Billets classés sous « Alep »

La colère des gens d’Alep

Jeudi 29 novembre 2012 à 18 h 13 | | Pour me joindre

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Dans tout Alep en guerre, ce qu’il manque, c’est l’argent. « Il n’y a plus de travail et les prix n’arrêtent pas de s’envoler, disent des hommes avides de paroles. Ajoutez les bombes et les tireurs embusqués, voilà notre vie. Qu’Allah fasse triompher la justice! Le mazout est cher, le pain est cher, et puis il n’y a plus d’électricité. »

Où sont les femmes?

Jeudi 29 novembre 2012 à 11 h 58 | | Pour me joindre

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@mebedardSRC

« Où sont les femmes? » se demandait dans une chanson assurément sexiste Patrick Juvet dans les années 70. C’est le refrain improbable qui me trotte en tête depuis une semaine. À voir notre couverture de la guerre qui embrase la Syrie depuis presque deux ans, on peut en effet se poser la question : où sont les femmes?

Elles sont bien là, devant la boulangerie, à faire la queue bien à l’écart des hommes. Mais impossible de les approcher avec notre caméra sans qu’un homme généralement armé nous bloque le passage. Au marché d’un quartier populaire d’Alep, les hommes se sont bousculés pour nous crier leurs frustrations devant une vie qu’ils ne contrôlent plus et qui coûte de plus en plus cher. À la seule vue de notre groupe, les femmes elles, baissaient le regard quand elles ne rebroussaient pas carrément chemin.

Elles ne prennent pas les armes, mais dans tous les conflits, les femmes ne se battent pas moins pour autant. Ce sont elles les mères qui rassurent leurs enfants apeurés par le bruit des bombes, ce sont elles qui enterrent un mari ou un fils tombé au combat. Mais nos tentatives de recueillir leurs témoignages se sont avérées un exercice de frustration.

Les jeunes filles se laissent plus facilement approcher.

Au marché, difficile d’interroger les femmes.

Une jeune fille dans un marché d’Alep

Je n’ai pas connu Alep avant la guerre. Et avec l’omniprésence des miliciens, qui font désormais la loi, arme à la main, dans les secteurs contrôlés par l’Armée syrienne libre, difficile de juger à quel point le courant d’islamisme, dans le sillage des rebelles, explique cette pudeur farouche des femmes ici. La Syrie est un pays multiconfessionnel où cohabitent chrétiens et musulmans de toutes confessions depuis des millénaires. Ces jours-ci, on ne devine rien de cet héritage dans la cité commerciale. Pas une seule tête sans voile ne s’aventure dans la rue.

Des milices, nous en avons côtoyées plusieurs pendant cette semaine en Syrie. Leurs discours étaient immanquablement imprégnés de ferveur religieuse. Un peu à la blague, je prétendais pouvoir déterminer le degré d’intégrisme religieux d’un rebelle, selon qu’il accepte de me serrer la main ou pas. Certains n’osaient même pas me regarder. D’autres me vantaient les vertus de la charia, la loi islamique, strictement appliquée. Le port du voile obligatoire pour les femmes, bien sûr, mais aussi les dispositions punitives comme les mains coupées pour les voleurs.

Abou Muhamdine nous dit qu’il se bat d’abord pour l’islam.

Une milice se réchauffe entre les combats dans la vieille ville d’Alep.

Quand nous avons quitté M. Adam, un fonctionnaire qui nous a confié à visage couvert ses craintes pour l’avenir de son pays, il m’a spontanément embrassée sur les deux joues en pleine rue. Une marque d’affection banale chez nous, mais dans cette Syrie nouvelle qui se dessine à la pointe de mitraillettes, son élan m’a semblé être un geste de résistance. Dans cette courte embrassade, j’ai senti que M. Adam ne se demandait pas où sont les femmes, mais plutôt, où vont les hommes.

