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Centrafrique : machettes oubliées

Vendredi 31 janvier 2014 à 17 h 31 | | Pour me joindre

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SRCLanglois

Au moins 60 personnes ont été tuées à Bangui depuis trois jours, lit-on dans la dernière dépêche sur la crise en Centrafrique, que l’ONU qualifie maintenant de « prégénocidaire ».

Le vrai bilan est bien pire, ajoute un porte-parole de la Croix-Rouge. Beaucoup de familles enterrent elles-mêmes leurs enfants, décédés avant d’avoir pu atteindre les services de santé. Quand un père musulman défie l’insécurité pour transporter un fils blessé à la machette, les deux risquent de se faire attaquer en route, ou même à l’hôpital.

Depuis 10 mois, ce magnifique pays s’est tranquillement transformé en enfer, dans l’indifférence planétaire. Depuis quelques jours, une multitude d’ONG et d’organismes de l’ONU tentent de secouer les consciences.

Le directeur général de l’UNICEF, Anthony Lake, qui est en Centrafrique ces jours-ci, dit que « le risque d’un nouveau cycle d’atrocités et de violences barbares est présent. Cela pourrait déraper de façon terrible, très très rapidement ».

Depuis deux mois, ce sont surtout des musulmans – qui représentent 15 % de la population – qui se font lyncher par des foules de chrétiens en colère.

Des musulmans innocents, souvent des femmes et des enfants, qu’on tue à coups de machette seulement en raison de leur confession. On les associe aux rebelles de la Séléka, cette rébellion à majorité musulmane qui a renversé le gouvernement de François Bozizé en mars, et qui avait passé les mois suivants à attaquer des églises, des écoles, des villages, et des chrétiens surtout, car ils sont plus de 80 % en Centrafrique.

Depuis le début du mois de janvier, depuis le départ de Michel Djotodia, le chef de la rébellion, qui s’était autoproclamé président, les rebelles sont en fuite. Et les chrétiens, qui ont été leurs victimes, se vengent.

La rage populaire fait tache d’huile, une réaction qui n’avait pas été prévue par la France. Les forces françaises ont cru qu’en se débarrassant des rebelles de la Séléka qui régnaient en rois et maîtres depuis mars, elles pourraient facilement reprendre le contrôle de Bangui et du reste du pays. Mais quand les rebelles sont partis, des milices chrétiennes d’abord, puis la population, se sont déchaînées contre tout ce qui est musulman pour relancer le cycle de violence et les fuites de population.

Selon Médecins sans frontières (MSF), la Centrafrique vit l’une des plus importantes crises humanitaires sur la planète, avec la Syrie et la République démocratique du Congo. Plus de 1 million de personnes (25 % de la population centrafricaine) sont déplacées, la majorité dans la brousse, où ils n’ont ni toit ni eau potable, et très peu de nourriture.

Le Dr Amos Hercz, un médecin montréalais qui revient tout juste d’une mission d’un mois à Bangui avec MSF, a vu des horreurs tous les jours. « On tue des enfants innocents à coups de machette, c’est terrible. Mais il ne faut pas oublier que les infections font plus de morts que les armes. Pour un mort par balle ou par machette, il y a 30 morts par infection, par paludisme, par diarrhée, etc. », dit-il.

Malgré tous les cris d’alarme qui se multiplient, on accorde beaucoup moins d’attention aux massacres qui se déroulent en ce moment en Centrafrique qu’au génocide rwandais, dont on soulignera le 20e anniversaire en avril. Pourquoi?

Écoutez ma chronique à l’émission 15-18

C’était subtil, mais Barack Obama a montré sa frustration dans son discours sur l’état de l’Union. Il était tout sourire, a même lancé quelques blagues. N’empêche, celui qui occupe l’un des postes les plus prestigieux et puissants de la planète faisait penser à un enfant frustré. Un de ces gamins qui menace de cesser de jouer parce que les autres gagnent trop souvent ou parce qu’ils trichent. Mardi soir, Barack Obama a lancé un message simple aux 535 membres du Congrès : vous faites comme je veux, ou je vais jouer tout seul. Une attitude qui a beaucoup à voir avec le calendrier politique.

Les visages du président Barack Obama (centre), du vice-président Joe Biden (gauche) et du président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner (droite) en disaient long sur la soirée de chacun.
Les visages du président Barack Obama (centre), du vice-président Joe Biden (gauche) et du président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner (droite) en disaient long sur la soirée de chacun.

