Billets classés sous « Colombie »

 

Le narcotrafiquant colombien Pablo Escobar, descendu par la police en 1993, est un des plus grands criminels du XXe siècle. Il a littéralement changé la face de la Colombie en lui infligeant le narcoterrorisme dont elle souffre encore (cf. les FARC), mais il a aussi changé la face du monde en introduisant massivement le fléau de la cocaïne en Amérique du Nord et en Europe.

Sa vie fait l’objet d’un film hollywoodien en cours de tournage au Panama en ce moment (Paradise lost, d’Andrea di Stefano avec Benicio del Toro, Carlos Bardem, Josh Hutcherson et Corbet Brady).

Il reste peu de témoins directs et surtout encore vivants de l’entourage de Pablo Escobar. Mais il y a son frère Roberto, personnage étonnant, qui était le comptable du Cartel de Medellin. Il vit, très discrètement, toujours à Medellin.

Roberto voulait être coureur cycliste. Son surnom : « El Osito », l’ourson, le nounours. Son frère Pablo l’entraîne sur le chemin du narco trafic. Il raconte sa vie de comptable du Cartel de Medellin, dans ce livre, qu’il a dicté en espagnol et qui a été traduit en anglais : L’histoire du comptable. Dans le monde violent du Cartel de Medellin. Selon Roberto, le livre est un best-seller en Australie (!?!). Il dit aussi qu’il n’a jamais rencontré son coauteur, David Fisher. Il ne lui a jamais parlé directement non plus! À l’époque de notre rencontre, il se plaignait de n’avoir pas reçu le moindre dollar de droits d’auteur, autre qu’une avance d’un montant non précisé.

Le reportage à Une heure sur terre, dimanche 19 mai 2013 à 14 h. 

Images Benoît Roussel, montage André Roch.

Escobar était un sujet tabou en Colombie jusqu’à récemment : trop douloureux pour beaucoup de familles victimes de meurtres et d’attentats. Une série télévisée de prestige intitulée Pablo Escobar, le patron du mal, vient de battre toutes les cotes d’écoute à la télévision en Colombie. Elle a été jugée très fidèle à la réalité.

Comme tous les personnages encore vivants, le nom de Roberto a été changé dans la série télévisée du réseau Caracol de Colombie pour éviter les poursuites. Il se nomme Alberto Escobar, et son surnom, « el Osito » devient « Peluche », la peluche. L’acteur qui l’incarne, Carlos Narciso Napan, lui a parlé et il rapporte que Roberto n’a pas aimé la série : en particulier qu’on dise de lui qu’il ne connaissait rien aux mathématiques alors qu’il a fait des études d’ingénieur. Et surtout que leur mère est dépeinte comme quelqu’un qui se mêlait aux affaires louches de Pablo tandis qu’elle ne s’occupait que de philanthropie et d’œuvres sociales.

Aujourd’hui, la veuve de Pablo Escobar, Maria Victoria, et leurs enfants Juan Pablo et Manuela ont changé de nom et ils vivent paisiblement à Buenos Aires en Argentine.

Juan Pablo (aujourd’hui  Juan Sebastian Marroquin Santos) a produit un documentaire intitulé Juan Pablo Escobar, les péchés de mon père.

http://www.youtube.com/watch?v=OvEYZ2ouNT8

Le journal Le Monde rapporte qu’il a lancé sa marque de vêtements « Escobar-Henao » (Henao est le nom de jeune fille de sa mère) et que sur certains modèles figurent des reproductions de la carte d’identité et la carte de crédit du baron de la drogue.

http://www.lemonde.fr/style/article/2012/11/06/pablo-escobar-effigie-d-une-marque-de-vetements_1786250_1575563.html

Comme Roberto Escobar, la famille affirme que des milliards de dollars brassés par Pablo Escobar, il ne leur reste rien.

 

La filière colombienne

Vendredi 17 février 2012 à 17 h 18 | | Pour me joindre

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jmleprince

Les correspondants internationaux partent rarement dans un pays sans un « fixeur ». (de fixer, en anglais). La personne qui va vous arranger tout à l’avance, qui va vous faire gagner du temps, et de l’argent parce que ces voyages coûtent cher. En plus, ils vous protègent, car ils savent, eux, quoi faire et ne pas faire.

Ces « fixeurs » sont généralement des journalistes, des réalisateurs, des cameramans qui connaissent leur pays à fond et qui ont, idéalement, beaucoup de bons contacts. Vous leur demandez : « Il me faut ce genre de personnage pour parler de tel problème. » Ils vont vous suggérer des noms et ils établiront les contacts.

Pour nos reportages en Colombie, nous avons compté sur la précieuse collaboration de plusieurs collègues.

MARTIN MOVILLA

Journaliste à Radio-Canada International, il collabore avec la radio et la télévision de Radio-Canada (Zone libre, Enquête, Une heure sur terre, Téléjournal).

