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Poutine peut compter sur la Chine

Lundi 3 mars 2014 à 21 h 25 | | Pour me joindre

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Alors que le président russe Vladimir Poutine s’est mis à dos la plupart des pays occidentaux en déployant ses troupes en Crimée, la Chine, deuxième puissance économique de la planète, a pour sa part décidé de mettre tout son poids du côté de la Russie et d’appuyer les manœuvres de son allié.

Lors d’un entretien téléphonique lundi, les chefs des deux diplomaties ont dit avoir constaté « leur concordance de vues sur la situation en Ukraine ». Un appui de taille dans la région, qui ne surprend cependant pas sur la scène internationale.

La Russie et la Chine font front commun sur plusieurs dossiers depuis des années. Les deux pays ont notamment bloqué des projets de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies à plusieurs reprises. Les cas les plus récents ont freiné l’offensive de la communauté internationale en Syrie qui voulait intervenir pour mettre fin aux attaques perpétrées par le président Bachar Al-Assad.

Mentalité de guerre froide

La semaine dernière, l’organe de presse officiel du Parti communiste chinois a même demandé aux pays occidentaux de mettre fin à leurs réflexes empruntés des années 1980 pour coopérer avec la Russie en Ukraine, insinuant que les pays du G7 avaient conservé une mentalité de guerre froide.

« Se débarrasser des chaînes de la mentalité guerre froide réduira les confrontations inutiles, permettant de ce fait une transition plus en douceur des relations internationales », écrivait le Quotidien du Peuple.

Il faut comprendre que la Chine veut elle aussi avoir les coudées franches dans certaines régions qui ne sont plus sous sa juridiction. Le cas le plus éloquent est celui des îles Senkaku dans la mer de Chine orientale. Pékin revendique le petit archipel qui appartient au Japon. À la fin de l’année dernière, le géant communiste a d’ailleurs créé une « zone aérienne d’identification » qui englobe les îles, ce qui a soulevé la colère du Japon.

La Chine revendique aussi des îles appartenant aux Philippines. Dans les deux cas, les États-Unis ont invité Pékin à faire preuve de prudence et dans les deux cas les revendications visent à accroître le leadership du régime dans la région, mais aussi à contrôler les richesses naturelles, tout comme en Ukraine.

En d’autres termes, en appuyant la Russie, la Chine s’adresse directement à la communauté internationale et lui dit : vous n’avez plus l’autorité d’intervenir comme lors de la guerre froide, laissez les géants (Russie-Chine) décider de ce qu’ils jugent être juste pour leur région.

À voir la carte publiée par Reporters sans Frontières (RSF), on pourrait croire que certains pays ont le cancer lorsqu’il s’agit de liberté de presse. Parmi ceux-ci, la Chine, l’endroit le plus populeux de la planète et deuxième économie du monde.

Le pays occupe cette année le 175e rang du classement, en baisse de deux positions principalement due à la censure et parce que « l’ancien Empire du Milieu […] continue d’emprisonner les voix dissidentes », écrit RSF, comme celle de Xu Zhiyong, universitaire et avocat condamné récemment à quatre ans de prison.

L’universitaire et avocat a été déclaré coupable de « rassemblement illégal visant à perturber l’ordre public » il y a trois semaines. Mais, selon son avocat, il s’agit là de « pur théâtre » de la part de l’État chinois. Son client, croit-il, est plutôt devenu la cible du gouvernement après avoir créé le « Mouvement des nouveaux citoyens ». Un groupe qui réclame plus de transparence dans le pays et la fin de la corruption chez les dirigeants du Parti communiste.

Et ironiquement, alors qu’il est question de censure dans le classement de Reporters sans frontières, les Chinois ont eu droit à un nouvel exemple de l’imposant système mis en place pour contrôler ce qui est diffusé dans le pays. Selon le China Digital Times, les autorités ont demandé ce matin aux médias locaux de supprimer tous les articles reliés au palmarès qui traite de liberté de presse et du droit à l’information. Une directive qui semble avoir été suivie à la lettre, puisque les principaux médias chinois ont été muets à ce sujet.

Ce contrôle serré de l’État ne date évidemment pas d’aujourd’hui en Chine, mais le gouvernement est plus que jamais conscient des disparités entre riches et pauvres dans le pays et, selon certains analystes, le régime craint de perdre le contrôle s’il permet la critique ou même les rassemblements. Une espèce de paranoïa qui a mené à la création d’un système de surveillance parmi les plus hermétiques de la planète, que décrie RSF.

Le Canada et les États-Unis

Le Canada, pour sa part, gagne deux positions (18e rang), alors que les États-Unis reculent. La condamnation du soldat Bradley Manning, la traque face à Edward Snowden et le scandale des relevés téléphoniques d’Associated Press saisis par le département de la Justice ont fait en sorte que notre voisin du sud a perdu 13 places. Il se situe maintenant en 46e position.

Une fois de plus c’est l’Érythrée qui arrive dernière cette année, tout juste après la Corée du Nord, le Turkménistan et la Syrie.

