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Les enterrements sanitaires font partie des mesures déployées pour contrer la contagion de l’Ebola en Guinée.

Au début, les dépouilles des victimes étaient nettoyées et enterrées loin des familles, pour éviter que des gens en deuil touchent au corps hautement contagieux du défunt.

Cela a poussé certaines familles à cacher leur mort pour l’enterrer dignement, selon leurs pratiques religieuses.

La Croix-Rouge guinéenne a donc modifié ses façons de faire. Elle permet maintenant à un membre de la famille d’assister à toutes les étapes de la préparation du corps. Toute la famille peut prier le corps, à une saine distance, et assister de loin à son enterrement.

 « Il y a eu des rumeurs disant que les volontaires de la Croix-Rouge, après le décès, découpaient les membres de leur parent. Donc, ils ont décidé d’associer la famille pour que tout se passe devant eux. » –  Abdoul Aziz Sylla, un volontaire de la Croix-Rouge guinéenne qui s’occupe de ces enterrements depuis mars.

« Je suis un être humain, me dit Addoul Aziz Sylla. Si je vois des personnes en détresse, j’ai pitié d’eux et je dois agir. C’est ça qui m’a motivé à m’engager dans ça, pour sauver l’humanité. »

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La dépouille d’un diamentaire guinéen, mort de l’Ebola mardi à Conakry, est désinfectée une dernière fois à l’entrée d’un cimetière par des travailleurs de la Croix-Rouge guinéenne. Photo : Radio-Canada/Sophie Langlois

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Photo : Radio-Canada/Sophie Langlois

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Photo : Radio-Canada/Sophie Langlois

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Photo : Radio-Canada/Sophie Langlois

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Les membres de la famille regardent de loin. Ils ne s’approchent qu’à la fin, quand les rameaux recouvrent le sac mortuaire.

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Le plus jeune des fils du défunt a insisté pour pelleter un peu de terre sur son père. Photo : Radio-Canada/Sophie Langlois

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Photo : Radio-Canada/Sophie Langlois

Voici d’autres images prises à Conakry, en Guinée, sur l’épidémie d’Ebola.

L’AGONIE D’UN HOMME AU MARCHÉ DE MADINA

Des travailleurs de la Croix-Rouge récupèrent le corps d’un homme possiblement mort de l’Ebola. Il agonisait depuis trois jours sous l’étal du marché de Madina, le plus grand du pays. Aboul Aziz va chercher les corps des victimes de l’Ebola et les enterre depuis le tout début de l’épidémie, en mars dernier. « Je le fais parce que je suis un être humain. Quand l’humanité souffre, il faut l’aider », dit-il, trempé de sueur après avoir enterré un diamantaire mort dans la nuit. La température à l’intérieur des combinaisons protectrices qu’il porte peut atteindre 50 degrés Celsius. Ces travailleurs guinéens de Médecins sans frontières et de la Croix-Rouge sont mes nouveaux héros.

 

Le corps est transporté dans une camionnette jusqu’au centre de traitement de l’Ebola de Médecins sans frontières, à Conakry, pour vérifier s’il est contaminé.

 

Des centaines de personnes ont assisté à l’événement. Beaucoup d’entre elles se sont indignées du fait qu’il a fallu trois jours pour que les autorités viennent au secours du malade.

 

 

VISITE AU CENTRE DE TRAITEMENT DE L’EBOLA DE MSF

Le centre de traitement de Médecins sans frontières à Conakry soigne la majorité des malades de l’Ebola de la capitale. Quand nous y étions, 51 patients en isolement y étaient traités.

La plupart des travailleurs du centre sont guinéens. Lorsqu’on les a interviewés, ils étaient méconnaissables sous leurs masques. En effet, plusieurs travaillent là sans que leur famille le sache, de peur d’être rejetés.

 

Mohamed Lamine Kaba, médecin guinéen spécialiste des maladies infectieuses, basé à Dakar, est venu en août passer ses vacances au centre de Conakry. Il est toujours là et ne compte pas repartir avant décembre.