Martin travaillait en Colombie pour le réseau Télévision Canal Caracol. Il a couvert le conflit armé interne de Colombie à la fin des années 90 et au début des années 2000, les négociations de paix manquées entre le gouvernement Pastrana et les FARC. Comme plusieurs autres journalistes « on » (des éléments de la droite paramilitaire) lui a reproché d’avoir approché les FARC d’un peu trop près. À la suite de menaces, il s’est résigné à demander l’asile politique et il a choisi le Canada, le Québec et Montréal.

Nous avons pu vérifier que Martin a gardé des collègues et amis fidèles et loyaux en Colombie qui nous ont permis, entre autres, d’interviewer le président de la Colombie Juan Manuel Santos et de réaliser nos reportages (voir blogue du 11 octobre 2011)

OSCAR CALDERON

Oscar Calderon. Photo Benoît Roussel

Technicien en télévision et transmissions par satellite, Oscar servait de guide et de chauffeur à des journalistes qui couvraient le conflit interne colombien dans les années 2000. C’est lui qui nous a servi de guide à Bogota et à Villavicencio pour notre reportage à Une heure sur terre : « Tourisme au pays des FARC ». Dans le Parc national de la Macarena, ancien repère du redoutable chef des FARC, le Mono Jojoy, et ancienne geôle de leurs nombreux otages. S’y trouve la magnifique rivière Caño Cristales, qui était, selon le président colombien, Juan Manuel Santos, le « Country Club » du Mono Jojoy.

Reportage diffusé à Une heure sur terre le 17 février 2012 :

JUAN CARLOS GIRALDO

Juan Carlos Giraldo. Photo Benoît Roussel

Journaliste vedette du réseau de télévision RCN à Bogota, il couvre la scène du crime en Colombie. Il ne manque pas de sujets. Ses reportages l’ont conduit à écrire un livre avec Roberto Escobar, frère du célèbre narcotrafiquant du Cartel de Medellín des années 80 et 90.

Roberto Escobar, qui a purgé 11 ans de prison et a failli y laisser la vie par une lettre piégée, est encore très méfiant. Il refuse les entrevues à moins de payer très cher. Juan Carlos n’a ménagé aucun effort pour le convaincre de nous parler en lui faisant valoir que le reportage ferait connaître ses livres : Mon frère Pablo et  The accountant’s story.

 

Le livre de Juan Carlos écrit avec Roberto Escobar.

Roberto Escobar gagne sa vie en recevant les touristes étrangers de son Tour Pablo Escobar chez lui. Juan Carlos n’a pas été épargné par les menaces de mort : les siennes proviennent du crime organisé.

Medellín, ancien fief de Pablo Escobar, mais aussi cité natale du grand Fernando Botero. Peintre et sculpteur.

Le caméraman Benoît Roussel et un Botero : deux guerriers

 

JULIAN OCHOA

Julian Ochoa (à droite) et son frère Andrès, chez Roberto Escobar (photo Benoît Roussel)

Notre homme à Medellín. Julian est journaliste. La politique colombienne lui a joué des tours également. Il a été victime d’un attentat. Dans ses « confessions », le narcotrafiquant Juan Carlos Sierra, alias El Tuso, a révélé que c’est le cousin de l’ex-président colombien Alvaro Uribe, Mario Uribe, arrêté et condamné pour complicité avec les milices paramilitaires responsables de massacres de populations en Colombie, qui a ordonné son assassinat. Ce que Julian n’a jamais voulu ou pu confirmer. Ce témoignage empoisonne sa vie et sa carrière depuis des années. Lors de notre présence à Medellín, il a dû faire, une fois de plus, une déposition au bureau du procureur pour expliquer son cas.

Le reportage « Frère de Pablo Escobar», prochainement à Une heure sur terre.

Roberto Escobar signe ses livres. (photo Benoît Roussel)

Oscar, Juan Carlos, Julian et Andrès : les amis de Martin Movilla, et les nôtres, en Colombie, où il n’est pas toujours facile d’exercer le métier de journaliste.

 

La ville du printemps éternel

Medellin noir

Au début des années 90, Medellin était peut-être la capitale mondiale du meurtre. Pablo Escobar régnait en maître sur le trafic mondial de la cocaïne, à la tête du fameux cartel de Medellin.

Pablo Escobar

Assassinats, voitures piégées, les « sicarios » d’Escobar ont semé la terreur jusqu’à la capitale Bogota. Le cartel rival, celui de Cali, n’était pas en reste et a fait sauter les résidences et les repaires de Pablo Escobar.

Il a été tué sur un toit de Medellin en 1993 après une longue fugue et 3000 hommes à ses trousses.

Quand il voulait devenir président de la Colombie et qu’il s’était présenté en politique, il a fait construire un quartier de 400 maisons pour les squatteurs d’un dépotoir de Medellin. Il distribuait l’argent à la poignée.

Les habitants du quartier Pablo Escobar le considèrent encore comme un bienfaiteur.

Escobar n’était pas entièrement désintéressé;  il recrutait ses sicaires parmi les jeunes du quartier.

