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À regarder la télé américaine ces jours-ci, c’est tout comme s’il n’existait qu’une seule actualité vraiment importante : la disparition du vol MH370 de Malaysia Airlines.

Oubliez la Crimée, les vagues de réfugiés qui déferlent en Italie, les problèmes économiques de l’Europe, la réforme de la santé du président Obama. C’est de cet avion disparu dont tiennent à parler CNN, Fox et MSNBC.

Ne vous y méprenez pas : ce drame est important. La douleur des familles des passagers est immense, difficilement descriptible.

Radio-Canada en parle aussi, probablement beaucoup. Mais ce que font les télés américaines semble plus que trop. C’est le genre de couverture mur à mur qui rappelle les attentats de septembre 2001. Ce sont des heures de « nouveaux développements », d’innombrables « breaking news », qui sont en fait d’énormes spéculations basées sur peu de faits concrets.

Prenez l’annonce australienne d’une découverte de ce qui pourrait être des débris d’avion dans un secteur isolé et peu fréquenté du globe.

L’animateur vedette Anderson Cooper est rentré d’urgence en studio pour souligner l’importance de cette annonce, faite en fin de soirée aux États-Unis. L’animateur déjà en place à CNN ne pouvait probablement pas être à la hauteur de ce développement.

Remarquez, toute cette couverture fait un bon spectacle. Les télés ont d’impressionnants graphiques et déploient les grands moyens. Pendant au moins trois jours, l’une d’entre elles diffusait du cockpit d’un simulateur de vol de 777 basé en Ontario. Aucun aspect de la question ne semble y échapper : l’influence des courants marins sur la position des débris, la puissance des satellites commerciaux, les divers signaux que transmet un avion, les coûts pour assurer un avion de ligne (2 milliards, apparemment).

La qualité des images n’est pas très bonne, mais ça vaut la peine de vous montrer quelques exemples de la couverture américaine :




Mais à trop vouloir combler le temps d’antenne, les télés frôlent parfois le ridicule. Voici quelques perles :

  • « Breaking news », titrait l’une des chaînes : les piles des boîtes noires s’épuisent (alors qu’il leur restait plus de la moitié de leur durée de vie d’environ un mois).
  •  On a évoqué la possibilité que l’avion ait disparu dans une sorte de Triangle des Bermudes, ou se soit écrasé sur l’île mystérieuse de la série télé Lost.
  •  On a beaucoup spéculé sur la personnalité des deux pilotes, sur le fait que l’un d’eux possède un simulateur de vol, d’où des données auraient été effacées.
  •  On a présumé que l’enquête aurait été plus rapide, que plus d’info aurait été disponible si le drame avait touché une compagnie américaine.

Bien sûr, une bonne partie de tout cela sert les impératifs commerciaux des réseaux. CNN, notamment, a réussi à battre ses concurrents dans la course aux spectateurs.

Mais la qualité de l’information en souffre, au point où le spectateur que je suis n’arrive plus à distinguer les théories basées sur des faits de la pure spéculation. Reste l’aspect divertissant…

Pour les proches des disparus, le mystère ne peut probablement pas être résolu assez rapidement. Mais les réseaux américains donnent l’impression qu’en quelque sorte, plus longtemps on cherche cet avion, mieux c’est…

La vérité sur les armes à feu

Dimanche 15 décembre 2013 à 6 h 49 | | Pour me joindre

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Aux États-Unis, il y a peu de sujets aussi délicats, aussi polarisateurs que le débat sur les armes à feu. Il s’agit, dit-on, des eaux les plus troubles où naviguer en politique américaine. C’est un mélange d’argent (les millions des fabricants d’armes), d’émotions (la douleur des parents qui survivent à un enfant), d’intimidation (les politiciens ciblés par le lobby des armes) et d’ambitions (ces mêmes politiciens). La religion s’en mêle. Bref, le genre de sujet qu’on évite dans un événement social. C’est aussi un sujet qui semble être basé davantage sur les émotions que sur des faits.

Je ne parle pas des morts. Chaque victime est de trop. Dans une tuerie comme dans un accident de chasse. Mais au-delà du nombre incroyablement élevé de victimes (plus de 30 000 par année, autant que la population d’Alma ou de Côte-Saint-Luc, au Québec), il est difficile de trouver des données pour appuyer ses positions. Y a-t-il vraiment 310 millions d’armes en circulation aux États-Unis? C’est une approximation, une estimation basée sur des sondages et de vieilles statistiques. En divisant le nombre d’armes par la population totale du pays, on obtient le plus important ratio au monde, devant la Syrie et le Yémen. On ne peut pas savoir non plus combien de ménages ont des armes. Est-ce trois sur quatre? Un sur trois?

Creusez, vous le constaterez : il existe un important flou dans la qualité des données sur les armes à feu aux États-Unis. Il existe aussi peu de recherches scientifiques (impartiales, qui ne sont pas liées à des groupes de pression) sur les armes, les causes des accidents, les techniques pour rendre les fusils plus sûrs. Étrange pour un pays si préoccupé par les armes? Peut-être pas. Comme avec beaucoup de questions dans ce dossier, la réponse tient aux gestes de la NRA, le groupe le plus actif du puissant lobby des armes. (Rolling Stones en a fait un portrait bien détaillé , le New York Times aussi.)

