Billets classés sous la catégorie « Europe »

Le 50e du traité de l’Élysée

Mardi 22 janvier 2013 à 13 h 47 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Il y a 50 ans, le général de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer signaient le traité de l’Élysée, un accord pour sceller la réconciliation franco-allemande.

Voici une entrevue sur ce fameux traité avec Anne-Marie Le Gloannec, spécialiste de l’Allemagne et directrice de recherches au CERI-Sciences Po, à Paris :

Mon reportage au radiojournal :

Pauvreté en France

Mardi 11 décembre 2012 à 16 h 26 | | Pour me joindre

Pour me joindre

En France, le premier ministre Jean-Marc Ayrault a dévoilé les grandes orientations de son gouvernement pour lutter contre la pauvreté. L’accent est mis sur l’emploi des jeunes et l’accès au logement. Ce plan, qui sera échelonné sur plusieurs années, a été présenté aux participants à la Conférence nationale de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale, qui vient de prendre fin à Paris. Cette conférence était très attendue par les associations d’aide et des groupes de travail qui avaient soumis des recommandations au gouvernement, dans sept domaines comme l’emploi, l’aide à l’enfance, le surendettement et le logement.

Au moment où :

  • Au moins 8 millions et demi de Français doivent vivre avec moins de 964 euros (environ 1200 $CA) par mois, sous le seuil officiel de la pauvreté au pays.
  • Selon un sondage récent, la moitié des Français se sentent pauvres, ou ont peur de le devenir en ces temps de crise et de précarité.
  • La pauvreté touche près du quart des 16-25 ans. Un enfant sur cinq. Et de plus en plus de retraités, de familles monoparentales et de jeunes adultes comme Julie, rencontrée chez elle à Paris (voir photo).

Julie, une jeune Parisienne qui a de la difficulté à joindre les deux bouts
Julie, une jeune Parisienne qui a de la difficulté à joindre les deux bouts.

Julie a 27 ans. Elle a fait des études supérieures en théâtre, et elle fait partie des millions de travailleurs pauvres en France. Ces travailleurs sont à temps partiel, occupent des emplois temporaires ou encore obtiennent des contrats de courte durée, pratique très répandue en France. Les employeurs offrent souvent ce type de contrat aux jeunes.

Je vous propose des extraits du témoignage de Julie :

Sur la difficulté de se trouver un emploi quand on est jeune en France :

Sur la façon dont elle se débrouille, tandis qu’elle peut à peine arriver avec ses deux petits boulots, l’un de caissière, l’autre de vendeuse. Elle s’est vue obligée de se remettre en colocation, compte tenu des loyers très chers à Paris :

Sur le fait qu’elle ne peut pas toujours compter sur l’aide familiale. C’est le cas de bien des jeunes issus de foyers modestes :

Sur la façon dont elle conçoit l’avenir :

Mon reportage diffusé le 10 décembre :

Mon reportage diffusé le 11 décembre :

Pauline Marois à Paris

Lundi 15 octobre 2012 à 16 h 03 | | Pour me joindre

Pour me joindre

J’ai fait une entrevue avec la première ministre du Québec, Pauline  Marois, lors de son passage à Paris. Elle venait de rencontrer le président Hollande. La première ministre se dit satisfaite de cet entretien, qu’elle a qualifié de chaleureux. Elle est aussi satisfaite de la position de François Hollande sur la question nationale québécoise. Le président français a dit qu’il s’inscrivait dans la continuité de la fameuse politique de « non-ingérence, non-indifférence », qui avait été abandonnée par son prédécesseur Nicolas Sarkozy.

Voici donc l’entrevue :

Et mon compte-rendu au radiojournal : 

Manifestation du 12 juin

Le 12 juin, manifestation de l'opposition lors de la journée de la Russie à Moscou. Sonné après la réélection de Vladimir Poutine, le mouvement d'opposition semble reprendre de la vigueur.

Des peuples d’ordinaire plutôt placides qui descendent en masse dans la rue munis d’insignes de couleur.

Des manifestations qui se succèdent depuis plusieurs mois ; la majorité, plutôt bon enfant ; d’autres qui dérapent.

Un gouvernement et des contestataires qui s’accusent mutuellement d’être responsables de la violence.

Un parlement qui vote une loi spéciale imposant de lourdes amendes en cas de manifestation illégale.

La Russie et le Québec montrent ces jours-ci d’étranges similitudes.

Et dans la contrée de Poutine comme dans celle de Charest, l’intransigeance des autorités semble attiser le feu des opposants.

