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Le narcotrafiquant colombien Pablo Escobar, descendu par la police en 1993, est un des plus grands criminels du XXème siècle. Il a littéralement changé la face de la Colombie en lui infligeant le narco-terrorisme dont elle souffre encore (cf. les FARC), mais il a aussi changé la face du monde en introduisant massivement le fléau de la cocaïne en Amérique du Nord et en Europe.

Sa vie fait l’objet d’un film hollywoodien en cours de tournage au Panama en ce moment (Paradise Lost, d’Andrea di Stefano avec Benicio del Toro, Carlos Bardem, Josh Hutcherson et Corbet Brady).

Il reste peu de témoins directs et surtout encore vivants de l’entourage de Pablo Escobar. Mais il y a son frère Roberto, personnage étonnant, qui était le comptable du Cartel de Medellin. Il vit, très discrètement, toujours à Medellin.

Roberto voulait être coureur cycliste. Son surnom : « El Osito », l’ourson, le nounours. Son frère Pablo l’entraine sur le chemin du narco trafic. Il raconte sa vie de comptable du Cartel de Medellin, dans ce livre, qu’il a dicté en espagnol et qui a été traduit en anglais : « L’histoire du comptable. Dans le monde violent du Cartel de Medellin ». Selon Roberto, le livre est un best-seller en Australie (!?!). Il dit aussi qu’il n’a jamais rencontré son co-auteur, David Fisher. Il ne lui a jamais parlé directement non plus ! A l’époque de notre rencontre il se plaignait de n’avoir pas reçu le moindre dollar de droits d’auteur, autre qu’une avance d’un montant non précisé.

Le reportage à Une Heure sur Terre, dimanche 19 mai 2013 à 14h. 
 
Images Benoît Roussel, montage André Roch.

Escobar était un sujet tabou en Colombie jusqu’à récemment : trop douloureux pour beaucoup de familles victimes de meurtres et d’attentats. Une série télévisée de prestige intitulée « Pablo Escobar, le patron du mal », vient de battre  toutes les cotes d’écoute à la télévision en Colombie. Elle a été jugée très fidèle à la réalité.

Comme tous les personnages encore vivants, le nom de Roberto a été changé dans la série télévisée du réseau Caracol de Colombie (pour éviter les poursuites). Il se nomme Alberto Escobar, et son surnom, « el Osito » devient « Peluche », la peluche. L’acteur qui l’incarne, Carlos Narciso Napan lui a parlé et il rapporte que Roberto n’a pas aimé la série : en particulier qu’on dise de lui qu’il ne connaissait rien aux mathématiques alors qu’il a fait des études d’ingénieur, et surtout que leur mère est dépeinte comme quelqu’un qui se mêlait aux affaires louches de Pablo alors qu’elle ne s’occupait que de philanthropie et d’œuvres sociales.

Aujourd’hui, la veuve de Pablo Escobar, Maria Victoria, et leurs enfants Juan Pablo et Manuela ont changé de nom et ils vivent paisiblement à Buenos Aires en Argentine.

Juan Pablo (aujourd’hui  Juan Sebastian Marroquin Santos) a produit un documentaire intitulé : « Juan Pablo Escobar, les péchés de mon père ».

http://www.youtube.com/watch?v=OvEYZ2ouNT8

Le journal  Le Monde rapporte qu’il a lancé sa marque de vêtements « Escobar-Henao » (Henao est le nom de jeune fille de sa mère) et que sur certains modèles figurent des reproductions de la carte d’identité et la carte de crédit du baron de la drogue.

http://www.lemonde.fr/style/article/2012/11/06/pablo-escobar-effigie-d-une-marque-de-vetements_1786250_1575563.html

Comme Roberto Escobar, la famille affirme que des milliards de dollars brassés par Pablo Escobar, il ne leur reste rien.

