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La Chine à la conquête de l’Amérique latine

Vendredi 25 juillet 2014 à 7 h 49 | | Pour me joindre

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Les présidents chinois et cubains Xi Jinping et Raul Castro à Cuba, le 23 juillet dernier.
Les présidents chinois et cubains Xi Jinping et Raul Castro à Cuba, le 23 juillet dernier

Le président Xi Jinping vient de conclure une nouvelle tournée de huit jours en Amérique latine, sa deuxième en 18 mois. Fidèle à son habitude, le numéro un chinois a profité de l’occasion pour faire le plein de contrats extrêmement lucratifs. Il a signé 15 accords de coopération avec le Brésil, 19 avec l’Argentine, 38 avec le Venezuela et 30 avec Cuba.

Ces ententes contrastent avec la longue domination économique des États-Unis dans la région. La Chine investira 4 milliards de dollars au Venezuela en échange de pétrole. En tout, c’est près de 35 milliards de dollars qui déferleront dans toute l’Amérique latine et le bassin des Caraïbes dans des projets d’infrastructure.

Même si le dirigeant chinois a insisté pour dire que ce voyage n’était pas un voyage « d’idéologie », puisqu’il a d’abord participé aux rencontres du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) qui se tenaient au Brésil, il a cependant passé la plupart de son temps à côtoyer des dirigeants de gauche à la suite de la conférence. Des dirigeants qui ont peu ou pas d’atomes crochus avec les États-Unis, comme à Cuba et au Venezuela.

Mauvaises nouvelles pour Bombardier

La région est un marché clé pour la Chine. Le commerce bilatéral avec l’Amérique latine est passé à 262 milliards de dollars l’an dernier. Le Brésil et l’Argentine sont d’ailleurs devenus les principaux partenaires de Pékin sur ce continent.

Le séjour de Xi Jingping a aussi permis de signer une série d’accords avec Embraer, dont un pour la vente de 60 jets d’une valeur de près de 7,5 milliards de dollars.

Cette vente « ferme » contraste avec les « engagements de commandes » obtenus par Bombardier il y a une semaine, lors du salon aéronautique de Farnborough en Grande-Bretagne, pour son futur moyen-courrier CSeries d’une valeur potentielle de 1,5 milliard de dollars.

Influence croissante de l’Asie

Des milliards de dollars pourraient aussi arriver bientôt en Argentine. La Chine s’est engagée à construire 2 barrages hydroélectriques dans le sud du pays d’une valeur de 4,4 milliards de dollars et 11 navires qui pourraient représenter un investissement de 423 millions de dollars.

Le dernier arrêt du président chinois s’est fait à Cuba. Une visite à la fois stratégique et de convenance, puisque la Chine est depuis quelques années l’un des principaux alliés économiques de La Havane. Comme dans les autres pays, son arrivée a été rapidement suivie par une vague d’accords principalement dans le domaine des télécommunications et de la construction immobilière.

Certains analystes voient dans cette visite une tentative de la Chine pour élargir son influence dans une région qui a toujours été la « cour arrière » des États-Unis. D’ailleurs, malgré le danger d’investir dans des économies volatiles comme l’Argentine, Cuba et le Venezuela, Pékin semble pour le moment penser que le risque en vaut la peine.

La Corée du Nord écartée

Jeudi 3 juillet 2014 à 14 h 42 | | Pour me joindre

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Le président chinois Xi Jinping est accueilli par le ministre sud-coréen des Affaires étrangères, Yun Byung-se, à son arrivée à la base aérienne de Seongnam, à Séoul, le 3 juillet 2014.
Le président chinois Xi Jinping (au centre) est accueilli par le ministre sud-coréen des Affaires étrangères, Yun Byung-se (à droite), à son arrivée à la base aérienne de Seongnam, à Séoul, le 3 juillet 2014.

Le président chinois Xi Jinping vient d’amorcer une visite officielle en Corée du Sud, où il espère intensifier ses liens commerciaux avec Séoul. Mais, dans les faits, le tête-à-tête est beaucoup plus qu’une simple mission diplomatique. La rencontre vise à renforcer la position de la Chine en Asie du Sud-Est, mais surtout à réprimander la Corée du Nord, alliée de Pékin.