Malgré l’avis du conseiller de Vladimir Poutine en matière de droits de la personne, malgré la farouche résistance de l’opposition à la Douma (qui a proposé plusieurs centaines d’amendements pour en ralentir l’adoption), le projet de loi russe sur les manifestations a été adopté à la hâte la semaine dernière et aussitôt ratifié par le Président.

Vladimir Poutine

Selon les observateurs, le retour de Vladimir Poutine à la Présidence russe s'est accompagné d'un durcissement à l'endroit des manifestants.

La nouvelle législation multiplie par 150 les amendes prévues pour les manifestations jugées illégales : 30 000 $ pour les organisateurs et 9000 $ pour chaque participant. Un outil répressif redoutable quand on sait que 9000$ par année correspond au PNB par habitant en Russie.

Redoutable aussi parce que pour obtenir le droit d’organiser une manifestation à Moscou, les organisateurs doivent en fournir le trajet non pas 8 heures, mais bien plusieurs semaines d’avance.

Et l’approbation est loin d’être automatique. Le lieu de la manifestation et le nombre de manifestants autorisés fait habituellement l’objet d’une longue négociation entre organisateurs et autorités.

Un plan de match auquel il faut se tenir scrupuleusement. Si la manifestation dévie du trajet initial, va au delà de l’heure prévue ou accueille plus de manifestants que le nombre autorisé, les organisateurs s’exposent à des amendes, voire à des peines de prison. Le blogueur anti-corruption vedette Alexeï Navalny et le jeune chef du front de la gauche, Sergueï Oudaltsov peuvent en témoigner. Tous deux collectionnent depuis l’automne les séjours en détention.

Autre indice du durcissement du régime : après 5 mois d’une contestation sans précédent depuis la fin de l’Union soviétique, la police a mené une série de perquisitions aux domiciles et aux lieux de travail des principaux leaders du mouvement d’opposition. Escortés par des hommes cagoulés et armés de fusils mitrailleurs, les enquêteurs ont saisi ordinateurs téléphones, fichiers, objets personnels. Une action menée à la veille d’une grande manifestation (pourtant autorisée) prévue à Moscou pour le jour de la fête nationale. Cela aurait pu passer pour une simple coïncidence si les mêmes opposants n’avaient pas également été convoqués pour des interrogatoires devant se tenir, étrangement, en même temps que la manifestation.

Si la mesure est largement vue dans les rangs de l’opposition comme une tentative d’intimidation, elle a, pour l’instant eu l’effet inverse. La marche du 12 juin a rassemblé une foule imposante (20 000 personnes selon la police, 100 000 selon les organisateurs ; la réalité se situant sans doute autour de 70 000 personnes), la plus importante depuis février. Parmi les slogans scandés, en plus des traditionnels « Rossiya bez Poutina » (pour une Russie sans Poutine) et « Poutine Vor » (Poutine voleur), un nouveau est apparu : « Doloï vlast tchekistof » (À bas le pouvoir du KGB).

Si le mouvement de contestation russe semblait sonné, et moribond au lendemain de l’élection de Vladimir Poutine, la ligne dure adoptée par le président depuis son retour, a ravivé les opposants, les incitant à sortir de chez eux en plus grand nombre, leur fournissant de nouvelles raisons de manifester.

Autre similitude avec le printemps érable : chaque jour qui passe semble creuser davantage le fossé entre pouvoir et manifestants et éloigner d’autant toute possibilité d’une solution négociée.

 

« Quand j’étais petite, raconte Tatiana, ma mère me disait « tu dois aller à l’université pour bien gagner ta vie ». Je suis diplômée depuis cinq ans, mais je n’ai pas de quoi payer un loyer ».

La jeune publicitaire de 26 ans s’est résignée, comme plus de 100 000 Portugais depuis cinq ans, à partir en Angola, une ancienne colonie portugaise en Afrique qui connaît une croissance spectaculaire. Une des nombreuses boutiques fermées à Lisbonne, dans un édifice qui ne trouve aucun locataire.  Une des nombreuses boutiques fermées à Lisbonne, dans un édifice qui ne trouve aucun locataire.

Au Portugal, le chômage chez les jeunes atteint 35 %, du jamais vu depuis 45 ans. Les banques, qui ont longtemps prêté de l’argent qu’elles n’avaient pas, ont fermé le robinet. La crise a déjà mis au chômage les deux tiers des travailleurs de la construction du pays, soit près de 400 000 personnes. Et poussé des dizaines de milliers de jeunes professionnels sur le chemin de l’exil. 