La liberté de presse dans le monde, telle qu'illustrée  par Reporters sans frontières.
La liberté de presse dans le monde, telle qu’illustrée par Reporters sans frontières.

 

 

La ville est loin d’être l’une des plus riches de Chine et, pourtant, elle plante ses immeubles avec aplomb le long du fleuve Yalu. Bienvenue à Dandong! Population : 740 000.

La ville de Dandong, en Chine, à la frontière avec la Corée du Nord. Photo : Lei Yang
Photo : Lei Yang

Le contraste avec la ville voisine, sur la rive orientale du fleuve, est saisissant. Le fleuve sépare la Chine de la Corée du Nord. Aussi bien dire qu’il sépare deux mondes.

Dans certains de ces grands immeubles, des restaurants offrent une vue panoramique sur l’un des pays les plus pauvres de la planète. Ici, des convives se gavent, attablés non loin d’un généreux buffet, tandis que là-bas, on meurt de faim. Abondance rime avec indécence.

D'un côté du fleuve Yalu, la Chine, et de l'autre, la Corée du Nord
D’un côté du fleuve Yalu, la Chine et ses immeubles illuminés, de l’autre, la Corée du Nord, dans le noir. Photo : Lei Yang

Une banderole rouge typiquement chinoise
Une banderole rouge typiquement chinoise. Photo : Lei Yang

Sur cette banderole, les grands caractères blancs nous annoncent la foire printanière de l’immobilier à Dandong. De l’autre côté de la rivière, pas de trace de boom. On devine la modeste silhouette de Sinuiji, ville nord-coréenne qui compte tout de même 350 000 habitants. Là-bas, les arbres sont encore les rois de l’horizon, aucun bâtiment ne dépasse leur cime.

Si la Chine bâtit avec frénésie – il n’est pas rare de compter les grues par dizaine, surtout dans les villes de province, longtemps tenues à l’écart du développement fulgurant –, en Corée du Nord, le temps semble s’être arrêté.

Ce chantier, en Corée du Nord, semble sorti tout droit d’un autre siècle.
Ce chantier, en Corée du Nord, semble sorti tout droit d’un autre siècle. Photo : Lei Yang

Le jour de notre passage, on pouvait voir les travailleurs s’avancer un par un jusqu’aux abords du fleuve. Ils y plongeaient un seau pour y recueillir l’eau glaciale, probablement pour faire du ciment. Aucune machine n’était visible. En bordure du chantier, quelques vélos attendaient patiemment la fin de la journée.

Le pont brisé est un des symboles de la ville de Dandong.

Le pont brisé est l’un des symboles de la ville de Dandong. Construit au début des années 1900, il a été bombardé par les Américains pendant la guerre de Corée. Aujourd’hui, c’est au bout de ce pont fracturé que les touristes chinois viennent payer 5 yuans pour entrevoir la vie chez leur troublante voisine. Plusieurs agences de voyages de Dandong proposent des séjours en Corée du Nord.

Pourtant, bien des Chinois n’ont aucune envie d’aller jouer les touristes dans la dernière dictature stalinienne du monde. « Les gens sont tellement pauvres, ils ont si peu à manger que si je sortais un biscuit pour le manger, ils me sauteraient dessus pour l’attraper », me disait une dame chinoise sur la promenade le long du fleuve.

Le pont de l'amitié sino-coréenne

Pourtant, des produits chinois traversent bel et bien le fleuve. Le pont de l’amitié sino-coréenne, lui aussi détruit pendant la guerre de Corée, mais reconstruit ensuite, est un des rares liens routiers et ferroviaires avec la Corée du Nord. C’est d’ailleurs à Dandong qu’on enregistre le plus d’échanges commerciaux entre les deux pays.

Halte touristique à la frontière sino-coréenne

Les contradictions ne manquent pas à la frontière sino-coréenne. À cette minihalte touristique, sur les étalages de vendeuses chinoises, on retrouve pêle-mêle des bustes de Mao, de la fausse monnaie nord-coréenne et autres bibelots made in China. La Chine a beau être dirigée par le Parti communiste, elle est devenue aujourd’hui un temple de la consommation. À mille lieux, donc, de la Corée du Nord, même si en cet endroit précis, surnommé « La traversée d’une enjambée », la rivière est si étroite qu’un seul bond suffit pour sauter par-dessus la frontière.

Deux employées nord-coréennes de l'hôtel. Elles portent le « hanbok », l'habit traditionnel coréen.
Deux employées nord-coréennes de l’hôtel. Elles portent le « hanbok », l’habit traditionnel coréen.Photo : Lei Yang

La Corée du Nord changera-t-elle un jour? Ce totalitarisme crispé en a-t-il encore pour longtemps? Nul ne le sait. Mais certains croient que la petite sœur pourrait imiter la grande et emprunter lentement la voie des réformes économiques. On apprenait cette semaine que Pyongyang allait envoyer 120 000 travailleurs en Chine. Notre hôtel à Dandong comptait déjà une centaine de travailleurs nord-coréens. Leur employeur verse 1500 yuans (environ 250 $CA) par mois au gouvernement nord-coréen, qui ne leur en redonne que 200 environ (33 $CA).