 

« On travaille pour sauver la nation », explique le menuisier Joseph Beavogui.


Des infirmières, des médecins, des menuisiers et des logisticiens se préparent à aller dans la zone d’isolement où sont soignés les malades de l’Ebola.

 

 

Les Américains, y compris leur président, ne cessent de répéter qu’ils sont prêts à affronter chez eux des cas d’infections au virus Ebola. Ils assurent que leur système de santé est robuste, et que leurs infirmières et médecins sont parmi les meilleurs du monde.

À la lumière du premier cas d’Ebola à Dallas, au Texas, la question se pose sérieusement : les Américains sont-ils vraiment prêts?

Thomas Eric Duncan est arrivé aux États-Unis en provenance du Liberia le 20 septembre dernier, sans aucun symptôme.

Six jours plus tard, il se rend à l’urgence d’un hôpital de Dallas en raison d’un malaise. L’infirmière lui aurait demandé s’il a voyagé en Afrique de l’Ouest au cours des derniers mois. Le patient a répondu que oui.

Malgré ce oui clair et précis, le personnel médical du Texas Health Presbyterian Hospital lui a donné congé, et il est retourné à la maison avec des antibiotiques.

Comment expliquer qu’un patient arrivant du Liberia, le pays le plus touché par l’Ebola, puisse tout simplement reprendre le chemin de la maison après s’être présenté à l’urgence avec des symptômes ressemblant à ceux du virus?

On apprenait lors d’un point de presse, le 1er octobre, que l’infirmière n’a pas transmis au reste du corps médical l’information selon laquelle le patient arrivait du Liberia. Il a été hospitalisé deux jours plus tard.

Cette erreur inexplicable a donc permis à un patient atteint de l’Ebola, aux États-Unis, de retourner chez lui. Ça multiplie les risques de contaminer des dizaines de personnes. Résultats : des enfants de la région de Dallas avec qui cet homme aurait été en contact sont actuellement sous surveillance médicale.

Ces mêmes spécialistes en santé publique répètent aussi qu’il n’y a pas d’autres cas, et que les chances que le virus se propage sont minces. Oui, peut-être, on veut rassurer la population. Mais n’est-il pas un peu trop tôt pour faire de telles prédictions, alors que la période d’incubation du virus peut s’étendre jusqu’à 21 jours?

Force est de constater que les Américains ont échoué à leur premier test concernant la présence du virus Ebola sur leur territoire.

Les États-Unis peuvent se vanter d’assurer les meilleurs soins de santé du monde. Mais sans la première ligne qui transmet l’information correctement, les risques de propagation de ce virus mortel, même en Amérique, sont bien réels.

Daphné Bégin et ses camarades du projet Bracelets de l'espoir
Daphné Bégin et ses camarades du projet Bracelets de l’espoir

Ils sont jeunes, vivent à La Prairie, en banlieue de Montréal, et ils savent maintenant qu’avoir une garde-robe et un garde-manger garnis de produits achetés au rabais coûte des vies. Grâce à Lyne Bowes, une enseignante passionnée de géographie et d’histoire, 120 jeunes de l’école secondaire la Magdeleine ont appris cette année que 168 millions d’enfants dans le monde s’usent la santé au travail, au lieu d’user des bancs d’école.

« Ça m’attriste parce que je m’imagine que ce sont mes jeunes frères et sœurs obligés de travailler au lieu d’aller à l’école, et moi je trouve que l’école c’est important », dit Victoria Galassi, l’une des élèves qui ont participé au projet Bracelets de l’espoir.

« Ça m’a touché parce que oui, ils travaillent. C’est déjà mal, mais en plus ils travaillent dans des conditions horribles. » – Jean-Félix Leduc.

Les jeunes ne se sont pas arrêtés à l’indignation. Pendant le mois de mai, ils ont vendu des bracelets qu’ils avaient fabriqués avec ces petits élastiques très à la mode ces mois-ci dans les cours d’école.

