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Le « food fight » de Michelle Obama

Vendredi 30 mai 2014 à 17 h 17 | | Pour me joindre

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Ce n’est pas la première dame des États-Unis qui a lancé la première pelure de banane, mais elle a rapidement répliqué avec un pot de yogourt. C’est une métaphore, bien sûr, mais le sujet s’y prête bien. Après tout, il est rare que Michelle Obama se mêle publiquement des affaires du Congrès. Cette semaine, elle a accusé les élus de faire passer la politique avant le bien-être des jeunes Américains.

Michelle Obama tentait d’empêcher certains républicains d’affaiblir une loi qui impose des normes nutritives pour la nourriture servie dans les cafétérias des écoles. Il s’agit du Healthy, Hunger-Free Kids Act, adopté en 2010. C’est une loi qui est chère à la première dame. Depuis l’élection de son mari, elle a consacré beaucoup d’énergie à promouvoir une alimentation plus saine, à éloigner les Américains de la malbouffe et des produits surgelés.

La loi dicte la qualité de la nourriture qui doit être servie dans les écoles grâce à des subventions du gouvernement américain. Depuis 2012, on ne sert plus de poulet frit par exemple. Il faut des pâtes et du pain aux grains entiers, un fruit ou un légume à chaque repas. Cet automne, il va falloir réduire la quantité de sodium dans les plats. Selon les chiffres officiels, la nouvelle recette fonctionne bien dans 9 écoles sur 10.

Mais ça ne marche pas à certains endroits. Les légumes sont jetés aux poubelles, les contenants de compote empilés en pyramides. D’où l’idée de permettre aux écoles de ne pas respecter les normes de santé.

« Avec les prix élevés des fruits et des légumes, on ne peut pas se permettre de nourrir les poubelles. Chaque cent dépensé en grains entiers ou en légume doit aller dans la bouche d’un enfant affamé », a déclaré le responsable d’une cafétéria du Nouveau-Mexique.

Il y a bien sûr de la politique en arrière de tout cela. Certains républicains voient ces normes comme un exemple de mauvaise influence du gouvernement dans la vie des citoyens.

Derrière ce « food fight » (bataille de bouffe), il y a aussi beaucoup d’argent. L’association qui a réclamé l’exemption à la loi est notamment financée par les grandes entreprises liées à l’alimentation comme Domino’s Pizza et Sara Lee Foodservice. À Washington, l’industrie alimentaire au complet dépense des millions pour faire valoir ses points de vue.

Michelle Obama a bien sûr beaucoup d’appuis dans cette lutte. Notamment ceux qui craignent que les États-Unis ne perdent du terrain dans la lutte à l’obésité. La première dame a perdu cette manche (l’exemption progresse à la Chambre), mais elle ne semble pas vouloir cesser le « food fight ».

Comment démolir Détroit

Mercredi 28 mai 2014 à 14 h 42 | | Pour me joindre

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Une maison abandonnée dans le quartier de Brush Park, à Détroit PHOTO : AP/Carlos Osorio
Une maison abandonnée dans le quartier de Brush Park, à Détroit (PHOTO : AP/Carlos Osorio)

Les problèmes de Détroit sont bien connus. Racisme, corruption, incompétence. L’ancien moteur industriel des États-Unis est devenu synonyme d’échec urbain, une ville à l’abandon digne des films apocalyptiques. Un endroit où l’éclairage manque, où les pompiers ne se présentent pas toujours sur les lieux d’un incendie.

Mais Détroit a aussi de nombreux partisans. Des optimistes qui ne veulent pas abandonner la ville, qui croient qu’elle peut renaître, redevenir fière et prospère. Pour ceux-là, trois nombres sont venus souligner l’ampleur du défi :

  • 84 641: c’est la quantité de structures délabrées dans une ville grande comme San Francisco, Boston et l’île de Manhattan combinée;
  • 2 milliards : c’est combien cela devrait coûter pour démolir ce qui n’est plus utilisable, rénover ou reconstruire ce qui en vaut la peine;
  • 456 millions (1/5 des 2 milliards) : c’est la quantité d’argent déjà promise pour faire le ménage.