Bien sûr, le président a tendu la main à l’adversaire républicain, qui contrôle l’une des chambres du Congrès. Barack Obama veut travailler avec eux, faire de 2014, « l’année de l’action ». Sa grande priorité? Aider les dizaines de millions d’Américains qui ne goûtent pas encore aux fruits de la reprise économique. Les pauvres, comme les travailleurs de la classe moyenne, pour qui les salaires ne semblent plus couvrir autant de besoins. Et ceux qui ont si peu pour survivre dans le pays le plus riche de la planète.

L’inégalité (économique) s’est approfondie. La mobilité (l’ascension vers les classes supérieures) est en panne. La vérité toute crue, c’est que même en pleine reprise, trop d’Américains travaillent énormément, seulement pour joindre les deux bouts… encore moins pour améliorer leur sort. Et ils sont trop nombreux à ne pas travailler du tout. — Barack Obama

Des solutions, il en a présenté plusieurs, le président. Le problème, c’est qu’une bonne partie de ses propositions ne sont pas neuves. Les démocrates savent déjà qu’elles déplaisent aux républicains. On peut penser à la hausse du salaire minimum (de 7,25 $/h à 10,10 $/h), au prolongement de l’aide financière à certains chômeurs. L’une des rares suggestions qui ont soulevé l’enthousiasme de tous, c’est sur l’égalité salariale.

Dans les médias, ils sont nombreux à noter le peu d’ambition du menu proposé par le président Obama. Il n’y a rien pour rappeler les thèmes de sa première campagne (l’espoir, le changement), aucune idée qui transformerait la société américaine. Même le contraste avec son précédent discours sur l’état de l’Union est frappant. « C’est l’année durant laquelle il y a un rendez-vous avec la réalité », explique Jack Pitney, un politologue de Californie.

La réalité, c’est que Barack Obama ne semble plus vouloir essayer de collaborer avec les républicains. Pour son premier mandat, il promettait un gouvernement différent, moins partisan. L’aile radicale du Tea Party n’a rien voulu savoir. L’année 2013 a marqué un creux. C’est l’une des années les moins productives du Congrès (au nombre de lois passées, du moins), avec des tensions qui ont mené à la paralysie partielle du gouvernement. La Maison-Blanche change donc de tactique. Le président peut agir seul à bien des égards, contourner un Congrès récalcitrant.

Barack Obama peut signer des décrets, utiliser l’influence de la présidence dans la société civile, à l’extérieur de Washington. Il a déjà annoncé une série de mesures, dont la hausse du salaire minimum pour les employés qui dépendent de contrats fédéraux. Mais son pouvoir est aussi bien limité. Il ne peut légaliser le sort des millions de sans-papiers sans l’appui du Congrès, par exemple.

Malgré tout, les républicains ont été rapides à dénoncer ce changement de ton. On parle du « roi Obama », qui veut gouverner de manière tyrannique. « C’est quelque chose de vraiment effrayant pour les Américains », lance Michelle Bachmann, une proche du Tea Party. D’autres élus menacent le président de poursuites, l’accusant d’abuser de ses pouvoirs.

La réalité, c’est qu’il y a bien des avantages politiques à utiliser des décrets pour faire avancer un agenda. Pour les démocrates, le président agit même dans l’adversité. Pour les républicains, le président en fait trop. Dans les deux cas, ce sont de bons slogans. Et ça sera utile en 2014, une année électorale.

Les élections de mi-mandat, en novembre, teintent déjà à peu près tout ce qui se passe à Washington. Les thèmes du discours d’Obama peuvent être utiles aux démocrates, souligne la politologue Élisabeth Vallet, de la Chaire Raoul-Dandurand (UQAM).

« Il a égratigné au passage le GOP (Grand Old Party) et ses manœuvres dilatoires au Congrès. De la même manière, parler des femmes est gagnant. Elles sont particulièrement touchées dans le sud-est par les restrictions sur l’avortement par exemple, par la paupérisation (l’appauvrissement de la population) aussi. Donc, le président cherche à mobiliser sa base traditionnelle là où ça peut faire la différence. » — Élisabeth Vallet

La réalité pour le président, c’est aussi que les démocrates risquent de perdre le contrôle du Sénat en novembre… et risquent peu de reprendre le contrôle de la Chambre. Devant un Congrès tout républicain, le président démocrate deviendrait alors un canard boiteux… deux ans avant la fin de son dernier mandat. Barack Obama voit sûrement le temps filer et se demande ce que les historiens retiendront de lui.