 

Au début de la semaine, Brian Williams, le présentateur numéro un du téléjournal de début de soirée au réseau NBC commençait ainsi son bulletin :

 « Bon nombre d’Américains se rappelleront malheureusement que la dernière fois où le gouvernement se mêlait d’espionner les coups de fil des journalistes et utilisaient le fisc à des fins politiques remonte à l’ère Nixon. Et bien que les temps aient changé, et que les circonstances soient différentes, les mêmes façons de faire font maintenant surface pendant l’administration Obama, qui tente de contenir des affaires en série ces temps-ci. »

Je me suis dit, ça doit être grave. Faire un rapprochement Obama-Nixon sur NBC, c’est inusité. Sur Fox, ce serait autre chose. Les critiques excessives du président sont fréquentes, et le réseau avait même fait un bilan vidéo des 100 premiers jours d’Obama au pouvoir sur la musique du Carmina Burana de Carl Orff.

Barack Obama est aux prises avec trois controverses. J’hésite à utiliser le mot scandale : « grave affaire qui émeut l’opinion publique à la fois par son caractère immoral et par la personnalité des gens qui y sont compromis » (Petit Robert).

Aux yeux des républicains, il ne fait aucun doute que ce sont des scandales. Il y a donc un côté partisan à ces affaires. Par exemple, 41 % des républicains, dans un sondage récent, croient que la mort de quatre Américains dans l’attaque contre la mission diplomatique américaine à Benghazi, en Libye, est le plus important scandale de l’histoire (Watergate? Iran-Contra?). Mais dans l’opinion publique générale, les répercussions se font attendre.

Des controverses qui font mal

« Les gens qui font ces comparaisons (NDLR : avec l’administration de Richard Nixon) doivent revoir leur histoire », a dit le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney.

N’empêche que, pour la première fois, ce ne sont pas des controverses qui sont la conséquence de facteurs extérieurs à l’administration (les décisions prises sous Bush, les désastres naturels, le comportement des banques ou encore le printemps arabe), mais bien des controverses alimentées par ce qui se passe dans son administration.

Les trois cauchemars de relations publiques que l’administration Obama peine à contenir ont pour nom Benghazi, AP-Associated Press et IRS.

Dans le cas de Benghazi, les républicains veulent d’une part démontrer que la Maison-Blanche a caché que l’attaque avait été perpétrée par des terroristes. Elle affirmait, au départ, que c’était plutôt une manifestation spontanée en réaction à une vidéo anti-Mahomet. D’autre part, ils veulent établir que les mesures de sécurité n’étaient pas adéquates à cause de décisions prises par Hillary Clinton, alors secrétaire d’État et maintenant potentielle adversaire des républicains pour les élections présidentielles de 2016.

Le président Obama a, avec un certain succès, réussi à dépeindre les hauts cris des républicains comme une chasse aux sorcières partisane. Il invite tout le monde à se tourner vers des solutions pour empêcher qu’une telle attaque se produise de nouveau.

Dans le cas d’AP, c’est-à-dire la saisie en secret par le ministère de la Justice de deux mois de relevés téléphoniques de l’agence de presse Associated Press dans l’espoir de trouver la source d’une fuite de renseignements, l’administration justifie le geste par l’importante menace pour la sécurité américaine des renseignements publiés. On parle d’un agent double de la CIA au Yémen qui a réussi à déjouer un complot contre un avion de ligne il y a un an. L’administration Obama a la main lourde dans les histoires de fuite, et elle ne s’en cache même pas.

Ironiquement, un projet de loi sera présenté au Sénat sous peu sur la protection des sources des journalistes. Est-ce une réponse à cette controverse? La Maison-Blanche a évité de répondre aux questions parce qu’une enquête du FBI est en cours. Mais Barack Obama sait très bien que le journalisme n’est pas la profession tenue en plus haute estime par les Américains.

Il reste la controverse entourant le fisc, l’Internal Revenue Service ou IRS. Des fonctionnaires ont indûment ciblé les dossiers d’organismes conservateurs comme le Tea Party, leur posant des questions excessives et intrusives quand ils demandaient le statut d’organismes sans but lucratif. Le rapport de vérification interne ne fait aucun lien entre ces pratiques abusives et la campagne pour la réélection de Barack Obama ou l’administration Obama. Si un lien était mis au jour, cette affaire deviendrait un scandale de grande proportion.

