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La Chine à la conquête de l’Amérique latine

Vendredi 25 juillet 2014 à 7 h 49 | | Pour me joindre

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Les présidents chinois et cubains Xi Jinping et Raul Castro à Cuba, le 23 juillet dernier.
Les présidents chinois et cubains Xi Jinping et Raul Castro à Cuba, le 23 juillet dernier

Le président Xi Jinping vient de conclure une nouvelle tournée de huit jours en Amérique latine, sa deuxième en 18 mois. Fidèle à son habitude, le numéro un chinois a profité de l’occasion pour faire le plein de contrats extrêmement lucratifs. Il a signé 15 accords de coopération avec le Brésil, 19 avec l’Argentine, 38 avec le Venezuela et 30 avec Cuba.

Ces ententes contrastent avec la longue domination économique des États-Unis dans la région. La Chine investira 4 milliards de dollars au Venezuela en échange de pétrole. En tout, c’est près de 35 milliards de dollars qui déferleront dans toute l’Amérique latine et le bassin des Caraïbes dans des projets d’infrastructure.

Même si le dirigeant chinois a insisté pour dire que ce voyage n’était pas un voyage « d’idéologie », puisqu’il a d’abord participé aux rencontres du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) qui se tenaient au Brésil, il a cependant passé la plupart de son temps à côtoyer des dirigeants de gauche à la suite de la conférence. Des dirigeants qui ont peu ou pas d’atomes crochus avec les États-Unis, comme à Cuba et au Venezuela.

Mauvaises nouvelles pour Bombardier

La région est un marché clé pour la Chine. Le commerce bilatéral avec l’Amérique latine est passé à 262 milliards de dollars l’an dernier. Le Brésil et l’Argentine sont d’ailleurs devenus les principaux partenaires de Pékin sur ce continent.

Le séjour de Xi Jingping a aussi permis de signer une série d’accords avec Embraer, dont un pour la vente de 60 jets d’une valeur de près de 7,5 milliards de dollars.

Cette vente « ferme » contraste avec les « engagements de commandes » obtenus par Bombardier il y a une semaine, lors du salon aéronautique de Farnborough en Grande-Bretagne, pour son futur moyen-courrier CSeries d’une valeur potentielle de 1,5 milliard de dollars.

Influence croissante de l’Asie

Des milliards de dollars pourraient aussi arriver bientôt en Argentine. La Chine s’est engagée à construire 2 barrages hydroélectriques dans le sud du pays d’une valeur de 4,4 milliards de dollars et 11 navires qui pourraient représenter un investissement de 423 millions de dollars.

Le dernier arrêt du président chinois s’est fait à Cuba. Une visite à la fois stratégique et de convenance, puisque la Chine est depuis quelques années l’un des principaux alliés économiques de La Havane. Comme dans les autres pays, son arrivée a été rapidement suivie par une vague d’accords principalement dans le domaine des télécommunications et de la construction immobilière.

Certains analystes voient dans cette visite une tentative de la Chine pour élargir son influence dans une région qui a toujours été la « cour arrière » des États-Unis. D’ailleurs, malgré le danger d’investir dans des économies volatiles comme l’Argentine, Cuba et le Venezuela, Pékin semble pour le moment penser que le risque en vaut la peine.

Cuba : les Cinq de Miami

Lundi 6 février 2012 à 17 h 07 | | Pour me joindre

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jmleprince

C’est le nom donné aux cinq agents des renseignements cubains emprisonnés depuis 13 ans aux États-Unis pour espionnage et complicité dans le meurtre de quatre aviateurs cubano-américains du groupe anti-Castro Brothers to the Rescue (Hermanos al Rescate) le 24 février 1996.

Cuba mène une campagne internationale sans précédent pour obtenir leur libération auprès du président Barack Obama, car les recours légaux des Cinq sont pratiquement épuisés.