Il est bien sûr trop tôt pour en juger. Pour l’instant, les deux partis politiques donnent l’impression d’un couple fraîchement divorcé. Les adultes s’ignorent le plus clair du temps, mais sont forcés de se parler pour élever leurs enfants. L’image n’est pas de moi, mais d’un collègue anonyme, cité par la BBC. Elle résume peut-être bien ce que les Américains pensent de leurs dirigeants.

Selon vous, quelle image colle le mieux à la classe politique américaine, ces temps-ci?

La 'une' du prochain numéro du New Yorker est consacrée au scandale qui éclabousse le gouverneur du New Jersey.

La une du prochain numéro du New Yorker est consacrée au scandale qui éclabousse le gouverneur du New Jersey.

Regardez la carte : il y a plus de 350 kilomètres entre Fort Lee, au New Jersey, et Washington, où siègent les élus américains. Pourtant, les embouteillages monstres sur le pont qui relie Fort Lee à New York font jaser bien des gens au cœur de pouvoir américain.

C’est un « must-see tv » au Capitole, disait CNN. L’explication est bien sûr liée aux ambitions politiques d’un politicien du New Jersey. Chris Christie, le gouverneur de l’État, est souvent vu comme le meilleur espoir des républicains qui rêvent de reprendre la Maison-Blanche en 2016.

Mais cette semaine, la dynamique a changé. Pour le gouverneur du New Jersey, les embouteillages de septembre sont devenus un sérieux accrochage en route vers la Maison-Blanche.

L’idée de prendre des automobilistes en otage peut sembler ridicule. Celle d’ordonner une telle manœuvre par courriel surprend encore davantage.

L’ironie, c’est que l’équipe de Chris Christie n’avait pas besoin de faire pression sur le maire de Fort Lee pour assurer la réélection du gouverneur. Il a gagné par une confortable majorité, avec plus de 20 % d’avance. L’appui du maire de Fort Lee n’aurait rien changé à l’issue du vote.

Une image écornée

La machination a changé autre chose. Il n’y a plus la même aura autour de Chris Christie. Il n’est plus le sauveur assuré du parti républicain. Celui que plusieurs voient comme le meneur dans une course qui sera déclenchée dans deux ans.

Gouverneur républicain dans un état démocrate, il a cultivé l’image d’un politicien au franc-parler. Celui qui dit ce qu’il pense plutôt que ce que les sondages lui suggèrent de dire. Ce qui le rend si attrayant pour les républicains, c’est qu’il est un modéré. Un politicien moins partisan que ceux issus du Tea Party. Un homme qui n’hésite pas à travailler avec l’adversaire démocrate pour aider ses concitoyens.

L’image qui colle pour l’instant à la peau du politicien est tout autre. Un politicien calculateur, intimidateur (« bully »), ambitieux. Le « Bridgegate » a souligné à gros traits les défauts de Chris Christie. Certains « insiders » les avaient déjà notés, ce qui l’aurait empêché de devenir candidat à la vice-présidence, aux côtés de Mitt Romney en 2012.

Une conférence de 108 minutes pour s’expliquer

Les adversaires de Chris Christie (dont les républicains qui ont aussi des ambitions présidentielles) prennent des notes, se frottent peut-être les mains en privé.

Chris Christie, lui, continue de minimiser son intérêt pour la Maison-Blanche. Dans une conférence de presse marathon (108 minutes, c’est long; je résume son point de presse ici), le gouverneur a tout fait pour balayer le scandale. Chris Christie nie avoir eu connaissance de cette machination.

Fâché, honteux, il a viré sa chef de cabinet adjointe et pris ses distances d’un autre allié. Surtout, Chris Christie a dit, insisté, répété : il n’a pas demandé cette rétribution politique, ce n’est pas son style. Il n’était pas au courant. Il a plutôt été trahi par des proches qui lui ont menti.

La longue route jusqu’à la Maison-Blanche

C’est une explication que plusieurs ont de la difficulté à accepter. Surtout venant de quelqu’un réputé combatif. C’est aussi une position qui pourrait revenir le hanter dans les prochains mois. Quelques enquêtes sont en cours. Des procédures judiciaires également. Imaginez ce qui restera de sa crédibilité si des documents affirmant le contraire font surface.

La route vers la Maison-Blanche est bien longue, c’est certain. Et les électeurs ont souvent la mémoire courte. Il faudra laisser le temps filer avant de savoir si Chris Christie peut encore prétendre diriger les États-Unis.