Des paysans nord-coréens se servant d’un bœuf comme bête de somme
Des paysans nord-coréens se servant d’un bœuf comme bête de somme. Photo : Lei Yang 

Des bateaux attendent les touristes qui veulent s’offrir une vue de la Corée du Nord depuis le fleuve Yalu.
Des bateaux attendent les touristes qui veulent s’offrir une vue de la Corée du Nord depuis le fleuve Yalu.

Un beau ciel bleu sans smog ni fumée en Corée du Nord
Photo : Lei Yang

Ironie du ciel : l’économie moribonde de la Corée du Nord signifie que les taux de pollution n’ont rien à voir avec ceux des grands centres industriels chinois.


Le caméraman Andrew Lee et moi. Photo : Lei Yang

Cette semaine s’ouvrait à Pékin l’Assemblée nationale populaire, qui marque la dernière étape de la longue transition politique en Chine.

C’est à l’issue de cette session du Parlement chinois que le pays aura enfin un nouveau président. Au 18e congrès du Parti communiste, en novembre dernier, Xi Jinping est devenu secrétaire général du Parti. Cette fois-ci, un vote, qui n’est essentiellement qu’une formalité, viendra entériner l’accession de Xi Jinping au pouvoir.

Wen Jiabao, le premier ministre sortant, à l'Assemblée nationale populaire de Chine
Wen Jiabao, le premier ministre sortant, à l’Assemblée nationale populaire de Chine. Photo : Kas Roussy

Une élection marquera aussi l’entrée en poste du nouveau premier ministre, Li Keqiang. Mais avant de lui céder la place, Wen Jiabao, le premier ministre sortant, a, comme le veut la tradition, prononcé son discours d’adieu.

Lors de cette allocution de près de deux heures, Wen, 70 ans, a fait état de « victoires éclatantes ». Les Jeux olympiques, la croissance économique, la montée en puissance de la Chine, notamment sur le plan militaire, avec l’entrée en service de son tout premier porte-avions…

Ce rapport, truffé de statistiques, nous permettait d’apprendre que :

  • 19 700 km de nouvelles voies ferrées, dont 8951 km de lignes à grande vitesse, ont été construites depuis cinq ans (la Chine a aujourd’hui le plus grand réseau de TGV au monde);
  •  on compte désormais 21,5 voitures pour 100 ménages urbains, une hausse de 15,5 depuis 2007 (la Chine a aussi, malheureusement, parmi les pires problèmes de pollution atmosphérique au monde).

Wen Jiabao a aussi parlé de certains défis auxquels le gouvernement sera confronté au cours des prochaines années : pollution, urbanisation, fossé entre riches et pauvres. Il a aussi discrètement rappelé aux quelque 3000 délégués l’importance de lutter contre le fléau de la corruption.

Les représentants du gouvernement chinois arrivent en bus au palais de l'Assemblée du peuple.
Photo : Kas Roussy

D’ailleurs, pour projeter une image plus sobre, loin des scandales des récents mois (une fortune potentielle évaluée à 2,7 milliards de dollars pour la famille de Wen Jiabao, 192 maisons pour un simple fonctionnaire du sud de la Chine), on a demandé aux représentants du gouvernement de laisser leur voiture de luxe à la maison et de se rendre au palais de l’Assemblée du peuple en bus.

Catherine Mercier interviewe une déléguée de la minorité zhuang lors de l'Assemblée nationale populaire de Chine.
Photo : Kas Roussy

Parmi les quelque 3000 délégués, on compte des représentants des 56 minorités de la Chine. Cette dame, de la minorité zhuang, vient du Guangxi, dans le sud du pays. Les délégués ne sont pas élus, mais plutôt choisis par le comité central du Parti communiste. Les trois quarts d’entre eux sont membres du Parti communiste.

Certains délégués sont de véritables célébrités qui provoquent la cohue au moment d’entrer dans le palais de l’Assemblée du peuple.
Photo : Kas Roussy

Certains délégués sont de véritables célébrités qui provoquent la cohue au moment d’entrer dans le palais de l’Assemblée du peuple. Au milieu de la mêlée, se trouve ici un entrepreneur du Sichuan, qui est l’un des hommes les plus riches de Chine.

