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Des chiens à vendre dans un kiosque de Yulin, à quelques jours d'un festival de viande de chien.
Des chiens à vendre dans un kiosque de Yulin, à quelques jours d’un festival de viande de chien.

L’image vous répugne? Imaginez alors une grande fête où tout ce que les villageois font pendant des heures est de dévorer de la viande de chien et des litchis et de boire de l’alcool de grain. À Yulin, dans le sud de la Chine, ce genre de scène est réalité. Les résidents considèrent même que manger l’animal le 21 juin est un droit, une ancienne tradition du solstice d’été.

Cette année, la fête risque d’être perturbée par une vague de protestation de groupes de défense des animaux. Huit bouddhistes viennent d’ailleurs d’arriver dans le village pour dénoncer le côté bestial du festival, et des milliers de militants tentent depuis des mois de le bloquer par des lettres ouvertes et en sensibilisant les gens sur les réseaux sociaux.

On évalue qu’environ 10 000 chiens sont abattus lors des festivités d’une journée. La tradition veut que la viande de l’animal protège la population des maladies pendant les longs mois d’hiver.

Une aberration pour les militants proanimaux, qui s’inquiètent aussi de la salubrité de l’événement. Selon eux, plusieurs bêtes sont capturées dans les rues, volées chez des voisins, électrocutées ou même empoissonnées avant d’être consommées.

« Il y a certainement un risque pour la santé », s’insurge Deng Yidan de l’organisme Animals Asia. « En plus de la mauvaise publicité, des questions d’hygiène, du risque de rage, la communauté de Yulin devrait se demander si l’apport économique de la fête en vaut vraiment le coût », s’interroge-t-il.

Les autorités de Yulin ont tenté de s’éloigner de la controverse en niant l’existence formelle d’un tel festival, préférant parler d’habitudes culinaires. Il faut dire qu’il n’existe aucune loi pour protéger les chiens en Chine, ce qui rend les interventions gouvernementales plus difficiles. Le gouvernement a néanmoins demandé aux restaurateurs d’éviter toutes références à la viande de chien sur leur menu.

La pression publique a déjà eu raison d’autres festivals par le passé. La province de Zhejiang, dans l’est de la Chine, a annulé son événement en 2011. Celui-ci, tout comme le festival de Yulin, s’enracinait dans une tradition longue de plusieurs centaines d’années.

Des soldats plus petits et plus gros en Chine

Mercredi 18 juin 2014 à 7 h 12 | | Pour me joindre

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Dans le but de dénicher des soldats plus éduqués, le gouvernement revoit ses règles d'admission. Photo : Yvan Côté

Dans le but de dénicher des soldats plus éduqués, le gouvernement revoit ses règles d’admission. Photo : Yvan Côté

Oubliez l’image parfaite de milliers de militaires identiques regardant dans la même direction et qui représentaient l’uniformité de l’armée populaire de libération en Chine. Le pays a annoncé qu’il devait revoir la taille de ses recrues s’il voulait trouver suffisamment de candidats de qualité.

Eh oui signe des temps modernes, la physionomie des Chinois, tout comme son économie, a changé. C’est pourquoi, dans le but de dénicher des soldats plus éduqués, le gouvernement revoit ses règles d’admission.

La taille minimale pour un homme passe de 1,62 m à 1,60 m et pour une femme de 1,60 m à 1,58 m. Les changements touchent aussi la forme physique des candidats. Dorénavant, « les hommes plus enveloppés » seront acceptés, a indiqué le ministère de la Défense.

Le régime réduit aussi les critères de vision pour s’assurer d’obtenir un maximum de candidats en provenance des collèges et universités. Selon des données du gouvernement, 70 % d’entre eux souffriraient de myopie dans le pays.

L’armée populaire de libération de Chine est la plus importante sur la planète avec 2,3 millions de soldats. « Recruter des militaires de plus grande qualité est extrêmement important », a rapporté le China Daily, un quotidien contrôlé par le régime.

En plus de la taille et du poids, le ministère de la Défense a aussi prévenu que certains problèmes de santé mentale, comme la dépression ou la schizophrénie, ne seraient plus une barrière à une carrière dans l’armée. Pas plus que les tatouages, à condition que l’on ne voie que 2 centimètres d’encre lorsque la personne est en uniforme et que la partie du corps recouverte soit plus petite que 10 centimètres.

