Billets classés sous « démocrates »

C’était subtil, mais Barack Obama a montré sa frustration dans son discours sur l’état de l’Union. Il était tout sourire, a même lancé quelques blagues. N’empêche, celui qui occupe l’un des postes les plus prestigieux et puissants de la planète faisait penser à un enfant frustré. Un de ces gamins qui menace de cesser de jouer parce que les autres gagnent trop souvent ou parce qu’ils trichent. Mardi soir, Barack Obama a lancé un message simple aux 535 membres du Congrès : vous faites comme je veux, ou je vais jouer tout seul. Une attitude qui a beaucoup à voir avec le calendrier politique.

Les visages du président Barack Obama (centre), du vice-président Joe Biden (gauche) et du président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner (droite) en disaient long sur la soirée de chacun.
Les visages du président Barack Obama (centre), du vice-président Joe Biden (gauche) et du président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner (droite) en disaient long sur la soirée de chacun.

Bien sûr, le président a tendu la main à l’adversaire républicain, qui contrôle l’une des chambres du Congrès. Barack Obama veut travailler avec eux, faire de 2014, « l’année de l’action ». Sa grande priorité? Aider les dizaines de millions d’Américains qui ne goûtent pas encore aux fruits de la reprise économique. Les pauvres, comme les travailleurs de la classe moyenne, pour qui les salaires ne semblent plus couvrir autant de besoins. Et ceux qui ont si peu pour survivre dans le pays le plus riche de la planète.

L’inégalité (économique) s’est approfondie. La mobilité (l’ascension vers les classes supérieures) est en panne. La vérité toute crue, c’est que même en pleine reprise, trop d’Américains travaillent énormément, seulement pour joindre les deux bouts… encore moins pour améliorer leur sort. Et ils sont trop nombreux à ne pas travailler du tout. — Barack Obama

Des solutions, il en a présenté plusieurs, le président. Le problème, c’est qu’une bonne partie de ses propositions ne sont pas neuves. Les démocrates savent déjà qu’elles déplaisent aux républicains. On peut penser à la hausse du salaire minimum (de 7,25 $/h à 10,10 $/h), au prolongement de l’aide financière à certains chômeurs. L’une des rares suggestions qui ont soulevé l’enthousiasme de tous, c’est sur l’égalité salariale.

Dans les médias, ils sont nombreux à noter le peu d’ambition du menu proposé par le président Obama. Il n’y a rien pour rappeler les thèmes de sa première campagne (l’espoir, le changement), aucune idée qui transformerait la société américaine. Même le contraste avec son précédent discours sur l’état de l’Union est frappant. « C’est l’année durant laquelle il y a un rendez-vous avec la réalité », explique Jack Pitney, un politologue de Californie.

La réalité, c’est que Barack Obama ne semble plus vouloir essayer de collaborer avec les républicains. Pour son premier mandat, il promettait un gouvernement différent, moins partisan. L’aile radicale du Tea Party n’a rien voulu savoir. L’année 2013 a marqué un creux. C’est l’une des années les moins productives du Congrès (au nombre de lois passées, du moins), avec des tensions qui ont mené à la paralysie partielle du gouvernement. La Maison-Blanche change donc de tactique. Le président peut agir seul à bien des égards, contourner un Congrès récalcitrant.

Barack Obama peut signer des décrets, utiliser l’influence de la présidence dans la société civile, à l’extérieur de Washington. Il a déjà annoncé une série de mesures, dont la hausse du salaire minimum pour les employés qui dépendent de contrats fédéraux. Mais son pouvoir est aussi bien limité. Il ne peut légaliser le sort des millions de sans-papiers sans l’appui du Congrès, par exemple.

Malgré tout, les républicains ont été rapides à dénoncer ce changement de ton. On parle du « roi Obama », qui veut gouverner de manière tyrannique. « C’est quelque chose de vraiment effrayant pour les Américains », lance Michelle Bachmann, une proche du Tea Party. D’autres élus menacent le président de poursuites, l’accusant d’abuser de ses pouvoirs.

La réalité, c’est qu’il y a bien des avantages politiques à utiliser des décrets pour faire avancer un agenda. Pour les démocrates, le président agit même dans l’adversité. Pour les républicains, le président en fait trop. Dans les deux cas, ce sont de bons slogans. Et ça sera utile en 2014, une année électorale.

Les élections de mi-mandat, en novembre, teintent déjà à peu près tout ce qui se passe à Washington. Les thèmes du discours d’Obama peuvent être utiles aux démocrates, souligne la politologue Élisabeth Vallet, de la Chaire Raoul-Dandurand (UQAM).