Ces données viennent d’un groupe de travail consacré spécialement à l’élimination des structures vacantes. L’ampleur de la tâche peut en décourager plusieurs (vous pouvez visiter un quartier bien typique ici). Détroit semble avoir réuni les conditions nécessaires : un nouveau maire, un plan pour restructurer ses finances… et un vent d’optimisme.

Reste à voir si le vent soufflera assez fort et assez longtemps.

La fin de semaine dernière marquait le début de l’été pour les Américains. Ce long week-end a vraiment mal commencé. Une autre fusillade meurtrière a éclaté vendredi soir. Cette fois-ci, c’est un campus dans un coin idyllique du pays qui est touché.

Comme c’est souvent le cas après ce genre d’événement tragique, les Américains se posent des questions sur leurs relations aux armes à feu. Il est difficile de ne pas être ébranlé par la souffrance et la colère de Richard Martinez, le père d’une des jeunes victimes.

« Pourquoi Chris est-il mort? Chris est mort à cause de politiciens lâches et irresponsables et à cause de la NRA (le lobby des armes à feu). Ils parlent du droit des propriétaires d’armes. Mais qu’en est-il du droit de Chris à vivre? Quand cessera toute cette folie? Quand les gens diront-ils : cessez cette folie, on n’a pas besoin de vivre ainsi? Trop de gens sont morts. On devrait se dire : pas un de plus », a-t-il dénoncé.

En sanglot, le père rappelle la promesse rompue des politiciens après la fusillade à l’école primaire Sandy Hook, fin 2012. Au niveau fédéral, rien n’a été fait pour restreindre l’accès aux armes. Et les tueries qui ont éclaté dans les 18 derniers mois n’ont pas fait bouger les politiciens davantage.

Le drame d’Isla Vista a aussi relevé un autre malaise : la misogynie des Américains. Pas tous les Américains, bien sûr (et ça vaut la peine d’être répété : personne ne dit que tous les Américains sont misogynes), mais ils semblent être en nombre assez grand pour enflammer l’univers des médias sociaux. Voyez la rapidité à laquelle le mot-clic #YesAllWomen s’est propagé en fin de semaine.

Sur Twitter, c’est plus de un million et demi de messages échangés en quelques jours. Tout ça bien sûr en réaction aux commentaires du tueur de vendredi soir. Sur sa dernière fameuse vidéo, Elliot Rodgers se demande « pourquoi les filles ne sont pas attirées » par lui. Il promet de les punir pour ce qu’il considère être « une injustice ».

Le mot-clic permet de dénoncer des comportements haineux, méprisants envers les femmes. Ce qu’elles vivent au quotidien au bureau, sur le trottoir, dans les fêtes. J’en traduis quelques-uns, pris au hasard :

    • « Parce que j’ai un conjoint est plus efficace que je ne suis pas intéressé. Les hommes respectent les autres hommes davantage que mon droit de dire non. »
    • « Parce que l’on enseigne aux femmes d’utiliser leurs clés comme arme en cas d’attaque dans un stationnement. »
    • « Les hommes ont peur que les femmes rient d’eux. Les femmes ont peur que les hommes les tuent. » – Margaret Atwood.
    • « Les policiers m’ont demandé « mais que portais-tu? » quand j’ai déposé une plainte pour viol. »

Certains espèrent que la tragédie de Santa Barbara déclenche de véritables discussions sur les relations hommes femmes aux États-Unis. C’est peut-être une conversation justifiée. De récentes études estiment qu’une Américaine sur cinq sera violée ou agressée durant ses années universitaires. C’est scandaleux aux yeux du vice-président Joe Biden : « Si vous saviez qu’il y avait 20 % de probabilité qu’un fusil soit pointé sur votre fils, vous y penseriez deux fois avant de le déposer [à l'université] », a-t-il dit.

Selon vous, cette misogynie que dénoncent les Américaines est-elle aussi visible au Canada?

Ce sont des images dont le gouvernement américain ne reconnaissait même pas l’existence jusqu’à tout récemment. Ce qu’elles montrent entre dans la catégorie des horreurs liées aux guerres. Le genre de sujet que la plupart des Américains préfèrent éviter. Les vidéos montrent ce qui arrive lorsqu’on insère un tube de plastique dans les narines d’un détenu à Guantanamo pour le forcer à manger.