Un soldat détenant un diplôme universitaire empochera près de 28 000 $CA pendant ses deux ans de service, a spécifié un membre du recrutement. Il faut maintenant se demander si ce sera suffisant pour compétitionner avec toutes les entreprises de hautes technologies du pays?

La « crise humanitaire » dénoncée par le président américain semble s’aggraver à la frontière sud des États-Unis. Chaque jour, des centaines de Latino-Américains se présentent aux postes-frontières du Texas et de l’Arizona. J’en ai parlé déjà; ce sont souvent des jeunes, qui fuient la guerre et les faibles perspectives économiques chez eux.

Depuis octobre, 47 000 sans-papiers ont été appréhendés. Il y en a tellement que les autorités ne savent plus où les loger, le temps de trier ceux qui peuvent rester et de retourner les autres dans leur pays d’origine. Le gouvernement américain est en mode de gestion de crise, comme il le serait après une catastrophe naturelle.

Trois centres de détention provisoires ont été ouverts sur des bases militaires. Les médias n’ont pas accès à ces installations. Les rumeurs qui en sortent parlent de mauvais traitements, de conditions insalubres. Depuis quelques jours, des images clandestines font surface… et ce qu’elles montrent n’est pas joli. Elles proviennent d’installations frontières où les sans-papiers sont d’abord retenus.

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Les images montrent des dizaines de femmes et d’enfants entassés dans des petites pièces sans fenêtres. Avec peu d’espace pour dormir. Les hommes sont gardés dans d’autres pièces, où il n’y a pas plus d’intimité. Dans certains centres, les sans-papiers sont entassés entre des clôtures métalliques, renforcées par des barbelés.

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Il est difficile de commenter sur les conditions hygiéniques en regardant ces images. Les gens dorment sur une couverture déposée au sol. Ils ont de l’eau. Dans certains centres, ils mangeraient des tacos et des sandwiches au bologne.

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

« Je pense qu’on a vu cela après Katrina », explique Don Ray, d’un regroupement de shérifs du Texas. Il y a tant de gens dans un seul endroit; les conditions sont là pour que des maladies se propagent. »

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Une vidéo obtenue par le Washington Post donne une meilleure idée de l’ampleur de l’improvisation. Les malades semblent séparés des bébés et des femmes enceintes par de simples cordons de sécurité.

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Certains politiciens ont pu visiter ces installations. Le révérend Jarrett Maupin se rappelle surtout de la forte odeur présente au centre de Nogales, en Arizona, où sont détenus des mineurs sans parent. « Je pouvais les sentir parce qu’ils ne se sont pas lavés depuis le début de leur périple il y a 10 jours. C’est inhumain. C’est injuste et inacceptable. Je ne blâme pas les gardes frontaliers; ils font du mieux qu’ils peuvent. »

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Ces images alarment les Américains, qui répondent en envoyant bénévoles et matériel vers ces centres de détention improvisés. Ces images déplaisent aux autorités, qui affirment tout faire pour améliorer la situation.

Daphné Bégin et ses camarades du projet Bracelets de l'espoir
Daphné Bégin et ses camarades du projet Bracelets de l’espoir

Ils sont jeunes, vivent à La Prairie, en banlieue de Montréal, et ils savent maintenant qu’avoir une garde-robe et un garde-manger garnis de produits achetés au rabais coûte des vies. Grâce à Lyne Bowes, une enseignante passionnée de géographie et d’histoire, 120 jeunes de l’école secondaire la Magdeleine ont appris cette année que 168 millions d’enfants dans le monde s’usent la santé au travail, au lieu d’user des bancs d’école.

« Ça m’attriste parce que je m’imagine que ce sont mes jeunes frères et sœurs obligés de travailler au lieu d’aller à l’école, et moi je trouve que l’école c’est important », dit Victoria Galassi, l’une des élèves qui ont participé au projet Bracelets de l’espoir.

« Ça m’a touché parce que oui, ils travaillent. C’est déjà mal, mais en plus ils travaillent dans des conditions horribles. » – Jean-Félix Leduc.

Les jeunes ne se sont pas arrêtés à l’indignation. Pendant le mois de mai, ils ont vendu des bracelets qu’ils avaient fabriqués avec ces petits élastiques très à la mode ces mois-ci dans les cours d’école.