D’ailleurs, pour arriver à bien faire passer son message, le président chinois a décidé de rompre avec les traditions. Depuis deux décennies, tous les dirigeants du parti communiste se sont d’abord rendus à Pyongyang avant de visiter la Corée du Sud. Pas cette fois-ci! Xi Jinping a annoncé qu’il ne visitera que Séoul. Un pied de nez au jeune dirigeant Kim Jong-un, qui montre, selon plusieurs analystes, l’irritation de Pékin vis-à-vis de son turbulent voisin.

Répondre par la bouche de ses canons

Le geste n’est pas passé inaperçu en Corée du Nord. Dans le but de provoquer ou de manifester son indignation, Pyongyang a lancé des missiles et des roquettes au large de sa côte orientale à trois reprises au cours des derniers jours. Dans un geste contradictoire, le petit pays communiste a par la suite suggéré une proposition de paix avec Séoul.

Les relations entre la Chine et la Corée du Nord sont tendues depuis un an et demi. Le régime chinois n’apprécie pas les écarts de conduite de Kim Jong-un et a été particulièrement irrité par des tirs de fusée (en décembre 2012) et un essai nucléaire (en février 2013) réalisés par Pyongyang, malgré ses appels au calme.

Le Japon intervient

Ce bras de fer survient alors que le Japon, ennemi juré de Pékin, annonce de son côté qu’il lèvera des sanctions contre Pyongyang.  Cette décision surprenante a été prise après que les deux pays se sont entendus pour rouvrir un dossier vieux de 30 ans, celui des enlèvements de plusieurs Japonais par la Corée du Nord. Ces enlèvements, qui ont eu lieu durant la guerre froide, devaient permettre à Pyongyang de former des espions pour infiltrer plus adéquatement le régime nippon.

Selon Tokyo, au moins 17 personnes auraient été enlevées dans les années 70 et 80 par le petit pays communiste. La Corée du Nord reconnaissait jusqu’à maintenant n’en avoir kidnappé qu’une douzaine.

À cela, il faut ajouter la décision du Japon en début de semaine d’autoriser désormais ses forces armées à participer à des opérations militaires extérieures afin d’aider des pays alliés. Une première depuis l’instauration, en 1947, d’une constitution pacifiste.

Un geste qui risque, lui aussi, de déplaire au géant chinois et dont la date a probablement été savamment décidée pour s’assurer qu’elle concorde avec la visite de Xi Jinping dans les eaux troubles en Corée.

Des chiens à vendre dans un kiosque de Yulin, à quelques jours d'un festival de viande de chien.
Des chiens à vendre dans un kiosque de Yulin, à quelques jours d’un festival de viande de chien.

L’image vous répugne? Imaginez alors une grande fête où tout ce que les villageois font pendant des heures est de dévorer de la viande de chien et des litchis et de boire de l’alcool de grain. À Yulin, dans le sud de la Chine, ce genre de scène est réalité. Les résidents considèrent même que manger l’animal le 21 juin est un droit, une ancienne tradition du solstice d’été.

Cette année, la fête risque d’être perturbée par une vague de protestation de groupes de défense des animaux. Huit bouddhistes viennent d’ailleurs d’arriver dans le village pour dénoncer le côté bestial du festival, et des milliers de militants tentent depuis des mois de le bloquer par des lettres ouvertes et en sensibilisant les gens sur les réseaux sociaux.

On évalue qu’environ 10 000 chiens sont abattus lors des festivités d’une journée. La tradition veut que la viande de l’animal protège la population des maladies pendant les longs mois d’hiver.

Une aberration pour les militants proanimaux, qui s’inquiètent aussi de la salubrité de l’événement. Selon eux, plusieurs bêtes sont capturées dans les rues, volées chez des voisins, électrocutées ou même empoissonnées avant d’être consommées.

« Il y a certainement un risque pour la santé », s’insurge Deng Yidan de l’organisme Animals Asia. « En plus de la mauvaise publicité, des questions d’hygiène, du risque de rage, la communauté de Yulin devrait se demander si l’apport économique de la fête en vaut vraiment le coût », s’interroge-t-il.

Les autorités de Yulin ont tenté de s’éloigner de la controverse en niant l’existence formelle d’un tel festival, préférant parler d’habitudes culinaires. Il faut dire qu’il n’existe aucune loi pour protéger les chiens en Chine, ce qui rend les interventions gouvernementales plus difficiles. Le gouvernement a néanmoins demandé aux restaurateurs d’éviter toutes références à la viande de chien sur leur menu.

La pression publique a déjà eu raison d’autres festivals par le passé. La province de Zhejiang, dans l’est de la Chine, a annulé son événement en 2011. Celui-ci, tout comme le festival de Yulin, s’enracinait dans une tradition longue de plusieurs centaines d’années.