La guerre, dans toute son horreur

Mercredi 28 novembre 2012 à 23 h 31 | | Pour me joindre

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chartrlu

Je vous entraîne dans un hôpital de la ville d’Alep, rasé quelques minutes plus tard par l’aviation syrienne. L’établissement n’est plus que décombres… et un tombeau pour une quarantaine de personnes qui s’y trouvaient. Une médecine de guerre, avec très peu de moyens.

Bombarder un hôpital

Mercredi 28 novembre 2012 à 17 h 24 | | Pour me joindre

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Même les hôpitaux sont la cible des bombes. L’hôpital Dar al-Chifa a été bombardé plusieurs fois avant notre arrivée à Alep. Il a été de nouveau attaqué par l’armée de Bachar Al-Assad pendant qu’on y était. Une quarantaine de personnes ont péri, des dizaines d’autres ont été blessées :

Le pire et le mieux

Mercredi 28 novembre 2012 à 11 h 07 | | Pour me joindre

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Nous avons visité l’hôpital Dar al-Chifa, à Alep, à quelques reprises. Chaque fois, nous y avons trouvé un personnel bénévole surmené, tentant de venir en aide au flot incessant de patients, presque tous des victimes de la guerre. Des combattants, bien sûr, mais beaucoup de civils. L’hôpital a été bombardé plusieurs fois.

On soignait à la torche électrique à l'hôpital Dar al-Chifa.
On soignait à la torche électrique à l’hôpital Dar al-Chifa.

Chaque fois que nous y sommes allés, nous avons aussi croisé un extrémiste, un salafiste étranger, en colère contre nous, contre tout. La dernière fois que nous y sommes allés, il nous a chassés avant même que nous puissions franchir le seuil de l’hôpital. Sans le vouloir, il nous a peut-être sauvé la vie. Moins d’une heure après notre passage, l’hôpital a été bombardé par l’armée de Bachar Al-Assad, une fois de plus. Plus de quarante personnes ont perdu la vie dans l’effondrement d’une aile de l’édifice, des dizaines d’autres ont été blessées.

L'entrée de l'hôpital entourée des débris après le dernier bombardement
L’entrée de l’hôpital entourée des débris après le dernier bombardement.

La rue est complètement bloquée par les débris.
La rue est complètement bloquée par les débris.

Nous devions passer cette nuit-là dans un petit appartement d’un quartier modeste de la ville. Un vieil homme avenant au dos courbé et au sourire édenté avait accepté de nous le louer. Mais à notre arrivée le soir venu, il nous annonce avec regret qu’il a changé d’avis. Les gens du quartier, nous explique-t-il, ne veulent pas de journalistes étrangers près de chez eux. Ils craignent que notre présence attire les avions de guerre du régime. Encore une fois, nous sommes des pestiférés.

On peut difficilement en vouloir aux Aleppins. Toutes les précautions sont bonnes pour éviter les bombardements de l’armée, qui font souvent croire à un jeu de hasard cruel. Les tirs de mortiers et les barils de TNT qui pleuvent sur les zones résidentielles encore habitées semblent souvent ne pas avoir de cibles précises. Impossible pour la population de savoir où peuvent tomber les prochaines victimes.

Les gens d’Alep continuent donc de vivre dans un semblant de normalité. Les enfants jouent dans les étroites rues anciennes du vieux Alep, les hommes fument le narghilé sur les trottoirs. Si ce n’était des sons de tirs de mitraillettes sporadiques et des explosions de mortiers, l’illusion serait parfaite.

Un homme dans le vieux Alep
Un homme dans le vieux Alep

Il fait noir depuis déjà longtemps quand, toujours sans endroit où passer la nuit, notre équipe va trouver refuge dans une école occupée par une katiba, une milice de l’Armée syrienne libre, avec laquelle nous avions passé du temps la veille pour couvrir leurs activités.

