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Cette semaine s’ouvrait à Pékin l’Assemblée nationale populaire, qui marque la dernière étape de la longue transition politique en Chine.

C’est à l’issue de cette session du Parlement chinois que le pays aura enfin un nouveau président. Au 18e congrès du Parti communiste, en novembre dernier, Xi Jinping est devenu secrétaire général du Parti. Cette fois-ci, un vote, qui n’est essentiellement qu’une formalité, viendra entériner l’accession de Xi Jinping au pouvoir.

Wen Jiabao, le premier ministre sortant, à l'Assemblée nationale populaire de Chine
Wen Jiabao, le premier ministre sortant, à l’Assemblée nationale populaire de Chine. Photo : Kas Roussy

Une élection marquera aussi l’entrée en poste du nouveau premier ministre, Li Keqiang. Mais avant de lui céder la place, Wen Jiabao, le premier ministre sortant, a, comme le veut la tradition, prononcé son discours d’adieu.

Lors de cette allocution de près de deux heures, Wen, 70 ans, a fait état de « victoires éclatantes ». Les Jeux olympiques, la croissance économique, la montée en puissance de la Chine, notamment sur le plan militaire, avec l’entrée en service de son tout premier porte-avions…

Ce rapport, truffé de statistiques, nous permettait d’apprendre que :

  • 19 700 km de nouvelles voies ferrées, dont 8951 km de lignes à grande vitesse, ont été construites depuis cinq ans (la Chine a aujourd’hui le plus grand réseau de TGV au monde);
  •  on compte désormais 21,5 voitures pour 100 ménages urbains, une hausse de 15,5 depuis 2007 (la Chine a aussi, malheureusement, parmi les pires problèmes de pollution atmosphérique au monde).

Wen Jiabao a aussi parlé de certains défis auxquels le gouvernement sera confronté au cours des prochaines années : pollution, urbanisation, fossé entre riches et pauvres. Il a aussi discrètement rappelé aux quelque 3000 délégués l’importance de lutter contre le fléau de la corruption.

Les représentants du gouvernement chinois arrivent en bus au palais de l'Assemblée du peuple.
Photo : Kas Roussy

D’ailleurs, pour projeter une image plus sobre, loin des scandales des récents mois (une fortune potentielle évaluée à 2,7 milliards de dollars pour la famille de Wen Jiabao, 192 maisons pour un simple fonctionnaire du sud de la Chine), on a demandé aux représentants du gouvernement de laisser leur voiture de luxe à la maison et de se rendre au palais de l’Assemblée du peuple en bus.

Catherine Mercier interviewe une déléguée de la minorité zhuang lors de l'Assemblée nationale populaire de Chine.
Photo : Kas Roussy

Parmi les quelque 3000 délégués, on compte des représentants des 56 minorités de la Chine. Cette dame, de la minorité zhuang, vient du Guangxi, dans le sud du pays. Les délégués ne sont pas élus, mais plutôt choisis par le comité central du Parti communiste. Les trois quarts d’entre eux sont membres du Parti communiste.

Certains délégués sont de véritables célébrités qui provoquent la cohue au moment d’entrer dans le palais de l’Assemblée du peuple.
Photo : Kas Roussy

Certains délégués sont de véritables célébrités qui provoquent la cohue au moment d’entrer dans le palais de l’Assemblée du peuple. Au milieu de la mêlée, se trouve ici un entrepreneur du Sichuan, qui est l’un des hommes les plus riches de Chine.

Fait intéressant, les délégués, qu’ils représentent une zone rurale ou urbaine, n’ont pas le droit d’avoir un bureau avec une petite plaque les identifiant clairement (à la manière de nos députés). Des Chinois se sont certes plaints du fait qu’ils n’arrivaient pas à entrer en contact avec leur représentant, mais la règle demeure. Est-ce que cette pratique « à l’occidentale » menacerait l’autorité toute-puissante du gouvernement? Nul ne le sait. Une chose est sûre, l’opacité règne…

Avec la tenue de l'Assemblée nationale populaire, la place Tiananmen est fermée aux visiteurs et les mesures de sécurité sont renforcées.
Avec la tenue de l’Assemblée nationale populaire, la place Tiananmen est fermée aux visiteurs et les mesures de sécurité sont renforcées.Photo : Kas Roussy

 

Un « wujing », policier armé
Un « wujing », policier armé. Photo : Kas Roussy

 

Avec la tenue de l'Assemblée nationale populaire, les pompiers sont aussi sur un pied d’alerte.
Avec la tenue de l’Assemblée nationale populaire, les pompiers sont aussi sur un pied d’alerte. Photo : Kas Roussy

Rebaptisés ironiquement la « brigade anti-immolation » par la presse étrangère, ces pompiers sont en poste au beau milieu d’une immense place pavée et bétonnée, où les risques d’incendie sont pour le moins faibles. En fait, ils sont là pour assurer qu’aucune manifestation ne vienne troubler l’Assemblée. Depuis 2009, plus de 100 Tibétains se sont immolés par le feu pour protester contre le gouvernement chinois. Aucun n’a posé ce geste au cœur de la capitale chinoise.