Tatiana a pris l’avion mardi matin pour Luanda le cœur gros, car elle laisse derrière elle son fils de 10 ans. « Je veux d’abord m’installer, lui trouver une bonne école, stabiliser ma situation, mais ce matin, j’aurais voulu le mettre dans ma valise, dit-elle la voix étouffée par les sanglots. J’aime mon pays, mais mon pays ne m’aime pas ».

Le caméraman de Radio-Canada Alfonse Mondello filme un complexe géant de logements à prix modiques, abandonné il y a deux ans à Lisbonne.Le caméraman de Radio-Canada Alfonse Mondello filme un complexe géant de logements à prix modiques, abandonné il y a deux ans à Lisbonne.

En Angola, Tatiana va toucher un salaire quatre fois supérieur et son employeur fournit la maison avec domestique. « Je ne veux pas partir, mais je crois que je serai heureuse là-bas, car même si les Angolais sont très pauvres, ils sourient. Ici, la vie est belle, mais les Portugais ne sourient plus ».

Un autre chantier à Lisbonne, suspendu depuis deux ans à cause de la crise économique qui frappe de plein fouet le secteur de la construction. Un autre chantier à Lisbonne, suspendu depuis deux ans à cause de la crise économique qui frappe de plein fouet le secteur de la construction.

L’Europe n’est pas au bout de ses peines. Les prévisions économiques rendues publiques le 11 mai par la Commission européenne (récession en 2012, minirebond hypothétique en 2013, chômage à plus de 11%) ne permettent pas d’être optimiste. Elles pourraient durement plomber le mandat du second président socialiste de la Cinquième République française.  

Les deux élections du 6 mai, la grecque et la française, ont été largement interprétées comme des votes de protestation contre l’austérité. L’austérité sous toutes ses formes, sous toutes les latitudes et dans tous les contextes politiques.

Il y a celle, déjà bien concrète, qui fait souffrir les Grecs depuis deux ans, et menace de s’aggraver, au moment où le pays inventeur de la démocratie est en pleine décomposition politique. Les salaires presque réduits de moitié et le chômage à 21 % ont accouché d’un Parlement où les extrêmes – des néonazis aux trotskystes – prospèrent au détriment des deux partis traditionnels, PASOK et Nouvelle Démocratie. Le message du peuple : « Assez! Nous souffrons! Nous saignons! On n’en peut plus! »

Et puis, il y a l’austérité annoncée et crainte qui pourrait bientôt être décrétée en France, même si le nouveau président est socialiste, et même s’il a fait officiellement campagne « contre la fatalité » de ce fléau.

L’espoir d’une nouvelle politique

L’espoir de nombreux Grecs, Français, et celui de millions d’Européens en général, c’est qu’un virage « à gauche », un vote « contre l’austérité », puisse faire la différence et infléchir les politiques menées par les gouvernements. Des politiques aujourd’hui caractérisées par une obsession dogmatique des déficits et des compressions budgétaires.

Des analystes sérieux, comme le Prix Nobel d’économie Paul Krugman, ont démontré au cours des dernières années que les politiques d’austérité « à outrance », soit couper le plus possible dans les déficits, immédiatement et sans compromis, non seulement sont critiquables à cause des souffrances qu’elles infligent, mais qu’en plus, elles n’aboutissent même pas à l’assainissement promis.

Les malheurs de l’Espagne et du Portugal, sans parler de l’Irlande ou de la Grande-Bretagne, montrent depuis 2010 que cette austérité-là ne combat pas la récession, mais qu’elle semble au contraire l’alimenter de façon perverse, en coupant les liquidités et en écrasant la demande.

Cependant, même devant de telles évidences, les résistances politiques restent très fortes devant les demandes d’assouplissement.

La chancelière allemande Angela Merkel et le premier ministre britannique David Cameron incarnent cette fermeté, embrassée un moment par le président sortant Nicolas Sarkozy. Mme Merkel l’a encore dit après les deux élections de dimanche : « Il n’y aura pas de croissance à crédit, car c’est une illusion, a-t-elle fait valoir. Nous ne reviendrons pas sur les textes déjà signés. » Des textes qui disent : on coupe, on coupe, on coupe.

L’élection de François Hollande peut certes inspirer l’espoir d’un nouveau rapport de forces en Europe sur les politiques économiques. Le mot « croissance » est désormais répété comme un mantra, pour faire pièce à « l’austérité » honnie. Et la « relance », avec des politiques publiques, mais à l’échelle de l’Europe cette fois, n’est plus un sujet tabou. Encore faut-il savoir de quelles politiques on parle… et avoir l’argent pour les appliquer.