« Les élèves eux-mêmes appellent ça les bracelets de l’amitié, explique l’enseignante Lyne Bowes. Je me disais que ce serait un geste d’amitié envers ces enfants qui travaillent, de la part d’enfants choyés, pour qu’ils puissent changer le monde, une personne à la fois. »

« Il y a des enfants qui ont plein d’argent, la plus haute technologie, des maisons géantes, puis il y en a d’autres qui n’ont absolument rien, qui ont de la misère à survivre tous les jours. C’est une lutte avec la vie pour pouvoir survivre, ça n’a pas d’allure! », s’exclame, indignée, Daphné Bégin.

La jeune a conçu avec des camarades, dans leur cours d’anglais, une vidéo de sensibilisation qui montre l’horreur des enfants forcés au travail. Comme ces gamins en Côte d’Ivoire qui se blessent avec des machettes trop lourdes pour eux dans des plantations de cacao.

Antoine Poirier est scandalisé de voir qu’on tue des enfants à petit feu pour produire le chocolat à moindre coût. « Il y a des insecticides pour empêcher de nuire à la production, c’est un enfant qui fait ça, c’est super dangereux, super toxique, il n’y avait aucun équipement. C’est pour ça qu’ils meurent tôt. Ils ne sont plus vraiment en santé. Je préférerais payer le chocolat plus cher, et qu’il soit fait par du monde plus âgé, avec de l’équipement de protection. »

Les élèves ont aussi envoyé des lettres au premier ministre du Canada, Stephen Harper, et à des dirigeants d’entreprises soupçonnées d’acheter des biens et des matières premières produits par des enfants. La compagnie Hershey’s, qui achète du cacao de la Côte d’Ivoire, a répondu qu’elle avait un programme pour éliminer le travail des enfants d’ici 2020.  Les réponses reçues sont publiées sur la page Facebook du projet, Bracelets of Hope, conçue dans le cours d’anglais.

« Avec plusieurs petites actions comme ce qu’on fait avec les bracelets, on peut faire beaucoup d’argent. On a réussi à ramasser un gros montant, ce qui va aider à ouvrir des écoles dans les pays de pauvreté », dit Jean-Félix.

« On peut changer le monde, petit à petit, renchérit son copain Antoine Montpetit. Mais ça prend beaucoup de temps et beaucoup d’argent pour le faire. »

En vendant leurs bracelets 2 $, les élèves ont collecté 4217 $. L’argent sera remis à une petite ONG de Longueuil, Aide internationale pour l’enfance, qui sort des enfants de l’esclavage en Inde. Les fonds amassés par les jeunes de La Prairie serviront à scolariser, pendant un an, 25 enfants de 6 à 11 ans, qui travaillaient dans une décharge publique.

Un bouc émissaire nommé Donald Sterling

Mercredi 30 avril 2014 à 15 h 59 | | Pour me joindre

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Paul Millsap (24) du Jazz de l’Utah et Ryan Hollins (15) des Clippers de Los Angeles Photo : AFP/JEFF GROSS

La controverse entourant le propriétaire des Clippers de Los Angeles a rapidement touché une corde bien sensible aux États-Unis. À peu près tout le monde y a ajouté son grain de sel. Le président Barack Obama, lui-même noir, croit que « quand les ignares veulent montrer leur ignorance, il n’y a rien d’autre à faire que de les laisser parler ». Cette semaine, personne ne semble aimer Donald Sterling aux États-Unis. Encore moins depuis que la NBA l’a puni si fortement et l’a répudié si publiquement.

En quelques jours, Donald Sterling est devenu le symbole du raciste ignorant et intolérant. Celui venu d’une autre époque. Le cinéaste Spike Lee est même allé jusqu’à le comparer à un esclavagiste (« the mentality of a slave master »,  a-t-il lancé à CNN, après avoir marqué une pause, comme pour bien peser le poids de ses mots).