Colombes de la Paix/Barbarie, de Fernando Botero, fils de Medellin

Medellin blanc

Aujourd’hui, on parle de miracle d’urbanisme. De chirurgie urbaine. En reliant deux téléphériques (bientôt trois) au métro – impeccable – de Medellin, on veut mettre fin aux ghettos.

On ne cache plus la pauvreté à Medellin. On la met en valeur.

La bibliothèque España trône au sommet du barrio Santo Domingo. Son architecture osée a été abondamment primée.

Rien n’est trop beau pour les pauvres,  dit l’initiateur du « modèle Medellin », l’ancien maire Sergio Fajardo. Il se présente comme gouverneur.

Avec la transparence vient davantage de sécurité dans les « comunas » de Medellin.

Caracas et Rio de Janeiro ont imité Medellin en construisant leurs téléphériques dans leurs barrios et favelas.

 

Je suis allé la première fois en Colombie en 1985. Le volcan Nevado del Ruiz venait d’entrer en éruption. Les boues provoquées par la fonte des neiges autour du cratère ont englouti le village d’Armero et fait 25 000 morts.

Deux semaines plus tôt, l’armée avait donné l’assaut au palais de justice de Bogota. Tous les rebelles de la guérilla M-19 ont été tués, ainsi que 11 des 25 juges de la Cour suprême qui étaient pris en otage.

Depuis Medellín, le chef du cartel du même nom, Pablo Escobar, semait la terreur dans le pays à coup de voitures piégées, d’enlèvements, d’exécutions ciblées. Il a même détruit en vol un avion d’Avianca et fait 107 victimes. Son combat : empêcher que le principe d’extradition vers les États-Unis soit inscrit dans la Constitution.

Depuis les années 60, la guérilla des FARC, les Forces armées révolutionnaires de Colombie, la plus vieille guérilla du monde, harcèle les autorités colombiennes.

Devant l’impuissance de l’armée, de grands propriétaires terriens ont formé des milices paramilitaires pour lutter contre les guérillas. Leur cause a dégénéré en massacres. Et ils sont tombés, comme les FARC, dans le narcotrafic pour se financer. Ils ont financé des politiciens complices.

Déjà, de 1947 à 1954, 300 000 Colombiens sont morts dans la guerre civile entre libéraux et conservateurs, appelée « la Violencia ».

Juan Manuel Santos

« Nous étions les champions en matière d’enlèvements, de violations des droits de l’homme de tout type, d’extorsions, d’assassinats. Tout le mal était concentré en Colombie. Mais c’est le passé. Maintenant, nous sommes un pays différent. » – Juan Manuel Santos, président de la Colombie

Fin de la malédiction?

Le président Alvaro Uribe, dont le père a été assassiné par la guérilla, a lancé sa politique de « sécurité démocratique ». Les FARC ont été repoussées vers des régions éloignées par l’armée, qui a reconquis de vastes régions occupées. Les chefs des FARC ont été décimés. Des otages, dont Ingrid Betancourt, ont été libérés par des opérations de commando.

Des militaires, des gardiens de sécurité privés assistés par des chiens détecteurs d’explosifs, omniprésents, ont enfin garanti une certaine sécurité pour les Colombiens. Du moins dans les villes.

Juan Manuel Santos a gagné les élections de 2010 et a succédé à Alvaro Uribe, pour lequel il était ministre de la Défense. Il provient d’une famille influente de Colombie. Son grand-oncle, Eduardo Santos, fondateur du journal El Tiempo, a été président de la Colombie de 1938 à 1942.

Journaliste, économiste, homme politique, il poursuit les politiques d’Alvaro Uribe, de façon un peu plus « douce ». Il est même parvenu à se réconcilier avec Hugo Chavez!

Jean-Michel Leprince en entrevue avec Juan Manuel Santos

 « Nous avons attendu 20 ans. Depuis que j’étais ministre du Commerce. J’ai été le premier ministre du Commerce à tenter d’obtenir un traité de libre-échange avec les États-Unis, qui sont le premier marché du monde. Et pour nous, le premier marché et le premier investisseur. » – Juan Manuel Santos

Les traités de libre-échange avec le Canada et les États-Unis sont la reconnaissance concrète des progrès réalisés par la Colombie en matière de sécurité et de droits de la personne. Beaucoup d’ONG et de politiciens canadiens et américains sont encore contre.

Le président Santos lui-même reconnaît qu’il reste beaucoup à faire : réinsérer dans la société les paramilitaires et les guérilleros démobilisés. Poursuivre sans peines extrêmes ceux qui ont commis des crimes de « guerre », indemniser leurs victimes, restituer les terres volées à leur propriétaire, améliorer le sort des quelque 3 millions de « desplazados », les réfugiés internes, chassés de chez eux par la guérilla ou les paramilitaires. Tout un programme.

 

Reportage diffusé au Téléjournal RDI du 11 octobre

 

Reportage diffusé au Radio-journal du 12 octobre