L’Assemblée nationale populaire prendra fin le 17 mars.

Le plafond du palais de l'Assemblée du peuple
Le plafond du palais de l’Assemblée du peuple. Photo : Kas Roussy

Il y a dans le mot séquestration, l’idée qu’on est retenu « contre son gré », et c’est la seule explication que je vois à l’utilisation de ce mot si bizarre pour désigner les réductions de dépenses de 85 milliards de dollars dans le budget du gouvernement américain, qui vont s’appliquer automatiquement le 1er mars.

Les républicains et les démocrates ont donné leur accord à ce mécanisme jadis, lors du débat sur la hausse du plafond de la dette, en se disant que ces réductions sans discernement à tous les postes de dépenses étaient si insensées qu’on trouverait bien un accord pour réduire le déficit autrement avant la date-butoir. Eh bien non… On n’en a pas trouvé. Et dans les quatre jours qui restent, rien ne semble indiquer qu’un compromis soit possible.

Les républicains disent depuis un moment déjà que s’il faut avaler la pilule, on l’avalera. Selon eux, 85 milliards de dollars sur 6 mois ce n’est pas une diète mortelle. C’est le montant que le gouvernement emprunte tous les 28 jours. L’administration Obama prédit un cataclysme? La croissance économique a déjà un peu reculé le trimestre dernier en anticipant les compressions, et reculera encore? Qu’à cela ne tienne dit le président républicain de la Chambre, John Boehner, son parti a les yeux tournés vers l’avenir :

Je ne sais pas combien d’emplois seront perdus en raison des réductions de dépenses, mais ce que je sais c’est que si nous ne réglons pas le problème des dépenses ici à Washington ce seront des dizaines de millions d’emplois futurs qui ne seront pas créés à cause du poids de la dette que nos enfants et nos petits-enfants devront supporter. Je suis venu ici pour sauver le rêve américain pour mes enfants et les vôtres. La dette et la dépendance du président aux dépenses menacent notre avenir. (point de presse du 25 février 2013)

Le président Obama fait parader chaque jour des hauts responsables de son administration : le secrétaire d’État, John Kerry, jeudi, le secrétaire au Transport, Ray Lahood, un républicain, vendredi, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Janet Napolitano, lundi, pour prédire un ralentissement des services, la suspension de contrats, des mises à pied temporaires ou la réduction de la semaine de travail des fonctionnaires (furloughs). Même l’association canadienne des manufacturiers s’est mise de la partie, craignant des problèmes aux douanes pour les exportations canadiennes si près de 3000 inspecteurs sont effectivement mis à pied quand les coupes s’appliqueront. L’argument canadien n’est peut-être pas déterminant, mais dans l’ensemble il s’agit de faire comprendre à chaque élu que ces compressions budgétaires vont frapper beaucoup plus fort qu’on le croit.

Le président Obama ne veut pas l’abandon de la séquestration, mais il veut que l’échéance soit reportée et qu’on s’entende pour réduire le déficit en combinant réductions de dépenses et nouveaux revenus par l’élimination de certains avantages fiscaux. La réponse des républicains est claire : le président a obtenu de nouveaux revenus en janvier quand des réductions d’impôts ont cessé de s’appliquer aux tranches de revenus au-delà de 400 000 $. Le robinet est fermé, disent-ils. Le président Obama laisse entendre que les élus du parti adverse défendent les intérêts des plus riches parce qu’ils ont les yeux fixés déjà sur la campagne de mi-mandat en 2014 :

Il y a toujours des questions sur lesquelles nous ne serons pas d’accord ici à Washington et dans chacun des États. Mais il y a un grand nombre de questions sur lesquelles nous pouvons faire preuve de plus de collaboration que ce que nous avons vu jusqu’à présent. Mais pour ce faire, il faut que cette ville aille au-delà de son obsession pour les prochaines élections et se concentre sur les prochaines générations. Nous sommes tous des élus et nous nous préoccupons beaucoup de politique dans notre parti et dans le parti adverse, mais à un moment donné il faut gouverner. (discours aux gouverneurs, 25 février 2013)

Et voilà donc pourquoi à quatre jours de l’échéance, il n’y pas de négociations, mais plutôt une sorte de partie de ping-pong qui consiste à se rejeter mutuellement la faute quant aux compressions qui vont faire mal.