Dans le passé, Donald Sterling avait déjà été accusé de racisme. Des poursuites ont été intentées contre lui. Après des années de tolérance, la NBA s’est finalement résolue à sanctionner son comportement. « C’est contraire aux principes d’inclusion et de respect » de la NBA, une ligue « multiculturelle et multiethnique ».

Les Américains ont été très nombreux à applaudir les sanctions contre Donald Sterling. Ils ont aussi salué le courage du nouveau commissaire de la NBA Adam Silver. L’ancien n’avait rien fait, malgré les multiples allégations de racisme lancées par des joueurs, des employés et des locataires de ses appartements. Ce qu’on a moins entendu, c’est un rappel que le racisme est encore bien présent dans l’ensemble de la population américaine. Des Donald Sterling, il y en a probablement des milliers aux États-Unis. La grande différence avec le milliardaire? Leurs commentaires privés ne sont pas diffusés aussi publiquement. Aux sondeurs, ils sont cependant prêts à l’admettre.

« C’est un rappel très clair, a lancé Kevin Johnson, un ancien joueur vedette de la NBA (aujourd’hui maire de Sacramento). Nous avons encore beaucoup de travail à faire. Oui, nous avons un président afro-américain. Oui, la justice a été rapide (dans le cas Sterling). Tout cela nous rappelle que la haine et le sectarisme sont encore bien présents. J’espère que chaque intolérant dans ce pays voit ce qui est arrivé à M. Sterling et qu’il reconnaisse que, s’il peut être puni, vous pouvez l’être aussi. »

Le joueur canadien Steve Nash (un Blanc) a aussi fait des commentaires dans le même sens. L’intolérance est subtile, discrète. Par exemple, on conteste devant les tribunaux la légalité des programmes de discrimination positive, notamment pour l’entrée à l’université. La Cour suprême a récemment tranché contre la discrimination positive. Une décision qui a été hautement décriée par l’une des juges, la première hispanophone à siéger au plus haut tribunal du pays.

Depuis l’élection de Barack Obama, les Américains se disent plus racistes qu’auparavant. Prenez les statistiques et voyez par vous-même. Séparez les Américains selon la couleur de leur peau. C’est frappant et presque immanquable : plus la peau est pâle, plus facile semble la vie aux États-Unis. Même les bambins à la peau noire auraient la vie plus difficile à l’école.

Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu de progrès depuis les émeutes raciales des années 60. Les données illustrées au bas de cette page montrent une certaine progression de la qualité de vie des Afro-Américains. Mais comme l’indique le titre de l’article, l’égalité raciale est encore insaisissable. Ce qui est plus palpable, ce sont les commentaires de Donald Sterling. Il est devenu un symbole du racisme, un symbole bien visible pour un problème qu’il est plus facile d’ignorer.

À regarder la télé américaine ces jours-ci, c’est tout comme s’il n’existait qu’une seule actualité vraiment importante : la disparition du vol MH370 de Malaysia Airlines.

Oubliez la Crimée, les vagues de réfugiés qui déferlent en Italie, les problèmes économiques de l’Europe, la réforme de la santé du président Obama. C’est de cet avion disparu dont tiennent à parler CNN, Fox et MSNBC.

Ne vous y méprenez pas : ce drame est important. La douleur des familles des passagers est immense, difficilement descriptible.

Radio-Canada en parle aussi, probablement beaucoup. Mais ce que font les télés américaines semble plus que trop. C’est le genre de couverture mur à mur qui rappelle les attentats de septembre 2001. Ce sont des heures de « nouveaux développements », d’innombrables « breaking news », qui sont en fait d’énormes spéculations basées sur peu de faits concrets.

Prenez l’annonce australienne d’une découverte de ce qui pourrait être des débris d’avion dans un secteur isolé et peu fréquenté du globe.