Cuba affirme qu’ils ont été victimes d’une injustice, condamnés sans vraies preuves et dans un climat hostile par un tribunal de Miami.

Amnistie internationale a émis de sérieux doutes sur les procès.  Le 10 octobre 2010, l’organisation a demandé au gouvernement américain de revoir le cas des cinq Cubains. « Amnistie internationale dit que, même si nous ne prenons pas position sur leur culpabilité ou leur innocence, nous croyons qu’il y a des doutes sur l’équité et l’impartialité du procès qui n’ont pas été résolus en appel ». Voir la déclaration complète.

Amnistie remarque aussi la fragilité des preuves dans l’accusation de complicité pour meurtre de Gerardo Hernandez et fait appel à la clémence des autorités américaines.

Les peines vont de 15 ans de prison à la double prison à perpétuité pour le chef du groupe, Gerardo Hernandez.

L’ENQUÊTE DU PILOTE MATT LAWRENCE

Matt Lawrence a été un des pilotes bénévoles de l’organisation Brothers to the Rescue. Il a publié ce livre : Betrayal, Clinton, Castro & The Cuban Five.

 

 

Après une enquête de 13 années sur l’incident qui a entraîné la mort de ses quatre collègues, il affirme avoir toutes les preuves que l’administration du président Bill Clinton était au courant des intentions cubaines ce jour-là.

« Au fil des années, une quantité substantielle de preuves indique que les plus hauts niveaux du gouvernement des États-Unis étaient au courant de l’attaque (aérienne). [...] À strictement parler, la définition légale de complicité dans le meurtre des quatre Brothers to the Rescue ne s’applique pas. Toutefois, il n’y a aucun doute que du personnel haut placé de la Maison-Blanche avait connaissance de l’attaque planifiée sur les Brothers to the Rescue – et ils ont gardé le silence. » (Betrayal, P. 102)

« Des membres de l’administration Clinton, y compris Sandy Burger, Richard Nuncio, le gouverneur Bill Richardson, ils sont plusieurs et je les nomme tous dans mon livre, aucun d’entre eux n’est jamais venu me trouver pour débattre de la question et je doute qu’ils ne viennent jamais. » (En entrevue)

Matt Lawrence s’interroge encore sur les motifs de ce silence de l’administration Clinton sur cet événement. Qui au juste ne voulait pas de « la détente » qui commençait à s’amorcer dans la relation Cuba-États-Unis?

Voir le site web de Matt Lawrence.

La conséquence a été un nouveau durcissement des sanctions contre Cuba avec la loi Helms-Burton, toujours en vigueur.  Elle vise à sanctionner toute personne ou entreprise dans le monde qui « trafique » avec des biens américains nationalisés par Fidel Castro dans les années 1959-1961. Entre autres, la compagnie canadienne Sherritt, qui exploite du nickel à Cuba, et ses dirigeants sont interdits de séjour aux États-Unis sous peine de poursuites.

 

  

 

Sites en soutien aux  Cinq de Miami : National Committee to free the Cuban Five  et  Cuba Si France.

La puissante Fondation nationale cubaine américaine de Miami estime qu’ils ont eu droit à un procès juste et équitable et qu’ils méritent leurs peines. Elle s’oppose à tout échange de prisonniers : les Cinq contre l’Américain Alan Gross condamné à 15 ans de prison à Cuba pour importation illégale de matériel de communication par satellite.

À l’ouverture de la Foire commerciale internationale de La Havane, début novembre, le ministre du Commerce extérieur de Cuba, Rodrigo Malmierca Diaz, a annoncé une augmentation de 27 % du commerce cubain.

Importations : 9 milliards de dollars

Exportations : 13,6 milliards de dollars – surtout de services médicaux fournis à l’étranger. Priorité à l’exportation de produits médicaux, pharmaceutiques, de génie génétique et de biotechnologie.

Il n’y a pas que le rhum et les cigares.