Depuis 1996, le fédéral ne finance plus de recherches scientifiques sur la violence causée par les armes à feu. C’est aussi simple que cela. Une décision des élus américains, basée sur les pressions de la NRA. La loi qui accorde des fonds à la recherche pour prévenir des blessures interdit les travaux qui pourraient servir au contrôle des armes à feu. Il se faisait de la recherche avant (avec l’agence de santé publique des États-Unis, les CDC.) En 2012, l’interdiction a aussi été appliquée à l’équivalent du ministère de la Santé. La NRA soutient que les CDC « publiaient des articles qui étaient des opinions politiques déguisées en recherche médicale ».

Bref, on craignait la propagande. Parmi les questions qui intéressaient les chercheurs à l’époque, on en trouve une importante : êtes-vous plus en sécurité avec une arme à la maison, ou plus à risque de blesser ou de tuer un proche (accidentellement ou sous l’effet de la colère)? D’autres questions importantes demeurent sans réponse :

  • d’où proviennent les armes utilisées par les mineurs qui commettent des crimes?
  • combien de temps s’écoule-t-il entre l’achat d’une arme et un suicide?
  • la vérification des antécédents d’un acheteur fait-elle vraiment une différence?
  • est-ce que la capacité d’un chargeur a un impact sur le nombre de victimes lors d’une tuerie?

Des réponses claires à ces questions pourraient influencer les discussions, convaincre les élus d’agir pour améliorer la sécurité des Américains, sans nécessairement restreindre l’accès aux armes pour ceux qui y voient un loisir. Le président Obama le sait bien. Après Newtown, il a ordonné la reprise des recherches. « On ne profite pas de l’ignorance », avait-il expliqué. Une position qui a déclenché une mini-controverse et soulevé une certaine opposition.

Alors que le souvenir de l’horreur de Newtown revient dans nos esprits, il est utile de rappeler que des dizaines d’enfants sont tués chaque année par des armes à feu. Pas seulement dans des tueries. Surtout par accident. Deux garçons qui jouent ensemble et découvrent une carabine chargée. Une jeune curieuse qui prend l’arme supposément cachée de sa mère. Depuis Newtown, au moins 120 jeunes Américains seraient morts de cette façon. Une épidémie, selon certains. Un drame que la recherche pourrait aider à atténuer. La technologie peut-elle empêcher un enfant d’utiliser l’arme de ses parents par accident? On ne sait pas. Les cours de prévention (donné par la NRA notamment) sont-ils vraiment efficaces? Difficile à dire.

Dans les mois qui ont suivi l’ordre du président, les CDC ont établi les priorités de recherche concernant les armes à feu. La liste contient quelques dizaines de questions. Obtenir ces réponses prendra probablement des années de recherche. Si recherche il y a. L’interdiction de 17 ans sur la recherche a découragé bien des scientifiques, qui se sont trouvé d’autres spécialités. Et puis il faudra financer cette recherche. Cette tâche revient aux élus du Congrès. « Les probabilités sont presque nulles », lançait le responsable d’un groupe proche de la NRA.

Difficile d’espérer obtenir la vérité sur les armes à feu!

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Dany Laferrière. Photo : Normand Blouin

Cette magnifique photo de Dany Laferrière a été prise le 5 novembre 2013 au Café Cherrier. C’était ma première rencontre avec l’homme dont je rêvais de faire le portrait depuis longtemps.

J’avais proposé de le faire en vue de sa possible nomination à l’Académie française. Il m’avait alors dit  : « Mon ambition a toujours été d’être une bonne nouvelle, c’est la meilleure façon d’aider Haïti. »

Il vient de réussir de façon magistrale. Aujourd’hui, ce n’est pas un séisme qui frappe Haïti, mais un ouragan de bonheur. On entend les cris de joie des Haïtiens jusqu’à Johannesburg. Finalement, c’est Maxence Bilodeau qui a repris mon projet, quand je suis partie pour les Philippines.

Je suis absolument ravie qu’il soit à Port-au-Prince aujourd’hui, pour cette magnifique nouvelle. Une page d’histoire s’écrit. Bravo Dany. Tu es une fierté et une inspiration pour les Haïtiens, les Noirs, tous ceux qui aiment les mots, la vie. Pour mon fils, haïtien comme toi. Merci d’être toi, merci d’être là.

Barack Obama visite l'ancienne cellule de prison de Nelson Mandela à Robben Island le 5 décembre 2013.
Barack Obama a visité l’ancienne cellule de prison de Nelson Mandela à Robben Island le 30 juin 2013.

Les discours sont la force de Barack Obama. Les mots choisis sont souvent très puissants. Celui qu’il a prononcé jeudi soir n’y fait pas exception. C’est un discours réfléchi, dégarni des clichés. Un hommage à la hauteur du héros du premier président noir des États-Unis.

L’une des sections de l’hommage d’Obama souvent répétée est celle où il affirme ne pas vraiment pouvoir imaginer sa propre vie sans l’exemple de Mandela. Peut-on imaginer qu’il n’y aurait pas eu de président Obama sans l’icône de la lutte pour l’égalité? Ceux qui connaissent bien l’avocat de Chicago seront peut-être tentés de répondre que l’un ne va pas sans l’autre.