L’animateur vedette Anderson Cooper est rentré d’urgence en studio pour souligner l’importance de cette annonce, faite en fin de soirée aux États-Unis. L’animateur déjà en place à CNN ne pouvait probablement pas être à la hauteur de ce développement.

Remarquez, toute cette couverture fait un bon spectacle. Les télés ont d’impressionnants graphiques et déploient les grands moyens. Pendant au moins trois jours, l’une d’entre elles diffusait du cockpit d’un simulateur de vol de 777 basé en Ontario. Aucun aspect de la question ne semble y échapper : l’influence des courants marins sur la position des débris, la puissance des satellites commerciaux, les divers signaux que transmet un avion, les coûts pour assurer un avion de ligne (2 milliards, apparemment).

La qualité des images n’est pas très bonne, mais ça vaut la peine de vous montrer quelques exemples de la couverture américaine :




Mais à trop vouloir combler le temps d’antenne, les télés frôlent parfois le ridicule. Voici quelques perles :

  • « Breaking news », titrait l’une des chaînes : les piles des boîtes noires s’épuisent (alors qu’il leur restait plus de la moitié de leur durée de vie d’environ un mois).
  •  On a évoqué la possibilité que l’avion ait disparu dans une sorte de Triangle des Bermudes, ou se soit écrasé sur l’île mystérieuse de la série télé Lost.
  •  On a beaucoup spéculé sur la personnalité des deux pilotes, sur le fait que l’un d’eux possède un simulateur de vol, d’où des données auraient été effacées.
  •  On a présumé que l’enquête aurait été plus rapide, que plus d’info aurait été disponible si le drame avait touché une compagnie américaine.

Bien sûr, une bonne partie de tout cela sert les impératifs commerciaux des réseaux. CNN, notamment, a réussi à battre ses concurrents dans la course aux spectateurs.

Mais la qualité de l’information en souffre, au point où le spectateur que je suis n’arrive plus à distinguer les théories basées sur des faits de la pure spéculation. Reste l’aspect divertissant…

Pour les proches des disparus, le mystère ne peut probablement pas être résolu assez rapidement. Mais les réseaux américains donnent l’impression qu’en quelque sorte, plus longtemps on cherche cet avion, mieux c’est…

La vérité sur les armes à feu

Dimanche 15 décembre 2013 à 6 h 49 | | Pour me joindre

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Aux États-Unis, il y a peu de sujets aussi délicats, aussi polarisateurs que le débat sur les armes à feu. Il s’agit, dit-on, des eaux les plus troubles où naviguer en politique américaine. C’est un mélange d’argent (les millions des fabricants d’armes), d’émotions (la douleur des parents qui survivent à un enfant), d’intimidation (les politiciens ciblés par le lobby des armes) et d’ambitions (ces mêmes politiciens). La religion s’en mêle. Bref, le genre de sujet qu’on évite dans un événement social. C’est aussi un sujet qui semble être basé davantage sur les émotions que sur des faits.

Je ne parle pas des morts. Chaque victime est de trop. Dans une tuerie comme dans un accident de chasse. Mais au-delà du nombre incroyablement élevé de victimes (plus de 30 000 par année, autant que la population d’Alma ou de Côte-Saint-Luc, au Québec), il est difficile de trouver des données pour appuyer ses positions. Y a-t-il vraiment 310 millions d’armes en circulation aux États-Unis? C’est une approximation, une estimation basée sur des sondages et de vieilles statistiques. En divisant le nombre d’armes par la population totale du pays, on obtient le plus important ratio au monde, devant la Syrie et le Yémen. On ne peut pas savoir non plus combien de ménages ont des armes. Est-ce trois sur quatre? Un sur trois?

Creusez, vous le constaterez : il existe un important flou dans la qualité des données sur les armes à feu aux États-Unis. Il existe aussi peu de recherches scientifiques (impartiales, qui ne sont pas liées à des groupes de pression) sur les armes, les causes des accidents, les techniques pour rendre les fusils plus sûrs. Étrange pour un pays si préoccupé par les armes? Peut-être pas. Comme avec beaucoup de questions dans ce dossier, la réponse tient aux gestes de la NRA, le groupe le plus actif du puissant lobby des armes. (Rolling Stones en a fait un portrait bien détaillé , le New York Times aussi.)

