Billets classés sous « avortement »

Les groupes qui n’aiment pas le droit à l’avortement ont adopté une stratégie bien particulière pour faire avancer leur cause. Ils sont étapistes, patients. Petit à petit, ils dressent un barrage de plus en plus imposant entre une femme et une clinique d’avortement. L’Ohio est peut-être l’endroit où cette tactique est la plus avancée.

Prenez le projet de loi 351, à l’étude devant la législature à Columbus. Le texte propose d’interdire à tous les assureurs (y compris l’État, qui offre une couverture médicale aux démunis) de rembourser les frais pour un avortement. La femme a été violée? L’existence du foetus menace sa vie? Peu importe : la femme devrait sortir son portefeuille. Aux États-Unis, un avortement lors du premier trimestre coûterait de 300 $ à 1000 $. Le projet de loi interdirait aussi de rembourser l’achat d’un stérilet. Pourquoi? « Ça provoque aussi un avortement », explique John Becker, l’élu qui parraine le projet de loi. « C’est mon avis personnel. Je ne suis pas un docteur en médecine », dit-il.

Ces commentaires enflamment les militants pro-choix, qui tentent d’empêcher l’adoption de cette loi. Ces groupes ont cependant été incapables de bloquer d’autres mesures pour restreindre l’accès à l’avortement. En Ohio, comme dans des dizaines d’autres États, de nombreux règlements rendent plus compliquée la gestion d’une clinique d’avortement. Au nom de la sécurité des patientes, les États obligent les cliniques à atteindre des standards qui ressemblent à ceux des hôpitaux. Cela exige souvent de coûteuses rénovations, qui sont parfois même impossibles physiquement à réaliser. Ces obligations forcent les cliniques à fermer leurs portes. C’est arrivé récemment au Texas. Dans le sud de cet État, il faut faire des centaines de kilomètres pour trouver une clinique d’avortement encore ouverte.

Ces nouvelles règles ont même un nom : TRAP laws. Des règlements précis pour les fournisseurs d’avortements. Des règles que la National Abortion Federation, un groupe pro-choix,  juge inutiles, restrictives et motivées par des raisons politiques. En Ohio, ces mesures sont déjà en place. Les cliniques d’avortement y sont tenues d’offrir à la femme la possibilité d’entendre le cœur du foetus et de le voir par échographie. Une femme qui décide de se faire avorter doit attendre 24 heures avant de subir l’opération. « C’est déjà une décision difficile à prendre, explique une femme de l’Ohio. De la rendre encore plus difficile en passant ces lois, et en poussant les femmes à se sentir coupable, c’est terrible », commente-t-elle.

En fait, la stratégie des militants contre l’avortement n’est pas neuve. Elle semble efficace, à en juger par le nombre d’avortements qui diminue en Ohio. Les partisans de ce genre de tactiques légales entendent poursuivre leur chemin. « L’avortement est légal, lance le président de l’Ohio Right to Life, Mike Gonidakis. Ça prend une approche légale pour sauver le plus de bébés possible. Nous allons continuer cette approche des petits pas et changer l’opinion des gens », indique-t-il.

L’amendement Akin

mercredi 22 août 2012 à 17 h 20 | | Pour me joindre

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manonglobensky

La question de l’avortement revient à l’avant-scène pour les républicains, bien malgré eux.

Todd Akin, élu du Missouri à la Chambre des représentants qui se présente à un poste de sénateur en novembre, connaît son 15 minutes de « gloire ». Ses propos voulant que le corps de la femme ait les moyens d’empêcher la grossesse si elle résulte d’un viol véritable lui ont attiré une condamnation unanime de la classe politique, y compris de la part des plus hautes instances de son parti, le Parti républicain. Mitt Romney ne pouvait pas aller assez vite pour prendre ses distances de M. Akin.

Malgré les pressions, le candidat a décidé de rester dans la course, ce qui pourrait permettre à la démocrate Claire McCaskill de s’accrocher à son siège. Vraisemblablement, sans cette victoire au Missouri, les républicains ne reprendront pas la majorité au Sénat. Todd Akin, lui, croit encore qu’il peut gagner.

En présentant ses excuses, il a expliqué qu’il s’est trompé de mots. Il admet qu’il est possible qu’une femme tombe enceinte après avoir été violée. Mais dans tous les cas, Todd Akin s’oppose à une interruption de cette grossesse. La punition doit être contre le violeur, dit-il, pas contre l’enfant à naître.

Il n’est pas le seul de son parti à penser ça : le candidat pressenti à la vice-présidence, Paul Ryan, un catholique pratiquant, pense la même chose. Et le Parti républicain vient de se prononcer, dans les délibérations sur son programme électoral qui précèdent la convention de la semaine prochaine, en faveur d’un amendement constitutionnel qui interdit l’avortement sans exception. On appelle ça
« l’amendement pour la vie humaine », mais les démocrates se sont empressés de le surnommer
« l’amendement Akin ».

Cette position du Parti républicain n’est pas nouvelle. En fait, le comité n’a fait que renouveler l’inscription de l’amendement pour la vie humaine dans le programme du parti. Mais, en campagne, la position de Mitt Romney, et de son colistier donc, sera plus nuancée : l’avortement peut être permis dans les cas de viol, d’inceste, et quand la vie de la mère est en danger.

Par ailleurs, l’opinion de Todd Akin que les femmes violées tombent rarement enceintes lui vient des écrits d’un médecin antiavortement, John Willke, qui affirme que le traumatisme résultant du viol est suffisant pour empêcher, la plupart du temps, la grossesse. Le Dr Willke faisait partie de l’équipe rapprochée de Mitt Romney lors de sa première campagne d’investiture, en 2008.