La faute d’Obama?

Plusieurs présidents américains ont souffert de la malédiction du second mandat : le Watergate pour Nixon, le scandale Iran-Contra pour Reagan, l’affaire Monica Lewinski pour Clinton et l’ouragan Katrina pour George W Bush. Est-ce cette malédiction qui frappe aussi Barack Obama?

Je reviens à la définition du mot scandale et je voudrais faire valoir que pour entacher une réputation, un scandale doit avoir un lien fort avec la personnalité — et les valeurs — d’un président. Par exemple, Richard Nixon et son mépris de la loi ou Bill Clinton et sa faiblesse pour les femmes. Dans le cas de Barack Obama, on peut dire qu’aucune de ces controverses n’aurait eu de souffle si le président n’était pas si obsédé par la politique, n’était pas si isolé dans sa Maison-Blanche et ne croyait pas tant au pouvoir du gouvernement comme institution.

Barack Obama, depuis cinq ans, fait des discours où il dit que le gouvernement peut jouer un rôle positif dans la vie des gens et qu’il peut s’acquitter de ce rôle de façon compétente. Les adversaires du président disent, eux, que le gouvernement est dangereux et que même les meilleures intentions se perdent dans l’exercice du pouvoir. La controverse sur l’IRS est en ce sens la plus dommageable et c’est une des raisons pour lesquelles le président a réagi si rapidement et limogé la seule personne qui pouvait l’être, le directeur par intérim de l’agence.

Mais déjà, les critiques s’adoucissent. « Ceux qui évoquent déjà la destitution sont absurdes », écrit un commentateur de droite dans son blogue quotidien. « La Maison-Blanche a repris le dessus », écrit l’influent reporter du quotidien Politico, Mike Allen. Barack Obama a peut-être réussi à ce que quelques mauvais jours en mai ne deviennent pas des mois, voire une année horrible.

Jamais le Mexique n’a connu un tel vent de réformes structurelles fondamentales et, surtout, à une telle rapidité.

Élu en juillet 2012, Enrique Peña Nieto a pris le pouvoir le 1er décembre dernier.

Très tôt il conclut un Pacte pour le Mexique entre son parti, le PRI, et l’opposition du PAN et du PRD. Du jamais vu. Le Pacte, par contre, montre des signes d’effritement.

L’agence de notation Fitch vient de reconnaître les progrès du Mexique en relevant la note souveraine qu’elle lui attribue d’un échelon, à BBB+, en soulignant les bases économiques solides de l’économie mexicaine et en saluant la volonté de réforme.

« L’élan des réformes a dépassé nos attentes et nous avons assisté à des réformes structurelles qui, selon nous, vont favoriser la confiance dans le Mexique, ainsi que l’investissement et la dynamique de croissance à moyen terme », a déclaré Shelly Shetty, analyste senior de Fitch.

Après la décision de Fitch, le Mexique n’est plus qu’à un échelon de la catégorie A, dans laquelle le Chili est pour l’instant le seul pays latino-américain à figurer (Reuters).

Les réformes

La réforme des télécommunications brise le duopole de Televisa et TV Azteca et le quasi-monopole de Telcel, qui appartient à l’homme le plus riche du monde, Carlos Slim.

La réforme des lois du travail vise à réduire les emplois dans l’économie informelle en faveur d’emplois reconnus et encadrés.

Le gros morceau c’est la réforme de l’éducation. Il s’agit d’améliorer la qualité d’un enseignement public qui en a bien besoin. La réforme a été lancée en même temps que l’arrestation pour détournement de fonds de 200 millions de dollars de la « Maestra », Elba Esther Gordillo, présidente du tout-puissant syndicat des enseignants du Mexique.

Le syndicat contrôlait entièrement l’embauche des enseignants, dont les postes pouvaient s’acheter ou s’hériter. 79 % des Mexicains approuvent cette arrestation.

La « Maestra » est à présent derrière les barreaux.

Un mouvement de résistance à la réforme est en train de s’étendre à partir des États de Guerrero et d’Oaxaca. Un groupe dissident du syndicat proteste contre ce qu’il voit comme une tentative de privatiser davantage l’enseignement public. Il devrait être gratuit, mais les parents doivent payer toujours davantage les fournitures ou les uniformes scolaires.