« Les élèves eux-mêmes appellent ça les bracelets de l’amitié, explique l’enseignante Lyne Bowes. Je me disais que ce serait un geste d’amitié envers ces enfants qui travaillent, de la part d’enfants choyés, pour qu’ils puissent changer le monde, une personne à la fois. »

« Il y a des enfants qui ont plein d’argent, la plus haute technologie, des maisons géantes, puis il y en a d’autres qui n’ont absolument rien, qui ont de la misère à survivre tous les jours. C’est une lutte avec la vie pour pouvoir survivre, ça n’a pas d’allure! », s’exclame, indignée, Daphné Bégin.

La jeune a conçu avec des camarades, dans leur cours d’anglais, une vidéo de sensibilisation qui montre l’horreur des enfants forcés au travail. Comme ces gamins en Côte d’Ivoire qui se blessent avec des machettes trop lourdes pour eux dans des plantations de cacao.

Antoine Poirier est scandalisé de voir qu’on tue des enfants à petit feu pour produire le chocolat à moindre coût. « Il y a des insecticides pour empêcher de nuire à la production, c’est un enfant qui fait ça, c’est super dangereux, super toxique, il n’y avait aucun équipement. C’est pour ça qu’ils meurent tôt. Ils ne sont plus vraiment en santé. Je préférerais payer le chocolat plus cher, et qu’il soit fait par du monde plus âgé, avec de l’équipement de protection. »

Les élèves ont aussi envoyé des lettres au premier ministre du Canada, Stephen Harper, et à des dirigeants d’entreprises soupçonnées d’acheter des biens et des matières premières produits par des enfants. La compagnie Hershey’s, qui achète du cacao de la Côte d’Ivoire, a répondu qu’elle avait un programme pour éliminer le travail des enfants d’ici 2020.  Les réponses reçues sont publiées sur la page Facebook du projet, Bracelets of Hope, conçue dans le cours d’anglais.

« Avec plusieurs petites actions comme ce qu’on fait avec les bracelets, on peut faire beaucoup d’argent. On a réussi à ramasser un gros montant, ce qui va aider à ouvrir des écoles dans les pays de pauvreté », dit Jean-Félix.

« On peut changer le monde, petit à petit, renchérit son copain Antoine Montpetit. Mais ça prend beaucoup de temps et beaucoup d’argent pour le faire. »

En vendant leurs bracelets 2 $, les élèves ont collecté 4217 $. L’argent sera remis à une petite ONG de Longueuil, Aide internationale pour l’enfance, qui sort des enfants de l’esclavage en Inde. Les fonds amassés par les jeunes de La Prairie serviront à scolariser, pendant un an, 25 enfants de 6 à 11 ans, qui travaillaient dans une décharge publique.

Hillary Clinton
Crédit : iStock/Getty/Dan Kitwood

C’est à la fois l’événement littéraire de l’année et l’un des temps forts de la politique américaine. Hillary Clinton, l’ex-première dame, jadis sénatrice, ancienne secrétaire d’État, lance son plus récent livre. Une brique qui semble signaler le début de la vraie campagne pour la première femme à briguer la présidence des États-Unis. Ce n’est pas officiel, mais qui peut en douter? Après tout, la biographie de HRC sur Twitter se termine par le subtil « glass ceiling craker, TBD » (démolisseuse de plafond de verre, à suivre…).

Le livre fait plus de 600 pages. Le titre du livre Hard choices (que l’on peut traduire par Décisions difficiles) fait surtout référence au temps où Hillary Clinton était secrétaire d’État sous Obama (2009-2013).

Voici cinq données sur la femme et son livre pour que vous sachiez de quoi il s’agit, avant même d’avoir lu l’ouvrage.

C’est sa version des événements

Le livre permet à Hillary (on parle souvent d’elle ainsi aux États-Unis) de donner son point de vue définitif sur des éléments controversés de son passé. C’est aussi l’occasion d’admettre, candidement, des erreurs de jugement. Elle revient sur l’attaque contre la mission diplomatique de Benghazi, en 2012, pendant laquelle un ambassadeur américain a été tué. Un événement ensuite utilisé pour critiquer l’administration Obama. Difficile de s’entendre sur ce qui s’est passé exactement, avance-t-elle.