Le Syrien Abu Wa’el Dhia fait la grève de la faim. Les autorités confirment qu’elles n’ont rien à lui reprocher, mais sa détention se poursuit, et sa grève de la faim aussi. Les soldats utilisent des tubes pour forcer des liquides dans son estomac. Il s’agit là d’une façon d’éliminer la menace qui vient avec pareil moyen de pression : la mort du gréviste. En secret, plusieurs séances ont été filmées. L’avocat du détenu a demandé à voir ces fameuses vidéos. Un tribunal de Washington vient de forcer le gouvernement à les lui montrer. Abu Wa’el Dhia, lui, a expliqué comment il se sentait lorsque ses gardiens forçaient un tube dans son corps.

« En me tenant la tête, le policier militaire m’étouffe parfois, explique-t-il dans une déposition devant un tribunal de Washington. Et avec tous ces nerfs dans mon nez, le passage du tube, c’est de la torture. Particulièrement quand le policier militaire me tient le cou. Parfois, le tube s’accroche (aux parois) en passant dans ma gorge. Ils ne sont pas capables de le pousser plus loin. Dans ces cas-là, je leur demande de filmer. Et ils refusent. »

Les autorités voient l’insertion de tube comme la façon la plus humaine de les garder en vie.  Il y a toujours une centaine de détenus à Guantanamo. On ne sait trop combien ont choisi de faire la grève de la faim. Au moins deux autres détenus auraient aussi demandé à ce que les images de leur alimentation forcée soient préservées. Vous pouvez lire la requête de l’un d’eux ici.

Vous pouvez aussi regarder cette animation qui dépeint la fameuse procédure, si vous en avez le courage :

Le Tea Party en perte de vitesse?

Mercredi 21 mai 2014 à 18 h 17 | | Pour me joindre

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La saison des primaires est bien enclenchée aux États-Unis. Et cette année, les candidats appuyés par le Tea Party mordent la poussière. Les candidats plus modérés, souvent des élus de longue date, réussissent à demeurer le candidat du Parti républicain aux élections de mi-mandat de novembre. Est-ce que la révolte de 2010 en est à son dernier souffle? Pas si vite, répondent plusieurs. Voici pourquoi en trois points.

1) Oui, l’argent et l’expérience font la différence.

Des groupes comme la Chambre de commerce et l’Association des hôpitaux ont investi des millions de dollars pour nuire aux candidats du Tea Party, au profit de candidats plus modérés. Au Kentucky, par exemple, le chef de file de la minorité républicaine au Sénat faisait face à un millionnaire appuyé par l’un des groupes de conservateurs plus radicaux. Mitch McConnell, en poste depuis 1985, a puisé dans des fonds bien généreux pour « diaboliser » son adversaire dans un barrage publicitaire. La stratégie a fonctionné et il a facilement balayé Matt Bevin, un rival peu expérimenté, après l’avoir forcé à commettre des erreurs. D’autres candidats appuyés par le Tea Party ont connu un sort semblable.

Les sommes investies donnent cependant le vertige. Plus de 14 millions de dollars ont été injectés dans la campagne primaire au Kentucky, où à peine peu plus de 830 000 électeurs ont voté. (N’oubliez pas, la primaire, ce n’est qu’une première ronde, un réchauffement, avant l’élection de novembre où l’on dépensera bien plus…) Les républicains modérés semblent avoir mis le paquet dans les courses importantes, celles qui pourraient déterminer quel parti contrôlera le Sénat l’an prochain. Certains analystes estiment que le prix pour défendre le poste d’un élu, devant des candidats du même parti, a doublé en 12 ans.