De plus en plus de consommateurs chinois, écoeurés par les scandales alimentaires à répétition, se tournent vers les produits biologiques, qui sont pourtant loin d’être fiables dans ce pays.

Lire le reste de l’article d’Yvan Côté.

Mao du même calibre que Staline ou Hitler

Jeudi 26 décembre 2013 à 11 h 38 | | Pour me joindre

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Pendant que les autorités chinoises célèbrent le 120e anniversaire de Mao Tsé-Toung, plusieurs voix s’élèvent pour réclamer la vérité sur le règne meurtrier du dictateur.

Lire le reste de l’article d’Yvan Côté

Le père Noël est déjà passé chez les Obama

Dimanche 22 décembre 2013 à 6 h 53 | | Pour me joindre

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Noël est arrivé tôt à la Maison-Blanche. Deux bonnes semaines avant le reste de la planète. Le 10 décembre, c’est le jour où un républicain et une démocrate ont annoncé qu’ils étaient parvenus à un accord sur le budget. Un accord bien modeste, certes, mais un accord qui offre deux ans de répit aux élus. Plusieurs y voient le début de la fin de la partisanerie sans limites, celle qui a mené les États-Unis au bord d’un précipice budgétaire à plusieurs reprises. D’autres, moins nombreux, y lisent l’inverse : le budget signale que les deux partis refusent toujours de vraies concessions.

Un texte de Yanik Dumont Baron

L’année qui vient nous permettra d’en juger. Dans l’immédiat, cet accord dans un Congrès divisé (bien rare, faut-il le souligner) permet aux politiciens de tourner une page et de profiter du temps des Fêtes en famille. L’an dernier, les négociations sur le fameux mur financier s’étaient terminées dans la nuit du 1er janvier 2013… Pour Barack Obama, ça veut dire des vacances en familles à Hawaï, très loin de Washington. Avec l’année que vient de vivre le président, ce répit et des vacances au loin sont sûrement les bienvenus.

Certes, 2013 est la première année du second mandat du président. Une période qui s’est avérée difficile pour plusieurs de ses prédécesseurs. Le Barack Obama sur les plages hawaïennes (son calendrier d’activités semble bien chargé) est beaucoup moins populaire et apprécié qu’après sa réélection, il y a un an. En fait, sa popularité n’a cessé de chuter au cours de l’année.

L’année avait pourtant commencé sur une note d’espoir. Révolté par le massacre d’une vingtaine de jeunes enfants, le président promettait de resserrer le contrôle sur les armes à feu. À peine les cerisiers de Washington avaient-ils perdu leurs pétales roses que le vent tournait pour le président. Les élus ne voulaient pas changer les lois sur les armes à feu. Dans les mois qui ont suivi, il semble que la Maison-Blanche a sauté de crise en crise, en réagissant aux événements hors de son contrôle.

Prenez les révélations concernant l’immense réseau de surveillance électronique de la NSA (le meilleur résumé est ici). Les fuites d’info ressemblent au supplice de la goutte pour le gouvernement américain. Un détail explosif ou deux dans les médias… presque chaque semaine durant six mois. Chaque détail renforçait l’image d’un gouvernement omnipotent, qui s’infiltre en toute impunité dans la vie privée de millions de citoyens. Ces révélations ont suscité la colère de plusieurs chefs d’État. Et Obama a dû s’excuser, essuyer le blâme. En fin d’année, un comité consultatif propose au président de réduire fortement la liberté d’action de cette agence. Nul doute que cette brique de 300 pages fera partie des lectures de vacances du président Obama. Il doit détailler sa vision de réforme dans les prochaines semaines.

Il y a aussi le fiasco entourant le fameux site Internet www.healthcare.gov. C’est au cœur de l’importante réforme du système d’assurance maladie du président. Même si les fonctionnaires ont eu trois ans depuis l’entrée en vigueur de la loi pour préparer le site Internet, il n’était pas prêt pour le lancement début octobre. Ce qui devait être si simple à faire, soit comparer les diverses assurances en fonction des prix, s’est transformé en débâcle politique. Ajoutez à cela la fameuse promesse du président (« si vous aimez votre assurance, vous pourrez la conserver ») qui s’est avérée être une illusion pour quelques millions d’Américains. Peu importe si la promesse était en partie vraie, une impression demeure : le président a menti. La loi comporte des mesures en ce sens, mais les assureurs ont décidé de ne pas en profiter. Obama a, encore une fois, senti le danger. Il s’est excusé. Encore une fois.