Fait intéressant, les délégués, qu’ils représentent une zone rurale ou urbaine, n’ont pas le droit d’avoir un bureau avec une petite plaque les identifiant clairement (à la manière de nos députés). Des Chinois se sont certes plaints du fait qu’ils n’arrivaient pas à entrer en contact avec leur représentant, mais la règle demeure. Est-ce que cette pratique « à l’occidentale » menacerait l’autorité toute-puissante du gouvernement? Nul ne le sait. Une chose est sûre, l’opacité règne…

Avec la tenue de l'Assemblée nationale populaire, la place Tiananmen est fermée aux visiteurs et les mesures de sécurité sont renforcées.
Avec la tenue de l’Assemblée nationale populaire, la place Tiananmen est fermée aux visiteurs et les mesures de sécurité sont renforcées.Photo : Kas Roussy

 

Un « wujing », policier armé
Un « wujing », policier armé. Photo : Kas Roussy

 

Avec la tenue de l'Assemblée nationale populaire, les pompiers sont aussi sur un pied d’alerte.
Avec la tenue de l’Assemblée nationale populaire, les pompiers sont aussi sur un pied d’alerte. Photo : Kas Roussy

Rebaptisés ironiquement la « brigade anti-immolation » par la presse étrangère, ces pompiers sont en poste au beau milieu d’une immense place pavée et bétonnée, où les risques d’incendie sont pour le moins faibles. En fait, ils sont là pour assurer qu’aucune manifestation ne vienne troubler l’Assemblée. Depuis 2009, plus de 100 Tibétains se sont immolés par le feu pour protester contre le gouvernement chinois. Aucun n’a posé ce geste au cœur de la capitale chinoise.

L’Assemblée nationale populaire prendra fin le 17 mars.

Le plafond du palais de l'Assemblée du peuple
Le plafond du palais de l’Assemblée du peuple. Photo : Kas Roussy

Chine : la fin des goulags?

Jeudi 31 janvier 2013 à 10 h 13 | | Pour me joindre

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C’était pendant les vacances, un de ces jours qui s’étirent doucement entre Noël et le jour de l’An. Je lisais distraitement les nouvelles, butinant d’un site web à l’autre, quand je suis tombée sur cet article.

Une femme de l’Oregon avait trouvé une lettre dans une boîte de décorations d’Halloween.

Un peu comme un message dans une bouteille à la mer…

La feuille était pliée en quatre, insérée entre deux pierres tombales en styromousse. Le tout était emballé dans une pellicule plastique.

L’auteur de cette missive, écrite à la main en anglais approximatif, affirmait que les décorations avaient été fabriquées dans un camp de travail à Shenyang, dans le nord-est de la Chine.

L’histoire m’a tout de suite intriguée, d’autant plus que moins de deux mois auparavant, mon collègue de Libération, Philippe Grangereau, avait écrit un excellent papier sur la « rééducation par le travail » à Chongqing.  L’homme qu’il a interviewé affirmait, lui, fabriquer des guirlandes de Noël.

Un coup de plus pour le « Made in China » déjà souvent mal-aimé.

Puis, le 7 janvier, une étonnante lueur d’espoir en provenance de la Chine. Meng Jianzhu, secrétaire de la commission politique et juridique du Parti communiste chinois, était cité dans la presse. Il affirmait que le système de « rééducation par le travail », ou laojiao comme on l’appelle en chinois, ne serait plus utilisé d’ici la fin de 2013.

Triste héritage de l’Union soviétique, ce système comprendrait, selon le gouvernement chinois, un réseau de 350 camps abritant 160 000 prisonniers.

Certains groupes de défense des droits de la personne soupçonnent que le nombre de prisonniers s’élèverait plutôt à 2 millions.

Se trouvent dans ces camps les criminels coupables de délits mineurs, dont le système judiciaire débordé n’a pas le temps de s’occuper. Mais aussi, les pétitionnaires, ces gens qui réclament sans arrêt une audience auprès des autorités pour des injustices dont ils se disent victimes. Les membres de Falun Gong viennent aussi peupler ces camps, tout comme les dissidents de toutes sortes, défenseurs des droits de la personne. Bref, tous ceux qui gueulent un peu trop fort, sur Internet ou ailleurs.

Le 7 janvier, on nous apprend donc que les jours du laojiao pourraient être comptés. Mais la joie provoquée par cette nouvelle n’a été que de courte durée.

Les articles qui rapportaient l’information ont rapidement été effacés, remplacés par une version édulcorée, dans laquelle on pouvait lire que Meng Jianzhu avait plutôt déclaré que le gouvernement allait « mettre de l’avant une réforme » du système de rééducation par le travail.

La même soupe froide, tièdement réchauffée, que le gouvernement sert au public depuis 10 ans.

Wang Yi et son mari, Hua Chunhui
Wang Yi et son mari, Hua Chunhui

Depuis la ville de Nanjing où ils habitent, Wang Yi et son mari, Hua Chunhui, surveillaient les développements de près. Et cette volte-face ne les a pas rassurés.

Tous les deux ont été emprisonnés séparément dans des camps de travail pour des propos qu’ils avaient tenus sur Twitter. Elle a été enfermée pendant un an; lui, pendant un an et demi.

Pendant leur détention, ils n’avaient pratiquement aucun contact avec le monde extérieur. Et depuis leur sortie du camp, Wang et Hua ne sont pas complètement libres. Leur téléphone est sur écoute, leurs échanges par courriel font l’objet de surveillance, tout comme leurs déplacements.

