Billets classés sous la catégorie « Guerre civile en Syrie »

On frappe à la porte

Samedi 16 février 2013 à 12 h 26 | | Pour me joindre

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Appelons-les Nasser. Une famille chrétienne du quartier chic d’El Qoussour chez qui nous sommes invités pour le déjeuner. Les Syriens ne sont rien si ce n’est accueillants et généreux. La table déborde de mets typiques mijotés pendant de longues heures par la mère de la famille. Elle s’est donné beaucoup de mal pour ses invités canadiens. Les amis et voisins francophones des Nasser sont là, heureux qu’une télévision étrangère vienne voir ce qu’ils vivent dans la Syrie en guerre. Des femmes surtout, belles, souriantes et exubérantes. Ça ne fait pas quinze minutes que nous sommes arrivés qu’on sonne à la porte. Attend-on d’autres convives?

Deux hommes se présentent sur le pas de la porte, walkie-talkie à la main. Affables, souriants, ils demandent qui sont les étrangers à la caméra.  Hossam, notre interprète, se précipite avec nos papiers d’autorisation du ministère de l’Information.  Les deux hommes, des agents du Moukhabarat, les services de renseignement syrien, notent tout, y compris l’information sur l’identité de nos hôtes et de leurs amis. Satisfaits de tout savoir sur les raisons de notre présence, ils repartent, toujours souriants. Devant notre air interloqué, tout le monde chez les Nasser nous rassure. C’est normal, c’est pour notre propre protection. Les étrangers sont une cible de choix pour les enlèvements. Passons à table.

J’ai visité plusieurs pays où des régimes autoritaires contrôlent le travail des journalistes. En Iran, au Yémen ou en Arabie saoudite, impossible de filmer sans être accompagné d’un représentant du ministère de l’Information. On fait avec les restrictions et on trouve le moyen si nécessaire de parler aux gens sans être observés, pour leur permettre de s’exprimer librement. Souvent, ça veut dire des rencontres discrètes à la maison, un dernier rempart de la vie privée.

Ce n’est pas le fait de la guerre, les services de renseignement du gouvernement de Bachar Al-Assad sont d’une efficacité redoutable. Une grande partie du pays échappe maintenant au contrôle du président. Mais qu’il lutte en ce moment pour la survie de son régime ne semble pas avoir diminué son emprise sur les citoyens de Damas.

Quand après avoir fait honneur au délicieux repas des Nasser nous passons au salon pour enregistrer une entrevue avec la dame de la maison, elle arrive à peine à exprimer ses craintes pour l’avenir de ses quatre enfants et tout l’amour qu’elle a pour sa terre natale, entre deux sanglots.  Je ne doute aucunement de la sincérité de ses paroles.  Mais dans ce pays qu’elle aime tant, tout ce qu’on ne dit pas, pas même derrière les portes closes de sa maison, laisse songeur.

Un poste frontière rebelle

Dimanche 9 décembre 2012 à 11 h 38 | | Pour me joindre

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Mon reportage à Dimanche magazine sur le poste de Bab al-Salam, à la frontière de la Turquie et de la Syrie, maintenant tenu et administré par un groupe de l’Armée syrienne libre :

Les rebelles de plus en plus ambitieux

Mardi 4 décembre 2012 à 22 h 00 | | Pour me joindre

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Les rebelles ont pris l’initiative de cette guerre, et ils sont de plus en plus ambitieux. J’en parle avec Céline Galipeau :

 

Marie-Ève Bédard et moi témoignons de notre expérience en Syrie à Désautels :

Vivre en guerre

Dimanche 2 décembre 2012 à 10 h 36 | | Pour me joindre

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Mon reportage à Dimanche magazine, diffusé le 2 décembre :

La crise syrienne

Vendredi 30 novembre 2012 à 21 h 20 | | Pour me joindre

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Mon reportage diffusé à Une heure sur terre le 30 novembre :

 

Venir, repartir…

Vendredi 30 novembre 2012 à 9 h 46 | | Pour me joindre

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Un habitant d'Alep
Un habitant d’Alep

Retour demain à Montréal… Je lis qu’il y fait nettement moins chaud qu’à Killis, petite ville turque où nous sommes, à 5 km de la frontière syrienne. Moi et mon collègue Luc Chartrand avons même passé quelques instants sur une terrasse de café, en compagnie d’Ahmed, un réfugié qui a fui Alep il y a trois mois.

À Killis, des Syriens, il y en a beaucoup. Certains sont dans des camps, mais d’autres, ceux qui le peuvent, ont pris un appartement dans la ville. Si proches, mais si loin de chez eux… Aujourd’hui, impossible de joindre ceux qui sont restés là-bas, où plus rien ne fonctionne, ni Internet ni téléphone. Rien de rassurant.

Killis ne connaît pas les bruits de la guerre, mais elle en a la tristesse. Le soir, dans ce café où nous sommes allés, des familles entières viennent pour fumer une chicha, échanger des nouvelles, pendant que les enfants, privés d’école, sautent sur le trampoline installé sur la terrasse. De ceux qui sont partis, on dit généralement qu’ils sont « sains et saufs », pour reprendre la formule consacrée. Physiquement, peut-être. Pour le reste, sort-on vraiment indemne d’une tragédie comme celle-là?