Elle parle aussi du raid qui a mené à la mort d’Oussama ben Laden (le raid de 15 minutes lui a paru une éternité). Hillary Clinton lève (un peu) le voile sur les longues négociations pour la libération du sergent Bowe Bergdahl (tout échange avec les talibans sera difficile à avaler pour les Américains, explique-t-elle). Elle s’en prend aussi à Vladimir Poutine, selon elle un autocrate qui n’aime pas la critique.

Le but n’est pas de faire des vagues

N’oubliez pas, ce livre est écrit par une femme qui n’a pas terminé sa carrière. Il ne faut pas y chercher des règlements de comptes ni des révélations fracassantes sur les tractations à la Maison-Blanche sous Obama. CBS dit avoir lu l’ensemble du livre et le juge bien timide. Le bouquin n’est donc pas un bon guide lorsqu’il s’agit de déterminer si Clinton a fait une bonne secrétaire d’État. Je vous renvoie aux experts, qui avertissent des périls de ce genre d’exercice.

Le livre sert à polir son image

Le livre offre aussi un côté plus doux et maternel d’Hillary Clinton. Elle évoque de nombreux souvenirs de sa mère, décrite comme une source d’inspiration et de réconfort dans les temps difficiles. Le magazine Vogue en a d’ailleurs publié des extraits… juste à temps pour la fête des Mères. Ces passages permettent peut-être à Hillary Clinton de se débarrasser de l’image qui lui collait lors de sa campagne contre Barack Obama en 2008, où on la jugeait trop froide et calculatrice.

Hillary Clinton au mariage de sa fille Chelsea
Hillary avec sa mère, Dorothy Rodham et sa fille Chelsea en 2010

Elle met fin à certaines rumeurs

En lançant son livre, Hillary Clinton entreprend aussi un marathon publicitaire. Une vingtaine d’apparitions publiques en trois semaines, au Canada et sur les deux côtes américaines. C’est pour augmenter les ventes, bien sûr, mais probablement aussi pour faire taire les mauvaises langues au sujet de son âge et de sa santé. Les républicains aiment bien souligner qu’elle aura 69 ans vers la fin de campagne de 2016. On a insinué qu’il y avait un lien à faire entre une hospitalisation en 2012 et des troubles au cerveau, finalement tous des faits sans fondement. Une autre rumeur a récemment couru : Hillary utiliserait une marchette pour se déplacer.

 

Elle ne répond pas à votre principale question, sauf que…

Si les républicains cherchent déjà à percer l’armure d’Hillary Clinton, c’est parce que son accession à la présidence des États-Unis semble inévitable. Les récents sondages lui donnent une large avance sur les meilleurs candidats républicains. Les analyses des forces et faiblesses de son éventuelle candidature se multiplient depuis de nombreux mois. Les rétrospectives de sa carrière également. D’ailleurs, la tournée de promotion du livre est vue par plusieurs comme une sorte de répétition générale avant une campagne à l’investiture.

Quand se lancera-t-elle formellement dans la course? La principale intéressée soutient que son choix n’est pas encore arrêté, qu’elle y réfléchira après les élections de mi-mandat de novembre. Pour la fin de son livre, Hillary Clinton a choisi des mots qui rappellent le titre qu’elle donne à son bouquin :  « Le temps pour prendre une autre décision difficile viendra assez rapidement. »

Les groupes qui n’aiment pas le droit à l’avortement ont adopté une stratégie bien particulière pour faire avancer leur cause. Ils sont étapistes, patients. Petit à petit, ils dressent un barrage de plus en plus imposant entre une femme et une clinique d’avortement. L’Ohio est peut-être l’endroit où cette tactique est la plus avancée.

Prenez le projet de loi 351, à l’étude devant la législature à Columbus. Le texte propose d’interdire à tous les assureurs (y compris l’État, qui offre une couverture médicale aux démunis) de rembourser les frais pour un avortement. La femme a été violée? L’existence du foetus menace sa vie? Peu importe : la femme devrait sortir son portefeuille. Aux États-Unis, un avortement lors du premier trimestre coûterait de 300 $ à 1000 $. Le projet de loi interdirait aussi de rembourser l’achat d’un stérilet. Pourquoi? « Ça provoque aussi un avortement », explique John Becker, l’élu qui parraine le projet de loi. « C’est mon avis personnel. Je ne suis pas un docteur en médecine », dit-il.