Un débat de titans

Dans le débat de titans qui s’annonce sur l’avenir d’une Europe guettée par le déclin, les Allemands continuent d’avoir le gros bout du bâton. Même si leur dogmatisme paraît dangereux, même si leur prospérité est moins méritoire qu’ils aiment à le répéter (ils ont besoin d’acheteurs, et leurs légendaires exportations ont été surtout absorbées par les autres Européens), ils ont tout de même des arguments.

L’État allemand est endetté comme les autres – proportionnellement plus, par exemple, que l’Espagne! –, mais les industries du pays sont hyperconcurrentielles, les taux d’intérêt très bas, l’excédent commercial spectaculaire, et le chômage sous les 6 % nargue le reste de l’Europe. Il est de 10 % en France, 21 % en Grèce et 25 % en Espagne.

Quand l’Allemagne parle, les autres Européens sont obligés d’écouter. Mais ils commencent à se rebiffer.

Par ailleurs, et malgré tout ce qu’on peut dire sur le besoin de croissance et les méfaits de l’austérité dogmatique, la France a un vrai, un grave problème de finances publiques. François Hollande le sait. Il a même promis l’équilibre budgétaire à l’horizon de son quinquennat. Cela implique une réduction des dépenses de l’ordre de 90 milliards d’euros par an. La croissance et la compétitivité ne se décrètent pas.

C’est pourquoi, hormis les 60 000 nouvelles embauches dans l’Éducation nationale, le candidat Hollande s’est gardé de faire des promesses trop ambitieuses. Pour éviter sans doute que le président Hollande, dans 6 mois, un an, 18 mois, se trouve à son tour avec des foules dans la rue, hurlant à la trahison devant les inévitables sacrifices qui s’annoncent.

Vladimir Poutine lors de son assermentation le 7 mai

Vladimir Poutine lors de son assermentation. Source : Kremlin

La nuit a été courte pour Boris Nemtsov. L’ancien vice-premier ministre de Boris Eltsine, et maintenant opposant politique, a en effet été arrêté le 6 mai à l’issue d’une manifestation ayant rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes pour dénoncer l’assermentation « illégitime » de Vladimir Poutine. Il a finalement été libéré après le paiement d’une amende de 1000 roubles (33 $).

Boris Nemtsov

Boris Nemtsov à la manifestation du 6 mai, place Bolotnaya à Moscou. Source : Radio-Canada

L’homme a maintenant l’habitude de ce genre de harcèlement dont sont souvent victimes les « ennemis du régime ». Il a déjà été appréhendé des douzaines de fois dans des conditions similaires. Mais c’est la première fois qu’il a été battu par la police, affirme-t-il, contusions à l’appui. Un signe clair, selon lui, que le retour de Vladimir Poutine au poste de président marque la fin de la récréation et le retour de la méthode forte.

Nemtsov n’est pas seul. Plus de 400 opposants ont été appréhendés sans ménagement par les forces de l’ordre, présentes en grand nombre à la « Marche des millions », la manifestation de l’opposition organisée sur la place Bolotnaya à Moscou le 6 mai, à la veille de l’assermentation de Vladimir Poutine. Le jeune chef du front de gauche, Sergueï Oudalstov, est même arrêté sur la scène au milieu du discours qu’il prononçait devant des dizaines de milliers de personnes.

Affrontements

La manifestation, qui a dégénéré en affrontements entre opposants et forces de l'ordre, s'est soldée par plus de 400 arrestations. Source : Radio-Canada

En soirée, tous les journaux télévisés russes s’ouvrent sur ces images des affrontements violents, où l’on voit des manifestants lancer des projectiles de toutes sortes vers la police et les agents des forces spéciales du ministère de l’Intérieur (OMON). Ceux-ci ont répliqué en frappant à coups de bâtons et en traînant sans ménagement les opposants vers des fourgons cellulaires.

C’est la première fois qu’une manifestation de l’opposition dégénère depuis le début de ce mouvement citoyen, en décembre. Le mouvement vise à dénoncer les fraudes électorales. Alors que beaucoup accusent les forces de l’ordre d’avoir réagi outre mesure, Dmitri Peskov, l’attaché de presse de Vladimir Poutine, trouve au contraire la réponse de la police trop douce. Il affirme dans une entrevue à la chaîne indépendante Dozhd TV qu’il aurait aimé une riposte plus musclée. Parmi les opposants arrêtés, tous les jeunes hommes ayant moins de 27 ans se sont vu remettre des papiers de conscription. En plus de l’amende, ils devront faire leur service militaire…