« Il a égratigné au passage le GOP (Grand Old Party) et ses manœuvres dilatoires au Congrès. De la même manière, parler des femmes est gagnant. Elles sont particulièrement touchées dans le sud-est par les restrictions sur l’avortement par exemple, par la paupérisation (l’appauvrissement de la population) aussi. Donc, le président cherche à mobiliser sa base traditionnelle là où ça peut faire la différence. » — Élisabeth Vallet

La réalité pour le président, c’est aussi que les démocrates risquent de perdre le contrôle du Sénat en novembre… et risquent peu de reprendre le contrôle de la Chambre. Devant un Congrès tout républicain, le président démocrate deviendrait alors un canard boiteux… deux ans avant la fin de son dernier mandat. Barack Obama voit sûrement le temps filer et se demande ce que les historiens retiendront de lui.

Il est bien sûr trop tôt pour en juger. Pour l’instant, les deux partis politiques donnent l’impression d’un couple fraîchement divorcé. Les adultes s’ignorent le plus clair du temps, mais sont forcés de se parler pour élever leurs enfants. L’image n’est pas de moi, mais d’un collègue anonyme, cité par la BBC. Elle résume peut-être bien ce que les Américains pensent de leurs dirigeants.

Selon vous, quelle image colle le mieux à la classe politique américaine, ces temps-ci?

Chronique postélectorale américaine

Jeudi 15 novembre 2012 à 16 h 28 | | Pour me joindre

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Les leçons qu’en tire Mitt Romney

Mitt Romney ne s’est pas expliqué publiquement depuis sa défaite, mais l’enregistrement (encore un!) d’une conférence téléphonique avec les riches donateurs qui ont financé sa campagne lève le voile sur la façon dont il explique la victoire du président Obama.

M. Romney dit que la campagne Obama s’est concentrée sur les éléments importants de sa coalition électorale, c’est-à-dire les jeunes, les minorités et les femmes, qu’elle leur a fait des « cadeaux »  importants et s’est ensuite assurée qu’ils iraient voter en grand nombre. Par cadeaux, il entend par exemple :

  • certains avantages de l’Obamacare;
  • la politique qui inclut les moyens contraceptifs, dont la pilule, dans ce qui est remboursé par l’assurance fournie par l’employeur;
  • sa main tendue aux jeunes immigrants arrivés illégalement au pays avec leurs parents et qui ont maintenant un statut légal et la possibilité de travailler pour deux ans, renouvelable.

Donc ce n’est pas de sa faute, ce n’est pas de la faute du Parti républicain, malgré tous les commentaires après les élections comme quoi le parti devait faire un examen de conscience et trouver une façon de faire de la place aux minorités, aux jeunes et aux femmes, parce que son électorat d’hommes blancs diminue à vue d’œil.

C’est tout simplement que le président Obama a su s’acheter un autre mandat en utilisant l’État providence pour fidéliser ses électeurs.

Alors, on est de retour au 47 %?

Mitt Romney a eu beau jurer, après que la vidéo clandestine de ses propos à des donateurs en Floride ait fait surface durant la campagne, qu’il faisait campagne pour 100 % des Américains, on peut se demander ce qu’il pensait vraiment.

Rappelez-vous que M. Romney avait dit que 47 % des électeurs américains ne voteraient jamais pour lui parce qu’ils refusent d’être responsables de leur vie, qu’ils préfèrent se fier à l’État providence et donc qu’ils sont acquis à Barack Obama, beau temps mauvais temps.

Quelle est la différence avec son explication actuelle de la défaite? Mitt Romney semble acquis à la théorie des « makers and takers », qui veut que tous les républicains soient des « makers », des gens qui prennent les choses en main, et tous les démocrates, des « takers »,  des accros à tout ce que l’État peut faire à leur place.

Mitt Romney n’est pas seul

La conférence des gouverneurs républicains, à Las Vegas, fait entendre des voix qui vont tout à fait dans le sens de M. Romney. Par exemple, un sondeur du parti, Glenn Bolger, a expliqué que les jeunes adultes s’identifient plus au socialisme parce qu’ils sont paresseux, satisfaits de ne pas travailler et de vivre dans le sous-sol chez leurs parents. L’ancien gouverneur Haley Barbour constate que le parti n’a pas perdu par une grande marge, 2 %, alors ce n’est pas une si grande victoire pour Barack Obama, et surtout pas un effondrement total du Parti républicain.

Les cadeaux étaient-ils seulement chez les démocrates?

Enfin, une chose m’échappe dans la logique de Mitt Romney : ne promettait-il pas lui aussi des cadeaux à quiconque voterait pour lui? La promesse d’une baisse des taux d’imposition? La promesse de ne pas toucher ni à Medicare ni à la sécurité sociale pour les 10 prochaines années? Celle de se débarrasser des nouveaux règlements sur les institutions financières? Tous des « cadeaux » ciblés vers des éléments importants de sa base électorale, les plus aisés et les plus âgés.

Sans surprise, le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney, trouve que l’interprétation du résultat des élections que fait Mitt Romney ne colle pas avec la réalité.

À lire

Si vous pouvez le retrouver, cet article du magazine Time donne un coup d’œil éclairant sur la réalité du rôle de l’État dans la vie de tous les jours, même pour ceux qui se voient comme des « makers » qui prennent les choses en main.