Depuis 1996, le fédéral ne finance plus de recherches scientifiques sur la violence causée par les armes à feu. C’est aussi simple que cela. Une décision des élus américains, basée sur les pressions de la NRA. La loi qui accorde des fonds à la recherche pour prévenir des blessures interdit les travaux qui pourraient servir au contrôle des armes à feu. Il se faisait de la recherche avant (avec l’agence de santé publique des États-Unis, les CDC.) En 2012, l’interdiction a aussi été appliquée à l’équivalent du ministère de la Santé. La NRA soutient que les CDC « publiaient des articles qui étaient des opinions politiques déguisées en recherche médicale ».

Bref, on craignait la propagande. Parmi les questions qui intéressaient les chercheurs à l’époque, on en trouve une importante : êtes-vous plus en sécurité avec une arme à la maison, ou plus à risque de blesser ou de tuer un proche (accidentellement ou sous l’effet de la colère)? D’autres questions importantes demeurent sans réponse :

  • d’où proviennent les armes utilisées par les mineurs qui commettent des crimes?
  • combien de temps s’écoule-t-il entre l’achat d’une arme et un suicide?
  • la vérification des antécédents d’un acheteur fait-elle vraiment une différence?
  • est-ce que la capacité d’un chargeur a un impact sur le nombre de victimes lors d’une tuerie?

Des réponses claires à ces questions pourraient influencer les discussions, convaincre les élus d’agir pour améliorer la sécurité des Américains, sans nécessairement restreindre l’accès aux armes pour ceux qui y voient un loisir. Le président Obama le sait bien. Après Newtown, il a ordonné la reprise des recherches. « On ne profite pas de l’ignorance », avait-il expliqué. Une position qui a déclenché une mini-controverse et soulevé une certaine opposition.

Alors que le souvenir de l’horreur de Newtown revient dans nos esprits, il est utile de rappeler que des dizaines d’enfants sont tués chaque année par des armes à feu. Pas seulement dans des tueries. Surtout par accident. Deux garçons qui jouent ensemble et découvrent une carabine chargée. Une jeune curieuse qui prend l’arme supposément cachée de sa mère. Depuis Newtown, au moins 120 jeunes Américains seraient morts de cette façon. Une épidémie, selon certains. Un drame que la recherche pourrait aider à atténuer. La technologie peut-elle empêcher un enfant d’utiliser l’arme de ses parents par accident? On ne sait pas. Les cours de prévention (donné par la NRA notamment) sont-ils vraiment efficaces? Difficile à dire.

Dans les mois qui ont suivi l’ordre du président, les CDC ont établi les priorités de recherche concernant les armes à feu. La liste contient quelques dizaines de questions. Obtenir ces réponses prendra probablement des années de recherche. Si recherche il y a. L’interdiction de 17 ans sur la recherche a découragé bien des scientifiques, qui se sont trouvé d’autres spécialités. Et puis il faudra financer cette recherche. Cette tâche revient aux élus du Congrès. « Les probabilités sont presque nulles », lançait le responsable d’un groupe proche de la NRA.

Difficile d’espérer obtenir la vérité sur les armes à feu!

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Dany Laferrière. Photo : Normand Blouin

Cette magnifique photo de Dany Laferrière a été prise le 5 novembre 2013 au Café Cherrier. C’était ma première rencontre avec l’homme dont je rêvais de faire le portrait depuis longtemps.

J’avais proposé de le faire en vue de sa possible nomination à l’Académie française. Il m’avait alors dit  : « Mon ambition a toujours été d’être une bonne nouvelle, c’est la meilleure façon d’aider Haïti. »

Il vient de réussir de façon magistrale. Aujourd’hui, ce n’est pas un séisme qui frappe Haïti, mais un ouragan de bonheur. On entend les cris de joie des Haïtiens jusqu’à Johannesburg. Finalement, c’est Maxence Bilodeau qui a repris mon projet, quand je suis partie pour les Philippines.