Barack Obama est convaincu que ce sont les républicains, déjà mal aimés, qui vont en porter l’odieux. Les républicains croient que c’est la popularité du président qui va chuter.

Et des dizaines de millions d’Américains et leurs économies sont pris entre les deux, séquestrés, c’est le cas de le dire, par cette logique.

On frappe à la porte

Samedi 16 février 2013 à 12 h 26 | | Pour me joindre

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Appelons-les Nasser. Une famille chrétienne du quartier chic d’El Qoussour chez qui nous sommes invités pour le déjeuner. Les Syriens ne sont rien si ce n’est accueillants et généreux. La table déborde de mets typiques mijotés pendant de longues heures par la mère de la famille. Elle s’est donné beaucoup de mal pour ses invités canadiens. Les amis et voisins francophones des Nasser sont là, heureux qu’une télévision étrangère vienne voir ce qu’ils vivent dans la Syrie en guerre. Des femmes surtout, belles, souriantes et exubérantes. Ça ne fait pas quinze minutes que nous sommes arrivés qu’on sonne à la porte. Attend-on d’autres convives?

Deux hommes se présentent sur le pas de la porte, walkie-talkie à la main. Affables, souriants, ils demandent qui sont les étrangers à la caméra.  Hossam, notre interprète, se précipite avec nos papiers d’autorisation du ministère de l’Information.  Les deux hommes, des agents du Moukhabarat, les services de renseignement syrien, notent tout, y compris l’information sur l’identité de nos hôtes et de leurs amis. Satisfaits de tout savoir sur les raisons de notre présence, ils repartent, toujours souriants. Devant notre air interloqué, tout le monde chez les Nasser nous rassure. C’est normal, c’est pour notre propre protection. Les étrangers sont une cible de choix pour les enlèvements. Passons à table.

J’ai visité plusieurs pays où des régimes autoritaires contrôlent le travail des journalistes. En Iran, au Yémen ou en Arabie saoudite, impossible de filmer sans être accompagné d’un représentant du ministère de l’Information. On fait avec les restrictions et on trouve le moyen si nécessaire de parler aux gens sans être observés, pour leur permettre de s’exprimer librement. Souvent, ça veut dire des rencontres discrètes à la maison, un dernier rempart de la vie privée.

Ce n’est pas le fait de la guerre, les services de renseignement du gouvernement de Bachar Al-Assad sont d’une efficacité redoutable. Une grande partie du pays échappe maintenant au contrôle du président. Mais qu’il lutte en ce moment pour la survie de son régime ne semble pas avoir diminué son emprise sur les citoyens de Damas.

Quand après avoir fait honneur au délicieux repas des Nasser nous passons au salon pour enregistrer une entrevue avec la dame de la maison, elle arrive à peine à exprimer ses craintes pour l’avenir de ses quatre enfants et tout l’amour qu’elle a pour sa terre natale, entre deux sanglots.  Je ne doute aucunement de la sincérité de ses paroles.  Mais dans ce pays qu’elle aime tant, tout ce qu’on ne dit pas, pas même derrière les portes closes de sa maison, laisse songeur.

L’entrevue que nous a accordée Hanan Ashrawi, à Ramallah, le 19 janvier dernier, m’a étonné par la vigueur de sa charge contre le Canada. Mme Ashrawi est bien sûr réputée pour son éloquence, mais elle est aussi une des actrices les plus importantes de la diplomatie palestinienne. Or, elle a fait fi de toute langue de bois diplomatique et elle a tiré à boulets rouges sur le gouvernement Harper et sur sa politique dans le dossier israélo-palestinien.

Le Canada, on le sait, a été un des neuf pays qui ont voté contre l’admission de la Palestine comme État observateur aux Nations unies, le 29 novembre dernier. Cent trente-huit pays ont appuyé la candidature palestinienne, et une quarantaine se sont abstenus.

