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Dur, dur d’être Mitt Romney

vendredi 10 février 2012 à 15 h 39 | | Pour me joindre

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MCAuger

WASHINGTON – C’est une biographie de campagne comme il s’en publie chaque année. Mais The Real Romney , des journalistes Michael Kranish et Scott Helman, est bien plus que ça. Ce pourrait être un traité sur la difficulté qu’ont les gens d’affaires à réussir en politique.

On l’a vu au Minnesota, au Colorado et au Missouri, Mitt Romney reste plus que jamais le favori mal-aimé de la course à l’investiture républicaine. Et chaque fois qu’il semble sur le point de conclure la vente, de convaincre les éléments les plus conservateurs qu’il est l’un des leurs, les électeurs républicains lui rappellent qu’ils ont encore des doutes.

Après avoir lu le livre de Kranish et de Helman, on comprend mieux pourquoi.

Dans le monde des affaires, la première question que l’on pose, c’est : est-ce que ça va marcher? De plus en plus, en politique américaine, on se demande : est-ce une idée de droite ou de gauche?

En affaires, on doit défendre un bilan et des résultats. En politique, on défend une idéologie et des valeurs. Dans le monde des affaires, changer d’idée, c’est une preuve de sa capacité d’adaptation, un gage de succès. En politique, c’est un signe d’opportunisme, c’est la preuve qu’on est une girouette.

Mitt Romney était un redresseur d’entreprises en difficultés. Cela implique de changer les pratiques de ces entreprises pas d’en adopter les valeurs. Mais c’était, en fait, une bien mauvaise préparation pour la politique.

Quand il s’est lancé en politique, autant quand il a été battu au Sénat par Ted Kennedy, en 1994, que lorsqu’il s’est fait élire gouverneur du Massachusetts en 2002, Romney a agi en homme d’affaires qui voulait obtenir un résultat : gagner l’élection.

Cela demandait d’adopter des positions qui ne heurteraient pas trop cet État très démocrate qu’est le Massachusetts, par exemple d’être pro-choix en matière d’avortement et pour le contrôle des armes à feu. Mais dans le Parti républicain d’aujourd’hui, ce sont des idées qu’il est pratiquement impossible de défendre.

L’approche d’un homme d’affaires qui veut des résultats explique aussi ce qu’on lui reproche le plus dans le Parti républicain : une réforme de l’assurance maladie vers la fin de son mandat de gouverneur et qui ressemble un peu trop à celle du président Obama.

C’était la réforme d’un politicien qui voulait d’abord obtenir des résultats et ne se souciait guère de l’idéologie. Il a fait les compromis idéologiques nécessaires pour s’assurer qu’elle soit acceptable, autant pour les compagnies d’assurances que pour les législateurs démocrates.

Au cœur de cette réforme, il y a la notion de mandat individuel : l’obligation pour chaque citoyen de s’assurer. C’est cette obligation, d’abord suggérée par un « think tank » de droite, qui est au cœur des objections du Parti républicain à la réforme de la santé du président Obama. C’est essentiellement sur la base de cette obligation, jugée contraire à la Constitution, que certains États contestent la réforme en Cour suprême.

Kranish et Helman montrent très bien combien la réforme de la santé de Barack Obama est presque un calque de celle de Mitt Romney. Pourtant, Mitt Romney dit aujourd’hui qu’il ne regrette pas sa réforme au Massachusetts, mais qu’il abolirait celle du président Obama.

On avait déjà dit de l’ex-président français François Mitterrand qu’il « n’est pas socialiste, mais il a appris à le parler ». C’est un peu ce que les conservateurs reprochent à Mitt Romney : il parle comme un conservateur, mais on croit qu’au fond, il fera tous les compromis pour obtenir les résultats qu’il souhaite.