Au collège, le jeune Obama (une photo ici!) se cherchait une cause politique… il a trouvé celle de Mandela contre l’apartheid. Impressionné, il a cessé de se faire appeler « Barry », et a repris son prénom aux origines africaines.

Le futur avocat a beaucoup lu sur les luttes pour l’égalité raciale. Il a pris de l’assurance et est devenu celui qui organisait des événements sur le campus avec les membres de l’ANC de Nelson Mandela. Des activités qui ont mené à son premier discours, sur le rôle de pressions économiques mondiales pour vaincre l’apartheid. (Vous pouvez en retrouver un résumé ici, mais c’est payant.)

Barack Obama a visité deux fois la petite cellule où Nelson Mandela a survécu durant 27 ans. Lors de sa dernière visite, l’an dernier, il a expliqué que le sort de Mandela l’avait mis en colère, l’avait motivé à militer pour le changement. Il a étudié ses discours et s’est inspiré de sa vie. « Sa libération m’a donné une idée de ce que l’être humain peut faire, a déclaré le président, s’il se laisse guider par l’espoir et non par la peur. »

Obama voit dans Mandela le genre de meneur auquel l’humanité aspire. Et l’influence de Mandela se remarque dans le style de présidence d’Obama. L’écrivain Rick Stengel note l’autodiscipline d’Obama, son désir d’écouter, de partager le crédit, d’inclure ses rivaux dans les décisions. « C’est une version 21e siècle des valeurs et de la personnalité de Mandela, écrit-il dans son livre. C’est son véritable successeur sur la scène mondiale. »

Barack Obama hésitera sûrement devant la comparaison. Mais les deux hommes ont beaucoup en commun :

  •  ils sont avocats de formation;
  •  ils ont tous les deux reçu un Nobel pour la paix;
  •  ils ont tous les deux été le premier président noir de leur pays;
  •  ils sont tous les deux un symbole d’espoir.

Les deux hommes se vouent un respect mutuel. Mandela voyait l’élection d’Obama comme « une victoire qui démontre que personne ne doit s’empêcher de rêver, de vouloir changer le monde pour le mieux ». Les deux hommes se sont rencontrés une seule fois. C’était en 2005, lors d’une visite de Mandela à Washington, alors qu’Obama était sénateur. La maladie de Mandela a empêché une rencontre avec Obama le président.

Quels liens tracez-vous entre Mandela et Obama? Faites-moi savoir.

Comment tuer un président

Jeudi 21 novembre 2013 à 13 h 12 | | Pour me joindre

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Je ne suis pas encore habitué. Cela fait presque trois mois que je suis installé à Washington. Trois mois à passer presque chaque jour devant la Maison-Blanche. Il y a bien sûr l’aura qui enveloppe cette demeure ultra symbolique. Mais il y a aussi autre chose. Une aura de sécurité.

Passer tout près de la Maison-Blanche, c’est se frôler à l’un des nombreux boucliers qui protègent le président.

Cette place, juste au nord de la Maison-Blanche, c’est une zone étrange. Le premier indice, ce sont les solides (mais courts) poteaux qui bloquent l’arrivée des voitures. Certains sont rétractables, pour les véhicules de sécurité. Les vélos y passent sans problème. Mais ces poteaux marquent le début d’une zone bien sécurisée.

On ne voit pas les caméras au premier coup d’oeil. Mais on se sent immédiatement surveillé. Plusieurs voitures des services secrets sont stationnées à l’intérieur du périmètre. Il y a presque toujours un ou deux agents à pied ou à vélo qui scrutent les touristes.

C’est le genre d’endroit très calme où on ne jette pas un papier par terre, de peur que le geste attire l’attention des agents en noir.

Ces temps-ci, le président des États-Unis est bien protégé. Ses déplacements sont étudiés, planifiés. Chaque trajet est détaillé dans un cartable. Cette compilation de plusieurs dizaines de pages établit les risques et prévoit les solutions de rechange en cas de pépin.

Quand le président remet des médailles ou prononce un discours (à de rares exceptions près, comme lors de son inauguration), c’est devant une foule de gens triés, fouillés. Un peu comme à l’aéroport.

C’est une protection efficace, un système qui doit beaucoup au président John F. Kennedy.

Un héritage de JFK

JFK rendait la vie difficile aux agents chargés de le protéger. Il aimait les bains de foule improvisés. Il insistait souvent pour se déplacer dans une voiture décapotable, le toit retiré. Une habitude aujourd’hui impensable. Le véhicule qui transporte Barack Obama est blindé, et comparable à un fourgon de la Brinks.

En 1963, les services secrets n’ont pas fouillé les édifices le long du parcours emprunté par JFK au centre-ville de Dallas. Lee Harvey Oswald a apporté son arme le jour même de l’assassinat. Il se serait installé dans son perchoir à l’heure du lunch. Il a pu quitter l’édifice sans grand problème après l’attentat.

Beaucoup a été écrit sur les événements de ce jour de novembre. Plusieurs se demandent si le cours de l’histoire aurait pu être changé. Comment serait le monde moderne si le 35e président avait terminé son premier mandat?