« Beaucoup de gens considèrent que le Canada s’est ainsi disqualifié de toute possibilité de jouer un rôle positif dans le processus de paix, dit Mme Ashrawi. Cela mine son statut international. »

Hanan Ashrawi est membre de la direction de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), et elle a été parmi les principaux artisans d’une campagne diplomatique internationale de plusieurs années pour obtenir l’appui du plus grand nombre de pays en vue d’une reconnaissance à l’ONU.

Le Canada, dont la politique étrangère s’est résolument rapprochée de celle d’Israël sous Stephen Harper, a ouvertement milité contre la demande palestinienne. Le ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird, s’est même rendu personnellement aux Nations unies pour y prononcer un discours contre la candidature de la Palestine.

La position canadienne (qui est proche de celle des États-Unis), c’est que la reconnaissance de la Palestine est prématurée et qu’elle doit être le résultat d’un accord de paix entre les deux parties. Les Palestiniens estiment que les négociations de paix – au point mort depuis des années – ne peuvent être relancées que par la pression internationale. Le Canada dit craindre que la reconnaissance à l’ONU n’entraîne une crispation encore plus grande des positions.

« Lorsque le Canada parle, je n’entends pas seulement la version d’Israël, mais j’entends ce qu’Israël a de pire à dire », dit Mme Ashrawi.

« Et quand le Canada justifie les gestes d’Israël, cela mine le statut du Canada dans le monde. Cela mine l’intégrité du Canada comme pays qui est censé représenter le multiculturalisme, le multilatéralisme, la règle du droit, l’harmonie et la justice. C’est plutôt la voix stridente du lobby pro-Israël qui parle pour défendre ce qu’au plus profond de vos cœurs, vous savez être mauvais. »

Voici de larges extraits de cette entrevue :



Et voici mon reportage au Téléjournal du 13 février, suivi d’une entrevue de Céline Galipeau avec le ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird :

Vous ne connaissez peut-être pas le sénateur républicain Marco Rubio.

Il faut le connaître, car à travers lui, ses tergiversations et son ascension, on comprend mieux le Parti républicain d’aujourd’hui.

On comprend mieux pourquoi après s’être opposés bec et ongle à une réforme de l’immigration aux États-Unis, les républicains se rendent compte maintenant que cette réforme pourrait sauver leur avenir politique.

Élu au Sénat américain en 2010, Marco Rubio était LE candidat du Tea Party, le prototype parfait : pro-vie, anti-mariage gai, catholique pratiquant, partisan de l’austérité fiscale, il choisit la religion plutôt que la science. Pour lui, Dieu a créé le monde il y a plus ou moins 6000 ans, et, après tout, les théories de l’évolution ne sont-elles pas que des théories?

Bref, Marco Rubio incarnait si bien ce virage à droite qu’a pris le Grand Old Party, le GOP comme on l’appelle ici, le Parti républicain.

Et de plus, Marco Rubio, d’origine cubaine, était contre toute réforme de l’immigration. Régulariser la situation de quelque 12 millions de sans-papiers, hispanophones et venus comme lui du sud? Jamais! Il disait que c’était une capitulation, une « amnistie ». Inacceptable. La solution : déporter les illégaux et resserrer la sécurité à cette frontière poreuse, avec murs, surveillance électronique. Bref, il faut interdire l’entrée aux États-Unis à cette masse de travailleurs clandestins.

« De cette façon, avait dit Marco Rubio en octobre 2010, nous aurons un système d’immigration qui fonctionne comme il faut. »

Tout comme le GOP, Marco Rubio s’opposait vivement à tout relâchement, à tout genre de pardon. Les illégaux représentent une main-d’oeuvre à bon marché dont l’économie américaine ne peut plus se passer, tant pis. La loi c’est la loi, les républicains réclamaient haut et fort qu’on l’applique.

C’était en 2010. Marco Rubio a remporté son élection, il est devenu le jeune sénateur de Floride, l’étoile montante du GOP.

Mais deux ans en politique, c’est une éternité.

Pendant la campagne présidentielle, en 2012, le candidat républicain Mitt Romney continuait de prôner la ligne dure sur l’immigration : « LA solution, avait-il déclaré à plusieurs reprises, c’est l’autodéportation. »

Bref, le GOP ne voulait pas de compromis, même pour les nombreux clandestins dont les enfants sont nés aux États-Unis. Sa position était claire : l’immigration n’est pas une question d’humanité, c’est une question de respect des lois. Point final.

Et puis, le 6 novembre dernier, plus de 70 % des hispanophones ont voté pour le candidat démocrate Barack Obama. Faut-il même s’en étonner?