Des soldats plus petits et plus gros en Chine

Mercredi 18 juin 2014 à 7 h 12 | | Pour me joindre

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Dans le but de dénicher des soldats plus éduqués, le gouvernement revoit ses règles d'admission. Photo : Yvan Côté

Dans le but de dénicher des soldats plus éduqués, le gouvernement revoit ses règles d’admission. Photo : Yvan Côté

Oubliez l’image parfaite de milliers de militaires identiques regardant dans la même direction et qui représentaient l’uniformité de l’armée populaire de libération en Chine. Le pays a annoncé qu’il devait revoir la taille de ses recrues s’il voulait trouver suffisamment de candidats de qualité.

Eh oui signe des temps modernes, la physionomie des Chinois, tout comme son économie, a changé. C’est pourquoi, dans le but de dénicher des soldats plus éduqués, le gouvernement revoit ses règles d’admission.

La taille minimale pour un homme passe de 1,62 m à 1,60 m et pour une femme de 1,60 m à 1,58 m. Les changements touchent aussi la forme physique des candidats. Dorénavant, « les hommes plus enveloppés » seront acceptés, a indiqué le ministère de la Défense.

Le régime réduit aussi les critères de vision pour s’assurer d’obtenir un maximum de candidats en provenance des collèges et universités. Selon des données du gouvernement, 70 % d’entre eux souffriraient de myopie dans le pays.

L’armée populaire de libération de Chine est la plus importante sur la planète avec 2,3 millions de soldats. « Recruter des militaires de plus grande qualité est extrêmement important », a rapporté le China Daily, un quotidien contrôlé par le régime.

En plus de la taille et du poids, le ministère de la Défense a aussi prévenu que certains problèmes de santé mentale, comme la dépression ou la schizophrénie, ne seraient plus une barrière à une carrière dans l’armée. Pas plus que les tatouages, à condition que l’on ne voie que 2 centimètres d’encre lorsque la personne est en uniforme et que la partie du corps recouverte soit plus petite que 10 centimètres.

Un soldat détenant un diplôme universitaire empochera près de 28 000 $CA pendant ses deux ans de service, a spécifié un membre du recrutement. Il faut maintenant se demander si ce sera suffisant pour compétitionner avec toutes les entreprises de hautes technologies du pays?

Poutine peut compter sur la Chine

Lundi 3 mars 2014 à 21 h 25 | | Pour me joindre

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Alors que le président russe Vladimir Poutine s’est mis à dos la plupart des pays occidentaux en déployant ses troupes en Crimée, la Chine, deuxième puissance économique de la planète, a pour sa part décidé de mettre tout son poids du côté de la Russie et d’appuyer les manœuvres de son allié.

Lors d’un entretien téléphonique lundi, les chefs des deux diplomaties ont dit avoir constaté « leur concordance de vues sur la situation en Ukraine ». Un appui de taille dans la région, qui ne surprend cependant pas sur la scène internationale.

La Russie et la Chine font front commun sur plusieurs dossiers depuis des années. Les deux pays ont notamment bloqué des projets de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies à plusieurs reprises. Les cas les plus récents ont freiné l’offensive de la communauté internationale en Syrie qui voulait intervenir pour mettre fin aux attaques perpétrées par le président Bachar Al-Assad.

Mentalité de guerre froide

La semaine dernière, l’organe de presse officiel du Parti communiste chinois a même demandé aux pays occidentaux de mettre fin à leurs réflexes empruntés des années 1980 pour coopérer avec la Russie en Ukraine, insinuant que les pays du G7 avaient conservé une mentalité de guerre froide.

« Se débarrasser des chaînes de la mentalité guerre froide réduira les confrontations inutiles, permettant de ce fait une transition plus en douceur des relations internationales », écrivait le Quotidien du Peuple.

Il faut comprendre que la Chine veut elle aussi avoir les coudées franches dans certaines régions qui ne sont plus sous sa juridiction. Le cas le plus éloquent est celui des îles Senkaku dans la mer de Chine orientale. Pékin revendique le petit archipel qui appartient au Japon. À la fin de l’année dernière, le géant communiste a d’ailleurs créé une « zone aérienne d’identification » qui englobe les îles, ce qui a soulevé la colère du Japon.