Le président Peña Nieto veut maintenant s’attaquer à deux autres gros morceaux : la réforme financière et fiscale (les Mexicains paient très peu d’impôt) et la réforme du secteur pétrolier entièrement, contrôlé par la compagnie d’État Pemex et son puissant syndicat. Le but : ouvrir l’industrie pétrolière aux investissements étrangers sans dénationaliser Pemex.

Une émeute au mur des Lamentations! Ce n’est pas tous les jours que cela se produit sur le site le plus sacré du judaïsme. C’est ce qui est arrivé le vendredi 10 mai.

C’est qu’il existe une guerre de religion à l’intérieur même du judaïsme. Et elle oppose les ultraorthodoxes d’Israël à un mouvement féministe, les Femmes du Mur. Ces femmes revendiquent le droit de pratiquer leur religion sans suivre les rites patriarcaux, et ce, sur le site même du mur des Lamentations.

Une fois par mois, depuis quelques années, elles se réunissent devant la section du mur des Lamentations réservée aux femmes et y prient en faisant fi des restrictions qui leur sont imposées à cause de leur sexe. Ainsi, elles revêtent le châle de prière, elles enroulent les tefillin autour de leurs bras et elles lisent la Torah.

Ce vendredi, des centaines d’ultrareligieux, hommes et femmes, se sont rassemblés pour manifester contre ces pratiques dénoncées comme des sacrilèges. Des manifestants ont voulu s’en prendre aux militantes des Femmes du Mur. Certaines ont été aspergées de café. Et cinq manifestants (des hommes) ont été arrêtés.

Ce n’est pas la première fois que des accrochages à ce sujet surviennent devant le Mur. La forte mobilisation des ultrareligieux s’explique cependant par un nouveau contexte qui menace leur autorité. D’une part, une décision de la cour vient de remettre en question leur mainmise sur la réglementation du lieu saint. Par ailleurs, le nouveau gouvernement israélien, formé l’hiver dernier, a exclu les partis religieux, habituellement membres des coalitions au pouvoir.

La place des ultrareligieux est une source grandissante de conflits dans la société israélienne. Ces derniers n’étaient qu’une infime minorité lors de la fondation du pays, en 1948. Ils comptent aujourd’hui pour 12 % de la population du pays, et plus du tiers de celle de Jérusalem. Cela entraîne de nombreuses frictions avec les laïcs et avec les femmes en particulier. Les femmes israéliennes ont toujours eu la réputation d’être particulièrement émancipées. Or, plusieurs d’entre elles sentent leur liberté menacée par les règles strictes que les ultrareligieux cherchent à faire régner dans diverses sphères de la société.

J’ai consacré à ce sujet passionnant un reportage à Une heure sur terre l’an dernier.

Sécurité au Mexique

Mercredi 8 mai 2013 à 10 h 34 | | Pour me joindre

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jmleprince

Le nouveau président mexicain, Enrique Peña Nieto, aborde la question de la lutte contre les cartels de la drogue différemment de son prédécesseur, Felipe Calderon, qui avait envoyé l’armée les combattre jusque dans les rues.

Il veut s’attaquer d’abord à la violence, quelle qu’elle soit, pas forcément celle des narcotrafiquants, celle aussi des petits délinquants, et protéger d’abord les citoyens. Il ne veut plus compter sur l’armée, mais sur une nouvelle gendarmerie mieux adaptée.

Le dossier de la sécurité a été mis entre les mains de son ministre de l’Intérieur (Secretaria de Gobernación), Miguel Ángel Osorio Chong. Les États-Unis collaborent avec son plan Mérida, soit 2 milliards de dollars en aide matérielle (hélicoptères, drones) et renseignements. Les agences américaines (CIA, DEA), qui avaient un accès direct et libre aux polices et aux bureaux du procureur général du Mexique, passeront sous les ordres du ministre.