Fort de l’appui massif des minorités — et 95 % du vote noir —, Obama a remporté la Maison-Blanche, même si seule une minorité de Blancs, 39 %, a voté pour lui.

Message aux républicains : ce qu’il faut retenir de ces résultats, c’est qu’on ne remporte plus la Maison-Blanche sans l’appui des minorités. Une majorité de Blancs ne suffit plus. Les temps changent, la démographie aussi.

Depuis la défaite cuisante de 2012, on n’entend plus parler de Mitt Romney, et les républicains sont en pleine crise existentielle. Mais ils ont compris ceci : le bloc hispanophone est devenu un incontournable dans la vie américaine et en politique.

Assis dans nos bureaux à Washington, il y a deux semaines, le maire de Los Angeles, Antonio Villaraigosa, une des figures de proue de la communauté hispanophone l’expliquait :

« La population latino aux États-Unis dépasse aujourd’hui les 50 millions, dit-il. Plus de 50 % des enfants nés aux États-Unis sont d’origine latino-américaine, asiatique ou noire. »

Une nouvelle réalité politique, qui nous ramène à Marco Rubio, le « Golden Boy » de la droite. Il n’est pas nécessairement pour la science, mais il comprend les maths.

Les « latinos », sa communauté, il ne peut plus la bouder. Il y a 12 millions d’illégaux, certes, mais ils sont appuyés par 50 millions d’Américains d’origine latino, qui ont leurs papiers en règle, la nationalité américaine et le droit de vote. Et ils veulent une réforme de l’immigration. Ils veulent régulariser la situation des clandestins.

Le sénateur Rubio a vite fait le calcul, sur papier ou dans sa tête, et il a fait un virage, pas à 80 degrés, mais bien un virage complet. Tout comme les républicains au Congrès. Ils sont maintenant en faveur d’une réforme, qui sera fort probablement adoptée d’ici aux élections législatives de 2014.

Une réforme qui donnerait aux clandestins un permis de travail, une carte verte et peut-être même, éventuellement, la nationalité, serait une bonne solution, dit-il aujourd’hui.

« On ne va tout de même pas déporter 12 millions de personnes. Donnons-leur la chance d’obtenir une carte verte », disait-il l’autre jour à la radio.

Voilà comment on change d’avis en politique.

Le « départ » d’Hillary

Vendredi 1 février 2013 à 14 h 22 | | Pour me joindre

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manonglobensky

Hillary Clinton quitte ses fonctions de secrétaire d’État, et comme la plupart des femmes journalistes qui couvrent la politique ou la diplomatie américaine, son départ me touche presque personnellement.

Hillary Clinton n’est pas la première femme secrétaire d’État, bien sûr. Madeleine Allbright et Condoleezza Rice, avant elle, ont aussi mené ce portefeuille d’une main ferme.

Mais Hillary fait remonter à la surface cet esprit de sororité encore plus que les autres, peut-être parce qu’elle s’est tant attachée à défendre la cause des femmes et des jeunes filles pendant ses quatre ans au département d’État.

Et peut-être aussi parce qu’elle a moins senti le besoin que ses prédécesseures de se comporter exactement comme un homme. La chef de la diplomatie américaine n’a pas hésité à danser à plusieurs reprises pendant ses voyages. Elle n’a pas caché son émotion lorsqu’elle a enfin pu rencontrer Aung San Suu Kyi à Rangoon.

Bien sûr, ses « sœurs » journalistes, moi la première, ne lui ont pas fait de cadeau, s’esclaffant ou se désolant chaque fois qu’elle se présentait mal coiffée, mal habillée ou parée d’un collier beaucoup trop gros pour elle.

Mais n’allez surtout pas parler à Hillary Clinton de sa coiffure ou de ses rides, elle s’en fout. D’ailleurs, une des meilleures photos d’elle est probablement celle où elle surveille la progression de l’opération contre Ben Laden aux côtés de Barack Obama : pas maquillée, la main devant la bouche, la tension clairement visible sur son visage.