La Chine revendique aussi des îles appartenant aux Philippines. Dans les deux cas, les États-Unis ont invité Pékin à faire preuve de prudence et dans les deux cas les revendications visent à accroître le leadership du régime dans la région, mais aussi à contrôler les richesses naturelles, tout comme en Ukraine.

En d’autres termes, en appuyant la Russie, la Chine s’adresse directement à la communauté internationale et lui dit : vous n’avez plus l’autorité d’intervenir comme lors de la guerre froide, laissez les géants (Russie-Chine) décider de ce qu’ils jugent être juste pour leur région.

À voir la carte publiée par Reporters sans Frontières (RSF), on pourrait croire que certains pays ont le cancer lorsqu’il s’agit de liberté de presse. Parmi ceux-ci, la Chine, l’endroit le plus populeux de la planète et deuxième économie du monde.

Le pays occupe cette année le 175e rang du classement, en baisse de deux positions principalement due à la censure et parce que « l’ancien Empire du Milieu […] continue d’emprisonner les voix dissidentes », écrit RSF, comme celle de Xu Zhiyong, universitaire et avocat condamné récemment à quatre ans de prison.

L’universitaire et avocat a été déclaré coupable de « rassemblement illégal visant à perturber l’ordre public » il y a trois semaines. Mais, selon son avocat, il s’agit là de « pur théâtre » de la part de l’État chinois. Son client, croit-il, est plutôt devenu la cible du gouvernement après avoir créé le « Mouvement des nouveaux citoyens ». Un groupe qui réclame plus de transparence dans le pays et la fin de la corruption chez les dirigeants du Parti communiste.

Et ironiquement, alors qu’il est question de censure dans le classement de Reporters sans frontières, les Chinois ont eu droit à un nouvel exemple de l’imposant système mis en place pour contrôler ce qui est diffusé dans le pays. Selon le China Digital Times, les autorités ont demandé ce matin aux médias locaux de supprimer tous les articles reliés au palmarès qui traite de liberté de presse et du droit à l’information. Une directive qui semble avoir été suivie à la lettre, puisque les principaux médias chinois ont été muets à ce sujet.

Ce contrôle serré de l’État ne date évidemment pas d’aujourd’hui en Chine, mais le gouvernement est plus que jamais conscient des disparités entre riches et pauvres dans le pays et, selon certains analystes, le régime craint de perdre le contrôle s’il permet la critique ou même les rassemblements. Une espèce de paranoïa qui a mené à la création d’un système de surveillance parmi les plus hermétiques de la planète, que décrie RSF.

Le Canada et les États-Unis

Le Canada, pour sa part, gagne deux positions (18e rang), alors que les États-Unis reculent. La condamnation du soldat Bradley Manning, la traque face à Edward Snowden et le scandale des relevés téléphoniques d’Associated Press saisis par le département de la Justice ont fait en sorte que notre voisin du sud a perdu 13 places. Il se situe maintenant en 46e position.

Une fois de plus c’est l’Érythrée qui arrive dernière cette année, tout juste après la Corée du Nord, le Turkménistan et la Syrie.

La liberté de presse dans le monde, telle qu'illustrée  par Reporters sans frontières.
La liberté de presse dans le monde, telle qu’illustrée par Reporters sans frontières.

 

 

La ville est loin d’être l’une des plus riches de Chine et, pourtant, elle plante ses immeubles avec aplomb le long du fleuve Yalu. Bienvenue à Dandong! Population : 740 000.

La ville de Dandong, en Chine, à la frontière avec la Corée du Nord. Photo : Lei Yang
Photo : Lei Yang

Le contraste avec la ville voisine, sur la rive orientale du fleuve, est saisissant. Le fleuve sépare la Chine de la Corée du Nord. Aussi bien dire qu’il sépare deux mondes.

Dans certains de ces grands immeubles, des restaurants offrent une vue panoramique sur l’un des pays les plus pauvres de la planète. Ici, des convives se gavent, attablés non loin d’un généreux buffet, tandis que là-bas, on meurt de faim. Abondance rime avec indécence.

D'un côté du fleuve Yalu, la Chine, et de l'autre, la Corée du Nord
D’un côté du fleuve Yalu, la Chine et ses immeubles illuminés, de l’autre, la Corée du Nord, dans le noir. Photo : Lei Yang

Une banderole rouge typiquement chinoise
Une banderole rouge typiquement chinoise. Photo : Lei Yang

Sur cette banderole, les grands caractères blancs nous annoncent la foire printanière de l’immobilier à Dandong. De l’autre côté de la rivière, pas de trace de boom. On devine la modeste silhouette de Sinuiji, ville nord-coréenne qui compte tout de même 350 000 habitants. Là-bas, les arbres sont encore les rois de l’horizon, aucun bâtiment ne dépasse leur cime.