Je suis absolument ravie qu’il soit à Port-au-Prince aujourd’hui, pour cette magnifique nouvelle. Une page d’histoire s’écrit. Bravo Dany. Tu es une fierté et une inspiration pour les Haïtiens, les Noirs, tous ceux qui aiment les mots, la vie. Pour mon fils, haïtien comme toi. Merci d’être toi, merci d’être là.

Barack Obama visite l'ancienne cellule de prison de Nelson Mandela à Robben Island le 5 décembre 2013.
Barack Obama a visité l’ancienne cellule de prison de Nelson Mandela à Robben Island le 30 juin 2013.

Les discours sont la force de Barack Obama. Les mots choisis sont souvent très puissants. Celui qu’il a prononcé jeudi soir n’y fait pas exception. C’est un discours réfléchi, dégarni des clichés. Un hommage à la hauteur du héros du premier président noir des États-Unis.

L’une des sections de l’hommage d’Obama souvent répétée est celle où il affirme ne pas vraiment pouvoir imaginer sa propre vie sans l’exemple de Mandela. Peut-on imaginer qu’il n’y aurait pas eu de président Obama sans l’icône de la lutte pour l’égalité? Ceux qui connaissent bien l’avocat de Chicago seront peut-être tentés de répondre que l’un ne va pas sans l’autre.

Au collège, le jeune Obama (une photo ici!) se cherchait une cause politique… il a trouvé celle de Mandela contre l’apartheid. Impressionné, il a cessé de se faire appeler « Barry », et a repris son prénom aux origines africaines.

Le futur avocat a beaucoup lu sur les luttes pour l’égalité raciale. Il a pris de l’assurance et est devenu celui qui organisait des événements sur le campus avec les membres de l’ANC de Nelson Mandela. Des activités qui ont mené à son premier discours, sur le rôle de pressions économiques mondiales pour vaincre l’apartheid. (Vous pouvez en retrouver un résumé ici, mais c’est payant.)

Barack Obama a visité deux fois la petite cellule où Nelson Mandela a survécu durant 27 ans. Lors de sa dernière visite, l’an dernier, il a expliqué que le sort de Mandela l’avait mis en colère, l’avait motivé à militer pour le changement. Il a étudié ses discours et s’est inspiré de sa vie. « Sa libération m’a donné une idée de ce que l’être humain peut faire, a déclaré le président, s’il se laisse guider par l’espoir et non par la peur. »

Obama voit dans Mandela le genre de meneur auquel l’humanité aspire. Et l’influence de Mandela se remarque dans le style de présidence d’Obama. L’écrivain Rick Stengel note l’autodiscipline d’Obama, son désir d’écouter, de partager le crédit, d’inclure ses rivaux dans les décisions. « C’est une version 21e siècle des valeurs et de la personnalité de Mandela, écrit-il dans son livre. C’est son véritable successeur sur la scène mondiale. »

Barack Obama hésitera sûrement devant la comparaison. Mais les deux hommes ont beaucoup en commun :

  •  ils sont avocats de formation;
  •  ils ont tous les deux reçu un Nobel pour la paix;
  •  ils ont tous les deux été le premier président noir de leur pays;
  •  ils sont tous les deux un symbole d’espoir.

Les deux hommes se vouent un respect mutuel. Mandela voyait l’élection d’Obama comme « une victoire qui démontre que personne ne doit s’empêcher de rêver, de vouloir changer le monde pour le mieux ». Les deux hommes se sont rencontrés une seule fois. C’était en 2005, lors d’une visite de Mandela à Washington, alors qu’Obama était sénateur. La maladie de Mandela a empêché une rencontre avec Obama le président.

Quels liens tracez-vous entre Mandela et Obama? Faites-moi savoir.