Pendant la série d’entrevues qu’elle a accordées, elle a répondu à une question d’un jeune homme en Inde qui s’interrogeait sur le fait que les femmes aujourd’hui doivent encore démontrer qu’elles sont capables d’occuper des postes comme le sien :

« Voilà une question qui mériterait une entrevue au complet, mais permettez-moi de dire deux choses. D’abord, les choses se sont améliorées. Je suis à même de le constater, puisque j’ai fait de la politique, ou je l’ai côtoyée depuis plusieurs années. Mais il y a quand même un double standard. Et ce double standard, il s’applique aux petites choses, comme ce que vous portez, et aussi aux choses extrêmement sérieuses, comme le fait que les femmes ne peuvent pas encore voter partout, elles ne peuvent pas toujours être candidates ou même paraître en public. C’est une vaste série de barrières culturelles et légales au respect des femmes, à leur pleine participation à la société. Et donc, il y a encore du chemin à faire. […]

Et la deuxième chose que je dirais, c’est que ça a été et ça va demeurer la cause de ma vie, même après mon départ du département d’État. […] Quand on met des obstacles sur la route de la moitié de la population, on freine ni plus ni moins le développement même d’une nation. […] J’ai été très encouragée et même fière de voir tant de jeunes hommes et de jeunes femmes manifester contre la façon dont les femmes sont traitées par des hommes qui ne comprennent pas ou n’ont pas appris qu’il n’y a pas que leurs sœurs et leurs mères qui sont dignes de respect, mais toutes les filles et toutes les femmes. » (Hillary Clinton, Townterview, Newseum, 28 janvier 2013)

Hillary Clinton part, mais elle ne prend pas sa retraite. Elle insiste sur le fait qu’elle doit d’abord rattraper 20 ans de sommeil perdu, puis qu’elle va se remettre au travail, probablement faire des discours et travailler de concert avec la fondation de son mari Bill.

Il faut donc mettre le mot « départ » entre guillemets dans son cas. Surtout qu’on sait qu’elle ne ferme pas la porte à une course à la présidence en 2016, à 69 ans. Elle ne la ferme ni ne l’ouvre en fait. Comme à son habitude, Hillary Clinton va évaluer très rationnellement au cours des prochains mois quelle sera à l’avenir la meilleure façon pour elle, en tant que femme, d’avoir le plus d’influence.

Chine : la fin des goulags?

Jeudi 31 janvier 2013 à 10 h 13 | | Pour me joindre

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C’était pendant les vacances, un de ces jours qui s’étirent doucement entre Noël et le jour de l’An. Je lisais distraitement les nouvelles, butinant d’un site web à l’autre, quand je suis tombée sur cet article.

Une femme de l’Oregon avait trouvé une lettre dans une boîte de décorations d’Halloween.

Un peu comme un message dans une bouteille à la mer…

La feuille était pliée en quatre, insérée entre deux pierres tombales en styromousse. Le tout était emballé dans une pellicule plastique.

L’auteur de cette missive, écrite à la main en anglais approximatif, affirmait que les décorations avaient été fabriquées dans un camp de travail à Shenyang, dans le nord-est de la Chine.

L’histoire m’a tout de suite intriguée, d’autant plus que moins de deux mois auparavant, mon collègue de Libération, Philippe Grangereau, avait écrit un excellent papier sur la « rééducation par le travail » à Chongqing.  L’homme qu’il a interviewé affirmait, lui, fabriquer des guirlandes de Noël.

Un coup de plus pour le « Made in China » déjà souvent mal-aimé.

Puis, le 7 janvier, une étonnante lueur d’espoir en provenance de la Chine. Meng Jianzhu, secrétaire de la commission politique et juridique du Parti communiste chinois, était cité dans la presse. Il affirmait que le système de « rééducation par le travail », ou laojiao comme on l’appelle en chinois, ne serait plus utilisé d’ici la fin de 2013.

Triste héritage de l’Union soviétique, ce système comprendrait, selon le gouvernement chinois, un réseau de 350 camps abritant 160 000 prisonniers.

Certains groupes de défense des droits de la personne soupçonnent que le nombre de prisonniers s’élèverait plutôt à 2 millions.

Se trouvent dans ces camps les criminels coupables de délits mineurs, dont le système judiciaire débordé n’a pas le temps de s’occuper. Mais aussi, les pétitionnaires, ces gens qui réclament sans arrêt une audience auprès des autorités pour des injustices dont ils se disent victimes. Les membres de Falun Gong viennent aussi peupler ces camps, tout comme les dissidents de toutes sortes, défenseurs des droits de la personne. Bref, tous ceux qui gueulent un peu trop fort, sur Internet ou ailleurs.

Le 7 janvier, on nous apprend donc que les jours du laojiao pourraient être comptés. Mais la joie provoquée par cette nouvelle n’a été que de courte durée.

Les articles qui rapportaient l’information ont rapidement été effacés, remplacés par une version édulcorée, dans laquelle on pouvait lire que Meng Jianzhu avait plutôt déclaré que le gouvernement allait « mettre de l’avant une réforme » du système de rééducation par le travail.