Si la Chine bâtit avec frénésie – il n’est pas rare de compter les grues par dizaine, surtout dans les villes de province, longtemps tenues à l’écart du développement fulgurant –, en Corée du Nord, le temps semble s’être arrêté.

Ce chantier, en Corée du Nord, semble sorti tout droit d’un autre siècle.
Ce chantier, en Corée du Nord, semble sorti tout droit d’un autre siècle. Photo : Lei Yang

Le jour de notre passage, on pouvait voir les travailleurs s’avancer un par un jusqu’aux abords du fleuve. Ils y plongeaient un seau pour y recueillir l’eau glaciale, probablement pour faire du ciment. Aucune machine n’était visible. En bordure du chantier, quelques vélos attendaient patiemment la fin de la journée.

Le pont brisé est un des symboles de la ville de Dandong.

Le pont brisé est l’un des symboles de la ville de Dandong. Construit au début des années 1900, il a été bombardé par les Américains pendant la guerre de Corée. Aujourd’hui, c’est au bout de ce pont fracturé que les touristes chinois viennent payer 5 yuans pour entrevoir la vie chez leur troublante voisine. Plusieurs agences de voyages de Dandong proposent des séjours en Corée du Nord.

Pourtant, bien des Chinois n’ont aucune envie d’aller jouer les touristes dans la dernière dictature stalinienne du monde. « Les gens sont tellement pauvres, ils ont si peu à manger que si je sortais un biscuit pour le manger, ils me sauteraient dessus pour l’attraper », me disait une dame chinoise sur la promenade le long du fleuve.

Le pont de l'amitié sino-coréenne

Pourtant, des produits chinois traversent bel et bien le fleuve. Le pont de l’amitié sino-coréenne, lui aussi détruit pendant la guerre de Corée, mais reconstruit ensuite, est un des rares liens routiers et ferroviaires avec la Corée du Nord. C’est d’ailleurs à Dandong qu’on enregistre le plus d’échanges commerciaux entre les deux pays.

Halte touristique à la frontière sino-coréenne

Les contradictions ne manquent pas à la frontière sino-coréenne. À cette minihalte touristique, sur les étalages de vendeuses chinoises, on retrouve pêle-mêle des bustes de Mao, de la fausse monnaie nord-coréenne et autres bibelots made in China. La Chine a beau être dirigée par le Parti communiste, elle est devenue aujourd’hui un temple de la consommation. À mille lieux, donc, de la Corée du Nord, même si en cet endroit précis, surnommé « La traversée d’une enjambée », la rivière est si étroite qu’un seul bond suffit pour sauter par-dessus la frontière.

Deux employées nord-coréennes de l'hôtel. Elles portent le « hanbok », l'habit traditionnel coréen.
Deux employées nord-coréennes de l’hôtel. Elles portent le « hanbok », l’habit traditionnel coréen.Photo : Lei Yang

La Corée du Nord changera-t-elle un jour? Ce totalitarisme crispé en a-t-il encore pour longtemps? Nul ne le sait. Mais certains croient que la petite sœur pourrait imiter la grande et emprunter lentement la voie des réformes économiques. On apprenait cette semaine que Pyongyang allait envoyer 120 000 travailleurs en Chine. Notre hôtel à Dandong comptait déjà une centaine de travailleurs nord-coréens. Leur employeur verse 1500 yuans (environ 250 $CA) par mois au gouvernement nord-coréen, qui ne leur en redonne que 200 environ (33 $CA).

Des paysans nord-coréens se servant d’un bœuf comme bête de somme
Des paysans nord-coréens se servant d’un bœuf comme bête de somme. Photo : Lei Yang 

Des bateaux attendent les touristes qui veulent s’offrir une vue de la Corée du Nord depuis le fleuve Yalu.
Des bateaux attendent les touristes qui veulent s’offrir une vue de la Corée du Nord depuis le fleuve Yalu.

Un beau ciel bleu sans smog ni fumée en Corée du Nord
Photo : Lei Yang

Ironie du ciel : l’économie moribonde de la Corée du Nord signifie que les taux de pollution n’ont rien à voir avec ceux des grands centres industriels chinois.


Le caméraman Andrew Lee et moi. Photo : Lei Yang

Cette semaine s’ouvrait à Pékin l’Assemblée nationale populaire, qui marque la dernière étape de la longue transition politique en Chine.