Todd Akin dit qu’il aurait dû parler de viols forcés au lieu de vrais viols. Mais même cette notion de viols forcés est contestée. Elle a en fait été introduite dans un projet de loi républicain qui visait à définir le viol de façon plus serrée pour restreindre les remboursements d’avortements par l’assurance fédérale. Devant les protestations, le mot forcé est disparu du projet de loi parrainé tant par Todd Akin que par Paul Ryan.

« Un viol est un viol », a dit le président Barack Obama en réagissant à la controverse Akin, et ce n’est surtout pas à un groupe de politiciens, en majorité des hommes, a-t-il dit, de se mettre à prendre des décisions de santé au nom des femmes.

La controverse Akin n’est pas terminée. Il a jusqu’au 25 septembre pour se retirer de la course, mais il encourra des pénalités.

Les démocrates n’ont pas encore donné la pleine mesure de la façon dont ils comptent exploiter la gaffe aux dépens des républicains, qui ont des difficultés avec l’électorat féminin. Dans le plus récent sondage NBC-News/WSJ, les femmes appuient Barack Obama à 51 %, contre 41 % pour Mitt Romney.

Chine, pays de contrastes

mardi 19 juin 2012 à 11 h 00 | | Pour me joindre

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J’ai toujours trouvé un peu cliché les descriptions dans les livres de voyage qui parlent d’un lieu comme d’un « pays de contrastes ». Après tout, chaque pays a bien quelques contrastes à offrir… Le Canada a ses Prairies et ses Rocheuses, sa dualité français-anglais…

Malheureusement pour moi, « pays de contrastes », est probablement l’une des meilleures formules pour décrire la réalité chinoise. Dans ce pays où les routes sont construites si rapidement qu’on ne les trouve pas toujours avec le GPS (nous nous sommes retrouvés l’autre jour sur une autoroute flambant neuve, en pleine campagne, et le pauvre curseur du GPS pointait dans le néant numérique), où les paysans se baladent en charrette tirée par un âne le long de ces mêmes autoroutes ultra-modernes, où les vieilles dames font leur taï-chi matinal au parc tandis que derrière elle, pousse un autre gratte-ciel qui viendra peupler la forêt urbaine… Bref, dans ce pays, les contrastes sont partout.

La formidable envolée de Liu Yang, la première femme astronaute chinoise, en est un bel exemple.

Liu Yang, la veille de son baptême de l’espace

La femme de 33 ans, qui est présentement à bord du vaisseau Shenzhou 9, est devenue instantanément l’héroïne de tout un peuple.

Sa présence aux côtés de deux astronautes masculins envoie un message clair : en Chine, hommes et femmes sont égaux. D’ailleurs, lors de la conférence de presse la veille du lancement de la navette, Liu, une pilote de chasse dans l’armée de l’air chinoise, a résumé ainsi l’esprit qui régnait à l’entraînement.

« Dès le premier jour, on m’a dit que je n’étais pas différente des astronautes masculins. »

Pour elle, représenter les femmes de Chine est un honneur.

Et presque au même moment, le traitement réservé à une autre femme montrait que des années-lumière pouvaient séparer le destin de deux Chinoises.

Le 2 juin, dans la province du Shaanxi, Feng Jianmei, 23 ans, a subi un avortement forcé. Elle était enceinte de sept mois. Les autorités réclamaient plus de 6000 $ à Feng et son mari, car le couple avait déjà une petite fille. Une naissance supplémentaire aurait été contraire à la politique de l’enfant unique.

Une photo de la jeune femme sur son lit d’hôpital, son bébé sanguinolent à ses côtés a suscité de vives réactions en Chine.

Sur le Twitter chinois, les deux événements n’ont pas tardé à retenir l’attention des internautes.

Un texte de microblogue @假装在纽约 soulignait à gros traits les contradictions de la société chinoise.

« Nous pouvons envoyer une femme astronaute dans l’espace, et à la campagne, on peut forcer une femme enceinte de sept mois à avorter. Ce contraste frappant […] illustre l’état tordu de notre pays. La gloire et les rêves illuminent le désespoir et la honte. D’un côté, une technologie de pointe, de l’autre, un peuple bafoué. Les fusées s’envolent dans le ciel, alors que la morale plonge vers des profondeurs insoupçonnées. La nation se lève, tandis que le peuple soumis s’agenouille. Voilà comment la plus belle époque côtoie la pire époque. »

Comme le rapporte le site Tealeafnation, ce message a été « harmonisé », c’est-à-dire effacé de la blogosphère par les censeurs. Mais il avait déjà fait l’objet de plus de 70 000 commentaires, comme quoi il y a parfois un certain espace de discussion.

D’ailleurs, petite lueur d’espoir, le tollé suscité par cette histoire a poussé les autorités à présenter leurs excuses à Feng Jianmei et à sa famille. Trois personnes responsables de la planification des naissances ont été relevées de leurs fonctions.

Les contrastes, même en blanc sur noir, prennent parfois quelques teintes de gris…

 Quelques statistiques sur les femmes en Chine :

  • Elles représentent 46 % de la population active (2010).
  • À l’université, les étudiantes sont un tout petit peu plus nombreuses que leurs camarades masculins : 50,86 % (2010).
  • La politique de l’enfant unique aura beaucoup favorisé les bébés garçons. Aujourd’hui, 35 millions de filles et de femmes manqueraient à l’appel en Chine.
  • Selon le recensement de 2010, pour chaque 100 bébés filles, naissaient en Chine 118 garçons.