La même soupe froide, tièdement réchauffée, que le gouvernement sert au public depuis 10 ans.

Wang Yi et son mari, Hua Chunhui
Wang Yi et son mari, Hua Chunhui

Depuis la ville de Nanjing où ils habitent, Wang Yi et son mari, Hua Chunhui, surveillaient les développements de près. Et cette volte-face ne les a pas rassurés.

Tous les deux ont été emprisonnés séparément dans des camps de travail pour des propos qu’ils avaient tenus sur Twitter. Elle a été enfermée pendant un an; lui, pendant un an et demi.

Pendant leur détention, ils n’avaient pratiquement aucun contact avec le monde extérieur. Et depuis leur sortie du camp, Wang et Hua ne sont pas complètement libres. Leur téléphone est sur écoute, leurs échanges par courriel font l’objet de surveillance, tout comme leurs déplacements.

Lors de l’entrevue qu’ils nous ont accordée, loin de leur domicile, dans un lieu neutre où nous ne risquions pas d’être repérés, Hua Chunhui nous a dit :

« Le système de rééducation par le travail viole la Constitution et les lois chinoises. » (À noter qu’en Chine, techniquement, on ne peut pas emprisonner quelqu’un arbitrairement, sans procès.) Le problème, c’est que s’ils abolissent ce système, qu’est-ce qui viendra après? Vont-ils simplement le remplacer par un autre?

Cette question est légitime. Les défenseurs du système soutiennent que le laojiao est nécessaire pour maintenir la stabilité sociale. Du point de vue des autorités, il n’y a rien de plus pratique. Quelqu’un dérange un peu, pourquoi s’empêtrer dans des procédures judiciaires sans fin?  Allez hop! On l’embarque, fin de l’histoire.

Et quand vous ajoutez à cela l’aspect économique : forcément un réseau de gens profite du fait que cette main-d’oeuvre captive travaille sans obtenir de salaire. On se rend compte que le gouvernement serait fou de se passer du laojiao.

D’ailleurs, le célèbre avocat Teng Biao résumait bien la situation sur son blogue, cité par le Courrier international :

« Comme je le disais le 11 décembre, on peut prévoir que le laojiao sera aboli dans les deux ans, et que Xi (Jinping) et Li (Keqiang) en seront félicités. Mais les prisons clandestines, les mises en résidence surveillée, les éloignements forcés, les placements en hôpital psychiatrique, en centre de transit, les disparitions, les classes d’études… tout cela augmentera. »

Le 50e du traité de l’Élysée

Mardi 22 janvier 2013 à 13 h 47 | | Pour me joindre

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Il y a 50 ans, le général de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer signaient le traité de l’Élysée, un accord pour sceller la réconciliation franco-allemande.

Voici une entrevue sur ce fameux traité avec Anne-Marie Le Gloannec, spécialiste de l’Allemagne et directrice de recherches au CERI-Sciences Po, à Paris :

Mon reportage au radiojournal :

L’héritage d’Obama

Lundi 21 janvier 2013 à 10 h 08 | | Pour me joindre

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Barack Obama amorce son second mandat, les 48 mois au bout desquels il voudrait, selon ses proches, que les Américains de la classe moyenne soient plus prospères, mais surtout plus confiants en l’avenir.

Les seconds mandats sont souvent l’occasion pour les présidents de consolider leur marque sur l’histoire. Mais c’est aussi parfois l’occasion d’écueils importants. Le Watergate a fait tomber Richard Nixon en 1974, après sa réélection en 1972. L’affaire Monica Lewinsky a terni la fin de la présidence de Bill Clinton.

Alors, que réserve ce deuxième mandat du premier président noir des États-Unis? Le président a commencé la journée de son assermentation officielle par une cérémonie du souvenir au cimetière militaire d’Arlington, en Virginie, un rappel s’il en faut un que la nation américaine est encore en guerre; contre le terrorisme sur le plan domestique, et en Afghanistan, même si cet effort militaire se terminera à la fin de 2014.

Mais le principal défi de politique étrangère de Barack Obama sera d’abord et avant tout de rétablir la santé de l’économie américaine. Le monde a besoin d’une économie américaine revigorée, et ce sont donc les défis budgétaires qui vont très certainement opposer Barack Obama aux républicains qui vont retenir l’attention.