Fraîchement libéré, Boris Nemtsov a à peine le temps de s’asseoir à la terrasse du populaire bistrot français « Les Z’amis de Jean-Jacques » sur le boulevard Nikitsky, au centre de Moscou, pour discuter avec ses amis des événements du 6 mai, que les policiers des forces spéciales débarquent sans crier gare. L’homme est arrêté sans ménagement pour une deuxième fois en moins de 24 heures comme tous les clients du restaurant et, plus généralement, tous ceux qui osent porter un ruban blanc, symbole des opposants à Vladimir Poutine, le jour de l’assermentation de l’homme fort de Russie. Un correspondant de Radio Free Europe a filmé la scène et mis la vidéo en ligne ici :

Peu après commence la cérémonie d’assermentation du nouveau président. C’est une réussite. Sous les chandeliers dorés de l’ancienne salle du trône au Kremlin et devant plus de 2000 invités triés sur le volet, Vladimir Poutine prête serment sur la constitution russe jurant de défendre les droits et libertés des citoyens.

Salle du trône

L'assermentation de Vladimir Poutine s'est déroulée dans l'ancienne salle du trône au Kremlin. Source : Kremlin

Pendant ce temps, à l’extérieur, pour s’assurer qu’aucun trouble-fête ne viendra gâcher le spectacle, les policiers ont fait évacuer tout le centre-ville autour du Kremlin. Rues et artères majeures bloquées, une douzaine de stations de métro fermées, policiers, militaires et agents des forces spéciales déployés par milliers dans les rues de la ville pour vider des trottoirs de tout opposant. Encore 300 personnes arrêtées…

Les dissidents ne désarment pas. Sitôt relâchés, ils se rassemblent depuis nuit et jour sur l’une ou l’autre place de la ville pour jouer de la guitare et scander des slogans contre le régime. Jouant au chat et à la souris avec les forces de l’ordre, ils bougent en permanence, utilisant les réseaux sociaux pour se coordonner. Ils sont jeunes (leurs chefs, comme Sergueï Oudaltsov et Ilïa Ïachine, ont à peine plus de 30 ans). Ils n’ont, pour la plupart, pas de souvenirs de l’URSS et n’ont pas de complexes. Ils n’ont certes pas la force ni les moyens de l’État, mais sont fluides et déterminés. À la force prônée par le régime, ils opposent la flexibilité.

Le chêne et le roseau…

Et comme dans la fable de Lafontaine, ils sont convaincus que la trop grande rigidité de Vladimir Poutine causera à terme sa perte, incapable de s’adapter à une Russie qui a évolué plus vite que lui.

Fin juin 2011, place de la Bastille, à Paris. Dans un bus à deux étages, la loge VIP improvisée spécialement pour l’occasion accueille quelques ministres du gouvernement du Québec et autres invités de marque. L’occasion est festive : le Québec prend la Bastille, un spectacle de musique de chez nous animé par notre collègue Monique Giroux. 

Dans la foule, un homme et sa femme se fraient un chemin, montent discrètement au second étage. Lui, plutôt frêle, pas très grand, l’air d’un intellectuel, d’un notaire de province diront certains, il est souriant. Elle, d’une beauté cinématographique, calme et très sérieuse. Ils serrent quelques mains, mais passent presque totalement inaperçus. Je m’approche. C’est François Hollande et sa compagne, Valérie Trierweiler. Ils ont aimablement répondu à l’invitation de la Délégation générale du Québec. Il est candidat à la primaire socialiste, parmi ceux qu’on connaît le moins. C’est un vague ancien secrétaire général du parti.

La majorité des ministres et dignitaires présents ignorent sans doute qui il est, et le couple reste plutôt à l’écart. Ils écoutent le spectacle. Nous échangeons quelques mots. « Monsieur Hollande, j’aimerais faire votre portrait pour la télévision canadienne. » Il sourit, aimable. « Mais bien sûr, sans problème, dit-il. Nous échangeons nos cartes de visite. Appelez- moi après les vacances, fin août, je serai à Paris. » J’étais à mille lieues de me douter que je venais de rencontrer celui qui moins d’un an plus tard serait président de la République.

Ce qui fut dit fut fait. Pendant la primaire, nous avons suivi François Hollande toute une journée, lors d’un voyage dans la ville de Tours. Dans le train, nous avions fait l’erreur de prendre des billets première classe. Ce n’est pas tellement le style de François Hollande. Il voyage, du moins il voyageait, en deuxième. Courtois, facile d’approche, expliquant aux trois journalistes présents, sans s’impatienter et souvent avec beaucoup d’humour, ses objectifs, ses rêves, sa stratégie. Un président normal? Mettez-en!