Tout le monde s’attendait à des frictions à ce sujet, mais Barack Obama a accordé toute sa confiance à la stratégie de son homologue, et son appui total, quelles que soient les décisions du dirigeant mexicain. Nouveau tout ça.

Le président Barack Obama et le président Henrique Peña Nieto à Mexico.
Le président Barack Obama et le président Henrique Peña Nieto à Mexico.

Il reste à voir Peña Nieto à l’oeuvre. Il est trop tôt (il a pris le pouvoir le 1er décembre 2012) pour voir si sa stratégie fonctionne.

Les milices d’autodéfense

La violence a diminué dans certains États du nord, mais elle est de plus en plus inquiétante dans des États comme Guerrero, Michoacan, Jalisco et Vera Cruz, et dans des villes comme Acapulco et Cuernavaca (Morelos), à une heure à peine de Mexico.

Un phénomène nouveau qui montre à quel point des communautés ont totalement perdu confiance en leurs institutions : polices, tribunaux, gouvernements locaux.

Au coeur d’une terre aride, rude, turbulente, entre Tierra Colorada et Chilpancingo

Des milices formées de bénévoles se sont constituées spontanément depuis le début 2013, et certaines polices communautaires ont réussi à rétablir la paix et la tranquillité dans leurs villes et campagnes. D’autres alimentent encore plus l’anarchie.

Regardez mon reportage au Téléjournal 21 h :

Nouvelle stratégie et changement radical d’attitude des États-Unis

Un phénomène inquiétant, notamment au Michoacan, où on ne sait pas toujours si les milices travaillent pour la population ou les narcotrafiquants.

Obama au Mexique

Mardi 7 mai 2013 à 15 h 42 | | Pour me joindre

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jmleprince

La grande séduction

Vous vous souvenez des « Tres Amigos »? Bush père avec Brian Mulroney? Les présidents Carlos Salinas puis Vicente Fox? Bill Clinton avec Jean Chrétien et Vicente Fox? W. Bush avec Vicente Fox puis Felipe Calderon?

Le Canada a toujours gardé un peu ses distances, mais les États-Unis, comme voisin immédiat, ont toujours prétendu entretenir une relation spéciale avec le Mexique. On l’aime bien le Mexique, pour la photo de groupe et les grandes déclarations d’amitié éternelle. Et puis, on l’oublie tout de suite après la visite officielle pour s’occuper de choses plus urgentes ailleurs dans le monde. Le Mexique se sent tenu pour acquis. (Le Canada aussi parfois, il faut l’avouer.)

Après s’être longtemps senti oppressé, menacé, par le géant du nord, le Mexique ne le craint plus vraiment, surtout depuis l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), mais il s’en méfie encore. Non sans raison…

Discours du président Obama devant des jeunes au Musée d'anthropologie de Mexico, le 3 mai
Discours du président Obama devant des jeunes au Musée d’anthropologie de Mexico, le 3 mai. Photo : AFP/Yuri Cortez

Mais c’est fini. Obama a séduit les Mexicains. Jamais président américain ne leur avait paru aussi sympathique, chaleureux, sincère, ouvert à leur histoire, à leur culture. Il les a tous fait craquer, le 3 mai dernier, avec son discours sous le parasol géant du magnifique Musée d’anthropologie de Mexico.

« Malgré les liens profonds et nos valeurs partagées, nos attitudes – dans les deux pays – restent piégées par les vieux stéréotypes. »

« Je suis venu au Mexique, car il est temps de mettre au rancart les vieilles mentalités. »

« En tant que président, j’ai été guidé par cette proposition de base : dans notre relation, il n’y a pas de partenaire senior ou de partenaire junior. Nous sommes deux partenaires égaux, deux nations souveraines qui doivent travailler dans un intérêt mutuel et un respect mutuel. » — Barak Obama

Pourvu que ça dure, pensent les Mexicains… Trop beau pour être vrai?