L’hospitalité en terre arabe est inscrite dans les gènes. Les quelques miliciens qui ne sont pas au front s’empressent de mettre la table, nous servent à manger et à boire. On envoie chercher un des hommes au front pour qu’il nous trouve un abri pour la nuit. Mais quelques thés chauds et sucrés plus tard, il est à nouveau temps de partir. Finalement, nous dit-on, passer la nuit à Alep est trop dangereux. Dangereux pour nous, pour les autres?

Nous reprenons donc la route dans l’obscurité totale pour Azaz, une petite ville collée sur la frontière entre la Syrie et la Turquie où nous avions jusqu’ici logé. Il est plus de 21 h 30 quand nous faisons une pause à Souran, un village qui longe une petite route de campagne sinueuse, la seule qui soit relativement sécuritaire entre Alep et la frontière. De nouveau, la générosité, l’hospitalité. Ahmed, un petit commerçant de la place, nous offre un thé à la cannelle. Il insiste pour que nous restions manger et dormir. Avec beaucoup d’efforts, nous arrivons à le convaincre qu’il nous faut poursuivre la route. Il se rend à nos arguments, mais pas sans nous forcer à accepter tout plein de sucreries et de la cannelle pour faire le thé. Luc Chartrand ne réussira pas à payer pour le paquet de mouchoirs qu’il voulait acheter.

Il nous a souvent fallu faire le plein pour parcourir toutes les petites routes de campagne sous le contrôle de l'Armée syrienne libre.
Il nous a souvent fallu faire le plein pour parcourir toutes les petites routes de campagne sous le contrôle de l’Armée syrienne libre.

Les six derniers kilomètres qui nous séparent d’Azaz se déroulent dans le silence. En vingt-quatre heures nous avons vu la nature humaine dans ce qu’elle a de pire et de mieux. Dans le chaos et la violence meurtrière de la guerre, l’homme est encore capable de résilience, de courage et de grande générosité. Ça nous réconcilie avec l’humanité.

Un tank abandonné pour les forces de Bachar Al-Assad à Azaz
Un tank abandonné pour les forces de Bachar Al-Assad à Azaz.

Alep ravagée par la guerre

Mercredi 28 novembre 2012 à 11 h 00 | | Pour me joindre

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Beaucoup d’Aleppins sont mécontents d’être pris en otage dans cette guerre :

 

Retour de la ligne de feu

Mercredi 28 novembre 2012 à 10 h 29 | | Pour me joindre

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Le métier le plus dangereux du journalisme de guerre est celui de caméraman. Sylvain Castonguay s’est rendu aux avant-postes d’une ligne de défense des rebelles, au centre d’Alep. La ligne des forces fidèles au régime était juste de l’autre côté de la rue. Si près en fait que les combattants des deux côtés pouvaient se parler.

Sylvain est revenu vers le reste de l’équipe, qui attendait 150 m derrière. Son compte-rendu a été croqué sur le vif :

Rencontre avec des rebelles à Alep. Voici le témoignage de l’un d’eux : « Certains nous accusent d’être responsables de toute cette destruction. Je comprends leur colère. Je leur dis que je ne me bats pas seulement pour moi ou pour ma famille. Si je suis prêt à mourir, c’est pour que tous les Syriens soient libres »

La bataille d’Alep

Mardi 27 novembre 2012 à 14 h 43 | | Pour me joindre

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chartrlu

Alep, une des plus vielles villes du monde, classée patrimoine mondial par l’UNESCO, est au coeur d’une bataille sans merci pour le contrôle du nord de la Syrie :

 

 

Vivre sous les bombes

Lundi 26 novembre 2012 à 18 h 36 | | Pour me joindre

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Les Syriens de la région d’Alep, dans le nord-ouest du pays, sont épuisés et excédés. Ils vivent depuis des mois sous le siège et sous les bombes, il n’y a plus de travail ni services de l’État. Nous avons rencontré des combattants, des gens dans la rue, dans les marchés, chez eux. Ils sont à bout de souffle. J’en ai parlé à Désautels :