Conséquence : l’appui des Américains à cette réforme a chuté, leur confiance en Obama pour résoudre les problèmes de la nation aussi. Les vedettes ont beau prêter leur nom à cette réforme, parfois avec humour (cliquez, celui-ci mérite trois minutes de votre temps). C’est un boulet politique qui fait peur à plusieurs démocrates.

Une partie des problèmes de Barack Obama vient en fait de l’ensemble de la classe politique fédérale. Des élus au Congrès à l’attitude très partisane. Les républicains ont paralysé le gouvernement durant deux semaines, dans l’espoir (vain) de bloquer cette même réforme de l’assurance maladie. La loi sur les soins de santé abordables a survécu. Il faudra des années pour bien mesurer son importance et son impact pour les millions d’Américains aujourd’hui sans assurance. Mais l’incapacité du Congrès de voter des lois et de régler les problèmes concrets pèse aussi sur les épaules du président. Il ne semble plus être l’homme qui marche sur l’eau, comme l’illustre si bien The Economist.

Barack Obama dit s’être plié en quatre pour accommoder ses adversaires. 2014 est une année électorale. Une année où le président devra trouver d’autres façons de gouverner. La réponse se trouve peut-être dans le sable des plages d’Hawaï.

Et vous, quel bilan faites-vous de l’année 2013?

Mon topo au radiojournal :

À voir, ce reportage de ma collègue Joyce Napier :

Que reste-t-il de l’ANC de Mandela?

Vendredi 20 décembre 2013 à 12 h 20 | | Pour me joindre

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SRCLanglois

« La dernière raison que j’avais de voter pour l’ANC vient de disparaître », me disait la semaine dernière Fino, une jeune femme zoulou de Soweto qui fait visiter le célèbre township aux touristes. La mort de Nelson Mandela risque de ne pas être aussi « rentable » pour l’ANC que l’avaient souhaité ses dirigeants. Le deuil national qui a suivi le décès du héros de la lutte antiapartheid a été catastrophique pour Jacob Zuma, le président de l’Afrique du Sud, qui doit solliciter un deuxième mandat en avril prochain.

Un texte de Sophie Langlois

La récupération politique de l’icône avait pourtant été très payante, de son vivant. Sans doute parce que Nelson Mandela est resté fidèle à sa famille politique jusqu’à la fin, malgré les scandales qui ne cessent d’éclabousser les dirigeants actuels de l’ANC. Mais l’exploitation partisane du héros décédé s’est frappée à un mur : l’archevêque Desmond Tutu. Le traitement réservé à l’autre Prix Nobel de la paix sud-africain a anéanti tous les gains politiques que l’ANC a pu faire durant cette semaine de deuil collectif.

Les Sud-Africains désenchantés de l’ANC, comme Fino, ont trouvé dans les cérémonies hommages une autre raison de ne plus voter pour le parti de Nelson Mandela : la mesquinerie de Jacob Zuma envers Desmond Tutu. Au stade de Soweto, le combattant en soutane rose avait été invité, mais il devait rester dans les estrades, loin de la scène, et surtout ne pas prendre la parole. Comment les stratèges de l’ANC ont-ils pu penser qu’il était avisé d’écarter le compagnon de lutte le plus intime de Madiba, tout en invitant le vice-président chinois à lui rendre hommage? Le tollé a été tel qu’à la fin de la cérémonie, alors que le stade était presque vide, la frêle silhouette rose de l’archevêque est apparue quelques petites minutes sur le podium. Mais le mal était fait. Les stratèges avaient, semble-t-il, oublié que Desmond Tutu est un des personnages les plus admirés et aimés d’Afrique du Sud, pour avoir porté à bout de bras le combat public contre l’apartheid pendant que les chefs de l’ANC étaient en prison.

Notre réalisatrice a « volé »  cette photo de Desmond Tutu dans le stade de Soweto, alors qu'il se rendait dans l'estrade réservée aux invités spéciaux qui ne prenaient pas la parole, comme Stephen Harper. Photo : Louise Gravel
Notre réalisatrice a « volé » cette photo de Desmond Tutu dans le stade de Soweto, au moment où il se rendait dans l’estrade réservée aux invités spéciaux qui ne prenaient pas la parole, comme Stephen Harper. Photo : Louise Gravel

L’ironie était absolue. D’un côté, Barack Obama dénonce les « dirigeants du monde qui disent adhérer au combat pour la liberté de Madiba, mais qui ne tolèrent aucune dissidence chez eux ». De l’autre, Jacob Zuma force au silence le plus grand héros de la lutte antiapartheid après Mandela, qui est aussi, coïncidence, un des grands critiques de sa présidence.