Les responsables des services secrets se sont posé beaucoup de questions après la tragédie. (Nul doute que les agents ont aussi appris des tentatives d’assassinat contre Reagan et Ford; Kennedy est le dernier à avoir été tué sous leur protection.) Ils installent maintenant des tireurs d’élite sur les toits le long du parcours du président.

Le seul agent des services secrets assez près de JFK pour sauter sur la limousine après le premier coup de feu, lui, repasse le fil des événements dans sa tête depuis 50 ans. Clint Hill croit qu’une petite seconde aurait fait toute la différence du monde.

Une toute petite seconde. S’il avait été plus près de la voiture. S’il avait voyagé dans le véhicule, même si cela déplaisait au président.

On dit que les services secrets de l’époque étaient mal préparés, sous-financés, pas assez nombreux. Ça ne semble plus être le cas aujourd’hui. C’est peut-être un intrigant héritage de Kennedy et de son assassin. Depuis Dallas, le commandant en chef des États-Unis est protégé comme jamais. Mais parce que la menace aussi a évolué (pensez aux gens prêts à se faire exploser pour une cause), le président est l’un des chefs d’État les plus isolés du monde, rarement en contact avec le public.

Le tournis aux Nations unies

Vendredi 27 septembre 2013 à 21 h 53 | | Pour me joindre

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Quatre jours passés au quartier général des Nations unies, près de l’East River à New York. Quatre jours à montrer patte blanche des dizaines de fois pour sortir et entrer de l’immense édifice, à retracer mon chemin dans ses méandres.

Quatre jours à entendre parler cinq ou six langues différentes, à croiser des gens venus d’un peu partout. La plupart portent le veston ou le tailleur foncé, mais plusieurs Africains ont revêtu des vêtements plus traditionnels… et plus colorés.

Quatre jours à écouter des discours parfois fleuves (le président de l’Uruguay a parlé durant plus d’une heure lundi soir). La Brésilienne sermonne les États-Unis (au sujet de leur programme de surveillance électronique), les États-Unis répondent par un avertissement à l’ensemble de la planète (l’ONU risque de perdre son influence). L’Iran mène une opération charme, rejette l’arme nucléaire et demande à Israël de faire de même.

L’étiquette qui confirme le passage de la sécurité à l’ONU, bleu poudre oblige.

J’ai vu trop de bleu poudre en quatre jours. Les murs, les tapis à souris, l’uniforme des policiers de l’ONU (le QG est sur un territoire à juridiction spéciale), le décor derrière les micros pour les points de presse.

J’ai vu des centaines de courriels passer en quatre jours. Les délégations annoncent leurs positions et offrent leurs chefs en entrevue. D’autres notes plus discrètes invitent à des réceptions.

Il est rare qu’un édifice réunisse autant de gens influents, les élus comme leurs conseillers. Le va-et-vient constant donne le tournis. Je n’ai pas vraiment vu de groupies à l’ONU. Une exception : peu importe sa cote de popularité domestique, Barack Obama semble toujours charmer le reste de la planète. En fait, les foules semblent si habituées au ballet des VIP qu’on s’écarte machinalement sur leur passage, avant de reprendre les discussions, comme si John Kerry ou François Hollande n’était jamais passé.

Un mystère a plané durant ses quatre jours à l’ONU. Dans les corridors, journalistes et délégués échangeaient les dernières bribes d’information ou comparaient les théories. On tentait de deviner l’issue des discussions entre Russes, Chinois, Français, Britanniques et Américains sur la question du désarmement chimique en Syrie.

Après quatre jours, la réponse est apparue : les demandes initiales des Occidentaux sont diluées. Mais pas trop. La menace de représailles est présente, si la Syrie ne respecte pas ses engagements… mais les sanctions (économiques, voire militaires) ne sont pas automatiques. En cas d’infraction, le conseil de sécurité de l’ONU devra approuver ces mesures. Ce qui donne à la Russie, un solide allié de la Syrie, l’occasion de tout bloquer. Les responsables de l’attaque du 21 août ne sont pas nommés et ne seront pas automatiquement traînés en justice.

C’est la première fois en plus de 30 mois de guerre civile que les membres permanents du Conseil de sécurité s’entendent sur une résolution. Auparavant, la Chine et la Russie avaient bloqué les efforts occidentaux.

Pour l’administration de Barack Obama, c’est tout un changement de cap en quelques semaines. Il y a à peine un mois, le président menaçait d’attaquer la Syrie. Sans l’autorisation de l’ONU, pratiquement seul, au nom d’un impératif moral.

Pour les Nations unies, il y a peut-être un gain de prestige dans cette résolution, avec un vote pour la résolution de conflit par la diplomatie, plutôt que par la force.

Quatre jours à l’ONU qui donnent le tournis, oui. Mais quatre jours qui ont passé très, très vite.

Et le cinquième jour, Barack Obama s’entretient au téléphone avec le président de l’Iran, Hassan Rohani. Un premier contact direct entre les dirigeants de ces deux pays depuis plus de 30 ans. Comme quoi la diplomatie a la cote ces jours-ci dans l’administration américaine.