Ces commentaires enflamment les militants pro-choix, qui tentent d’empêcher l’adoption de cette loi. Ces groupes ont cependant été incapables de bloquer d’autres mesures pour restreindre l’accès à l’avortement. En Ohio, comme dans des dizaines d’autres États, de nombreux règlements rendent plus compliquée la gestion d’une clinique d’avortement. Au nom de la sécurité des patientes, les États obligent les cliniques à atteindre des standards qui ressemblent à ceux des hôpitaux. Cela exige souvent de coûteuses rénovations, qui sont parfois même impossibles physiquement à réaliser. Ces obligations forcent les cliniques à fermer leurs portes. C’est arrivé récemment au Texas. Dans le sud de cet État, il faut faire des centaines de kilomètres pour trouver une clinique d’avortement encore ouverte.

Ces nouvelles règles ont même un nom : TRAP laws. Des règlements précis pour les fournisseurs d’avortements. Des règles que la National Abortion Federation, un groupe pro-choix,  juge inutiles, restrictives et motivées par des raisons politiques. En Ohio, ces mesures sont déjà en place. Les cliniques d’avortement y sont tenues d’offrir à la femme la possibilité d’entendre le cœur du foetus et de le voir par échographie. Une femme qui décide de se faire avorter doit attendre 24 heures avant de subir l’opération. « C’est déjà une décision difficile à prendre, explique une femme de l’Ohio. De la rendre encore plus difficile en passant ces lois, et en poussant les femmes à se sentir coupable, c’est terrible », commente-t-elle.

En fait, la stratégie des militants contre l’avortement n’est pas neuve. Elle semble efficace, à en juger par le nombre d’avortements qui diminue en Ohio. Les partisans de ce genre de tactiques légales entendent poursuivre leur chemin. « L’avortement est légal, lance le président de l’Ohio Right to Life, Mike Gonidakis. Ça prend une approche légale pour sauver le plus de bébés possible. Nous allons continuer cette approche des petits pas et changer l’opinion des gens », indique-t-il.

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Des clients chez un marchand de café Photo : Open Carry Texas

Les événements de Moncton suivent un scénario qui est malheureusement trop familier pour les Américains. Des balles blessent et tuent des innocents, le suspect est rapidement identifié, sa vie numérique vite scrutée à la recherche d’indices pour expliquer ce qui s’explique difficilement. La page Facebook du suspect de Moncton est souvent citée. Il y tient un discours qui s’apparente à celui de certains militants proarmes aux États-Unis : le deuxième amendement (le port d’armes), le besoin de se défendre contre l’État et ses policiers. Ce qui fait penser à des événements survenus récemment au Texas, où des militants ont poussé bien loin leurs revendications. Trop loin, disent plusieurs.

Attention, je ne prétends pas qu’il y a un lien entre l’homme soupçonné d’avoir tué trois policiers à Moncton et les militants du Texas. Je ne veux pas non plus laisser entendre que les gestes sont de la même gravité. Bien au contraire. Ce que je vois, ce sont des similitudes dans les discours. Est-ce que la parole mène aux actes? Je ne suis pas capable d’en juger. Mais rappelez-vous qu’après des tueries semblables à celle de Moncton, certains militants américains se sentent obligés de hausser le ton pour défendre leur droit aux armes.

Au Texas, il est légal de se promener avec une carabine bien en vue, mais on ne peut pas montrer son arme de poing. Cela permet aux membres de l’Open Carry Texas de manifester d’une manière spectaculaire… et légale. Sur le trottoir, devant un commerce, au rayon des jouets dans une grande surface. Ils se tiennent debout, calmement, un fusil de chasse ou un fusil d’assaut en bandoulière. Pourquoi font-ils cela? C’est pour revendiquer leur droit, pour répondre aux commerçants qui ne veulent pas de clients armés chez eux. Des gens d’affaires qui craignent que la vue d’un AR-15 ne fasse peur aux clients.

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Photo : Open Carry Texas

En toile de fond, il y a les efforts pour légaliser le port d’arme visible (open carry) dans le plus grand nombre d’États américains possible. Mais une récente manifestation à Fort Worth semble être allée trop loin aux goûts de plusieurs. Une poignée de manifestants, carabine ou fusil d’assaut à l’épaule, ont suivi un ancien soldat qui les filmait. Ils l’ont intimidé, insulté (« Tu vas pleurer? Tu sembles sur le point de pleurer »). L’ancien marine, pourtant musclé, a préféré battre en retraite devant le groupe armé. La confrontation a été filmée, la vidéo a beaucoup circulé, avant d’être retirée. Des femmes qui militent pour un meilleur contrôle des armes à feu ont aussi goûté à une médecine semblable.