À la veille des élections en 2009, Tutu avait osé dire qu’il ne souhaitait pas que son ami Jacob devienne président. D’abord, il a été accusé puis innocenté de viol. Ensuite des accusations de corruption contre Zuma avaient été abandonnées deux semaines avant les élections, entachant la crédibilité de la justice sud-africaine. Tutu avait été un des rares à réclamer que la justice suive son cours. Depuis, ses critiques sont devenues encore plus acerbes.

Zuma a été hué à quelques reprises dans ce stade magnifique qu’il a fait construire pour la Coupe du monde de soccer en 2010. L’ANC a ensuite tenté de faire croire que des anciens de l’ANC, qui viennent de former un nouveau parti, étaient à l’origine de ces huées. Faux. J’étais dans une tribune remplie de partisans drapés des couleurs de l’ANC, jaune, vert et noir. Des militants venus dans des autobus de l’ANC.  Ils ont hué leur président avec autant de cœur que partout ailleurs dans le stade.

On aurait pu croire que la controverse soulevée par l’exclusion maladroite de Desmond Tutu, dans le stade de Soweto, aurait servi de leçon aux conseillers présidentiels. Quatre jours plus tard, on apprend que l’archevêque au franc-parler n’est pas invité aux funérailles d’État qui se tiennent le lendemain à Qunu. Nouveau tollé. Les tribunes téléphoniques se déchaînent. Nouveau recul du gouvernement, qui est bien obligé de l’inviter à la dernière minute. Le lendemain, l’archevêque dira que Nelson Mandela aurait été navré de voir que les Afrikaners  avaient été exclus de toutes les cérémonies hommages, même les multiconfessionnelles, lui qui avait tout fait pour les inclure dans chacune de ses démarches.

« Dans ma langue, le xhosa (qui était aussi celle de Mandela), on dit que les vivants ferment les yeux du mort, et le mort ouvre les yeux des vivants. Espérons que c’est ce qui va se passer avec la mort de Nelson Mandela », me disait Aubrey Matshiqi, un ancien de l’ANC devenu analyste politique. Ouvrir les yeux des vivants sur quoi?

« L’Afrique du Sud est encore divisée, je ne suis même pas sûr que le pays s’en tire mieux maintenant, que quand Mandela a été libéré en 1990, dit l’analyste. C’est un endroit meilleur sous plusieurs aspects, mais nous sommes encore loin d’avoir transcendé les haines raciales, d’avoir réussi à bâtir une vraie nation. La seule façon de marcher dans les pas de Mandela, c’est de travailler à l’amélioration des conditions de vie des exclus économiques, en particulier ceux qui sont encore opprimés. »

Et c’est ce que Jacob Zuma, qui a dépensé 20 millions de dollars de fonds publics pour rénover sa maison, ne fait pas, ou trop peu. C’est surtout pour cela qu’il a été hué dans le stade de Soweto. Et c’est parce que les dirigeants de l’ANC ne partagent pas les fruits de la gouvernance noire que de plus en de Sud-Africains se demandent pourquoi ils continueraient de voter pour l’ANC, maintenant que celui qu’on ne voulait pas décevoir n’est plus.

La vérité sur les armes à feu

Dimanche 15 décembre 2013 à 6 h 49 | | Pour me joindre

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Aux États-Unis, il y a peu de sujets aussi délicats, aussi polarisateurs que le débat sur les armes à feu. Il s’agit, dit-on, des eaux les plus troubles où naviguer en politique américaine. C’est un mélange d’argent (les millions des fabricants d’armes), d’émotions (la douleur des parents qui survivent à un enfant), d’intimidation (les politiciens ciblés par le lobby des armes) et d’ambitions (ces mêmes politiciens). La religion s’en mêle. Bref, le genre de sujet qu’on évite dans un événement social. C’est aussi un sujet qui semble être basé davantage sur les émotions que sur des faits.

Je ne parle pas des morts. Chaque victime est de trop. Dans une tuerie comme dans un accident de chasse. Mais au-delà du nombre incroyablement élevé de victimes (plus de 30 000 par année, autant que la population d’Alma ou de Côte-Saint-Luc, au Québec), il est difficile de trouver des données pour appuyer ses positions. Y a-t-il vraiment 310 millions d’armes en circulation aux États-Unis? C’est une approximation, une estimation basée sur des sondages et de vieilles statistiques. En divisant le nombre d’armes par la population totale du pays, on obtient le plus important ratio au monde, devant la Syrie et le Yémen. On ne peut pas savoir non plus combien de ménages ont des armes. Est-ce trois sur quatre? Un sur trois?

