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Ferguson : en mémoire de Michael Brown

Dimanche 24 août 2014 à 6 h 47 | | Pour me joindre

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Photo : Yanik Dumont Baron

Photo : Yanik Dumont Baron

C’est un dessin d’enfant qui avertit les passants. « Ralentissez », lance l’affiche un peu défraîchie, sur laquelle on a dessiné le triangle jaune qui symbolise un passage pour piétons. Ou peut-être que le pictogramme dans le triangle représente un homme noir gisant par terre. Mort.

C’est là où Michael Brown a été abattu le 9 août. « C’est Ground Zero », explique une résidente.

Le calme est surprenant, et l’ambiance solennelle. Funèbre. L’asphalte est encore souillé de sang, noirci.

En mémoire de Michael Brown, ce jeune Noir abattu par la police à Ferguson, au Missouri

Photo : Yanik Dumont Baron

Entre deux bornes orange, sur la ligne jaune qui sépare les voies, un monument à la mémoire de celui qu’on surnommait le Gentle Giant (gentil géant). Regarder ce monument, c’est se forcer à s’arrêter, à réfléchir et à s’émouvoir.

Le jeune homme de 18 ans est mort en public. Il a été abattu en plein jour, tombé au milieu d’une rue qui traverse un complexe de petits édifices à logements. Son corps est resté de longues heures au centre de cet univers. Comme s’il avait été abattu sur une place publique. « Exécuté », disent ses proches.

Michael Brown est peut-être mort parce qu’il s’en prenait à un policier. Peu importe, sa mort a crevé un abcès. « We are Mike Brown! », scande la foule à Ferguson. Le sous-texte : ce qui lui est arrivé pourrait nous arriver. Une vie brusquement interrompue. Des espoirs que ses parents doivent maintenant effacer.

Il y a de nombreux enfants parmi les manifestants. Il y a bien des adolescents, bien sûr, mais aussi de jeunes enfants et des bébés. Leur présence est peut-être pratique (pas de gardienne disponible), mais aussi symbolique. Vont-ils grandir dans des circonstances semblables? Ou meilleures, plus équitables?

En mémoire de Michael Brown, ce jeune Noir abattu par la police à Ferguson, au Missouri

Photo : Yanik Dumont Baron

Certains de ses jeunes ont laissé des notes à l’endroit où la vie de Michael Brown s’est arrêtée. Il y a aussi bien des animaux en peluche, plusieurs ballons qui se dégonflent doucement, des tournesols et des dizaines de roses. Des fleurs maintenant fanées. Elles disparaîtront bientôt si on ne les enlève pas avant.

Avec le temps, cette petite section d’une rue résidentielle finira par reprendre les airs d’avant le 9 août 2014. Le souvenir de Michael Brown, lui, pourrait bien avoir marqué une génération.

En mémoire de Michael Brown, ce jeune Noir abattu par la police à Ferguson, au Missouri

Photo : Yanik Dumont Baron

En mémoire de Michael Brown, ce jeune Noir abattu par la police à Ferguson, au Missouri

Photo : Yanik Dumont Baron

En mémoire de Michael Brown, ce jeune Noir abattu par la police à Ferguson, au Missouri

Photo : Yanik Dumont Baron

Des collages en mémoire de Michael Brown, ce jeune Noir abattu par la police à Ferguson, au Missouri

Photo : Yanik Dumont Baron

Le privilège de ne pas être Noir

Jeudi 21 août 2014 à 17 h 35 | | Pour me joindre

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Nous quittons Ferguson la tête pleine d’images, de slogans et de cris. Une semaine sur une avenue de banlieue, soudainement propulsée au cœur de l’actualité mondiale. En quelques jours, Ferguson est devenu un de ces symboles désormais associés à la longue et difficile lutte pour l’égalité raciale.

Dans les premières de ces longues heures, à peu près tout le monde avait une histoire à raconter. Un moment où leur vie aurait pu prendre un tournant semblable à celle de Michael Brown. Attention : je ne prétends pas savoir pourquoi un policier blanc a tiré au moins six balles en direction d’un jeune Noir non armé. C’est à la justice de tenter de comprendre comment cela est arrivé. Je parle de ces craintes qui semblent bien ancrées chez de nombreux Afro-Américains, car la couleur de leur peau incite à la méfiance, à l’indifférence, à la violence.