Dans le cas de l’ex-marine, même la puissante National Rifle Association (le principal lobby d’armes à feu) a condamné l’attitude des militants proarmes, en parlant de gestes plutôt rares, « assez bizarres » et « franchement effrayants ». Rien, selon la NRA, pour aider l’image des militants proarmes. C’est une rare déclaration pour un lobby habitué à défendre ses membres contre vents et marées. Pour une fois, la NRA semblait tracer une ligne, prendre une position nuancée dans un débat qui en mérite beaucoup plus.

Bien sûr, les gens d’Open Carry Texas n’ont pas aimé. Leurs tactiques semblent en froisser plusieurs. Ils ont menacé la NRA, qui s’est vite rétractée. Elle a parlé d’erreur, blâmé un employé pour avoir « exprimé une opinion personnelle ». La pression était politique et financière. Il reste aussi un arrière-goût d’intimidation. Les seuls gagnants sont peut-être les humoristes, qui peuvent maintenant dire que la NRA est devenue trop libérale…

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Des fillettes dans un abri pour immigrants mineurs à Ciudad Juárez, au Mexique, le 27 mai 2014. Le centre abrite de jeunes Latino-Américains qui n’ont pas réussi à passer la frontière américaine ou qui ont été renvoyés au Mexique après être entrés aux États-Unis illégalement. REUTERS/Jose Luis Gonzalez

C’est « un cauchemar à la frontière », selon un républicain. Semblables aux vagues des boat people, lance une élue démocrate. Le président Obama parle, lui, d’une « situation humanitaire urgente ». En trois ans, le nombre d’enfants et d’adolescents qui tentent de franchir la frontière sud des États-Unis a explosé. Au point où le gouvernement a dû faire appel à l’armée.

On parle ici d’enfants qui tentent d’entrer seuls au pays de l’oncle Sam, sans leurs parents. Des mineurs qui ont souvent moins de 13 ans. Certains n’ont pas 5 ans. Des enfants ou des adolescents qui, très souvent, franchissent le Rio Grande dans la partie sud du Texas. En 2011, les autorités américaines en ont appréhendé environ 4000. Un nombre qui devrait être multiplié par 15 cette année. C’est sans compter ceux qui sont morts en chemin, ceux qui ont été arrêtés avant d’entrer aux États-Unis, ou ceux qui ont réussi et survivent dans la clandestinité. Vous pouvez voir certains de ces jeunes visages.

Certains républicains ont tenté de marquer des points politiques avec cette crise en rejetant la faute sur les politiques de l’administration Obama. Reste que la plupart des mineurs risquent leur vie pour fuir des conditions difficiles en Amérique centrale ou au Mexique. Pensez à la guerre aux narcos, les maras du Salvador. Il y a aussi les déprimantes perspectives économiques de ces pays. Dans certains cas, les parents encourageraient leurs enfants à risquer le voyage. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en a interrogé quelques centaines. Leurs témoignages sont révélateurs.

Les États-Unis ne savent pas trop quoi faire de cette vague de mineurs. Appréhendés, ils sont remis aux soins d’un proche, s’ils en ont, le temps qu’on détermine s’ils peuvent rester légalement au pays. Pour l’instant, des centaines sont hébergés dans des bases militaires américaines. C’est une solution temporaire, qui devrait coûter plus de 2 milliards de dollars au Trésor américain.

La question est bien délicate. Les États-Unis ne veulent pas encourager ce genre de périple dangereux. Elle est aussi difficile sur le plan politique, car l’immigration est une patate chaude pour l’ensemble des élus. Ceux qui entrent clandestinement sont parfois vus comme des tricheurs qui passent devant ceux qui tentent d’entrer légalement. Démocrates et républicains n’arrivent pas à s’entendre sur la façon de traiter les 13 millions de sans-papiers. L’arrivée massive d’enfants va-t-elle les inspirer?