Creusez, vous le constaterez : il existe un important flou dans la qualité des données sur les armes à feu aux États-Unis. Il existe aussi peu de recherches scientifiques (impartiales, qui ne sont pas liées à des groupes de pression) sur les armes, les causes des accidents, les techniques pour rendre les fusils plus sûrs. Étrange pour un pays si préoccupé par les armes? Peut-être pas. Comme avec beaucoup de questions dans ce dossier, la réponse tient aux gestes de la NRA, le groupe le plus actif du puissant lobby des armes. (Rolling Stones en a fait un portrait bien détaillé , le New York Times aussi.)

Depuis 1996, le fédéral ne finance plus de recherches scientifiques sur la violence causée par les armes à feu. C’est aussi simple que cela. Une décision des élus américains, basée sur les pressions de la NRA. La loi qui accorde des fonds à la recherche pour prévenir des blessures interdit les travaux qui pourraient servir au contrôle des armes à feu. Il se faisait de la recherche avant (avec l’agence de santé publique des États-Unis, les CDC.) En 2012, l’interdiction a aussi été appliquée à l’équivalent du ministère de la Santé. La NRA soutient que les CDC « publiaient des articles qui étaient des opinions politiques déguisées en recherche médicale ».

Bref, on craignait la propagande. Parmi les questions qui intéressaient les chercheurs à l’époque, on en trouve une importante : êtes-vous plus en sécurité avec une arme à la maison, ou plus à risque de blesser ou de tuer un proche (accidentellement ou sous l’effet de la colère)? D’autres questions importantes demeurent sans réponse :

  • d’où proviennent les armes utilisées par les mineurs qui commettent des crimes?
  • combien de temps s’écoule-t-il entre l’achat d’une arme et un suicide?
  • la vérification des antécédents d’un acheteur fait-elle vraiment une différence?
  • est-ce que la capacité d’un chargeur a un impact sur le nombre de victimes lors d’une tuerie?

Des réponses claires à ces questions pourraient influencer les discussions, convaincre les élus d’agir pour améliorer la sécurité des Américains, sans nécessairement restreindre l’accès aux armes pour ceux qui y voient un loisir. Le président Obama le sait bien. Après Newtown, il a ordonné la reprise des recherches. « On ne profite pas de l’ignorance », avait-il expliqué. Une position qui a déclenché une mini-controverse et soulevé une certaine opposition.

Alors que le souvenir de l’horreur de Newtown revient dans nos esprits, il est utile de rappeler que des dizaines d’enfants sont tués chaque année par des armes à feu. Pas seulement dans des tueries. Surtout par accident. Deux garçons qui jouent ensemble et découvrent une carabine chargée. Une jeune curieuse qui prend l’arme supposément cachée de sa mère. Depuis Newtown, au moins 120 jeunes Américains seraient morts de cette façon. Une épidémie, selon certains. Un drame que la recherche pourrait aider à atténuer. La technologie peut-elle empêcher un enfant d’utiliser l’arme de ses parents par accident? On ne sait pas. Les cours de prévention (donné par la NRA notamment) sont-ils vraiment efficaces? Difficile à dire.

Dans les mois qui ont suivi l’ordre du président, les CDC ont établi les priorités de recherche concernant les armes à feu. La liste contient quelques dizaines de questions. Obtenir ces réponses prendra probablement des années de recherche. Si recherche il y a. L’interdiction de 17 ans sur la recherche a découragé bien des scientifiques, qui se sont trouvé d’autres spécialités. Et puis il faudra financer cette recherche. Cette tâche revient aux élus du Congrès. « Les probabilités sont presque nulles », lançait le responsable d’un groupe proche de la NRA.

Difficile d’espérer obtenir la vérité sur les armes à feu!

dany-laferriere

Dany Laferrière. Photo : Normand Blouin

Cette magnifique photo de Dany Laferrière a été prise le 5 novembre 2013 au Café Cherrier. C’était ma première rencontre avec l’homme dont je rêvais de faire le portrait depuis longtemps.