L'endroit où Michael Brown a été tué à Ferguson, au Missouri
L’endroit où Michael Brown a été tué à Ferguson, au Missouri

Des craintes maintenant incarnées par Michael Brown. Et aussi par un autre jeune Noir de St. Louis, abattu par deux policiers une dizaine de jours plus tard. Kajieme Powell avait un couteau dans la main, selon les policiers. Les agents ont eu peur. La vidéo où on le voit tomber sous les balles est troublante. Non seulement elle montre un homme mourir… Mais la rapidité à laquelle les policiers ont tiré donne froid dans le dos. Auraient-ils pu agir autrement? Tirer une dizaine de balles était-elle la seule option pour assurer leur sécurité?

Ce dont il a été moins question dans cette histoire, c’est des craintes des Blancs. J’ai entre autres souvenir de cet ex-maire de Ferguson. Un type bien, qui aime visiblement sa ville, mais triste de voir sa réputation changer du jour au lendemain. Nous l’avons croisé dans un café, où tous les clients étaient blancs. Ce n’est pas à l’autre bout de la ville, mais à trois minutes en voiture de l’endroit où Michael Brown a été tué.

L’ex-maire ne comprend pas la colère de l’avenue West Florissant. Il ne voit pas de profilage racial dans le comportement des policiers (une force en majorité blanche pour une ville à majorité noire). Il a de bons arguments pour expliquer pourquoi les Noirs sont beaucoup plus souvent arrêtés que les Blancs pour des infractions mineures au code de la sécurité routière. Des craintes, il n’en a pas. Et il n’est pas le seul à penser ainsi. Regardez les sondages d’opinion faits après la mort de Michael Brown.

>>> À consulter : Lire la colère à Ferguson en 18 pancartes

Bien des Américains blancs croient qu’on fait trop de place à la question raciale dans cette affaire. Comme si on voyait seulement un policier qui a tué un jeune dans des circonstances pas claires. Pas un autre exemple d’indifférence pour la vie d’une personne à la couleur de peau différente.

La mort de Michael Brown a bien sûr touché de nombreux Blancs. Plusieurs ont crié leur colère sur l’avenue West Florissant. D’autres ont trouvé le courage de dénoncer ce qu’ils voient comme un « privilège de Blanc ».

Il y a ce journaliste qui cherche à expliquer à son fils que « différentes règles s’appliquent » aux Noirs et aux Blancs. Non, les Blancs n’ont pas à lever les mains lorsqu’un policier les approche, écrit-il… « Ce n’est pas correct, mais c’est la vérité. »

Matt Zoller Seitz raconte aussi s’être battu avec un Latino-Américain. C’est lui qui a donné le premier coup. Mais c’est l’autre qui s’est retrouvé menotté. Au Blanc, le policier offrait la possibilité de déposer des accusations contre son agresseur (en fait, l’agressé)…

Un message laissé sur le lieu du drame de Ferguson : « Les cris ne cessent pas seulement parce que nous avons arrêté d'écouter... »
Un message laissé sur le lieu du drame de Ferguson : « Les pleurs ne cessent pas seulement parce que nous avons arrêté d’écouter… »

Il y a aussi cette mère qui voit la couleur pâle de la peau de ses trois garçons comme un écran protecteur. On ne les suit pas dans un commerce pour s’assurer qu’ils ne volent pas. On ne les soupçonnera pas d’avoir volé une luxueuse voiture qui est en fait la leur…

Cette mère sait qu’elle n’a pas (ou si peu) à s’inquiéter qu’un policier décharge son arme dans le corps d’un de ses fils. Elle parle du privilège d’avoir la peau blanche aux États-Unis. Un privilège qui vient avec un incroyable fardeau : celui d’ouvrir les yeux de ses enfants à cette réalité.

Sans cela, écrit-elle, ses enfants pourraient être ceux qui appuieront sur la gâchette.

Clayton, Missouri, le 12 août 2014 : Des manifestants dénoncent  la mort de l’adolescent noir Michael Brown, tué par la police samedi dernier.
Clayton, Missouri, le 12 août 2014 : Des manifestants dénoncent la mort de l’adolescent noir Michael Brown, tué par la police samedi dernier.

Michael Brown est devenu un symbole. Rapidement. Un symbole de ce gros non-dit américain, de ce racisme qui s’infiltre un peu partout. Le nom du jeune Noir de 18 ans est déjà passé à l’histoire. Pas pour ce qu’il a fait, mais à cause de ce qu’un autre lui a fait. Un mort dans la controverse, l’indignation, la colère.