2) Attention, ceux qui sont choisis par les républicains penchent plus à droite…

Plusieurs l’avaient noté, et le président de la Chambre, le républicain John Boehner, a pris la peine de le souligner. Il y a peu de différence entre des candidats appuyés par le Tea Party et les autres républicains. Une distinction notable de la part d’un républicain considéré comme près de l’establishment, donc plutôt modéré. « Nous sommes contre Obamacare (la réforme de l’assurance maladie), nous pensons que les impôts sont trop élevés, nous pensons que le gouvernement est trop gros. »

Bien des candidats républicains choisis semblent en effet avoir adopté une partie du message qui a fait la force du Tea Party. Ils réclament moins d’intervention gouvernementale dans leur vie, se sont prononcés contre une réforme de l’immigration et ne parlent pas trop de la lutte contre les changements climatiques. Mitch McConnell avait probablement ce genre de calcul en tête lorsqu’il a voté contre une motion pour relever le plafond de la dette récemment. C’est le genre de vote qui permet de présenter une image plus conservatrice dans des pubs télé.

3) En fait, il semble y avoir moins de tension entre les modérés et les plus radicaux.

Souvenez-vous de la paralysie du gouvernement fédéral l’automne dernier. Les républicains plus radicaux ne voyaient pas de problèmes à placer les États-Unis en défaut de paiement. L’important, c’était de miner la réforme de la santé du président Obama. Après deux semaines de paralysie, les plus modérés ont eu le dessus et ont voté avec les démocrates. À ce moment, les deux factions du Parti républicain étaient à couteaux tirés. Certains invoquaient même une possible séparation du Grand Old Party en deux.

L’époque semble révolue. Prenez l’Iowa : une candidate républicaine a l’appui des modérés et des plus radicaux. Certaines de ses pubs font d’ailleurs bien rire… Certains groupes proches du Tea Party ont même appelé à l’unité en prévision des élections de novembre… comme quoi une bonne chicane de famille (la paralysie du gouvernement) peut rapprocher tout le monde.

Cette unité retrouvée, si elle tient la route, peut bien sûr ajouter aux probabilités que les républicains reprennent le contrôle du Sénat cet automne. S’ils contrôlent les deux chambres, ils peuvent bloquer l’agenda du président Obama à loisir…

Vendre des t-shirts sur des tombes

Mardi 20 mai 2014 à 16 h 48 | | Pour me joindre

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Le musée du 11 septembre à New York
Le musée du 11 Septembre à New York

À New York, l’ouverture au grand public du musée dédié aux attentats de septembre 2001 n’échappe pas à la controverse. Comme à presque toutes les étapes de la reconstruction à Ground Zero. Cette fois-ci, ce n’est pas le musée lui-même qui attire les critiques,  mais la présence d’une boutique de souvenirs sur le site même des attentats. Certains y voient une tempête dans un verre d’eau, mais plusieurs y voient l’insulte suprême à la mémoire des 3000 disparus.

On a dit beaucoup de bien des installations du musée, inaugurées la semaine dernière par le président Obama. L’exposition aurait trouvé le ton juste, sobre, solennel. Le genre de visite qui arracherait des larmes. Le rôle de la boutique souvenir, c’est d’arracher quelques dollars de plus (l’entrée coûte 24 $ par adultes). À ce chapitre, les responsables du musée semblent en avoir trouvé pour tous les goûts. Il y a les épinglettes, les livres et les chandails. Le genre de souvenirs qui se vend dans bien des musées. À Ground Zero, il y a aussi les tapis de souris, les parapluies, les étuis à téléphone cellulaire, les animaux en peluche (un berger allemand de recherche), les petites répliques des camions de pompiers, les répliques des tours jumelles. Trop, c’est trop, aux yeux de nombreux Américains.

« C’est la chose la moins sensible, la plus obscène que d’avoir une entreprise commerciale à l’endroit même où mon fils est mort, a lancé Diane Horning au New York Post. C’est un peu notre tombeau au soldat inconnu. De vendre des babioles, je trouve cela choquant et répugnant. »

La colère de la femme souligne une distinction entre ce musée et les autres qui ont des boutiques souvenirs. Celui du 11 Septembre est bâti à l’endroit même où les restes non identifiés d’un millier de disparus sont enterrés. Est-ce correct de vendre des porte-clés à cet endroit? Certains croient que les souvenirs auraient dû être affichés un peu plus loin, en retrait.