J’avais proposé de le faire en vue de sa possible nomination à l’Académie française. Il m’avait alors dit  : « Mon ambition a toujours été d’être une bonne nouvelle, c’est la meilleure façon d’aider Haïti. »

Il vient de réussir de façon magistrale. Aujourd’hui, ce n’est pas un séisme qui frappe Haïti, mais un ouragan de bonheur. On entend les cris de joie des Haïtiens jusqu’à Johannesburg. Finalement, c’est Maxence Bilodeau qui a repris mon projet, quand je suis partie pour les Philippines.

Je suis absolument ravie qu’il soit à Port-au-Prince aujourd’hui, pour cette magnifique nouvelle. Une page d’histoire s’écrit. Bravo Dany. Tu es une fierté et une inspiration pour les Haïtiens, les Noirs, tous ceux qui aiment les mots, la vie. Pour mon fils, haïtien comme toi. Merci d’être toi, merci d’être là.

Merci Madiba

Samedi 7 décembre 2013 à 22 h 06 | | Pour me joindre

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SRCLanglois

Des centaines de personnes ont déposé des fleurs devant la maison de Nelson Mandela.
Des centaines de personnes ont déposé des fleurs devant la maison de Nelson Mandela.

Mardi, 90 000 Sud-Africains vont dire au revoir à leur héros historique dans le magnifique stade de Soccer City, construit pour la Coupe du monde de soccer. C’est là que Nelson Mandela est apparu en public pour la dernière fois, lors de la cérémonie de clôture du Mondial en juin 2010.

Je n’oublierai jamais cette fête du ballon rond. Voir des Sud-Africains noirs, blancs, indiens et métis danser ensemble leur joie de recevoir la planète foot a été un des beaux moments de ma vie. C’est ça, me disais-je, l’Afrique du Sud de Nelson Mandela. J’avais l’impression de voir son rêve d’une nation arc-en-ciel, multiraciale, se déployer sous ses yeux fatigués, comme pour lui dire merci. Merci Madiba.

J’ai vu Nelson Mandela deux fois. À chaque occasion, c’était dans un stade rempli à craquer de Sud-Africains émus de pouvoir encore partager le même air que l’homme qui leur a tout donné. La première fois, c’était lors d’un rassemblement politique tenu à la veille de l’élection présidentielle d’avril 2009.

Sur la pelouse au centre du stade, les journalistes sud-africains autour de moi discutaient âprement. La rumeur courait que le vieil homme participerait au rassemblement pour appuyer Jacob Zuma, le candidat controversé de l’ANC, acquitté d’accusations de viols et de corruption. L’exploitation partisane de l’icône du combat contre l’apartheid créait un immense malaise.

Puis, la cacophonie du stade a subitement été remplacée par un lourd silence… tout le monde retenait son souffle.  Une voiturette de golf venait d’entrer dans le stade. Les spectateurs et les journalistes sur le parterre contenaient mal leur émotion à la vue du grand Nelson Mandela assis bien droit derrière, une couverture sur les jambes.  Il est passé tout près, pour que nous puissions tous prendre de belles images.

Son sourire, hésitant, m’a frappé comme une gifle. La fragilité de l’homme qui avait changé le cours de l’histoire frappait droit au cœur. J’en ai voulu à l’ANC d’offrir en pâture cette image d’une icône affaiblie par la maladie. Je n’avais pas encore compris la puissance du lien qui unissait cet homme d’exception à son peuple et à son parti, qui était sa première famille.

Nelson Mandela ne parlait plus en public depuis quelques années. Tout ce qu’il pouvait faire, c’est s’asseoir sur l’estrade aux côtés de Jacob Zuma, avec un air absent qui faisait mal à voir. J’ai compris que le « Freedom Fighter » continuait de souffrir pour la cause. Et pour cela, les Sud-Africains l’ont aimé encore un peu plus ce jour-là. Je ne suis pas certaine que Jacob Zuma a gagné des votes, mais Nelson Mandela a continué de grandir dans l’estime de ses frères. Jusqu’à la toute fin.

Cet homme plus grand que nature a gardé sa qualité de héros jusqu’au bout. Même fragilisé à l’extrême et entouré de vautours, il a su, par sa seule force morale, garder intact le socle des valeurs pour lesquelles il s’est battu toute sa vie, avec plusieurs générations de Sud-Africains de toutes les couleurs. Il nous a montré qu’il est possible de changer le monde, quand on a le courage de ses convictions. Qu’on peut diriger un pays sans renier ses valeurs. Cet héritage lui survivra aussi longtemps que nous saurons l’honorer.