la tenue de manifestations pour des élections honnêtes et transparentes, une poignée de militants prodémocratie a décidé de contourner l’interdiction en sous-traitant le rassemblement.

Par un beau samedi après-midi de janvier, ils ont donc affublé de minipancartes et banderoles une foule de figurines jouets, de personnages de blocs Lego, d’ours en peluche et de poupées disposés sur une place du centre de la ville.

« Si les autorités briment notre liberté d’expression et de réunion, les droits des jouets ne sont jusqu’ici pas remis en question », écrivait ainsi sur son blogue Andreï Teslenko, l’un des organisateurs de la nano-manif pour en expliquer le concept.

Peluches militantes

Si les peluches en Sibérie ont la fibre militante, les policiers, eux, n'ont visiblement pas un poil d'humour. Photo : Ivan Krupchik

L’ironie du geste n’a pas échappé aux passants, tous s’esclaffant au passage.

Mais les policiers sur place ont vu la chose d’un autre œil. Ils ont noté soigneusement tous les slogans inscrits sur les pancartes minuscules et ont averti les organisateurs que leur action était probablement illégale.

« Il s’agit d’un événement public non autorisé, a ainsi estimé Andreï Moulintsev, chef adjoint de la police de Barnaul après la deuxième manifestation du genre. Ces poupées ne sont pas arrivées là seules; quelqu’un les y a apportées et a ainsi exprimé son opinion. »

« Ridicule », a rétorqué Lioudmila Alexandrovna, à l’origine de l’événement, destiné justement à montrer « l’absurdité de l’entêtement des autorités à limiter les droits des citoyens ».

Incertains au sujet de leur interprétation de la loi, les policiers ont d’abord demandé un avis légal avant de sévir.

Précaution inutile. Le procureur du coin, Sergeï Kirin, semble prendre au sens littéral l’expression : « on ne rigole pas avec la loi ».

« Je ne sais même pas pourquoi on m’a consulté, a-t-il déclaré. Pour moi, c’est clair et net : les pancartes ne se sont pas écrites toutes seules, et les jouets n’ont en fait été que des accessoires utilisés dans le but de susciter de l’agitation. »

S’ils sont jugés coupables, les organisateurs des nano-manifs risquent une amende de 35 $ et jusqu’à 15 jours de prison… probablement pas une prison jouet.

Il n’y a pas que la crise des dettes souveraines des pays de la zone euro qui met à l’épreuve l’Europe et l’intégration européenne.

Aujourd’hui, l’Union européenne est mise devant un autre dilemme, beaucoup plus politique, qui remet en question ses fondements mêmes : quoi faire avec un pays membre qui est manifestement en train d’évoluer vers une dictature et qui vote et applique des lois et des règles allant manifestement à l’encontre des traités européens?

Au cœur de l’Europe, la Hongrie (10 millions d’habitants) et son nouveau gouvernement de Victor Orban élu il y a 18 mois, avec presque 52 % des voix, sont en train de pousser de plus en plus loin les limites de la tolérance de leurs partenaires européens.

 « Bienvenue en Orbanistan », pouvait-on lire sur les pancartes que brandissait la foule de quelques dizaines de milliers de manifestants, rassemblée au centre de Budapest la semaine dernière, pour protester contre la nouvelle Constitution hongroise, entrée en vigueur le 1er janvier.

Accompagnée d’une kyrielle de nouvelles lois (appelés constitutionnelles, puisqu’elles exigent les deux tiers du Parlement pour être révoquées!), entrées en vigueur plus ou moins simultanément, elle donne l’image d’un pays qui n’est plus vraiment un État de droit.

Un pays où :

- la liberté de presse n’existe pratiquement plus;

- l’indépendance des juges n’est qu’un vague souvenir;

- la Banque centrale est sous la tutelle du gouvernement;

- plusieurs religions (comme le bouddhisme, l’islam, certaines branches de la religion protestante, etc.) ne sont plus reconnues comme telles. Dorénavant, par contre, le christianisme, « ciment de la nation », fait son entrée dans le texte de la Constitution;

-  l’alternance politique, grâce aux nouvelles règles électorales, devient pratiquement impossible.