Les responsables du musée défendent leurs choix. « Les profits des ventes servent à développer et soutenir » le musée, ont-ils écrit sur leur site web. Les achats, donc, servent à créer un lieu de réflexion et de souvenir. C’est peut-être ironique : les tours jumelles n’ont-elles pas été attaquées parce qu’elles représentaient un symbole du capitalisme?

Et vous, achèteriez-vous un souvenir à Ground Zero? Vous aurez le temps d’y penser, il y a aussi un café sur place…

Et de 18!

Lundi 19 mai 2014 à 18 h 02 | | Pour me joindre

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Mise à jour :  Moins de 24 heures après la publication de ce billet, un autre tribunal invalide les dispositions contre le mariage gai. Ce genre d’union est permis en Pennsylvanie.

Il n’aura fallu que quelques minutes après la décision d’un juge pour que le premier mariage gai d’Oregon soit célébré, dans un édifice gouvernemental de Portland. Pendant que Deanna Geiger et Janine Nelson (on les voit dans la photo) échangeaient leurs vœux, d’autres couples homosexuels attendaient leur tour en file. Preuve que la décision du juge Michael McShane était plus qu’espérée… elle était attendue.

Le juge a invalidé une loi qui définissait le mariage dans l’État comme l’union d’un homme et d’une femme. La loi avait 10 ans. Autant dire qu’elle date d’une autre époque. Une « vieille époque » qui semble sur le point d’être révolue. Cela ne fait pas un an que la Cour suprême des États-Unis a rendu deux décisions historiques pour les mariages de couples de même sexe. Depuis, 13 tribunaux différents ont penché dans la même direction.

Plus de 4 Américains sur 10 habitent maintenant dans un État (il y en a 19, en comptant le District de Columbia) qui accorde aux homosexuels le droit de se marier. D’autres offrent certains avantages légaux, sans permettre le mariage. Pour faire avancer leurs causes, les militants ont choisi d’avoir recours aux tribunaux, une stratégie qui semble fonctionner. Et ce n’est pas que de l’activisme judiciaire. Les décisions des tribunaux semblent coller à l’opinion des Américains. Plusieurs États interdisent encore de telles unions. Mais la douzaine de récentes décisions légales indique que ce n’est qu’une question de temps…

La saison des coups bas est ouverte

Mercredi 14 mai 2014 à 23 h 40 | | Pour me joindre

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La déclaration est d’abord passée inaperçue. Puis, un tabloïd new-yorkais l’a reprise, ce qui a été suffisant pour déclencher une avalanche de critiques et de commentaires. Après tout, l’accusation vient d’un maître stratège républicain. La cible n’est nulle autre que la femme que plusieurs voient déjà comme la prochaine présidente des États-Unis.

Hillary Clinton à sa sortie de l’hôpital, le 2 janvier 2013, entourée des membres de sa famille.

La semaine dernière, Karl Rove (le stratège dont les talents ont permis l’élection de George W. Bush) a laissé entendre qu’Hillary Clinton n’avait pas tout dit à propos d’un accident qui l’a conduit à l’hôpital à la fin 2012, alors qu’elle était secrétaire d’État. Officiellement, il s’agit d’une commotion cérébrale et d’un caillot au cerveau, une explication pas assez convaincante pour M. Rove. « Elle passe 30 jours à l’hôpital, a-t-il lancé. Et quand elle ressort, elle porte des lunettes qui sont uniquement pour des gens qui ont subi des lésions cérébrales traumatiques? On a besoin de savoir ce qui en est vraiment. »

Les porte-parole de l’ancienne première dame ont rapidement tenté d’éteindre le feu. « SVP, dites au docteur Rove qu’elle est à 100 % », a-t-on expliqué. Mais le mal était fait. La machine à spéculation américaine s’est emballée. Karl Rove a essuyé bien des critiques pour une affirmation jugée bien basse.