Rencontre entre Barack Obama et Vladimir Poutine au G8 en juin 2013

Rencontre entre Barack Obama et Vladimir Poutine au G8 en juin 2013 : pas l’entente cordiale…

Au moment où la question de la Syrie monopolise l’attention au sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, et suscite un véritable dialogue de sourds, cette crise, et l’incapacité à la régler, est révélatrice du côté de plus en plus dysfonctionnel des relations entre la Russie et les États-Unis. S’il est exagéré de parler d’un retour à la guerre froide entre Washington et Moscou, il est tentant aujourd’hui de parler de guerre tiède.

Syrie, Libye, réduction de l’armement nucléaire, adoption internationale, Edward Snowden, affaire Magnitsky, expulsion régulière d’espions de part et d’autre… Les pommes de discorde ne manquent pas ces jours-ci entre Moscou et Washington. La remise à plat des relations voulue par Obama et Medvedev semble désormais morte et enterrée. Depuis un an, les désaccords sont si systématiques qu’on pourrait penser qu’ils sont le fruit de l’inimitié bien réelle entre Vladimir Poutine et Barack Obama.

Les deux hommes ne s’apprécient guère, certes, mais selon l’analyste Fyodor Loukianov, la tension actuelle s’explique davantage par une crise de confiance entre les deux capitales. D’après le rédacteur en chef du magazine Russia in Global Affairs, la méfiance de Vladimir Poutine envers l’Amérique vient peut-être d’un vieux réflexe d’agent du KGB formé au temps de la guerre froide, mais ce sentiment se nourrit sans cesse d’éléments nouveaux. Et le président russe craint une chose par-dessus tout, soit se trouver un jour dans le collimateur d’un des changements de régime orchestrés ou soutenus par Washington (Serbie, Ukraine, Libye et bien d’autres).

À tort ou à raison, l’homme fort du Kremlin est ainsi persuadé que les importantes manifestations d’opposition contre lui l’hiver dernier ont été aidées et financées par Washington. D’après Maria Lipman, du centre Carnegie, c’est cette raison qui l’a poussé à mettre un terme aux activités de USAID en Russie, et à faire voter une loi obligeant les ONG internationales « exerçant une activité politique en Russie et recevant des fonds de provenance autre que russe » à se déclarer auprès des autorités en tant qu’« agents de l’étranger ».

Vu sous cet angle, l’entêtement russe dans le dossier syrien prend un tout autre sens. Selon Fyodor Loukianov, Vladimir Poutine n’éprouve pas d’affection particulière pour Bachar Al-Assad, et l’importance des liens économiques, historiques ou stratégiques entre les deux capitales a été beaucoup exagérée. L’analyste en est convaincu : Vladimir Poutine veut surtout mettre un terme à la manie américaine de s’ingérer dans les affaires d’un pays souverain et d’en renverser le chef d’État, fut-il dictateur.

Barack Obama a beau dire que les frappes punitives qu’il envisage actuellement contre la Syrie ne visent pas à faire tomber le régime au pouvoir à Damas, Vladimir Poutine se méfie. Il veut à tout prix éviter une répétition de l’exemple libyen où, armée d’une résolution de l’ONU imposant une interdiction de survol, l’OTAN a changé l’équilibre des forces sur le terrain et a fini par faire tomber le régime du colonel Kadhafi.

Autre élément à ne pas négliger : la popularité de Vladimir Poutine découle en bonne partie d’un fond de nostalgie assez largement partagé en Russie pour la grandeur passée de l’URSS. Chaque fois qu’il se tient debout face à Washington et qu’il est vu comme le seul à pouvoir le faire, comme dans le cas de Snowden; chaque fois qu’il se comporte comme l’empêcheur de tourner en rond, Poutine marque des points auprès d’une frange importante de l’électorat. Il est payant politiquement en Russie de s’opposer à Washington. La position de Poutine sur la Syrie répond aussi à cette logique.

Dernier point qui a aussi son importance, Poutine, comme Obama, est un peu prisonnier de ses prises de position et de ses déclarations passées. Un duel de coqs où aucun ne peut changer d’avis ou adoucir publiquement sa position sans passer pour un faible. Et plus Obama joue les gros bras dans le dossier syrien, plus il condamne Poutine à s’ancrer dans ses positions, et ce, même s’il devient de plus en plus délicat pour lui de soutenir publiquement le régime Al-Assad. Cela dit, il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir et, à ce chapitre, Washington a peu de leçons à donner puisque tant la Maison-Blanche que le Département d’État pratiquent l’aveuglement volontaire sur l’importance et l’influence réelle et sans doute grandissante d’Al-Qaïda au sein des troupes rebelles.

Dans ces circonstances, il ne faut pas attendre grand-chose des discussions sur la Syrie qui auront lieu au sommet du G20 à Saint-Pétersbourg. Les civils innocents en Syrie pris entre deux feux, tant au sens propre qu’au sens figuré, et qui ne savent plus depuis longtemps à quel saint se vouer devront, une nouvelle fois, chercher ailleurs une solution à leur malheur.

 

Il faut bien l’avouer, avant le mois d’avril dernier, avant les attentats du marathon de Boston, bien peu de gens dans le monde étaient au courant de l’existence du Daguestan. Moins nombreux encore, ceux qui s’intéressaient à cette petite république du Caucase du Nord russe.