Hugo Ponce, vice-président de l’Association des économistes et comptables de Cuba, prévoit un taux de croissance raisonnable de 2,9 %, en raison de la conjoncture mondiale difficile. Selon M. Ponce, les changements « sont nécessairement lents, compte tenu des objectifs cubains de système de gestion intégrée. On ne doit pas improviser ».

« Une économie ne se restaure pas, ne se recompose pas, ne se réorganise pas, ne croît pas en un espace de temps aussi court que quelques mois. » – Hugo Ponce

Jean-Michel Leprince interviewe Hugo Ponce (à droite)

Agriculture : moins de pénuries

Cuba importe encore plus de 60 % de ses aliments : blé, maïs, soja, volailles et autres viandes à un coût de 1,5 à 2 milliards de dollars.

Raul Castro veut réduire de moitié les importations de riz, fèves et lait en poudre, bases de l’alimentation des Cubains, d’ici 2013.

Le programme de substitution des importations implique la location en usufruit de terres de l’État à de nouveaux agriculteurs. Ils défrichent, sèment et vendent leurs récoltes à profit à l’État et sur des marchés privés.

 

 

Nouvelles de Cuba

Lundi 7 novembre 2011 à 16 h 14 | | Pour me joindre

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jmleprince

Il n’est pas facile ces temps-ci d’obtenir un visa de journaliste pour Cuba quand on n’a pas de bureau permanent à La Havane.

Pour terminer un reportage sur les Canadiens qui vont à Cuba pour de la chirurgie (bientôt au Téléjournal), pour en tourner un autre sur la restauration de la vieille ville de La Havane avec l’architecte-historien Eusebio Leal Spengler (bientôt à Une heure sur terre) et faire le point sur « les orientations de la politique économique et sociale » : un visa de cinq jours, de fait, trois jours possibles de tournage.

Chaque projet de reportage doit être approuvé par l’ambassade de Cuba à Ottawa et le Centre de presse international de La Havane, qui, seul, peut organiser les entrevues avec les « officiels » cubains. Compliqué. Heureusement, les Cubains, dans l’ensemble, parlent volontiers à la caméra de leur vie de tous les jours.

Un tournage bref, mais intense et fructueux.

Le Malecón, 3 novembre 2011 à 17 h

Au Téléjournal, le point sur les réformes économiques annoncées dès 2007 par le président Raul Castro, ratifiées en Congrès par le Parti communiste et l’Assemblée nationale et mises en place, progressivement et prudemment. Après le libre accès aux téléphones cellulaires, aux hôtels pour touristes, les Cubains peuvent acheter et vendre autant de voitures qu’ils le veulent, sauf des neuves. Bientôt, ils pourront acheter et vendre une résidence principale et une seule résidence secondaire.

Depuis un an, environ 200 « activités » commerciales ou professionnelles sont autorisées sur le marché privé. Nous avons retrouvé des petits entrepreneurs qui se lançaient en affaires en janvier dernier. Succès pour certains, légère déception pour d’autres.

Le reportage au Téléjournal

 

Depuis 2008, des habitants du Vieux Couvent des Ursulines, dans la Vieille Havane, nous donnent régulièrement leurs impressions sur l’évolution de la vie à Cuba.

 

Le Vieux Couvent des Ursulines, rues Cuba et Cuarteles

Des habitants du Vieux Couvent. Juancito, à gauche, employé des pompes funèbres, préfère attendre avant de se lancer en affaires. Comme la plupart des habitants du Vieux Couvent.

Le Vieux Couvent des Ursulines

La Caféteria du Vieux Couvent, une petite entreprise aux débuts difficiles. Carmen, la propriétaire, loue son ancien salon à un jeune couple qui confectionne des pizzas.

 

« Les "orientations de la politique économique" n’ont pas encore changé l’économie du pays ni amélioré les salaires, mais elles nous offrent des perspectives intéressantes pour l’avenir. »