Selon le professeur Gabriel Fernandez de Castro, de l’université privée ITAM, « ce président est un internationaliste. Quelqu’un qui comprend bien l’importance du Mexique et de l’Amérique latine pour les États-Unis. »

Gabriel Fernandez de Castro

Il croit que Barak Obama est aussi un réaliste : « Obama comprend parfaitement que c’est grâce au vote hispanophone qu’il a été élu il y a quatre ans et réélu en novembre dernier. Obama sait qu’il a une dette importante envers les immigrants et (avec sa réforme migratoire) il essaie de tenir sa promesse électorale. [...] Il y a 11 millions de Mexicains aux États-Unis et plus de la moitié d’entre eux n’ont pas de documents (sont en situation illégale). »

Grâce à l’intégration des Mexicains illégaux et à l’arrêt du flux migratoire des Mexicains vers les États-Unis, le rapport entre les deux pays voisins devrait changer radicalement à moyen et à long terme.

Il y a dans le mot séquestration, l’idée qu’on est retenu « contre son gré », et c’est la seule explication que je vois à l’utilisation de ce mot si bizarre pour désigner les réductions de dépenses de 85 milliards de dollars dans le budget du gouvernement américain, qui vont s’appliquer automatiquement le 1er mars.

Les républicains et les démocrates ont donné leur accord à ce mécanisme jadis, lors du débat sur la hausse du plafond de la dette, en se disant que ces réductions sans discernement à tous les postes de dépenses étaient si insensées qu’on trouverait bien un accord pour réduire le déficit autrement avant la date-butoir. Eh bien non… On n’en a pas trouvé. Et dans les quatre jours qui restent, rien ne semble indiquer qu’un compromis soit possible.

Les républicains disent depuis un moment déjà que s’il faut avaler la pilule, on l’avalera. Selon eux, 85 milliards de dollars sur 6 mois ce n’est pas une diète mortelle. C’est le montant que le gouvernement emprunte tous les 28 jours. L’administration Obama prédit un cataclysme? La croissance économique a déjà un peu reculé le trimestre dernier en anticipant les compressions, et reculera encore? Qu’à cela ne tienne dit le président républicain de la Chambre, John Boehner, son parti a les yeux tournés vers l’avenir :

Je ne sais pas combien d’emplois seront perdus en raison des réductions de dépenses, mais ce que je sais c’est que si nous ne réglons pas le problème des dépenses ici à Washington ce seront des dizaines de millions d’emplois futurs qui ne seront pas créés à cause du poids de la dette que nos enfants et nos petits-enfants devront supporter. Je suis venu ici pour sauver le rêve américain pour mes enfants et les vôtres. La dette et la dépendance du président aux dépenses menacent notre avenir. (point de presse du 25 février 2013)

Le président Obama fait parader chaque jour des hauts responsables de son administration : le secrétaire d’État, John Kerry, jeudi, le secrétaire au Transport, Ray Lahood, un républicain, vendredi, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Janet Napolitano, lundi, pour prédire un ralentissement des services, la suspension de contrats, des mises à pied temporaires ou la réduction de la semaine de travail des fonctionnaires (furloughs). Même l’association canadienne des manufacturiers s’est mise de la partie, craignant des problèmes aux douanes pour les exportations canadiennes si près de 3000 inspecteurs sont effectivement mis à pied quand les coupes s’appliqueront. L’argument canadien n’est peut-être pas déterminant, mais dans l’ensemble il s’agit de faire comprendre à chaque élu que ces compressions budgétaires vont frapper beaucoup plus fort qu’on le croit.

Le président Obama ne veut pas l’abandon de la séquestration, mais il veut que l’échéance soit reportée et qu’on s’entende pour réduire le déficit en combinant réductions de dépenses et nouveaux revenus par l’élimination de certains avantages fiscaux. La réponse des républicains est claire : le président a obtenu de nouveaux revenus en janvier quand des réductions d’impôts ont cessé de s’appliquer aux tranches de revenus au-delà de 400 000 $. Le robinet est fermé, disent-ils. Le président Obama laisse entendre que les élus du parti adverse défendent les intérêts des plus riches parce qu’ils ont les yeux fixés déjà sur la campagne de mi-mandat en 2014 :