Pas nécessairement parce que rien ne s’y passe. Bien au contraire. En fait, rarement une semaine ne s’écoule sans que la capitale, Makhatchkala, ne soit secouée par un attentat terroriste. Lors de notre passage sur place, nous avons compté pas moins de trois explosions meurtrières en huit jours (deux attentats à la voiture piégée et une femme kamikaze). Ces attaques, régulières, tuent des centaines de personnes chaque année. Pourtant, elles ne font jamais la une des journaux. Ni en Amérique, ni en Europe, ni même en Russie. C’est que les terroristes du Daguestan frappent rarement à l’extérieur de leurs frontières. Et quand ils le font, Moscou reste leur cible prioritaire.

En ce sens, les cocottes-minute déposées sur la ligne d’arrivée du marathon de Boston constituent une exception, un précédent. Si tant est bien sûr que les enquêteurs russes et américains arrivent à établir un lien entre les attentats de Boston et le séjour au Daguestan en 2012 de Tamerlan Tsarnaev, présumé auteur (avec son jeune frère Djohar) des attentats de Boston.




Une pépinière à terroristes?

Les enquêteurs et journalistes américains sont débarqués en masse au Daguestan au cours des dernières semaines avec une interrogation lancinante : la poudrière du Daguestan est-elle devenue un nouveau front de la guerre mondiale au terrorisme, une nouvelle pépinière de militants islamistes prêts à frapper n’importe où sur la planète? Une question cruciale au moment où la Russie s’apprête à tenir les Jeux olympiques d’hiver à Sotchi, à quelques centaines de kilomètres du Daguestan.

La grande question est en fait de savoir si Tamerlan Tsarnaev a bénéficié de complicités, de soutien lors de son séjour au Daguestan entre janvier et juillet 2012, s’il répondait à des instructions venues de Makhatchkala ou s’il a agi de son propre chef. Nous ne le saurons peut-être jamais. Le principal intéressé ne parlera plus. Tamerlan Tsarnaev est mort le 19 avril dernier dans une fusillade avec la police, à Watertown, au Massachusetts.

Pour essayer de trouver des réponses, nous avons remonté la piste Tsarnaev au Daguestan. Nous avons visité les villes où a séjourné Tamerlan Tsarnaev. Nous sommes retournés sur les lieux qu’il a fréquentés. Nous avons rencontré ses amis et les membres de sa famille.

La mère parle

Le tableau qui en ressort est complexe. De fait, il faut savoir lire entre les lignes pour tenter de dégager des parcelles de vérité du discours de ses proches. Il est clair, par exemple, que sa mère Zoubeidat Tsarnaeva ne veut rien dire qui soit de nature à ternir la mémoire de son fils aîné, Tamerlan, ou qui ne puisse incriminer le plus jeune, Djohar, actuellement emprisonné en lien avec les attentats de Boston, et qui risque la peine de mort. Ses avocats lui ont conseillé la plus grande prudence.

Dans l’entrevue exclusive qu’elle nous a accordée, Mme Tsarnaeva soupèse donc chacun de ses mots, consciente de marcher sur des oeufs. Cette mère éplorée, qui a vu en quelques jours tout son univers basculer, est totalement désemparée. Elle s’accroche à la mission qu’elle s’est fixée : tout faire pour sauver le seul fils qu’il lui reste. Elle dit faire confiance à la justice américaine. Elle veut croire en son impartialité, en la possibilité pour son fils d’obtenir un procès juste et équitable.

Et pourtant, en discutant avec cette femme, profondément religieuse, impossible de ne pas réaliser qu’elle est dans le déni le plus total. Elle répète à l’envi ses théories du complot voulant que ses fils aient été victimes d’une machination des services secrets américains ou du FBI. Elle présente ses fils comme des anges. Elle refuse d’envisager la possibilité qu’ils aient déraillé, qu’ils aient sombré dans un islam radical et violent.

 

Une mère en déni

De fait, Zoubeidat Tsarnaeva ne peut accepter d’envisager la probable réalité sans se remettre en question elle-même. Car elle semble, selon de multiples témoignages, à l’origine de la radicalisation de son fils aîné, Tamerlan. Elle-même pratiquant un islam strict et rigoureux, elle acceptait visiblement mal les influences négatives de l’Amérique et de ses « perversions » sur ses fils. Si elle avait la possibilité de revenir en arrière, elle aimerait refaire sa vie ailleurs qu’en Amérique, nous a-t-elle dit en entrevue. Si possible dans un petit village de montagne au Daguestan, où elle aurait pu garder un oeil sur ses enfants.

La drogue, les mauvaises fréquentations de ses fils, voilà ce qui inquiétait Zoubeidat Tsarnaeva. L’islam était, pour elle, la seule solution. Et pas n’importe quel islam : le salafisme, qui vise la création d’un califat, soit un État islamique avec la charia pour seule loi. Elle citait en exemple à son fils Tamerlan le cas de son cousin Magomed Kartashov, militant salafiste aujourd’hui emprisonné. La plupart des terroristes islamistes du Daguestan, ceux qui brandissent le drapeau noir du djihad, se réclament de cette doctrine.

Mais Tamerlan Tsarnaev — et dans une moindre mesure, son frère cadet Djohar — sont-ils pour autant des produits d’une fabrique à terroristes « made in Daguestan », prête à frapper de nouveau en Amérique ou en Europe?

