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Ce « peuple » si courtisé…

jeudi 1 mars 2012 à 10 h 50 | | Pour me joindre

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La France qui se lève tôt. La France qui trime dur. La France qui souffre en ces temps d’austérité, de crise, de chômage élevé et de hausse du coût de la vie.

Cette France-là fait l’objet d’une intense cour de la part des prétendants à l’Élysée.

Impossible de rater le remarquable tourbillon de candidats ces jours-ci à l’incontournable Salon de l’Agriculture, immense foire annuelle très populaire aux portes de Paris.  

Certains viennent y vanter leurs origines rurales ou provinciales; d’autres se plient, même en costume-cravate, au rituel de la traite des vaches ou de la toilette des animaux;  et tous goûtent aux  produits de la ferme, de la terre et de la vigne. Et ils font un brin de jasette avec les agriculteurs et les éleveurs.

Tout ça, bien sûr, dans une nuée de micros et de caméras.

Les médias qui croquent aussi la tournée des candidats dans les usines en crise. Les annonces de sauvetage in extremis, faites par le président candidat, disputent la manchette aux promesses de protection des emplois ou de préservation des sites menacés, faites par les uns et les autres.

Plus de 700 000 emplois industriels ont disparu en 10 ans au pays.

Des statistiques.

C’est la dure réalité pour Bernard Garrigou, Robert Nagel et Éric Haennel. Ils ont travaillé pendant des années au site alsacien de la raffinerie Petroplus, qui a fermé il y a plusieurs mois. Je les ai rencontrés à Strasbourg, dans le nord de la France. J’ai bien senti leur déception.

 

Robert Nagel, Éric Haennel et Bernard Garrigou, employés de la raffinerie du géant Pétroplus de Reichstett, en Alsace, qui a fermé ses portes il y a quelques mois. Strasbourg, février 2012

En ces temps de désillusion, la chef frontiste Marine Le Pen serait en tête des intentions de vote chez l’électorat ouvrier. En tout cas, c’est ce que dit un récent sondage. Elle est devant le socialiste François Hollande, et devant Nicolas Sarkozy, qui avait courtisé avec un certain succès les ouvriers en 2007. Cinq ans plus tard, pour en savoir plus sur l’électorat ouvrier et son état d’esprit, j’en ai parlé avec Florent Gougou, de Sciences Po à Paris.

 

Florent Gougou, spécialiste du vote ouvrier et doctorant au Centre d’études européennes de Sciences Po. Paris, février 2012

En me promenant à Strasbourg, j’ai croisé d’autres travailleurs qui ne se font plus trop d’illusions. C’est le cas de François Moes, apiculteur de père en fils. Il n’est pas du tout enclin à voter Nicolas Sarkozy, qui selon les sondages, serait le favori chez les commerçants, les artisans et les chefs d’entreprise.

 

François Moes, apiculteur de père en fils, au stand de l’entreprise familiale dans un marché de Strasbourg. Février 2012

 

Le Brésil, meneur mondial de la production et de l’exportation agricole, n’a absolument pas besoin de détruire la forêt amazonienne pour produire encore plus.

Pourtant, la forêt est – encore plus? – menacée.

Humidité au lever du soleil. Mato Grosso.

LOI FORESTIÈRE

Le Sénat brésilien a approuvé le 6 décembre 2011 la loi de réforme du Code forestier de 1965.

Dans les exploitations agricoles amazoniennes, jusqu’à 80 % de la forêt doit être protégée. Mais en comptant les forêts riveraines, elles pourront désormais réduire ce pourcentage.

Les infractions commises avant 2008 seront pardonnées si les propriétaires s’engagent à reboiser.

C’est « un jour de honte », a dit Greenpeace Brésil. Le Brésil a reçu de vives critiques à la conférence des Nations unies sur le climat, à Durban, en Afrique du Sud.

Mato Grosso. Ceci était la forêt amazonienne.

Les écologistes affirment que 79 millions d’hectares de forêts seront menacés, soit l’équivalent de l’Allemagne, de l’Autriche et de l’Italie réunies.

Le projet de loi doit repasser devant la Chambre de députés. La présidente Dilma Roussef pourrait encore y apposer son veto. Dernier recours des écologistes, qui rappelleront à la présidente ses promesses électorales.

UN GÉANT AGRICOLE

Le Brésil est premier producteur et/ou exportateur de bœuf, de poulet, de sucre, de café, de jus d’orange, et sa part du marché du soja et du maïs est en croissance.

Le plus grand presse-oranges du monde. Cie. Cutrale, Araraquara, Sao Paulo.

Le Brésil est, ou sera bientôt, la « ferme du monde ». La forêt, il n’en a pas besoin pour produire plus de bœuf ou de soja. Actuellement, seulement 7 % de son territoire est en culture, selon Yves Théry, géographe de l’Université de Sao Paulo.

« Le problème c’est que ce n’est pas un mouvement rationnel. C’est un mouvement qui est fait par des spéculateurs, souvent par des gens qui veulent surtout s’enrichir en occupant des terres publiques, en enregistrant leur nom, ce qui est parfaitement légal. La coupe de la forêt paie déjà leurs frais. Et s’ils mettent un peu de bétail, un peu d’herbe là-dessus, c’est déjà un gain, après ça ils peuvent revendre. […] Dans des régions extrêmement reculées, les autorités locales, les mairies sont souvent occupées par ces gens-là. Il y a beaucoup de corruption, de menaces, de violences, donc c’est un Far West. Des situations de Far West où la notion de loi devient un peu floue. Moi, j’ai travaillé en Rondônia. Il y a une seule loi qui s’applique, c’est l’article 30-30, qui était le calibre de la Winchester. » — Yves Théry

Le reportage de Jean-Michel Leprince, Georges Amar et Martin Cloutier à Une heure sur terre

 

Ce bois, non marqué, est illégal. Il vaut de l’or.

 

« Avec la main droite, vous prenez des initiatives pour contrôler la déforestation. Avec la main gauche, vous prenez des initiatives pour financer et stimuler la déforestation, on veut faire les deux choses en même temps, et jusqu’à présent c’est la main gauche qui a gagné. » — Roberto Smeraldi, Amigos da Terra

Voir : « Zébu contre Amazonie » — Le reportage au Téléjournal de Jean-Michel Leprince, Christine Campestre et Martin Thibault, le 12 décembre 2008.

Écoutez le reportage Zébu en Amazonie>>

PHOTOS : JEAN-MICHEL LEPRINCE