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Lorsque l’ex-gouverneur de la Floride, fils du 41e président des États-Unis et frère du 43e, annonce « qu’il va explorer activement la possibilité de présenter sa candidature pour l’élection présidentielle », on peut presque tenir pour acquis que Jeb Bush sera de la campagne électorale en 2016.

Jeb Bush a lancé cette phrase lors d’un discours en Caroline du Sud le 16 décembre. C’est la première fois qu’il va aussi loin sur ses intentions de briguer l’investiture républicaine. Il a longtemps refusé de se commettre. Sa conjointe, sa mère et son entourage n’ont jamais été très chauds à l’idée d’une autre candidature d’un Bush. Mais des discussions lors du congé américain de l’Action de grâces auraient permis d’établir un consensus dans la famille.

Jeb Bush est le candidat que plusieurs républicains attendaient avec impatience. Il est un conservateur modéré. Il est pour une réforme du système d’immigration américain. Il parle couramment espagnol. Très populaire auprès des hispanophones en Floride, il a obtenu 80 % du vote cubain lors de son élection comme gouverneur en 2002. Il est contre l’avortement et pour la peine de mort. Mais surtout, il appartient à une dynastie politique qui a produit deux présidents au cours des 30 dernières années, ce qui peut aider pour récolter des fonds.

Des rumeurs circulaient déjà depuis plusieurs semaines selon lesquelles Jeb Bush songeait sérieusement à se présenter comme candidat à la Maison-Blanche en 2016. Mais il a quitté le monde de la politique il y a huit ans pour une fructueuse carrière en affaires. Et avant de se lancer, il doit tout d’abord mettre à l’abri plusieurs investissements à l’étranger ou s’en défaire.

Selon le Washington Post, Jeb Bush aurait même commandé une analyse pour connaître son niveau de vulnérabilité face à d’éventuels adversaires.

Jeb Bush se classe deuxième derrière l’étonnant Mitt Romney, qui a pourtant perdu contre Barack Obama en 2008, selon le dernier sondage. Les autres candidats républicains non annoncés sont Chris Christie, Rand Paul, Paul Ryan et Mike Huckabee. Mais aucun de ces éventuels candidats ne devance la démocrate Hillary Clinton, qui n’a toujours pas déclaré, elle non plus, son intention de se présenter à la présidence des États-Unis en 2016.

Et Clinton?

Hillary Clinton reste pour l’instant sur les lignes de côté et réfléchit sérieusement à son avenir. Veut-elle vraiment devenir la première femme présidente des États-Unis? Un poste qu’elle occuperait à l’âge de 69 ans. Elle a souffert d’une thrombose en 2013, après une commotion cérébrale causée par une chute. Est-elle suffisamment rétablie pour remplir une des fonctions les plus exigeantes du monde?

De plus, elle est grand-mère depuis peu. Voudra-t-elle être plus présente auprès de sa petite fille qu’à la Maison-Blanche pour régler des crises? Sans compter la montée de la sénatrice démocrate du Massachusetts, Elizabeth Warren, qui récolte des appuis inattendus.

Beaucoup de questions sont encore sans réponse. Chose certaine, Hillary Clinton fait aussi partie d’une dynastie politique. Son mari, Bill Clinton, a été président durant deux mandats, de 1992 à 2000, moment où elle a été première dame du pays. Elle est devenue ensuite sénatrice de l’État de New York, et puis candidate à l’investiture démocrate contre Barack Obama en 2008. Et enfin, elle a été nommée au prestigieux poste de secrétaire d’État par le nouveau président en 2009.

Mme Clinton est très connue. Elle possède un réseau de contacts influent et efficace. Déjà, des milliers de personnes travaillent à amasser des fonds pour sa campagne. Elle a aussi un mari qui est un redoutable stratège politique. Mais les Clinton ne sont plus la saveur du mois. Lors d’une conférence, en octobre, à l’Université Georgetown à Washington, la salle était à moitié vide et les étudiants venus entendre l’ex-secrétaire d’État, pas très enthousiastes.