Difficile à dire, tant leur profil semble atypique. Une chose est certaine : les frères Tsarnaev sont les produits d’une famille maintes fois déracinée, perturbée, en quête d’identité et, visiblement, très mal intégrée dans l’Amérique d’aujourd’hui. Un cas qui n’est sans doute pas unique. Et c’est peut-être à ce titre, plus que la menace potentielle venue du Daguestan, que le précédent créé par les frères Tsarnaev donne froid dans le dos…

 

Le narcotrafiquant colombien Pablo Escobar, descendu par la police en 1993, est un des plus grands criminels du XXe siècle. Il a littéralement changé la face de la Colombie en lui infligeant le narcoterrorisme dont elle souffre encore (cf. les FARC), mais il a aussi changé la face du monde en introduisant massivement le fléau de la cocaïne en Amérique du Nord et en Europe.

Sa vie fait l’objet d’un film hollywoodien en cours de tournage au Panama en ce moment (Paradise lost, d’Andrea di Stefano avec Benicio del Toro, Carlos Bardem, Josh Hutcherson et Corbet Brady).

Il reste peu de témoins directs et surtout encore vivants de l’entourage de Pablo Escobar. Mais il y a son frère Roberto, personnage étonnant, qui était le comptable du Cartel de Medellin. Il vit, très discrètement, toujours à Medellin.

Roberto voulait être coureur cycliste. Son surnom : « El Osito », l’ourson, le nounours. Son frère Pablo l’entraîne sur le chemin du narco trafic. Il raconte sa vie de comptable du Cartel de Medellin, dans ce livre, qu’il a dicté en espagnol et qui a été traduit en anglais : L’histoire du comptable. Dans le monde violent du Cartel de Medellin. Selon Roberto, le livre est un best-seller en Australie (!?!). Il dit aussi qu’il n’a jamais rencontré son coauteur, David Fisher. Il ne lui a jamais parlé directement non plus! À l’époque de notre rencontre, il se plaignait de n’avoir pas reçu le moindre dollar de droits d’auteur, autre qu’une avance d’un montant non précisé.

Le reportage à Une heure sur terre, dimanche 19 mai 2013 à 14 h. 

Images Benoît Roussel, montage André Roch.

Escobar était un sujet tabou en Colombie jusqu’à récemment : trop douloureux pour beaucoup de familles victimes de meurtres et d’attentats. Une série télévisée de prestige intitulée Pablo Escobar, le patron du mal, vient de battre toutes les cotes d’écoute à la télévision en Colombie. Elle a été jugée très fidèle à la réalité.

Comme tous les personnages encore vivants, le nom de Roberto a été changé dans la série télévisée du réseau Caracol de Colombie pour éviter les poursuites. Il se nomme Alberto Escobar, et son surnom, « el Osito » devient « Peluche », la peluche. L’acteur qui l’incarne, Carlos Narciso Napan, lui a parlé et il rapporte que Roberto n’a pas aimé la série : en particulier qu’on dise de lui qu’il ne connaissait rien aux mathématiques alors qu’il a fait des études d’ingénieur. Et surtout que leur mère est dépeinte comme quelqu’un qui se mêlait aux affaires louches de Pablo tandis qu’elle ne s’occupait que de philanthropie et d’œuvres sociales.

Aujourd’hui, la veuve de Pablo Escobar, Maria Victoria, et leurs enfants Juan Pablo et Manuela ont changé de nom et ils vivent paisiblement à Buenos Aires en Argentine.

Juan Pablo (aujourd’hui  Juan Sebastian Marroquin Santos) a produit un documentaire intitulé Juan Pablo Escobar, les péchés de mon père.

http://www.youtube.com/watch?v=OvEYZ2ouNT8

Le journal Le Monde rapporte qu’il a lancé sa marque de vêtements « Escobar-Henao » (Henao est le nom de jeune fille de sa mère) et que sur certains modèles figurent des reproductions de la carte d’identité et la carte de crédit du baron de la drogue.

http://www.lemonde.fr/style/article/2012/11/06/pablo-escobar-effigie-d-une-marque-de-vetements_1786250_1575563.html

Comme Roberto Escobar, la famille affirme que des milliards de dollars brassés par Pablo Escobar, il ne leur reste rien.

 

Au début de la semaine, Brian Williams, le présentateur numéro un du téléjournal de début de soirée au réseau NBC commençait ainsi son bulletin :

 « Bon nombre d’Américains se rappelleront malheureusement que la dernière fois où le gouvernement se mêlait d’espionner les coups de fil des journalistes et utilisaient le fisc à des fins politiques remonte à l’ère Nixon. Et bien que les temps aient changé, et que les circonstances soient différentes, les mêmes façons de faire font maintenant surface pendant l’administration Obama, qui tente de contenir des affaires en série ces temps-ci. »

Je me suis dit, ça doit être grave. Faire un rapprochement Obama-Nixon sur NBC, c’est inusité. Sur Fox, ce serait autre chose. Les critiques excessives du président sont fréquentes, et le réseau avait même fait un bilan vidéo des 100 premiers jours d’Obama au pouvoir sur la musique du Carmina Burana de Carl Orff.