C’est à l’issue de cette session du Parlement chinois que le pays aura enfin un nouveau président. Au 18e congrès du Parti communiste, en novembre dernier, Xi Jinping est devenu secrétaire général du Parti. Cette fois-ci, un vote, qui n’est essentiellement qu’une formalité, viendra entériner l’accession de Xi Jinping au pouvoir.

Wen Jiabao, le premier ministre sortant, à l'Assemblée nationale populaire de Chine
Wen Jiabao, le premier ministre sortant, à l’Assemblée nationale populaire de Chine. Photo : Kas Roussy

Une élection marquera aussi l’entrée en poste du nouveau premier ministre, Li Keqiang. Mais avant de lui céder la place, Wen Jiabao, le premier ministre sortant, a, comme le veut la tradition, prononcé son discours d’adieu.

Lors de cette allocution de près de deux heures, Wen, 70 ans, a fait état de « victoires éclatantes ». Les Jeux olympiques, la croissance économique, la montée en puissance de la Chine, notamment sur le plan militaire, avec l’entrée en service de son tout premier porte-avions…

Ce rapport, truffé de statistiques, nous permettait d’apprendre que :

  • 19 700 km de nouvelles voies ferrées, dont 8951 km de lignes à grande vitesse, ont été construites depuis cinq ans (la Chine a aujourd’hui le plus grand réseau de TGV au monde);
  •  on compte désormais 21,5 voitures pour 100 ménages urbains, une hausse de 15,5 depuis 2007 (la Chine a aussi, malheureusement, parmi les pires problèmes de pollution atmosphérique au monde).

Wen Jiabao a aussi parlé de certains défis auxquels le gouvernement sera confronté au cours des prochaines années : pollution, urbanisation, fossé entre riches et pauvres. Il a aussi discrètement rappelé aux quelque 3000 délégués l’importance de lutter contre le fléau de la corruption.

Les représentants du gouvernement chinois arrivent en bus au palais de l'Assemblée du peuple.
Photo : Kas Roussy

D’ailleurs, pour projeter une image plus sobre, loin des scandales des récents mois (une fortune potentielle évaluée à 2,7 milliards de dollars pour la famille de Wen Jiabao, 192 maisons pour un simple fonctionnaire du sud de la Chine), on a demandé aux représentants du gouvernement de laisser leur voiture de luxe à la maison et de se rendre au palais de l’Assemblée du peuple en bus.

Catherine Mercier interviewe une déléguée de la minorité zhuang lors de l'Assemblée nationale populaire de Chine.
Photo : Kas Roussy

Parmi les quelque 3000 délégués, on compte des représentants des 56 minorités de la Chine. Cette dame, de la minorité zhuang, vient du Guangxi, dans le sud du pays. Les délégués ne sont pas élus, mais plutôt choisis par le comité central du Parti communiste. Les trois quarts d’entre eux sont membres du Parti communiste.

Certains délégués sont de véritables célébrités qui provoquent la cohue au moment d’entrer dans le palais de l’Assemblée du peuple.
Photo : Kas Roussy

Certains délégués sont de véritables célébrités qui provoquent la cohue au moment d’entrer dans le palais de l’Assemblée du peuple. Au milieu de la mêlée, se trouve ici un entrepreneur du Sichuan, qui est l’un des hommes les plus riches de Chine.

Fait intéressant, les délégués, qu’ils représentent une zone rurale ou urbaine, n’ont pas le droit d’avoir un bureau avec une petite plaque les identifiant clairement (à la manière de nos députés). Des Chinois se sont certes plaints du fait qu’ils n’arrivaient pas à entrer en contact avec leur représentant, mais la règle demeure. Est-ce que cette pratique « à l’occidentale » menacerait l’autorité toute-puissante du gouvernement? Nul ne le sait. Une chose est sûre, l’opacité règne…

Avec la tenue de l'Assemblée nationale populaire, la place Tiananmen est fermée aux visiteurs et les mesures de sécurité sont renforcées.
Avec la tenue de l’Assemblée nationale populaire, la place Tiananmen est fermée aux visiteurs et les mesures de sécurité sont renforcées.Photo : Kas Roussy

 

Un « wujing », policier armé
Un « wujing », policier armé. Photo : Kas Roussy

 

Avec la tenue de l'Assemblée nationale populaire, les pompiers sont aussi sur un pied d’alerte.
Avec la tenue de l’Assemblée nationale populaire, les pompiers sont aussi sur un pied d’alerte. Photo : Kas Roussy

Rebaptisés ironiquement la « brigade anti-immolation » par la presse étrangère, ces pompiers sont en poste au beau milieu d’une immense place pavée et bétonnée, où les risques d’incendie sont pour le moins faibles. En fait, ils sont là pour assurer qu’aucune manifestation ne vienne troubler l’Assemblée. Depuis 2009, plus de 100 Tibétains se sont immolés par le feu pour protester contre le gouvernement chinois. Aucun n’a posé ce geste au cœur de la capitale chinoise.