Je disais que nous repartions pour Montréal demain matin. Ces derniers jours, nous avons raconté ce que nous avons vu à Alep.

Peut-être pas de quoi tomber à terre, a écrit Pierre Foglia, dans une de ses chroniques. Entièrement d’accord, ce n’est pas nous qui tombons. Mais pour ceux qui ont perdu la vie, leurs proches, leur maison, c’est le monde qui s’écroule. Et tant que leur monde s’écroulera, il faudra le dire, et le redire, jusqu’à ce qu’il cesse de s’écrouler.

En repartant, je penserai à tous ces gens qui nous ont livré leur histoire sans jamais nous dire qu’elle avait déjà été racontée, qu’il n’était pas nécessaire de venir. À ces enfants qui nous ont souri en tournant autour de la caméra de Sylvain et de Marie-Ève, sa réalisatrice. À ces hommes et ces femmes inquiets et en colère, qui veulent que la paix revienne, et avec elles, ceux qui ont fui les bombes et le chaos.

Quant à nous, nous ne faisions que passer et ramasser au passage des fragments de vies menacées de mort. Mais nous n’avons pas fait que notre métier. Modestement, nous sommes venus dire à tous ces gens, chaleureux et accueillants malgré le drame, que nous n’y étions pas indifférents. Et que notre vie ne valait pas mieux que la leur.

Le téléphone est coupé

Vendredi 30 novembre 2012 à 8 h 20 | | Pour me joindre

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Les communications (cellulaires, lignes terrestres et Internet) sont coupées dans tout le pays :

La colère des gens d’Alep

Jeudi 29 novembre 2012 à 18 h 13 | | Pour me joindre

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Dans tout Alep en guerre, ce qu’il manque, c’est l’argent. « Il n’y a plus de travail et les prix n’arrêtent pas de s’envoler, disent des hommes avides de paroles. Ajoutez les bombes et les tireurs embusqués, voilà notre vie. Qu’Allah fasse triompher la justice! Le mazout est cher, le pain est cher, et puis il n’y a plus d’électricité. »

Où sont les femmes?

Jeudi 29 novembre 2012 à 11 h 58 | | Pour me joindre

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« Où sont les femmes? » se demandait dans une chanson assurément sexiste Patrick Juvet dans les années 70. C’est le refrain improbable qui me trotte en tête depuis une semaine. À voir notre couverture de la guerre qui embrase la Syrie depuis presque deux ans, on peut en effet se poser la question : où sont les femmes?

Elles sont bien là, devant la boulangerie, à faire la queue bien à l’écart des hommes. Mais impossible de les approcher avec notre caméra sans qu’un homme généralement armé nous bloque le passage. Au marché d’un quartier populaire d’Alep, les hommes se sont bousculés pour nous crier leurs frustrations devant une vie qu’ils ne contrôlent plus et qui coûte de plus en plus cher. À la seule vue de notre groupe, les femmes elles, baissaient le regard quand elles ne rebroussaient pas carrément chemin.

Elles ne prennent pas les armes, mais dans tous les conflits, les femmes ne se battent pas moins pour autant. Ce sont elles les mères qui rassurent leurs enfants apeurés par le bruit des bombes, ce sont elles qui enterrent un mari ou un fils tombé au combat. Mais nos tentatives de recueillir leurs témoignages se sont avérées un exercice de frustration.

Les jeunes filles se laissent plus facilement approcher.

Au marché, difficile d’interroger les femmes.

Une jeune fille dans un marché d’Alep

Je n’ai pas connu Alep avant la guerre. Et avec l’omniprésence des miliciens, qui font désormais la loi, arme à la main, dans les secteurs contrôlés par l’Armée syrienne libre, difficile de juger à quel point le courant d’islamisme, dans le sillage des rebelles, explique cette pudeur farouche des femmes ici. La Syrie est un pays multiconfessionnel où cohabitent chrétiens et musulmans de toutes confessions depuis des millénaires. Ces jours-ci, on ne devine rien de cet héritage dans la cité commerciale. Pas une seule tête sans voile ne s’aventure dans la rue.

Des milices, nous en avons côtoyées plusieurs pendant cette semaine en Syrie. Leurs discours étaient immanquablement imprégnés de ferveur religieuse. Un peu à la blague, je prétendais pouvoir déterminer le degré d’intégrisme religieux d’un rebelle, selon qu’il accepte de me serrer la main ou pas. Certains n’osaient même pas me regarder. D’autres me vantaient les vertus de la charia, la loi islamique, strictement appliquée. Le port du voile obligatoire pour les femmes, bien sûr, mais aussi les dispositions punitives comme les mains coupées pour les voleurs.

Abou Muhamdine nous dit qu’il se bat d’abord pour l’islam.

Une milice se réchauffe entre les combats dans la vieille ville d’Alep.

Quand nous avons quitté M. Adam, un fonctionnaire qui nous a confié à visage couvert ses craintes pour l’avenir de son pays, il m’a spontanément embrassée sur les deux joues en pleine rue. Une marque d’affection banale chez nous, mais dans cette Syrie nouvelle qui se dessine à la pointe de mitraillettes, son élan m’a semblé être un geste de résistance. Dans cette courte embrassade, j’ai senti que M. Adam ne se demandait pas où sont les femmes, mais plutôt, où vont les hommes.