Même son mari Bill Clinton a dû se prononcer. « J’étais abasourdi, a lancé l’ex-président. Elle s’entraîne chaque semaine. Elle est probablement plus en forme que moi. »

Bill Clinton a aussi tenté de minimiser le tout avec humour. « Ils (les républicains) affirment qu’elle passe une audition pour un rôle dans (la série de zombies) The walking dead. Il ne faut pas trop se fâcher, ce n’est que le début. » En parlant de début, l’ex-président laisse entendre que les attaques vont empirer si sa femme se lance dans la course à la présidence. (La réaction des Clinton est d’ailleurs jugée bien révélatrice, aux yeux de certains observateurs.)

Maladroite ou pas, c’est une salve bien personnelle qu’a servi le stratège républicain. Et Karl Rove ne semble pas vouloir s’arrêter là…  Il rappelle qu’Hillary Clinton aura 69 ans à la fin de 2016, que son état de santé pourrait inquiéter les électeurs. Ses gestes rappellent aussi que les adversaires de la candidate pressentie seraient bien sans pitié lors de la prochaine campagne.

L'enlèvement des jeunes Nigérianes a déclenché un mouvement de soutien qui s'étend partout sur la planète, notamment sur Twitter et Facebook, où plusieurs personnalités ont lancé un appel à la libération des adolescentes.
L’enlèvement des jeunes Nigérianes a déclenché un mouvement de soutien qui s’étend partout sur la planète, notamment sur Twitter et Facebook, où plusieurs personnalités ont lancé un appel à la libération des adolescentes.

La planète s’est levée en bloc cette semaine pour s’indigner haut et fort contre l’enlèvement de 276 étudiantes par des djihadistes du groupe Boko Haram, au nord du Nigeria. Aujourd’hui, 223 de ces jeunes filles sont encore aux mains de leurs ravisseurs, près d’un mois après l’enlèvement.

Un blogue de Sophie Langlois

Il aura fallu des mères désespérées devant l’inaction de leur gouvernement et des groupes de femmes mobilisés au Nigeria pour propulser la colère locale sur les écrans du monde, grâce aux réseaux sociaux, alimentés par les chapitres britanniques et américains d’ONG nigérianes. Trois semaines après leur disparition, nos gouvernements bougent enfin. Que font-ils? Voici la réponse que j’ai reçue par courriel vendredi à 21:30, d’un porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Canada.

« Le Canada a offert son aide aux autorités nigérianes dans leurs efforts pour assurer la libération de ces jeunes filles. Le Canada travaille avec le Nigeria et avec ses partenaires américains et britanniques pour déterminer la meilleure façon d’offrir son soutien dans cette situation sérieuse et difficile. Le Canada sera toujours solidaire pour combattre la menace internationale que représente le terrorisme. Nous n’avons pas d’autres informations à partager à ce stade-ci. »

Si cette formidable indignation planétaire ne se transforme pas en action, elle n’aura servi à rien. Il faudra continuer de talonner les Barack Obama, François Hollande, David Cameron et John Baird qui se sont levés cette semaine, la main sur le coeur, pour dénoncer l’horreur que vivent 223 fillettes dans la savane africaine depuis un mois. L’ont-ils fait simplement pour réagir à l’indignation de leur électorat?

S’ils veulent vraiment aider, ce combat contre le terrorisme dans le Sahel doit se faire « sur la durée », comme le disait le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Il ne suffira pas de sauver les 223 étudiantes transformées en esclaves sexuelles depuis le 14 avril. Il faudra protéger toutes les écoles devenues les cibles privilégiées de ces islamistes extrémistes. Et, surtout, combattre la haine, ancrée dans un profond sentiment d’aliénation et d’injustice qui anime les populations du nord du Nigeria, du nord du Mali, du nord du Niger où les groupes terroristes recrutent et nourrissent des jeunes qui n’ont rien devant eux.

En janvier dernier, la France inaugurait un nouveau hangar à Niamey, au Niger, juste à côté de celui des Américains. Les deux nations y abritent notamment des drones capables de rapporter en temps réel des images d’une grande précision : un homme portant un fusil est visible depuis 8000 mètres d’altitude à 15 kilomètres de distance. On avait les moyens de trouver ces filles et leurs agresseurs dans les premiers jours suivant le kidnapping. Encore fallait-il vouloir les déployer.