Chronique électorale américaine J-60

Vendredi 7 septembre 2012 à 16 h 31 | | Pour me joindre

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J-60, vraiment? Il y a un peu de confusion sur le calendrier. Si on compte la journée d’aujourd’hui comme jour 1, dans 60 jours on sera à la veille des élections, le lundi 5 novembre. Si on ne compte pas la journée d’aujourd’hui, dans 60 jours les Américains voteront, le mardi 6 novembre. C’est ce que la plupart des calendriers qui font le décompte semblent faire, alors allons-y pour J-60…

La fin des conventions

Comparer la campagne que font les candidats à la présidence à la cour que feraient deux prétendants pour le coeur d’une belle n’est pas nouveau. Mais hier soir, les républicains ont enfoncé ce clou en mettant en ondes une publicité dans laquelle une jeune femme dans un bar déclare à un Barack Obama en carton qu’elle le quitte, et que ce n’est pas sa faute à elle, mais sa faute à lui, que c’est lui qui a changé.

Barack Obama a renforcé cette image de la relation amoureuse dans son discours, comme en témoigne la manchette du USA Today : « Obama aux Américains : ne vous détournez pas (don’t turn away) ». Une relation amoureuse en difficulté si on revient aux mots du président jeudi soir.

« And while I’m very proud of what we’ve achieved together, I’m far more mindful of my own failings, knowing exactly what Lincoln meant when he said : « I have been driven to my knees many times by the overwhelming conviction that I had no place else to go. » » (« Je suis très fier de ce que nous avons accompli ensemble, mais je suis conscient de mes propres échecs, comprenant complètement ce qu’Abraham Lincoln voulait dire quand il a déclaré : « Je suis souvent tombé à genoux avec l’intime conviction que je ne pouvais pas faire autrement. » »)

Comme s’il était en thérapie de couple, le président a expliqué qu’il a changé, et il demande aux Américains de lui donner sa chance de le prouver. La chronique du New York Times reprend cette image du mariage en péril.

Avec Obama ça ne fonctionne pas

Les républicains avaient mis sur pied une machine à réactions très efficace durant la convention démocrate à Charlotte, avec une conférence de presse tous les jours et des communiqués de réactions presque immédiates après les grands discours (Michelle Obama, Bill Clinton…)

Le site Internet www.obamaisntworking.com a notamment mis en ligne une publicité qui reprend des extraits des discours de Barack Obama en 2008 et quasiment le mot-à-mot repris dans ses discours de 2012, avec le slogan « Toujours les mêmes platitudes ».

Mitt Romney, qui n’a pas fait campagne pendant que les démocrates étaient occupés à Charlotte, préférant se préparer au premier débat le 3 octobre où il affrontera le président Obama, a tout de même anticipé le discours d’investiture de son rival. Il a déclaré que le président devrait remplir les promesses qu’il a faites il y a quatre ans avant d’en faire des nouvelles.

Les démocrates confiants

David Plouffe, conseiller de Barack Obama, dans l’avion qui emmenait le président vers le New Hampshire pour un rallye, a estimé que la convention avait été très bonne pour les démocrates, qui ont réussi à gonfler à bloc leur organisation de terrain. Un autre haut responsable du parti a rappelé que le président a un peu d’avance sur Mitt Romney dans les sondages dans les États-clés. Il ne voit pas comment le candidat républicain réussirait à convaincre les indécis dans une proportion de 4 pour 1 dans ces États, ce dont il a besoin pour remporter la victoire. Très confiants ces messieurs, malgré les huit semaines de campagne et les quatre débats à venir…

Souvenirs de convention

Il y avait beaucoup plus de vendeurs de souvenirs de la convention et de la campagne à Charlotte qu’à Tampa. Chez les républicains, on ne trouvait à peu près rien d’autre que les souvenirs officiels, dont la vente va garnir les coffres du parti.

Ça m’a rappelé la Coupe du monde de football et les Jeux olympiques, où la FIFA et le CIO ont le monopole des souvenirs vendus aux abords des stades…. à prix d’or. Chez les démocrates, ça avait plutôt l’air d’une foire, et des gens sont venus de loin pour tenter de faire un peu d’argent. Il y avait les articles officiels, mais aussi beaucoup de place pour les initiatives personnelles.

Les deux articles qui se sont le mieux vendus? Un t-shirt imprimé « Obama Y’all » (vous tous), pour rappeler que la convention se tenait bien dans le sud des États-Unis, où ce patois pimente chaque fin de phrase ou presque. Aussi, une marionnette à main en feutre très simple de Barack Obama, que les deux jeunes Noirs qui l’ont imaginée destinaient aux enfants. Ils ont vite compris que les adultes aimaient cette allusion à la manipulation des politiciens. Le souvenir d’un goût douteux? Une paire de shorts pour dames avec en grosses lettres, côté postérieur, « Behind Obama ».