Il y a toujours des questions sur lesquelles nous ne serons pas d’accord ici à Washington et dans chacun des États. Mais il y a un grand nombre de questions sur lesquelles nous pouvons faire preuve de plus de collaboration que ce que nous avons vu jusqu’à présent. Mais pour ce faire, il faut que cette ville aille au-delà de son obsession pour les prochaines élections et se concentre sur les prochaines générations. Nous sommes tous des élus et nous nous préoccupons beaucoup de politique dans notre parti et dans le parti adverse, mais à un moment donné il faut gouverner. (discours aux gouverneurs, 25 février 2013)

Et voilà donc pourquoi à quatre jours de l’échéance, il n’y pas de négociations, mais plutôt une sorte de partie de ping-pong qui consiste à se rejeter mutuellement la faute quant aux compressions qui vont faire mal.

Barack Obama est convaincu que ce sont les républicains, déjà mal aimés, qui vont en porter l’odieux. Les républicains croient que c’est la popularité du président qui va chuter.

Et des dizaines de millions d’Américains et leurs économies sont pris entre les deux, séquestrés, c’est le cas de le dire, par cette logique.

L’entrevue que nous a accordée Hanan Ashrawi, à Ramallah, le 19 janvier dernier, m’a étonné par la vigueur de sa charge contre le Canada. Mme Ashrawi est bien sûr réputée pour son éloquence, mais elle est aussi une des actrices les plus importantes de la diplomatie palestinienne. Or, elle a fait fi de toute langue de bois diplomatique et elle a tiré à boulets rouges sur le gouvernement Harper et sur sa politique dans le dossier israélo-palestinien.

Le Canada, on le sait, a été un des neuf pays qui ont voté contre l’admission de la Palestine comme État observateur aux Nations unies, le 29 novembre dernier. Cent trente-huit pays ont appuyé la candidature palestinienne, et une quarantaine se sont abstenus.

« Beaucoup de gens considèrent que le Canada s’est ainsi disqualifié de toute possibilité de jouer un rôle positif dans le processus de paix, dit Mme Ashrawi. Cela mine son statut international. »

Hanan Ashrawi est membre de la direction de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), et elle a été parmi les principaux artisans d’une campagne diplomatique internationale de plusieurs années pour obtenir l’appui du plus grand nombre de pays en vue d’une reconnaissance à l’ONU.

Le Canada, dont la politique étrangère s’est résolument rapprochée de celle d’Israël sous Stephen Harper, a ouvertement milité contre la demande palestinienne. Le ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird, s’est même rendu personnellement aux Nations unies pour y prononcer un discours contre la candidature de la Palestine.

La position canadienne (qui est proche de celle des États-Unis), c’est que la reconnaissance de la Palestine est prématurée et qu’elle doit être le résultat d’un accord de paix entre les deux parties. Les Palestiniens estiment que les négociations de paix – au point mort depuis des années – ne peuvent être relancées que par la pression internationale. Le Canada dit craindre que la reconnaissance à l’ONU n’entraîne une crispation encore plus grande des positions.

« Lorsque le Canada parle, je n’entends pas seulement la version d’Israël, mais j’entends ce qu’Israël a de pire à dire », dit Mme Ashrawi.

« Et quand le Canada justifie les gestes d’Israël, cela mine le statut du Canada dans le monde. Cela mine l’intégrité du Canada comme pays qui est censé représenter le multiculturalisme, le multilatéralisme, la règle du droit, l’harmonie et la justice. C’est plutôt la voix stridente du lobby pro-Israël qui parle pour défendre ce qu’au plus profond de vos cœurs, vous savez être mauvais. »

Voici de larges extraits de cette entrevue :



Et voici mon reportage au Téléjournal du 13 février, suivi d’une entrevue de Céline Galipeau avec le ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird :

Le « départ » d’Hillary

Vendredi 1 février 2013 à 14 h 22 | | Pour me joindre

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manonglobensky

Hillary Clinton quitte ses fonctions de secrétaire d’État, et comme la plupart des femmes journalistes qui couvrent la politique ou la diplomatie américaine, son départ me touche presque personnellement.

Hillary Clinton n’est pas la première femme secrétaire d’État, bien sûr. Madeleine Allbright et Condoleezza Rice, avant elle, ont aussi mené ce portefeuille d’une main ferme.