Si le gouvernement nigérian avait pris cette prise d’otages au sérieux, au lieu de la minimiser pendant deux semaines, jusqu’à la nier dans le cas de la First Lady, les filles seraient probablement déjà de retour chez elles. Il est encore possible de les sauver, mais ça prendra plus que la réponse vague fournie par le gouvernement canadien.

Un bouc émissaire nommé Donald Sterling

Mercredi 30 avril 2014 à 15 h 59 | | Pour me joindre

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Paul Millsap (24) du Jazz de l’Utah et Ryan Hollins (15) des Clippers de Los Angeles Photo : AFP/JEFF GROSS

La controverse entourant le propriétaire des Clippers de Los Angeles a rapidement touché une corde bien sensible aux États-Unis. À peu près tout le monde y a ajouté son grain de sel. Le président Barack Obama, lui-même noir, croit que « quand les ignares veulent montrer leur ignorance, il n’y a rien d’autre à faire que de les laisser parler ». Cette semaine, personne ne semble aimer Donald Sterling aux États-Unis. Encore moins depuis que la NBA l’a puni si fortement et l’a répudié si publiquement.

En quelques jours, Donald Sterling est devenu le symbole du raciste ignorant et intolérant. Celui venu d’une autre époque. Le cinéaste Spike Lee est même allé jusqu’à le comparer à un esclavagiste (« the mentality of a slave master »,  a-t-il lancé à CNN, après avoir marqué une pause, comme pour bien peser le poids de ses mots).

Dans le passé, Donald Sterling avait déjà été accusé de racisme. Des poursuites ont été intentées contre lui. Après des années de tolérance, la NBA s’est finalement résolue à sanctionner son comportement. « C’est contraire aux principes d’inclusion et de respect » de la NBA, une ligue « multiculturelle et multiethnique ».

Les Américains ont été très nombreux à applaudir les sanctions contre Donald Sterling. Ils ont aussi salué le courage du nouveau commissaire de la NBA Adam Silver. L’ancien n’avait rien fait, malgré les multiples allégations de racisme lancées par des joueurs, des employés et des locataires de ses appartements. Ce qu’on a moins entendu, c’est un rappel que le racisme est encore bien présent dans l’ensemble de la population américaine. Des Donald Sterling, il y en a probablement des milliers aux États-Unis. La grande différence avec le milliardaire? Leurs commentaires privés ne sont pas diffusés aussi publiquement. Aux sondeurs, ils sont cependant prêts à l’admettre.

« C’est un rappel très clair, a lancé Kevin Johnson, un ancien joueur vedette de la NBA (aujourd’hui maire de Sacramento). Nous avons encore beaucoup de travail à faire. Oui, nous avons un président afro-américain. Oui, la justice a été rapide (dans le cas Sterling). Tout cela nous rappelle que la haine et le sectarisme sont encore bien présents. J’espère que chaque intolérant dans ce pays voit ce qui est arrivé à M. Sterling et qu’il reconnaisse que, s’il peut être puni, vous pouvez l’être aussi. »

Le joueur canadien Steve Nash (un Blanc) a aussi fait des commentaires dans le même sens. L’intolérance est subtile, discrète. Par exemple, on conteste devant les tribunaux la légalité des programmes de discrimination positive, notamment pour l’entrée à l’université. La Cour suprême a récemment tranché contre la discrimination positive. Une décision qui a été hautement décriée par l’une des juges, la première hispanophone à siéger au plus haut tribunal du pays.

Depuis l’élection de Barack Obama, les Américains se disent plus racistes qu’auparavant. Prenez les statistiques et voyez par vous-même. Séparez les Américains selon la couleur de leur peau. C’est frappant et presque immanquable : plus la peau est pâle, plus facile semble la vie aux États-Unis. Même les bambins à la peau noire auraient la vie plus difficile à l’école.

Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu de progrès depuis les émeutes raciales des années 60. Les données illustrées au bas de cette page montrent une certaine progression de la qualité de vie des Afro-Américains. Mais comme l’indique le titre de l’article, l’égalité raciale est encore insaisissable. Ce qui est plus palpable, ce sont les commentaires de Donald Sterling. Il est devenu un symbole du racisme, un symbole bien visible pour un problème qu’il est plus facile d’ignorer.