Barack Obama est aux prises avec trois controverses. J’hésite à utiliser le mot scandale : « grave affaire qui émeut l’opinion publique à la fois par son caractère immoral et par la personnalité des gens qui y sont compromis » (Petit Robert).

Aux yeux des républicains, il ne fait aucun doute que ce sont des scandales. Il y a donc un côté partisan à ces affaires. Par exemple, 41 % des républicains, dans un sondage récent, croient que la mort de quatre Américains dans l’attaque contre la mission diplomatique américaine à Benghazi, en Libye, est le plus important scandale de l’histoire (Watergate? Iran-Contra?). Mais dans l’opinion publique générale, les répercussions se font attendre.

Des controverses qui font mal

« Les gens qui font ces comparaisons (NDLR : avec l’administration de Richard Nixon) doivent revoir leur histoire », a dit le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney.

N’empêche que, pour la première fois, ce ne sont pas des controverses qui sont la conséquence de facteurs extérieurs à l’administration (les décisions prises sous Bush, les désastres naturels, le comportement des banques ou encore le printemps arabe), mais bien des controverses alimentées par ce qui se passe dans son administration.

Les trois cauchemars de relations publiques que l’administration Obama peine à contenir ont pour nom Benghazi, AP-Associated Press et IRS.

Dans le cas de Benghazi, les républicains veulent d’une part démontrer que la Maison-Blanche a caché que l’attaque avait été perpétrée par des terroristes. Elle affirmait, au départ, que c’était plutôt une manifestation spontanée en réaction à une vidéo anti-Mahomet. D’autre part, ils veulent établir que les mesures de sécurité n’étaient pas adéquates à cause de décisions prises par Hillary Clinton, alors secrétaire d’État et maintenant potentielle adversaire des républicains pour les élections présidentielles de 2016.

Le président Obama a, avec un certain succès, réussi à dépeindre les hauts cris des républicains comme une chasse aux sorcières partisane. Il invite tout le monde à se tourner vers des solutions pour empêcher qu’une telle attaque se produise de nouveau.

Dans le cas d’AP, c’est-à-dire la saisie en secret par le ministère de la Justice de deux mois de relevés téléphoniques de l’agence de presse Associated Press dans l’espoir de trouver la source d’une fuite de renseignements, l’administration justifie le geste par l’importante menace pour la sécurité américaine des renseignements publiés. On parle d’un agent double de la CIA au Yémen qui a réussi à déjouer un complot contre un avion de ligne il y a un an. L’administration Obama a la main lourde dans les histoires de fuite, et elle ne s’en cache même pas.

Ironiquement, un projet de loi sera présenté au Sénat sous peu sur la protection des sources des journalistes. Est-ce une réponse à cette controverse? La Maison-Blanche a évité de répondre aux questions parce qu’une enquête du FBI est en cours. Mais Barack Obama sait très bien que le journalisme n’est pas la profession tenue en plus haute estime par les Américains.

Il reste la controverse entourant le fisc, l’Internal Revenue Service ou IRS. Des fonctionnaires ont indûment ciblé les dossiers d’organismes conservateurs comme le Tea Party, leur posant des questions excessives et intrusives quand ils demandaient le statut d’organismes sans but lucratif. Le rapport de vérification interne ne fait aucun lien entre ces pratiques abusives et la campagne pour la réélection de Barack Obama ou l’administration Obama. Si un lien était mis au jour, cette affaire deviendrait un scandale de grande proportion.

La faute d’Obama?

Plusieurs présidents américains ont souffert de la malédiction du second mandat : le Watergate pour Nixon, le scandale Iran-Contra pour Reagan, l’affaire Monica Lewinski pour Clinton et l’ouragan Katrina pour George W Bush. Est-ce cette malédiction qui frappe aussi Barack Obama?

Je reviens à la définition du mot scandale et je voudrais faire valoir que pour entacher une réputation, un scandale doit avoir un lien fort avec la personnalité — et les valeurs — d’un président. Par exemple, Richard Nixon et son mépris de la loi ou Bill Clinton et sa faiblesse pour les femmes. Dans le cas de Barack Obama, on peut dire qu’aucune de ces controverses n’aurait eu de souffle si le président n’était pas si obsédé par la politique, n’était pas si isolé dans sa Maison-Blanche et ne croyait pas tant au pouvoir du gouvernement comme institution.

Barack Obama, depuis cinq ans, fait des discours où il dit que le gouvernement peut jouer un rôle positif dans la vie des gens et qu’il peut s’acquitter de ce rôle de façon compétente. Les adversaires du président disent, eux, que le gouvernement est dangereux et que même les meilleures intentions se perdent dans l’exercice du pouvoir. La controverse sur l’IRS est en ce sens la plus dommageable et c’est une des raisons pour lesquelles le président a réagi si rapidement et limogé la seule personne qui pouvait l’être, le directeur par intérim de l’agence.

Mais déjà, les critiques s’adoucissent. « Ceux qui évoquent déjà la destitution sont absurdes », écrit un commentateur de droite dans son blogue quotidien. « La Maison-Blanche a repris le dessus », écrit l’influent reporter du quotidien Politico, Mike Allen. Barack Obama a peut-être réussi à ce que quelques mauvais jours en mai ne deviennent pas des mois, voire une année horrible.