Dans la ville de Tours, c’est la course folle. De rassemblement en visite d’école, de rencontre avec des élus locaux en conférence de presse improvisée, le candidat Hollande est égal à lui-même. Trois choses me frappent.

Certains le disent terne et ennuyant, il est plutôt d’une drôlerie digne d’un humoriste. On le dit inconnu du grand public, il a l’air de connaître tout le monde. Il s’arrête à moult reprises pour un brin de causette. Et j’ai rarement vu un politicien aussi présent avec chacun de ses interlocuteurs. Finalement, sa détermination semble trancher avec l’histoire qu’on lui connaît, celle de l’homme qui cède toujours sa place, de celui qu’on traite de mou, de flou, de « Flanby » (du nom d’un dessert local, quelque chose entre le flan et le jello), de celui dont l’heure de gloire ne vient jamais parce que d’autres passent avant.

On n’a qu’à penser à 2007. Il voulait être candidat. Il a laissé sa place à la mère de ses quatre enfants, Ségolène Royal, avec le résultat que l’on sait. Mais lui, qui depuis tout petit rêve d’être président, sait que son heure est venue.

Dans l’interview qu’il m’accorde, à Tours, je lui pose la question : « Jusqu’à quel point voulez-vous être président? » « Pas au point de renoncer à mes convictions », me répond-il. Et il répond avec le même sérieux à la question bien plus légère : « Comment avez-vous fait pour réussir votre régime (il a perdu 10 kilos quand il a décidé de se lancer dans la course à l’Élysée)?» « En renonçant à tout ce que j’aime, mais ça valait la peine », a-t-il dit, nullement offusqué.

Il ne répondra pas à toutes les questions. Est-il d’accord avec le général de Gaulle et son ex-compagne, Ségolène Royal? Est-il pour un Québec libre? « Ségolène s’est fait piéger, dit-il, sans rien perdre de son amabilité, mais moi je suis pour qu’on entretienne de bonnes relations et avec le Québec et avec le Canada. Vous savez, mon fils vient de faire un stage dans un hôpital de Montréal et j’aime beaucoup le Québec. »

Plusieurs mois plus tard, trois jours avant le premier tour de la présidentielle, notre équipe se présente à son QG de campagne question de sentir un peu l’atmosphère. Nous avons rendez-vous avec un de ses porte-parole. En arrivant, celui-ci nous invite à rejoindre François Hollande dans son bureau. « Quand il a su que c’était la télévision canadienne, il a tenu à vous rencontrer en personne », nous dit-il. 

Après tous ces mois de campagne, je rencontre un François Hollande inchangé, toujours aussi souriant, répondant à toutes les questions comme un bon élève. « La force du gentil » est le sous-titre d’une de ses nombreuses biographies qui viennent de paraître. On ne saurait mieux dire.

Nous parlons de sa stratégie d’entre deux tours, des attaques virulentes qu’il a dû essuyer durant toute la campagne. J’hésite à lui poser la question : « On dit que votre campagne est terne, que vous êtes terne… » Je sais qu’il me répondra ce qu’il a déjà répondu à d’autres : « Mais je ne vous demande pas de m’épouser. La politique, ça n’a pas à être flamboyant. On a déjà tellement souffert de cette dérive personnelle, par cette exhibition permanente. »

François who? se demande-t-on aujourd’hui dans de nombreuses capitales dans le monde.

Je l’ai revu place de la Bastille, la nuit du 6 mai. La boucle était bouclée. Il venait d’être élu président de la République. Une foule innombrable l’acclamait.

François Hollande, un président normal.

Sarko blues

Lundi 7 mai 2012 à 12 h 19 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

chartrlu

Nicolas Sarkozy quitte après avoir concédé la victoire à son adversaire dans un discours à ses partisans à la Mutualité, à Paris
Nicolas Sarkozy 

Quand je suis arrivé au poste de correspondant de Radio-Canada à Paris, en septembre 2006, je n’avais pas une grande connaissance de la politique française. Vue du Québec à ce moment, Ségolène Royal, flamboyante madone de la gauche, semblait favorite pour remporter la présidentielle de 2007.

Pourtant, à peine débarqué, j’ai immédiatement été frappé par l’effervescence incroyable qui entourait le nom de Nicolas Sarkozy. Il suffisait alors de s’asseoir à la terrasse d’un café et de tendre l’oreille pour réaliser qu’à presque toutes les tables, il n’était question que de « Sarko ». Il soulevait les passions, pour ou contre. Personne n’était indifférent.