Lors de l’entrevue qu’ils nous ont accordée, loin de leur domicile, dans un lieu neutre où nous ne risquions pas d’être repérés, Hua Chunhui nous a dit :

« Le système de rééducation par le travail viole la Constitution et les lois chinoises. » (À noter qu’en Chine, techniquement, on ne peut pas emprisonner quelqu’un arbitrairement, sans procès.) Le problème, c’est que s’ils abolissent ce système, qu’est-ce qui viendra après? Vont-ils simplement le remplacer par un autre?

Cette question est légitime. Les défenseurs du système soutiennent que le laojiao est nécessaire pour maintenir la stabilité sociale. Du point de vue des autorités, il n’y a rien de plus pratique. Quelqu’un dérange un peu, pourquoi s’empêtrer dans des procédures judiciaires sans fin?  Allez hop! On l’embarque, fin de l’histoire.

Et quand vous ajoutez à cela l’aspect économique : forcément un réseau de gens profite du fait que cette main-d’oeuvre captive travaille sans obtenir de salaire. On se rend compte que le gouvernement serait fou de se passer du laojiao.

D’ailleurs, le célèbre avocat Teng Biao résumait bien la situation sur son blogue, cité par le Courrier international :

« Comme je le disais le 11 décembre, on peut prévoir que le laojiao sera aboli dans les deux ans, et que Xi (Jinping) et Li (Keqiang) en seront félicités. Mais les prisons clandestines, les mises en résidence surveillée, les éloignements forcés, les placements en hôpital psychiatrique, en centre de transit, les disparitions, les classes d’études… tout cela augmentera. »

Pékin : à vos masques!

Dimanche 13 janvier 2013 à 15 h 48 | | Pour me joindre

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Côté pollution à Pékin, on croyait en avoir vu d’autres. Mais ces jours-ci, la ville se surpasse.

Vendredi, nous avions déjà droit depuis deux jours à un indice de qualité de l’air jugé « Hazardous », selon le fil Twitter @beijingair de l’ambassade américaine (depuis l’année dernière, les autorités chinoises, cédant à la pression populaire, publient des données très similaires sur les sites de microblogues chinois).

Image de Pékin lorsque l'indice de pollution est très élevé (11 janvier 2013)
Vendredi 11 janvier 2013. On n’ose pas trop se hasarder à mettre le nez dehors…

Mais samedi, l’absence de vent et la basse pression atmosphérique n’ont fait qu’empirer les choses. Si bien que de « Hazardous », nous sommes passés à « Beyond Index » (autrement dit, cela dépasse les limites prévues par les scientifiques).

Sur cette photo, l’immense tour du China World Trade Center disparaît complètement dans le smog…

Le China World Trade Center, à Pékin, lors d'une journée de smog

Par beau temps, la vue a plutôt l’air de cela…

Le China World Trade Center, à Pékin, par temps clair

La pollution atmosphérique se mesure par la concentration de particules de 2,5 microns de diamètre par mètre cube.

Si l’on se base sur les standards américains (qui sont ceux de l’ambassade ici), lorsque l’on enregistre 50 microgrammes ou moins de ces petites particules par mètre cube, la qualité de l’air est jugée bonne.

De 301 à 500, elle devient « Hazardous ». Lorsque l’indice dépasse 500, on rejoint le « Beyond Index », l’échelle n’ayant été prévue pour ne mesurer que de 0 à 500.

Ce n’est pas la première fois que Pékin a l’air d’une ville où sévirait un immense feu de forêt. La différence ces jours-ci, ce sont les sommets atteints. Samedi à 20 h, au plus fort du smog, une pointe a été enregistrée à plus de 800, du jamais vu. Des médias chinois indiquaient que la situation dans la province voisine du Hebei était encore pire qu’à Pékin.

Les autorités ont bien sûr demandé aux gens de demeurer à l’intérieur. S’ils doivent sortir, le port du masque est fortement recommandé. On invite également la population à opter pour le transport en commun, dans l’espoir de limiter la pollution.

Dimanche, l’indice était retombé à « Hazardous ». Après le smog de la veille, certains internautes à l’humour grinçant indiquaient qu’ils avaient envie d’ouvrir les fenêtres pour respirer l’air (relativement) pur.

Tandis que certains Pékinois en ont carrément profité pour se faire couper les cheveux en plein air.

Des Pékinois se faisant couper les cheveux en plein air.

Décidément, cette ville nous étonnera toujours.

Le veto de la Chine

Lundi 26 novembre 2012 à 21 h 30 | | Pour me joindre

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La Chine oppose son veto contre une intervention militaire en Syrie, mais propose tout de même un plan pour mettre fin au conflit :

Au lendemain de l’annonce de l’attribution du Nobel de littérature à l’écrivain chinois Mo Yan, la Chine est divisée.

La presse officielle se réjouit de la nouvelle, consacrant de nombreux articles à l’auteur originaire du Shandong, de son vrai nom Guan Moye, célèbre pour sa prose empreinte d’images colorées, parfois violentes.

Jeudi, CCTV, la télé officielle, a même annoncé la nouvelle tombée en direct pendant la mise en ondes du grand bulletin du soir. Il est rare de voir les animateurs faire référence à des événements qui se déroulent en temps réel, car le contenu de cette émission doit être soumis deux fois plutôt qu’une à la censure.