Comment tuer un président

Jeudi 21 novembre 2013 à 13 h 12 | | Pour me joindre

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Je ne suis pas encore habitué. Cela fait presque trois mois que je suis installé à Washington. Trois mois à passer presque chaque jour devant la Maison-Blanche. Il y a bien sûr l’aura qui enveloppe cette demeure ultra symbolique. Mais il y a aussi autre chose. Une aura de sécurité.

Passer tout près de la Maison-Blanche, c’est se frôler à l’un des nombreux boucliers qui protègent le président.

Cette place, juste au nord de la Maison-Blanche, c’est une zone étrange. Le premier indice, ce sont les solides (mais courts) poteaux qui bloquent l’arrivée des voitures. Certains sont rétractables, pour les véhicules de sécurité. Les vélos y passent sans problème. Mais ces poteaux marquent le début d’une zone bien sécurisée.

On ne voit pas les caméras au premier coup d’oeil. Mais on se sent immédiatement surveillé. Plusieurs voitures des services secrets sont stationnées à l’intérieur du périmètre. Il y a presque toujours un ou deux agents à pied ou à vélo qui scrutent les touristes.

C’est le genre d’endroit très calme où on ne jette pas un papier par terre, de peur que le geste attire l’attention des agents en noir.

Ces temps-ci, le président des États-Unis est bien protégé. Ses déplacements sont étudiés, planifiés. Chaque trajet est détaillé dans un cartable. Cette compilation de plusieurs dizaines de pages établit les risques et prévoit les solutions de rechange en cas de pépin.

Quand le président remet des médailles ou prononce un discours (à de rares exceptions près, comme lors de son inauguration), c’est devant une foule de gens triés, fouillés. Un peu comme à l’aéroport.

C’est une protection efficace, un système qui doit beaucoup au président John F. Kennedy.

Un héritage de JFK

JFK rendait la vie difficile aux agents chargés de le protéger. Il aimait les bains de foule improvisés. Il insistait souvent pour se déplacer dans une voiture décapotable, le toit retiré. Une habitude aujourd’hui impensable. Le véhicule qui transporte Barack Obama est blindé, et comparable à un fourgon de la Brinks.

En 1963, les services secrets n’ont pas fouillé les édifices le long du parcours emprunté par JFK au centre-ville de Dallas. Lee Harvey Oswald a apporté son arme le jour même de l’assassinat. Il se serait installé dans son perchoir à l’heure du lunch. Il a pu quitter l’édifice sans grand problème après l’attentat.

Beaucoup a été écrit sur les événements de ce jour de novembre. Plusieurs se demandent si le cours de l’histoire aurait pu être changé. Comment serait le monde moderne si le 35e président avait terminé son premier mandat?

Les responsables des services secrets se sont posé beaucoup de questions après la tragédie. (Nul doute que les agents ont aussi appris des tentatives d’assassinat contre Reagan et Ford; Kennedy est le dernier à avoir été tué sous leur protection.) Ils installent maintenant des tireurs d’élite sur les toits le long du parcours du président.

Le seul agent des services secrets assez près de JFK pour sauter sur la limousine après le premier coup de feu, lui, repasse le fil des événements dans sa tête depuis 50 ans. Clint Hill croit qu’une petite seconde aurait fait toute la différence du monde.

Une toute petite seconde. S’il avait été plus près de la voiture. S’il avait voyagé dans le véhicule, même si cela déplaisait au président.

On dit que les services secrets de l’époque étaient mal préparés, sous-financés, pas assez nombreux. Ça ne semble plus être le cas aujourd’hui. C’est peut-être un intrigant héritage de Kennedy et de son assassin. Depuis Dallas, le commandant en chef des États-Unis est protégé comme jamais. Mais parce que la menace aussi a évolué (pensez aux gens prêts à se faire exploser pour une cause), le président est l’un des chefs d’État les plus isolés du monde, rarement en contact avec le public.