Mais Hillary fait remonter à la surface cet esprit de sororité encore plus que les autres, peut-être parce qu’elle s’est tant attachée à défendre la cause des femmes et des jeunes filles pendant ses quatre ans au département d’État.

Et peut-être aussi parce qu’elle a moins senti le besoin que ses prédécesseures de se comporter exactement comme un homme. La chef de la diplomatie américaine n’a pas hésité à danser à plusieurs reprises pendant ses voyages. Elle n’a pas caché son émotion lorsqu’elle a enfin pu rencontrer Aung San Suu Kyi à Rangoon.

Bien sûr, ses « sœurs » journalistes, moi la première, ne lui ont pas fait de cadeau, s’esclaffant ou se désolant chaque fois qu’elle se présentait mal coiffée, mal habillée ou parée d’un collier beaucoup trop gros pour elle.

Mais n’allez surtout pas parler à Hillary Clinton de sa coiffure ou de ses rides, elle s’en fout. D’ailleurs, une des meilleures photos d’elle est probablement celle où elle surveille la progression de l’opération contre Ben Laden aux côtés de Barack Obama : pas maquillée, la main devant la bouche, la tension clairement visible sur son visage.

Pendant la série d’entrevues qu’elle a accordées, elle a répondu à une question d’un jeune homme en Inde qui s’interrogeait sur le fait que les femmes aujourd’hui doivent encore démontrer qu’elles sont capables d’occuper des postes comme le sien :

« Voilà une question qui mériterait une entrevue au complet, mais permettez-moi de dire deux choses. D’abord, les choses se sont améliorées. Je suis à même de le constater, puisque j’ai fait de la politique, ou je l’ai côtoyée depuis plusieurs années. Mais il y a quand même un double standard. Et ce double standard, il s’applique aux petites choses, comme ce que vous portez, et aussi aux choses extrêmement sérieuses, comme le fait que les femmes ne peuvent pas encore voter partout, elles ne peuvent pas toujours être candidates ou même paraître en public. C’est une vaste série de barrières culturelles et légales au respect des femmes, à leur pleine participation à la société. Et donc, il y a encore du chemin à faire. […]

Et la deuxième chose que je dirais, c’est que ça a été et ça va demeurer la cause de ma vie, même après mon départ du département d’État. […] Quand on met des obstacles sur la route de la moitié de la population, on freine ni plus ni moins le développement même d’une nation. […] J’ai été très encouragée et même fière de voir tant de jeunes hommes et de jeunes femmes manifester contre la façon dont les femmes sont traitées par des hommes qui ne comprennent pas ou n’ont pas appris qu’il n’y a pas que leurs sœurs et leurs mères qui sont dignes de respect, mais toutes les filles et toutes les femmes. » (Hillary Clinton, Townterview, Newseum, 28 janvier 2013)

Hillary Clinton part, mais elle ne prend pas sa retraite. Elle insiste sur le fait qu’elle doit d’abord rattraper 20 ans de sommeil perdu, puis qu’elle va se remettre au travail, probablement faire des discours et travailler de concert avec la fondation de son mari Bill.

Il faut donc mettre le mot « départ » entre guillemets dans son cas. Surtout qu’on sait qu’elle ne ferme pas la porte à une course à la présidence en 2016, à 69 ans. Elle ne la ferme ni ne l’ouvre en fait. Comme à son habitude, Hillary Clinton va évaluer très rationnellement au cours des prochains mois quelle sera à l’avenir la meilleure façon pour elle, en tant que femme, d’avoir le plus d’influence.

Le 50e du traité de l’Élysée

Mardi 22 janvier 2013 à 13 h 47 | | Pour me joindre

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Il y a 50 ans, le général de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer signaient le traité de l’Élysée, un accord pour sceller la réconciliation franco-allemande.

Voici une entrevue sur ce fameux traité avec Anne-Marie Le Gloannec, spécialiste de l’Allemagne et directrice de recherches au CERI-Sciences Po, à Paris :

Mon reportage au radiojournal :