L’idée d’une course pour la présidence entre Jeb Bush et Hillary Clinton, en 2016, en fait saliver plus d’un parmi les journalistes et les commentateurs politiques. D’autres croient que revoir un autre Bush ou une autre Clinton à la Maison-Blanche ne serait pas un service à rendre au pays. Pour l’instant, aucun de ces candidats n’a décidé de se lancer officiellement. Un suspense qui devrait prendre fin entre le début et le printemps de l’année 2015.

Les Américains et la torture

mardi 9 décembre 2014 à 17 h 45 | | Pour me joindre

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Le gouvernement américain a longtemps dénoncé la torture utilisée par des régimes autoritaires en Afrique, en Amérique latine et dans l’ex-Union soviétique. Aujourd’hui, la Maison-Blanche ne peut plus prétendre faire la leçon aux pays qui ne respectent pas les droits de la personne.

Les États-Unis sont officiellement entrés dans le triste club des pays qui ont torturé des individus pour obtenir des aveux. C’est écrit noir sur blanc dans le rapport du comité sénatorial sur le renseignement rendu public le 9 décembre. La convention de Genève, signée par les Américains en 1949, interdit les abus physiques et psychologiques pour obtenir des aveux.

Les États-Unis ne pourront plus jamais brandir cette convention internationale, presque sacrée, pour dénoncer les mauvais traitements infligés aux prisonniers. Ils ont perdu une partie de leur autorité morale en matière de droit de l’homme.

Des faits indéniables

Le rapport du Sénat sur les sites secrets et les méthodes de torture de la CIA implantées après les attentats du 11 septembre 2001 est accablant. Les cas de privation de sommeil, de confinement dans des espaces restreints, et de suffocation par l’eau autorisés par l’administration Bush étaient connus.

Mais le doute persistait dans le public sur la mise en application par les services secrets de ces techniques. Avec le dévoilement du rapport du Sénat, plus personne ne peut nier que les États-Unis d’Amérique ont utilisé la torture.

Parmi les 119 présumés terroristes détenus dans des sites secrets en Syrie et en Afghanistan, 26 n’auraient jamais dû être emprisonnés. Les autres ont été détenus dans des boîtes grandes comme des cercueils. Certains ont été attachés au plafond avec des chaînes durant des heures pendant que les agents de la CIA les frappaient. Un des prisonniers est même mort d’hypothermie.

Le Sénat a consulté 6,3 millions de pages d’information pour composer son rapport de 6000 pages, lui-même résumé en 500 pages. Un rapport dans lequel on apprend que l’ex-secrétaire d’État Colin Powell et l’ancien secrétaire à la défense Donald Rumsfeld n’auraient pas été tenus informés sur les détails du programme d’interrogatoires musclés de la CIA. On craignait surtout la réaction négative de M. Powell.

Le président Bush n’a été informé de la violence des interrogatoires qu’en 2006, soit quatre ans après le début du programme. Mais que savait le président et que lui a vraiment dit la CIA? Le rapport donne peu de détails. Dans une entrevue au réseau NBC, en 2010, l’ex-président affirme que ces techniques d’interrogatoire ont sauvé des vies, et que son travail était de protéger les Américains.

Le vice-président Joe Biden a déclaré que les États-Unis avaient fait une grave erreur et que l’administration actuelle s’était assuré que ça ne se reproduise plus.

L’actuel président Obama a interdit la torture lorsqu’il est arrivé au pouvoir en 2009, a-t-il mentionné dans un communiqué. Le chef de la Maison-Blanche a cependant oublié de dire qu’il s’est lui-même longtemps opposé à la publication du rapport du Sénat. Des raisons politiques, légales et organisationnelles ont motivé le président.

Obama ne voulait pas de ce rapport, qui risquait de raviver de vieilles querelles et de diviser davantage les Américains. Il ne souhaitait pas non plus se mettre à dos la CIA au moment où un nouveau front de la guerre au terrorisme vient de s’ouvrir contre le groupe armé État islamique.

Enfin, la reconnaissance de la torture dans le rapport du Sénat remettait toute la question de l’imputabilité sur la place publique. Le président Obama se retrouvait aussi devant le choix de traduire ou non en justice ceux qui n’ont pas respecté les lois en torturant. Un dilemme moral et juridique qu’Obama avait déjà tranché, en avril 2009, en décidant de ne pas poursuivre les agents de la CIA qui ont exécuté les ordres de l’administration Bush.

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