Cet engouement tenait au caractère extraordinairement atypique du personnage. Aucune langue de bois. Un livre ouvert. Presque indécent. Il parlait sans plus de retenue de sa Cécilia qui menaçait de le quitter – et qui finira par le faire – autant que de sa volonté effrontée de rompre avec son patron d’alors, Jacques Chirac.

Cette « rupture » le portait. Une rupture avec une France profondément conservatrice, celle de gauche ou celle de droite. Il n’y avait pas de tabou. La France allait reporter l’âge de la retraite (un échec des gouvernements précédents qui s’y étaient essayés), réformer les universités, renouer avec les États-Unis, réintégrer l’OTAN, réduire la taille de l’État, remettre en question la semaine de 35 heures (mesure-fétiche des socialistes), dire de nouveau « oui » à l’Europe (les Français venaient de rejeter le traité de Maastricht) et reconduire les immigrés illégaux à la frontière!

Sarko ratissait large, dans tout le spectre politique. Il intégrait dans ses discours, au grand dam de la gauche, des citations du socialiste Jean Jaurès tout en rassurant ce peuple inquiet qui avait voté Front national lors de la précédente élection. Il n’y avait rien à son épreuve.

Il n’était pas, soit dit en passant, aussi à droite que ses détracteurs l’ont fait croire. Dès son discours économique de Saint-Étienne, à l’automne 2006, on comprenait qu’il n’était pas un néo-libéral. Ses attaques contre le « capitalisme financier », ennemi du « capitalisme industriel », préfiguraient ce qui deviendrait son leitmotiv lors de la crise de 2008 : « réformer le capitalisme ». Bien sûr, il ne réformera jamais le capitalisme. Pas plus qu’il ne mettra fin à l’État-providence français. Il aura été un président du centre droit.

Trois mois après l’avoir élu, une majorité de Français regrettaient déjà leur choix : leur président n’avait pas l’allure d’un président. Il était « bling-bling ». Il entrait à l’Élysée en faisant son jogging, portait sans complexe une Rolex et des Ray-ban et conservait la morgue qu’ils avaient tant aimée chez lui quand il était ministre de l’Intérieur. Mais pour un président, c’était une autre affaire! Pourfendre la « racaille » à titre de ministre de la police pouvait plaire aux uns. Mais « casse-toi pauv’ con », dans la bouche d’un président, ça n’allait plus pour personne…

Les Français ont un sens inné de la fonction. Un président qui n’avait pas l’air d’un président et parlait comme un voyou, ça ne pouvait pas passer. Les jeux de 2012, curieusement, étaient pratiquement faits dès ce moment. Car, au bout du compte, le quinquennat Sarkozy aura suscité plus de polémiques de style que de politiques.

Agité, l’air de Zébulon sorti de sa boîte, il était partout, tout le temps. Il avait réussi son ascension par une maîtrise sans faille de la communication. L’hypercommunication de l’hyperprésident sera, ultimement, sa faille, la surdose qui l’emportera.

Le fait que François Hollande, en 2012, ait trouvé comme slogan assassin ce simple mot, « un président normal », dit tout.

Sarkozy n’a jamais été « normal ».

Et c’est pour ça que les journalistes commenceront, dès ce matin du 7 mai 2012, lendemain de sa défaite, à s’en ennuyer!

Nicolas Sarkozy aura-t-il tiré profit de l’épisode du tueur fou de Montauban et de Toulouse, survenu à un mois du premier tour d’une élection où il essaie difficilement de conserver son siège? Son comportement « présidentiel » – entendre : digne et mesuré – au cours des heures qui ont suivi la fin violente de Mohamed Merah, est-il de nature à réorienter le vote en sa faveur? Le président « rassembleur dans l’épreuve »… recueille-t-il les fruits de son action?

En gros, la réponse est non.

Les derniers sondages pour le premier tour, en date du 27 mars, montraient une quasi-égalité, autour de 27-28 %, avec le candidat socialiste François Hollande, alors qu’une lutte à trois se déroulait pour la troisième place, entre Jean-Luc Mélenchon (extrême gauche), Marine Le Pen (extrême droite) et le centriste François Bayrou. C’est à peu de choses près ce qui se passait déjà juste avant les tueries…

La miniremontée de Sarkozy au premier tour (deux ou trois points pour rejoindre Hollande, voire le dépasser d’un poil) était en fait antérieure aux événements. Elle n’a rien à voir avec cet épisode.

Au second tour, les projections ne donnent certes plus une avance de 16 % à François Hollande (58 % contre 42 % comme en janvier et février). Mais l’écart en sa faveur reste confortable : 54 % contre 46 %, selon au moins deux sondages postérieurs aux événements.