L'écrivain chinois Mo Yan, récipiendaire du prix Nobel de littérature 2012
L’écrivain chinois Mo Yan, récipiendaire du prix Nobel de littérature 2012

Mais ce prix Nobel, remporté par un auteur, ancien militaire, membre du Parti communiste et vice-président de l’Association des écrivains de Chine a tout pour ravir le pouvoir, qui se méfie généralement de l’académie suédoise.

Le chef de la propagande chinoise, Li Changchun, a d’ailleurs félicité le vainqueur, disant que ce prix « incarne la richesse de la littérature chinoise ainsi que le renforcement constant de la force et de l’influence internationales de la Chine en général ».

Le principal intéressé s’est dit « fou de joie », mais aussi « terrifié » à l’annonce de sa victoire.

Les livres de Mo Yan qui s’envolent des étalages des librairies et des sites de vente en ligne (certains titres sont en rupture de stock) représentent peut-être le plus bel éloge que les Chinois peuvent offrir à l’auteur de 57 ans.

Sa nomination ne fait toutefois pas l’unanimité.

La discussion bat d’ailleurs son plein sur Internet ou Mo Yan est LE sujet de l’heure.

Il y a bien sûr les critiques qui, sans surprise, se désolent de ce choix : « c’est tel autre qui aurait dû gagner et pas lui », « un tel est bien meilleur », etc.

Mais les attaques les plus virulentes viennent de ceux qui n’aiment pas que l’Académie des prix Nobel ait choisi un écrivain si près du Parti communiste.

Ainsi, Ai Weiwei, le plus célèbre artiste dissident chinois, a écrit sur Twitter que l’Association des écrivains chinois était une « association de lèche-culs », ajoutant que l’Académie Nobel était « méprisable ».

Plusieurs reprochent à Mo Yan d’avoir boycotté la foire du livre de Francfort en 2009 pour ne pas avoir à se retrouver aux côtés de deux auteurs dissidents chinois.

D’autres ont dénoncé le fait qu’il ait recopié à la main un discours de Mao Tsé-Toung sur la littérature et les arts.

Yu Jie, un auteur chinois qui vit en exil aux États-Unis, a parlé d’une « victoire pour le Parti communiste chinois » et d’un prix qui illustrait « la négligence de l’Occident envers la question des droits de la personne en Chine ».

Mo Yan arrivera peut-être à faire taire certains critiques : vendredi, lors d’une entrevue, il a dit espérer voir son compatriote Liu Xiaobo retrouver sa liberté le plus vite possible. Auteur et critique littéraire dissident, Liu Xiaobo a remporté le prix Nobel de la paix en 2010. Il purge depuis 2009 une peine d’emprisonnement de 11 ans pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’État ».

Mo Yan, un pseudonyme qui veut dire « ferme-la », aura donc dérogé à la règle qu’il s’était imposée jadis « ne pas trop parler, pour ne pas s’attirer d’ennuis ».

Le nom de Liu Xiaobo étant bloqué sur Internet en Chine, la nouvelle ne devrait cependant pas trop faire jaser.

À voir la moisson déjà impressionnante des Chinois aux Jeux, il ne fait pas de doute qu’ils sont à Londres pour une seule raison : récolter des médailles. Et même si le bronze et l’argent figurent à leur tableau, ce qui compte vraiment, c’est l’or. D’ailleurs, le gouvernement chinois affiche clairement ses couleurs : les messages de félicitations aux athlètes diffusés par l’agence de presse officielle sont envoyés seulement aux médaillés d’or.

À la télévision centrale chinoise – CCTV, qui compte 13 chaînes en Chine et en a monopolisé 3 pour la retransmission des Jeux –, les « perdants » ont quand même droit à leur minute de gloire. Et cela donne lieu à des entrevues crève-cœur.

À l’issue de la compétition d’haltérophilie dans la catégorie des 56 kg, le champion du monde en titre, Wu Jingbiao, est inconsolable. « J’ai fait honte à la Chine, je suis la honte de l’équipe d’haltérophilie, je vous demande pardon. »  Il pleure si fort que le journaliste le serre dans ses bras pour le consoler. Wu Jingbiao vient pourtant de gagner la médaille d’argent.

Après le concours par équipe de gymnastique féminine, épreuve que les Chinoises avaient remportée à Pékin en 2008, la journaliste tend son micro à l’une des jeunes athlètes. Étranglée par l’émotion, celle-ci n’arrive pas à émettre un son.  Yao Jinnan est foudroyée par la défaite, incapable de comprendre ce qui vient de se passer. À travers les larmes, elle finira par expliquer comment elle connaît ces mouvements par coeur, mais n’arrivait pas à les exécuter… Les Chinoises ont terminé au 4e rang.