Le « food fight » de Michelle Obama

Vendredi 30 mai 2014 à 17 h 17 | | Pour me joindre

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Ce n’est pas la première dame des États-Unis qui a lancé la première pelure de banane, mais elle a rapidement répliqué avec un pot de yogourt. C’est une métaphore, bien sûr, mais le sujet s’y prête bien. Après tout, il est rare que Michelle Obama se mêle publiquement des affaires du Congrès. Cette semaine, elle a accusé les élus de faire passer la politique avant le bien-être des jeunes Américains.

Michelle Obama tentait d’empêcher certains républicains d’affaiblir une loi qui impose des normes nutritives pour la nourriture servie dans les cafétérias des écoles. Il s’agit du Healthy, Hunger-Free Kids Act, adopté en 2010. C’est une loi qui est chère à la première dame. Depuis l’élection de son mari, elle a consacré beaucoup d’énergie à promouvoir une alimentation plus saine, à éloigner les Américains de la malbouffe et des produits surgelés.

La loi dicte la qualité de la nourriture qui doit être servie dans les écoles grâce à des subventions du gouvernement américain. Depuis 2012, on ne sert plus de poulet frit par exemple. Il faut des pâtes et du pain aux grains entiers, un fruit ou un légume à chaque repas. Cet automne, il va falloir réduire la quantité de sodium dans les plats. Selon les chiffres officiels, la nouvelle recette fonctionne bien dans 9 écoles sur 10.

Mais ça ne marche pas à certains endroits. Les légumes sont jetés aux poubelles, les contenants de compote empilés en pyramides. D’où l’idée de permettre aux écoles de ne pas respecter les normes de santé.

« Avec les prix élevés des fruits et des légumes, on ne peut pas se permettre de nourrir les poubelles. Chaque cent dépensé en grains entiers ou en légume doit aller dans la bouche d’un enfant affamé », a déclaré le responsable d’une cafétéria du Nouveau-Mexique.

Il y a bien sûr de la politique en arrière de tout cela. Certains républicains voient ces normes comme un exemple de mauvaise influence du gouvernement dans la vie des citoyens.

Derrière ce « food fight » (bataille de bouffe), il y a aussi beaucoup d’argent. L’association qui a réclamé l’exemption à la loi est notamment financée par les grandes entreprises liées à l’alimentation comme Domino’s Pizza et Sara Lee Foodservice. À Washington, l’industrie alimentaire au complet dépense des millions pour faire valoir ses points de vue.

Michelle Obama a bien sûr beaucoup d’appuis dans cette lutte. Notamment ceux qui craignent que les États-Unis ne perdent du terrain dans la lutte à l’obésité. La première dame a perdu cette manche (l’exemption progresse à la Chambre), mais elle ne semble pas vouloir cesser le « food fight ».

Comment démolir Détroit

Mercredi 28 mai 2014 à 14 h 42 | | Pour me joindre

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Une maison abandonnée dans le quartier de Brush Park, à Détroit PHOTO : AP/Carlos Osorio
Une maison abandonnée dans le quartier de Brush Park, à Détroit (PHOTO : AP/Carlos Osorio)

Les problèmes de Détroit sont bien connus. Racisme, corruption, incompétence. L’ancien moteur industriel des États-Unis est devenu synonyme d’échec urbain, une ville à l’abandon digne des films apocalyptiques. Un endroit où l’éclairage manque, où les pompiers ne se présentent pas toujours sur les lieux d’un incendie.

Mais Détroit a aussi de nombreux partisans. Des optimistes qui ne veulent pas abandonner la ville, qui croient qu’elle peut renaître, redevenir fière et prospère. Pour ceux-là, trois nombres sont venus souligner l’ampleur du défi :

  • 84 641: c’est la quantité de structures délabrées dans une ville grande comme San Francisco, Boston et l’île de Manhattan combinée;
  • 2 milliards : c’est combien cela devrait coûter pour démolir ce qui n’est plus utilisable, rénover ou reconstruire ce qui en vaut la peine;
  • 456 millions (1/5 des 2 milliards) : c’est la quantité d’argent déjà promise pour faire le ménage.

Ces données viennent d’un groupe de travail consacré spécialement à l’élimination des structures vacantes. L’ampleur de la tâche peut en décourager plusieurs (vous pouvez visiter un quartier bien typique ici). Détroit semble avoir réuni les conditions nécessaires : un nouveau maire, un plan pour restructurer ses finances… et un vent d’optimisme.

Reste à voir si le vent soufflera assez fort et assez longtemps.