Bravo M. Sarkozy, mais…

La retenue et l’élévation – inhabituelles – du président qui, juste après le dénouement sanglant de Toulouse, a prévenu les citoyens contre tout « amalgame » antiarabe ou antimusulman, ne sont pas considérées par l’opinion comme déterminantes.

Il aura somme toute « bien fait ça », reconnaissent les Français à 74 % (sondage SOFRES du 23 mars), mais ce n’est pas une raison suffisante pour changer son vote en faveur de Sarkozy. Et puis, les Français se souviennent que c’est le même homme qui avait – quelques jours plus tôt –, soufflé sur les braises, dénonçant pêle-mêle l’immigration excessive, les frontières poreuses de l’Europe et l’imposition (réelle ou supposée) de la viande halal aux non-musulmans.

Et puis, quelques jours après les événements, M. Sarkozy revenait à la charge sur le thème de la menace sécuritaire. Il a affirmé que l’antiterrorisme serait pour lui « la priorité d’un nouveau mandat »… irrésistiblement attiré sur ce terrain par une Marine Le Pen elle-même en perte de vitesse, qui « en rajoutait » sur les dangers de l’islam extrémiste.

Malheureusement pour M. Sarkozy et Mme Le Pen, « l’immigration et la sécurité ne sont pas au centre des préoccupations des électeurs », ainsi que le titrait Le Monde du 28 mars. Avant comme après Toulouse, ils restent plutôt obsédés – sans surprise – par l’emploi, le pouvoir d’achat, l’éducation et le logement.

Les événements, disent les sondeurs, n’ont rien changé aux angoisses économiques fondamentales des Français, effarés par le déclin de leur pays, de leur continent, et toujours tentés de se tourner vers l’État protecteur.

Ces événements n’ont rien changé, non plus, à leur évaluation fondamentale des candidats devant eux. Sarkozy « l’agité » exaspère le peuple. Son bilan économique le plombe. Hollande « le mou » s’apprête à récolter des votes « contre », par défaut et sans enthousiasme.

Quant à Marine Le Pen, elle a perdu l’attrait de la nouveauté qui lui donnait, début 2011, des sondages à 21 %, voire 23 %. Elle agite des épouvantails qui – leçon cruciale de cet épisode tragique – ne font plus autant recette aujourd’hui. Selon la firme de sondages BVA (27 mars), elle devra même se battre pour ne pas glisser, le 22 avril, sous les 15 %, barre dont s’approche, par ailleurs, le flamboyant néocommuniste Jean-Luc Mélenchon. La gauche radicale a encore de belles réserves en France.

À moins de quatre semaines du vote, la campagne française offrait donc le spectacle d’une mer relativement calme, qui résiste aux secousses, avec quelques courants sous-marins… et peu de surprises appréhendées.

Bien différent de l’Espagne en 2004

On est loin, bien loin, du scénario espagnol de mars 2004. À l’époque, une droite au pouvoir arrogante, sûre d’une réélection qu’elle croyait facile, avait trébuché de façon catastrophique sur un épisode terroriste survenu en toute fin de campagne législative.

Les attentats de Madrid, il y a huit ans, avaient certes une autre dimension que les dernières tueries du sud de la France. Ce jour-là, le 11 mars 2004, ce sont près de 200 personnes qui ont trouvé la mort.

Le résultat du scrutin en a été totalement bouleversé. C’est que José Maria Aznar, le premier ministre sortant, avait faussement accusé l’organisation basque ETA d’avoir fait sauter les 10 bombes qui ont semé la mort dans des gares madrilènes et des trains de banlieue.

Malgré toute une série d’indices qui, très rapidement, ont désigné la filière maghrébine d’Al-Qaïda, le gouvernement Aznar avait non seulement maintenu, à des fins électoralistes, la fausse thèse de l’ETA, mais il avait également exercé des pressions indues contre la presse, pour qu’elle ne contredise pas la thèse officielle mensongère.

Mais à 24 heures du scrutin, la version gouvernementale s’effondrait… et le gouvernement avec. Le 14 mars 2004, le Parti socialiste ouvrier espagnol cueillait une victoire totalement inespérée, dans une campagne mise cul par-dessus tête par une irruption terroriste, doublée d’un vote de rage antigouvernemental.

En comparaison, devant les errances sanglantes de Mohamed Merah, la France de 2012 – électeurs et politiciens confondus – aura gardé son sang-froid. Et elle aura maintenu, contre les aléas du terrorisme et les transports émotionnels, ses critères de vote, restés plus proches de l’angoisse économique que de l’obsession sécuritaire.