L’Assemblée nationale populaire prendra fin le 17 mars.

Le plafond du palais de l'Assemblée du peuple
Le plafond du palais de l’Assemblée du peuple. Photo : Kas Roussy

Chine : la fin des goulags?

Jeudi 31 janvier 2013 à 10 h 13 | | Pour me joindre

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C’était pendant les vacances, un de ces jours qui s’étirent doucement entre Noël et le jour de l’An. Je lisais distraitement les nouvelles, butinant d’un site web à l’autre, quand je suis tombée sur cet article.

Une femme de l’Oregon avait trouvé une lettre dans une boîte de décorations d’Halloween.

Un peu comme un message dans une bouteille à la mer…

La feuille était pliée en quatre, insérée entre deux pierres tombales en styromousse. Le tout était emballé dans une pellicule plastique.

L’auteur de cette missive, écrite à la main en anglais approximatif, affirmait que les décorations avaient été fabriquées dans un camp de travail à Shenyang, dans le nord-est de la Chine.

L’histoire m’a tout de suite intriguée, d’autant plus que moins de deux mois auparavant, mon collègue de Libération, Philippe Grangereau, avait écrit un excellent papier sur la « rééducation par le travail » à Chongqing.  L’homme qu’il a interviewé affirmait, lui, fabriquer des guirlandes de Noël.

Un coup de plus pour le « Made in China » déjà souvent mal-aimé.

Puis, le 7 janvier, une étonnante lueur d’espoir en provenance de la Chine. Meng Jianzhu, secrétaire de la commission politique et juridique du Parti communiste chinois, était cité dans la presse. Il affirmait que le système de « rééducation par le travail », ou laojiao comme on l’appelle en chinois, ne serait plus utilisé d’ici la fin de 2013.

Triste héritage de l’Union soviétique, ce système comprendrait, selon le gouvernement chinois, un réseau de 350 camps abritant 160 000 prisonniers.

Certains groupes de défense des droits de la personne soupçonnent que le nombre de prisonniers s’élèverait plutôt à 2 millions.

Se trouvent dans ces camps les criminels coupables de délits mineurs, dont le système judiciaire débordé n’a pas le temps de s’occuper. Mais aussi, les pétitionnaires, ces gens qui réclament sans arrêt une audience auprès des autorités pour des injustices dont ils se disent victimes. Les membres de Falun Gong viennent aussi peupler ces camps, tout comme les dissidents de toutes sortes, défenseurs des droits de la personne. Bref, tous ceux qui gueulent un peu trop fort, sur Internet ou ailleurs.

Le 7 janvier, on nous apprend donc que les jours du laojiao pourraient être comptés. Mais la joie provoquée par cette nouvelle n’a été que de courte durée.

Les articles qui rapportaient l’information ont rapidement été effacés, remplacés par une version édulcorée, dans laquelle on pouvait lire que Meng Jianzhu avait plutôt déclaré que le gouvernement allait « mettre de l’avant une réforme » du système de rééducation par le travail.

La même soupe froide, tièdement réchauffée, que le gouvernement sert au public depuis 10 ans.

Wang Yi et son mari, Hua Chunhui
Wang Yi et son mari, Hua Chunhui

Depuis la ville de Nanjing où ils habitent, Wang Yi et son mari, Hua Chunhui, surveillaient les développements de près. Et cette volte-face ne les a pas rassurés.

Tous les deux ont été emprisonnés séparément dans des camps de travail pour des propos qu’ils avaient tenus sur Twitter. Elle a été enfermée pendant un an; lui, pendant un an et demi.

Pendant leur détention, ils n’avaient pratiquement aucun contact avec le monde extérieur. Et depuis leur sortie du camp, Wang et Hua ne sont pas complètement libres. Leur téléphone est sur écoute, leurs échanges par courriel font l’objet de surveillance, tout comme leurs déplacements.