Ajoutons à cela la nomination de plusieurs parents et proches du premier ministre aux postes importants de l’appareil d’État et une xénophobie et un antisémitisme qui s’affiche au grand jour, et nous avons, au cœur de l’Europe un pays qui rappelle un certain autre pays européen, au milieu des années 30.

D’autant plus qu’un parti d’extrême droite, Jobbik, est entré avec force au Parlement lors des dernières élections. Du haut de ses 47 députés et de ses 16,6 % des voix, Jobbik arrive à souffler au premier ministre, Victor Orban, une bonne partie de son programme politique.

Orban est aujourd’hui considéré comme une sorte de Hugo Chavez de droite, dont le pays, gouverné par la Constitution et les lois adoptées au cours des derniers mois, ne pourrait pas être accepté comme membre de l’Union européenne… s’il ne l’était déjà!

Devant cette situation alarmante, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton ont adressé des lettres d’avertissement au premier ministre hongrois. Le Fonds monétaire international et la Commission européenne l’ont menacé de sanctions.

La Hongrie pourrait ne plus avoir accès à l’aide économique, dont elle a pourtant cruellement besoin, si elle n’amende pas plusieurs des lois adoptées récemment. Il s’agit surtout de la loi sur le système judiciaire qui ramène, entre autres, l’âge de la retraite des juges de 70 à 62 ans (envoyant ainsi chez eux, dès cette année, près de 300 magistrats, soit 10 % du total) et de la loi régissant la Banque centrale, qui a pour effet de réduire considérablement son indépendance.

La Hongrie peut-elle se passer de cette aide? Le pays subit une crise économique sans précédent. Sa monnaie est celle qui s’est le plus dévaluée parmi les 170 monnaies du monde. Sa cote a été abaissée la semaine dernière à BB-. En outre, sa dette devient de plus en plus ingérable, car les prêts à la Hongrie sont dorénavant considérés comme des prêts spéculatifs.

Il n’est pas exclu que, bien avant la Grèce, la Hongrie fasse faillite, avec des conséquences incalculables pour la zone euro, notamment pour l’Autriche, très exposée en cas de défaut hongrois. L’Allemagne, l’Italie et la Belgique le sont aussi, bien que dans une moindre mesure.

Plusieurs pensent que le gouvernement hongrois sera obligé de céder devant la menace et corrigera certaines lois adoptées ces dernières semaines. « Mais, selon Janos Samu, économiste du fonds d’investissement Concorde, le plus grand fonds d’investissement de Hongrie, l’Union européenne n’a pas non plus intérêt à être trop dure à l’égard de la Hongrie, puisque plusieurs de ses membres sont très exposés à la faillite hongroise. »

La démocratie est-elle soluble dans la crise? C’est la question qu’on peut se poser aujourd’hui.

 

50% à peine aux législatives: un camouflet pour Vladimir Poutine.

50 % à peine aux législatives : un camouflet pour Vladimir Poutine.

99,48 %.

C’est le score qu’a obtenu le parti Russie unie de Vladimir Poutine et de Dmitri Medvedev en Tchétchénie. 99,5 %, c’est aussi le taux de participation aux élections législatives russes dans cette petite république du Nord-Caucase.

Ramzan Kadyrov, président de Tchétchénie, protégé du Kremlin, sait visiblement s’y prendre quand vient le moment de livrer les résultats électoraux escomptés…

Si la fraude a été moins manifeste dans le reste du pays (ou moins efficace), elle a tout de même marqué le scrutin de façon importante, d’après les observateurs internationaux envoyés par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). 

Cette dernière a noté des irrégularités au niveau du décompte des voix dans 25 % des bureaux de vote visités, et de forts soupçons de bourrage d’urnes dans 11 %. L’organisation a aussi fait état d’une trop grande proximité entre l’État et le parti au pouvoir, Russie unie, un accès inégal aux médias nationaux, une campagne électorale injuste dont ont été exclus d’emblée beaucoup de joueurs.

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