Les relations entre eux seront-elles aussi tumultueuses qu’au cours des deux dernières années? Les républicains ont tout tenté, sans succès, pour limiter Barack Obama à un seul mandat. Maintenant qu’il est réélu, certains agissent comme si c’étaient leurs propositions de réduction du déficit à tout prix qui avaient été plébiscitées, et non celles du président de faire payer plus aux riches. Barack Obama a réussi, in extremis, à obtenir un compromis qui va dans le sens de ses propositions, pour éviter des hausses d’impôt à 98 % des Américains. Et il s’est promis de n’offrir aucune contrepartie aux républicains en échange de la hausse de la capacité d’emprunt du pays. Le soi-disant plafond de la dette sera atteint quelque part entre la mi-février et le début mars. Les républicains ont battu en retraite pour l’instant, promettant de hausser la capacité d’emprunt pour trois mois, le temps de s’attaquer au délicat dossier des réductions de dépenses.

Dans cette épreuve de force, le Barack Obama qui leur fera face est différent de celui qui n’avait pas son pareil depuis quatre ans pour croire qu’on pouvait en arriver à une entente raisonnable entre gens de bonne foi. Plus coriace, désillusionné même. N’a-t-il pas admis durant la campagne qu’il n’est pas possible de changer Washington de l’intérieur?

En fait, le président faisait allusion, dans ce discours électoral, au pouvoir réel de persuasion de l’opinion publique. Il est convaincu que les campagnes citoyennes fonctionnent. Que le poids de l’opinion publique a forcé une entente sur le précipice budgétaire, et qu’il pourrait aussi influencer le sort qui sera réservé à ses propositions sur le contrôle des armes à feu.

Dans son discours d’investiture, le président, semble-t-il, tendra la main à tous les Américains, même à ceux qui n’ont pas voté pour lui, telle une proposition de pacte pour la prospérité, qui continue d’être seulement un rêve pour beaucoup d’Américains.

Pour constater à quel point la présidence fait vieillir, ces photos.

Sabbat et veille d’élections en Israël

Dimanche 20 janvier 2013 à 20 h 14 | | Pour me joindre

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À Jérusalem, n’essayez même pas d’obtenir une entrevue d’un politicien israélien en campagne lors du sabbat. Ici, où le taux de pratique religieuse est très élevé, le respect du sabbat est quelque chose de sérieux.

Dans la ville, les rues sont désertées par les voitures. Chercher un taxi est une épopée : les seuls chauffeurs, pratiquement, sont des Arabes israéliens. La vie moderne s’arrête. Le téléphone, la télévision, Internet sont débranchés dans de nombreux foyers. Les juifs savent s’arrêter!

Les autres ont de la difficulté… En particulier les journalistes, drogués de communication, toujours rivés à leurs courriels, leurs comptes Twitter ou Facebook.

Radio-Canada a Jérusalem

Ce soir, nous sommes invités, le caméraman Martin Cloutier et moi, avec une amie, Hélène, au souper du sabbat chez Peggy Cidor. C’est touchant et chaleureux. Mais, alors que nous ne pouvons nous empêcher de jeter des coups d’œil furtifs à nos téléphones intelligents, Peggy nous dit : « La prochaine fois, vous laissez vos téléphones à la porte! »

Nous sommes avec la famille de Peggy. La famille est au coeur du sabbat. L’effervescence extérieure ne doit pas venir troubler ce moment. C’est une leçon.

Je risque tout de même : « Pendant le sabbat, a-t-on le droit de parler politique? » Ils rient! « C’est même encouragé! » Le sabbat n’exige pas que l’on soit déconnecté de ce qui se passe dans le monde.

On finit donc par parler politique, à quelques jours des élections du 22 janvier. Et on parle de ce phénomène annoncé par les sondages : la montée d’un parti d’extrême droite, Maison Juive, dirigé par un jeune chef, Naftali Bennett, dont les propos entrent en résonnance avec une grande partie de l’électorat . En résumé, à peine caricatural : assez parlé des Palestiniens, il n’y aura jamais d’État pour eux sur notre terre (c’est-à-dire sur les Territoires occupés) et nous devons en annexer déjà une grande partie.

« Le problème avec Bennett, dit Peggy Cidor, c’est qu’il est un écran de fumée. Il a une allure moderne. Il a fait fortune dans la haute technologie. Il met de l’avant quelques candidats pas trop radicaux. Mais plusieurs de ses candidats sont des extrémistes. » Pour en savoir plus, cet article du New Yorker .

On n’ira pas plus loin. Après tout, c’est sabbat et, même s’ils sont d’accord pour parler politique, les journalistes en nous peuvent aussi – enfin, un peu – relaxer…