Lors de l’entrevue qu’ils nous ont accordée, loin de leur domicile, dans un lieu neutre où nous ne risquions pas d’être repérés, Hua Chunhui nous a dit :

« Le système de rééducation par le travail viole la Constitution et les lois chinoises. » (À noter qu’en Chine, techniquement, on ne peut pas emprisonner quelqu’un arbitrairement, sans procès.) Le problème, c’est que s’ils abolissent ce système, qu’est-ce qui viendra après? Vont-ils simplement le remplacer par un autre?

Cette question est légitime. Les défenseurs du système soutiennent que le laojiao est nécessaire pour maintenir la stabilité sociale. Du point de vue des autorités, il n’y a rien de plus pratique. Quelqu’un dérange un peu, pourquoi s’empêtrer dans des procédures judiciaires sans fin?  Allez hop! On l’embarque, fin de l’histoire.

Et quand vous ajoutez à cela l’aspect économique : forcément un réseau de gens profite du fait que cette main-d’oeuvre captive travaille sans obtenir de salaire. On se rend compte que le gouvernement serait fou de se passer du laojiao.

D’ailleurs, le célèbre avocat Teng Biao résumait bien la situation sur son blogue, cité par le Courrier international :

« Comme je le disais le 11 décembre, on peut prévoir que le laojiao sera aboli dans les deux ans, et que Xi (Jinping) et Li (Keqiang) en seront félicités. Mais les prisons clandestines, les mises en résidence surveillée, les éloignements forcés, les placements en hôpital psychiatrique, en centre de transit, les disparitions, les classes d’études… tout cela augmentera. »

Pékin : à vos masques!

Dimanche 13 janvier 2013 à 15 h 48 | | Pour me joindre

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Côté pollution à Pékin, on croyait en avoir vu d’autres. Mais ces jours-ci, la ville se surpasse.

Vendredi, nous avions déjà droit depuis deux jours à un indice de qualité de l’air jugé « Hazardous », selon le fil Twitter @beijingair de l’ambassade américaine (depuis l’année dernière, les autorités chinoises, cédant à la pression populaire, publient des données très similaires sur les sites de microblogues chinois).

Image de Pékin lorsque l'indice de pollution est très élevé (11 janvier 2013)
Vendredi 11 janvier 2013. On n’ose pas trop se hasarder à mettre le nez dehors…

Mais samedi, l’absence de vent et la basse pression atmosphérique n’ont fait qu’empirer les choses. Si bien que de « Hazardous », nous sommes passés à « Beyond Index » (autrement dit, cela dépasse les limites prévues par les scientifiques).

Sur cette photo, l’immense tour du China World Trade Center disparaît complètement dans le smog…

Le China World Trade Center, à Pékin, lors d'une journée de smog

Par beau temps, la vue a plutôt l’air de cela…

Le China World Trade Center, à Pékin, par temps clair

La pollution atmosphérique se mesure par la concentration de particules de 2,5 microns de diamètre par mètre cube.

Si l’on se base sur les standards américains (qui sont ceux de l’ambassade ici), lorsque l’on enregistre 50 microgrammes ou moins de ces petites particules par mètre cube, la qualité de l’air est jugée bonne.

De 301 à 500, elle devient « Hazardous ». Lorsque l’indice dépasse 500, on rejoint le « Beyond Index », l’échelle n’ayant été prévue pour ne mesurer que de 0 à 500.

Ce n’est pas la première fois que Pékin a l’air d’une ville où sévirait un immense feu de forêt. La différence ces jours-ci, ce sont les sommets atteints. Samedi à 20 h, au plus fort du smog, une pointe a été enregistrée à plus de 800, du jamais vu. Des médias chinois indiquaient que la situation dans la province voisine du Hebei était encore pire qu’à Pékin.

Les autorités ont bien sûr demandé aux gens de demeurer à l’intérieur. S’ils doivent sortir, le port du masque est fortement recommandé. On invite également la population à opter pour le transport en commun, dans l’espoir de limiter la pollution.

Dimanche, l’indice était retombé à « Hazardous ». Après le smog de la veille, certains internautes à l’humour grinçant indiquaient qu’ils avaient envie d’ouvrir les fenêtres pour respirer l’air (relativement) pur.

Tandis que certains Pékinois en ont carrément profité pour se faire couper les cheveux en plein air.

Des Pékinois se faisant couper les cheveux en plein air.

Décidément, cette ville nous étonnera toujours.