Pourtant, en Chine, des voix s’élèvent pour protester contre un système qui ne valorise que les champions et qui martèle la règle de « l’or ou rien ». « Si un enfant chinois lance 10 ballons et qu’il rate une seule fois le panier, on va lui reprocher de ne pas avoir bien réussi.  Si c’est un enfant étranger, on va l’applaudir même s’il n’arrive qu’à marquer un seul point. C’est vraiment pas facile d’être Chinois! », pouvait-on lire sur le Twitter chinois.

Selon plusieurs internautes, la Chine fait certes bonne figure avec toutes ses médailles, mais le peuple ne s’en porte pas mieux. Le système qui arrive à produire ces médaillés est basé sur un réseau d’écoles d’élite. Les ligues de sport amateur, où l’on ne joue que pour s’amuser, n’existent pratiquement pas.  « Ce que l’on devrait mesurer, c’est la forme physique des gens, pas le nombre de médailles d’or », écrivait un internaute.

 

Comptabilité olympique…

Puisque l’or, c’est aussi de l’argent (et pas seulement en Chine), il est intéressant de calculer ce qu’un titre de champion olympique peut rapporter.

Yi Siling, la toute première médaillée d’or chinoise des Jeux (elle a remporté l’épreuve de carabine 10 m)  s’est vue offrir jusqu’à maintenant :

79 000 $ de la province de Canton;

126 000 $ de la ville de Zhu Hai, où elle habite;

24 000 $ de sa ville natale au Hunan;

Une Audi A6 d’une valeur de 118 000 $;

Une voiture chinoise d’une valeur de 40 000 $;

Un promoteur immobilier lui a aussi promis un appartement d’une valeur de 110 000 $.

Total : 497 000 $.

Tout cela sans compter la prime du gouvernement central, dont le montant n’a pas encore été annoncé, mais qui pourrait aller chercher dans les 75 000$. Sans compter évidemment les contrats publicitaires et les commanditaires.

Yi Siling, première médaillée chinoise des Jeux de Londres et fierté de la Chine.

 

La première médaillée des Jeux de Pékin en 2008, l’haltérophile Chen Xiexia, avait empoché 630 000 $, une véritable fortune en Chine.

À vaincre sans péril…

Dans plusieurs disciplines, les Chinois sont tout simplement trop forts et ils le savent.

Aux Olympiques de Pékin, l’équipe de tennis de table a remporté tous ses matchs et a gagné les quatre médailles d’or de la discipline. L’entraîneur-chef de l’équipe, Cai Zhenhua, a alors eu une idée… Son plan? Faire en sorte que la Chine aide les autres pays à s’améliorer pour rehausser le niveau de la compétition. Le programme appelé « Élever des loups » permet à des joueurs étrangers de participer à la ligue de ping-pong chinoise.

D’autres sports dans lesquels les Chinois excellent faisaient déjà l’objet d’échanges entre pays. L’haltérophilie féminine en est un bon exemple : la Chine compte une telle abondance d’athlètes de haut niveau dans cette discipline qu’elle peut se permettre d’en laisser aller quelques-unes qui n’auraient, dit-on, jamais pu se qualifier pour les Jeux. Mais la pratique laisse aujourd’hui certains Chinois sceptiques, surtout depuis que Zulfiya Chinshanlo, née dans la province du Hunan en Chine, mais portant les couleurs du Kazakhstan, a remporté l’or dans la catégorie des 53 kg.

Mme Chinshanlo s’appelle en fait Zhao Changling.  Même exploit pour Yao Li, originaire de la province de Liaoning. Elle est aujourd’hui connue sous le nom de Maiya Maneza et vient de remporter l’or dans la catégorie des 63 kg pour… le Kazakhstan.

Maiya Maneza portant le maillot rouge… du Kazakhstan. Source: Ria Novosti

 

Ah oui, j’oubliais, les deux femmes ont aussi battu le record olympique dans leur catégorie respective.

Comme quoi le loup peut finir par mordre.

 

Chine : pas dans ma cour!

Lundi 30 juillet 2012 à 12 h 14 | | Pour me joindre

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Les autorités chinoises doivent commencer à connaître la chanson, et son refrain « pas dans ma cour » qui résonne à travers le pays.  Après des années de développement sauvage, développement qui a souvent fait la richesse des responsables locaux du Parti communiste, mais entraîné la destruction de l’environnement, les Chinois sortent dans la rue pour exprimer haut et fort leur ras-le-bol.

L’année dernière, c’était à Dalian, dans le nord-est : les habitants ne voulaient pas d’une usine chimique.

Au début du mois de juillet, c’était au tour du Sichuan, où de grandes manifestations ont forcé l’abandon d’un projet d’usine métallurgique.

Et voilà qu’un autre projet industriel a été stoppé après une vague de protestations, cette fois dans la province côtière du Jiangsu.

Samedi matin, des milliers de manifestants furieux sont sortis dans les rues de Qidong, une ville de un million d’habitants au nord de Shanghai. Leur message est clair : ils ne veulent pas d’un pipeline qui doit déverser les eaux usées d’une papetière tout près de leur port de pêche, le quatrième en importance en Chine.

