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Le pire et le mieux

Mercredi 28 novembre 2012 à 11 h 07 | | Pour me joindre

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Nous avons visité l’hôpital Dar al-Chifa, à Alep, à quelques reprises. Chaque fois, nous y avons trouvé un personnel bénévole surmené, tentant de venir en aide au flot incessant de patients, presque tous des victimes de la guerre. Des combattants, bien sûr, mais beaucoup de civils. L’hôpital a été bombardé plusieurs fois.

On soignait à la torche électrique à l'hôpital Dar al-Chifa.
On soignait à la torche électrique à l’hôpital Dar al-Chifa.

Chaque fois que nous y sommes allés, nous avons aussi croisé un extrémiste, un salafiste étranger, en colère contre nous, contre tout. La dernière fois que nous y sommes allés, il nous a chassés avant même que nous puissions franchir le seuil de l’hôpital. Sans le vouloir, il nous a peut-être sauvé la vie. Moins d’une heure après notre passage, l’hôpital a été bombardé par l’armée de Bachar Al-Assad, une fois de plus. Plus de quarante personnes ont perdu la vie dans l’effondrement d’une aile de l’édifice, des dizaines d’autres ont été blessées.

L'entrée de l'hôpital entourée des débris après le dernier bombardement
L’entrée de l’hôpital entourée des débris après le dernier bombardement.

La rue est complètement bloquée par les débris.
La rue est complètement bloquée par les débris.

Nous devions passer cette nuit-là dans un petit appartement d’un quartier modeste de la ville. Un vieil homme avenant au dos courbé et au sourire édenté avait accepté de nous le louer. Mais à notre arrivée le soir venu, il nous annonce avec regret qu’il a changé d’avis. Les gens du quartier, nous explique-t-il, ne veulent pas de journalistes étrangers près de chez eux. Ils craignent que notre présence attire les avions de guerre du régime. Encore une fois, nous sommes des pestiférés.

On peut difficilement en vouloir aux Aleppins. Toutes les précautions sont bonnes pour éviter les bombardements de l’armée, qui font souvent croire à un jeu de hasard cruel. Les tirs de mortiers et les barils de TNT qui pleuvent sur les zones résidentielles encore habitées semblent souvent ne pas avoir de cibles précises. Impossible pour la population de savoir où peuvent tomber les prochaines victimes.

Les gens d’Alep continuent donc de vivre dans un semblant de normalité. Les enfants jouent dans les étroites rues anciennes du vieux Alep, les hommes fument le narghilé sur les trottoirs. Si ce n’était des sons de tirs de mitraillettes sporadiques et des explosions de mortiers, l’illusion serait parfaite.

Un homme dans le vieux Alep
Un homme dans le vieux Alep

Il fait noir depuis déjà longtemps quand, toujours sans endroit où passer la nuit, notre équipe va trouver refuge dans une école occupée par une katiba, une milice de l’Armée syrienne libre, avec laquelle nous avions passé du temps la veille pour couvrir leurs activités.

L’hospitalité en terre arabe est inscrite dans les gènes. Les quelques miliciens qui ne sont pas au front s’empressent de mettre la table, nous servent à manger et à boire. On envoie chercher un des hommes au front pour qu’il nous trouve un abri pour la nuit. Mais quelques thés chauds et sucrés plus tard, il est à nouveau temps de partir. Finalement, nous dit-on, passer la nuit à Alep est trop dangereux. Dangereux pour nous, pour les autres?

Nous reprenons donc la route dans l’obscurité totale pour Azaz, une petite ville collée sur la frontière entre la Syrie et la Turquie où nous avions jusqu’ici logé. Il est plus de 21 h 30 quand nous faisons une pause à Souran, un village qui longe une petite route de campagne sinueuse, la seule qui soit relativement sécuritaire entre Alep et la frontière. De nouveau, la générosité, l’hospitalité. Ahmed, un petit commerçant de la place, nous offre un thé à la cannelle. Il insiste pour que nous restions manger et dormir. Avec beaucoup d’efforts, nous arrivons à le convaincre qu’il nous faut poursuivre la route. Il se rend à nos arguments, mais pas sans nous forcer à accepter tout plein de sucreries et de la cannelle pour faire le thé. Luc Chartrand ne réussira pas à payer pour le paquet de mouchoirs qu’il voulait acheter.

Il nous a souvent fallu faire le plein pour parcourir toutes les petites routes de campagne sous le contrôle de l'Armée syrienne libre.
Il nous a souvent fallu faire le plein pour parcourir toutes les petites routes de campagne sous le contrôle de l’Armée syrienne libre.

Les six derniers kilomètres qui nous séparent d’Azaz se déroulent dans le silence. En vingt-quatre heures nous avons vu la nature humaine dans ce qu’elle a de pire et de mieux. Dans le chaos et la violence meurtrière de la guerre, l’homme est encore capable de résilience, de courage et de grande générosité. Ça nous réconcilie avec l’humanité.

Un tank abandonné pour les forces de Bachar Al-Assad à Azaz
Un tank abandonné pour les forces de Bachar Al-Assad à Azaz.

La population est très fatiguée. Énormément de personnes ont dû quitter leur maison en raison des bombardements. L’économie d’Alep n’existe plus, les gens sont au chômage, les prix se sont envolés. Il y a d’énormes queues devant les boulangeries de la ville. La vie est un enfer :

Bombardements en Syrie

Lundi 26 novembre 2012 à 12 h 35 | | Pour me joindre

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Ce matin, l’armée syrienne a bombardé le quartier général des rebelles, tout près de la frontière turque.