Des manifestants renversent une voiture près du siège du gouvernement local. Source : Getty

Scène chaotique à Qidong, le samedi 28 juillet Source : AP

On estime qu'il y avait de quelques milliers... Source : AP

... à plusieurs dizaines de milliers de manifestants. Source : AP

Comme c’est presque toujours le cas en Chine, les censeurs se sont rapidement mis de la partie, bloquant les recherches pour les mots Qidong, l’abréviation QD, Oji Papers (le nom de la compagnie derrière le projet) et Sun Jianhua (le nom du secrétaire du Parti communiste de Qidong).

D’ailleurs, M. Sun aurait passé un mauvais quart d’heure samedi. Selon plusieurs sources dans les médias sociaux, les manifestants auraient arraché sa chemise pour lui faire enfiler un t-shirt orné d’un message appelant à la protection de l’environnement.  Ils auraient aussi investi le siège du gouvernement local pour s’emparer de bouteilles d’alcool de luxe et de cartouches de cigarettes de grandes marques, articles souvent offerts en guise de pots-de-vin aux officiels corrompus.

Le secrétaire du Parti communiste de Qidong sans sa chemise Source : Ministry of Tofu

 

Le secrétaire Sun Jianhua sous un meilleur jour Source: Ministry of Tofu

 

Le gouvernement accuse souvent les blogueurs de propager des rumeurs sur Internet, mais la presse officielle, elle, demeure étrangement laconique, voire silencieuse.

Prenez le projet lui-même. Pourquoi les manifestants sont-ils sortis dans la rue? Ont-ils raison de manifester? Quel est ce projet, au fait? Les médias officiels n’en ont jamais expliqué la vraie nature aux citoyens.

Depuis 2009, les habitants de Qidong réclament une étude environnementale sur l’impact du pipeline. Le projet a été approuvé sans que leur appel soit entendu.  De leur côté, les internautes ont fait circuler de l’information dans les médias sociaux. Plusieurs infographies simples, mais claires (n’est-ce pas la force d’un message?) montrent ce qui attend la région. On y apprend que le pipeline pourrait déverser 150 000 tonnes d’eaux usées quotidiennement, ce qui menacerait l’industrie de la pêche, l’une des plus importantes de la région.

Source : Tea Leaf Nation

Source : Tea Leaf Nation

Il est quasi impossible de vérifier ces informations, car les pouvoirs locaux raccrochent au nez des journalistes étrangers. Les reporters chinois, eux, se font dire de ne pas mener d’enquête.

Forte présence policière à Qidong, le samedi 28 juillet Source : AP

Une femme est blessée lors des manifestations. Source: Reuters

Une voiture de police renversée par les manifestants. Source : AP

Ces manifestations ont tourné à la violence. Les photos montrent de nombreux véhicules renversés et plusieurs sources sur Internet indiquent qu’il y aurait eu de nombreux blessés. Mais encore une fois, aucune confirmation des autorités.

Dans les médias officiels, samedi, on appelait la population à faire preuve de calme, à respecter la discipline et à « être raisonnable ».

D’ailleurs, depuis samedi, l’idée d’une approche posée lors des manifestations a été longuement analysée par des personnalités connues du web chinois.

Les blogueurs étaient divisés en deux camps, avec d’un côté ceux qui croient que la violence n’est pas la bonne façon de faire passer un message, et de l’autre, ceux qui y voient une sorte de contrepoids inévitable au pouvoir illimité et opaque des dirigeants.

Li Kaifu, ancien président de Google en Chine, citait un général taïwanais en disant : « Tenir son arc bien tendu, être prêt à lancer la flèche, mais ne pas la lancer demande plus de courage et d’intelligence. »

Tong Zongjin, un professeur de droit et de politique, croit aussi que faire preuve de modération est la solution : « Le gouvernement a la force de son côté, alors seule la modération peut protéger le peuple et pousser le gouvernement à changer. »

D’autres, comme l’écrivain Tian You, ont ridiculisé ce genre de commentaires. « Seule la modération peut protéger le peuple? Cette théorie revient à coopérer à son propre viol. J’aimerais demander à ce professeur, est-ce que d’après lui ce régime aurait vu le jour si avant 1949 le peuple avait fait preuve de modération et de maîtrise de soi? Si les gens de Qidong ne s’étaient pas exprimés, est-ce que le projet d’usine d’Oji Papers aurait été abandonné? »

Zhao Chu, autre écrivain : « Est-ce que la vraie menace de violence vient des gens qui ont des demandes très simples, ou du gouvernement qui est accroc à la violence? »

Ce dernier « incident de masse », comme on appelle ici les manifestations, illustre bien que les Chinois sont de plus en plus conscients de leurs droits, et qu’ils sont prêts à les faire valoir. Dans un pays où les gens qui tentent de se plaindre par les voies officielles sont trop souvent persécutés, ce genre de manifestations deviendra-t-il la norme? Avec plus de 500 millions d’internautes capables de faire circuler des infos plus vite que les censeurs ne peuvent agir, le gouvernement a peut-être tout à craindre.