Peu de faits sont connus. La victime est noire, sans arme. Le policier est probablement blanc (il appartient à un corps policier où seulement 3 des 53 policiers sont afro-américains). Il a tiré plusieurs balles. Pour le reste, ce ne sont que des suppositions. Mais pour bien des Américains, ces quelques faits suffisent. Michael Brown est devenu un autre symbole de cette tension que les États-Unis cherchent trop souvent à masquer. Une tension qui refait surface périodiquement.

Le mot-clic #MikeBrown est devenu une cause. Il permet de dénoncer le profilage racial, l’abus policier. La ferveur alimente des émeutes et des discussions. Les médias sont aussi pris à partie. Prenez le troublant #IfTheyGunnedMeDown, qui dénonce les images stéréotypées des jeunes Noirs, véhiculées par les médias.

La colère est telle que les autorités refusent toujours d’identifier le policier qui a tué Michael Brown. Des menaces de mort ont été faites, explique le chef de la police de Ferguson, Tom Jackson. « Si on dit qu’il s’agit de cet agent, il devient immédiatement une cible. Nous prenons ces menaces de mort au sérieux. »

« Savez-vous comme c’est difficile d’envoyer un jeune Noir à l’université? » C’est la mère de Michael Brown qui pose cette question. Elle la crie plutôt de douleur. Et dans cette question, il y a d’autres griefs : les inégalités économiques, les difficultés des Noirs à gagner autant que les Blancs aux États-Unis.

Même le choix de l’avocat retenu par les proches de Michael Brown signale quelque chose. Benjamin Crump a représenté la famille d’un autre jeune Noir assassiné, Trayvon Martin. Un nom aussi associé au profilage, aux idées reçues contre les tenues vestimentaires des Noirs. En parlant de ses nouveaux clients, Me Crump est allé droit au but : « Je ne veux pas raconter d’histoires. Leur bébé a été exécuté en plein jour. »

Les mots de l’avocat font référence à la conclusion que bien des Américains ont tirée. Michael Brown ne serait pas mort s’il n’avait pas été Noir. Au moins un témoin soutient qu’il avait les bras en l’air lorsque le policier a fait feu. Un geste universel qui signale qu’on se rend. Un geste qui est devenu le symbole d’une mort encore inexpliquée. « Ne me tirez pas dessus », scandent les manifestants au Missouri. Ceux qui réclament des réponses, comme ceux qui croient déjà les avoir trouvées.

À votre avis, quelles questions méritent d’être éclaircies?

Un nouveau Snowden

Mercredi 6 août 2014 à 12 h 48 | | Pour me joindre

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Ça semble maintenant officiel… pour la presse américaine du moins. Il y a un autre Edward Snowden. Un autre lanceur d’alertes dans le monde de l’espionnage et de la surveillance. Une autre personne qui trouve que le gouvernement américain va trop loin. CNN en fait grand cas et parle de traque au sein des fonctionnaires fédéraux. D’autres soulignent qu’il n’est plus seul.

C’est un reportage publié sur un site Internet lié à Snowden qui permet de l’affirmer. The Intercept a été fondé par le journaliste Gleen Greenwald, un des premiers à avoir reçu les documents volés par Snowden. Le reportage est basé sur un document classé secret et daté de l’été dernier, donc après que Snowden eut été accueilli en Russie.

La lecture du Directorate of Terrorist Identities (DTI) Strategic Accomplishments 2013 révèle beaucoup d’informations sur les divers systèmes de surveillance des Américains. On y apprend que 40 % des noms compilés dans une base de données sur les terroristes n’ont aucun lien connu avec des groupes terroristes.

Il s’agit d’environ 280 000 personnes. Les documents révèlent aussi que New York, Dearborn (au Michigan) et Houston sont les villes où le plus de gens sont sous surveillance. On peut aussi y lire que la CIA est capable d’extraire des informations des bases de données de surveillance tenues par des pays étrangers.

Exactement le genre de programme qui fait grincer les dents d’Edward Snowden, et de l’administration Obama. Mais cette dernière n’a pas encore commenté ces dernières révélations. C’est pertinent de le rappeler : ce gouvernement dégage beaucoup d’efforts pour effrayer les lanceurs d’alertes.

Bradley Manning, qui a donné des documents à WikiLeaks, a été étiquetté de « traître ».  Croyez-vous que ces nouvelles fuites vont encourager d’autres fuites d’informations?

Ces lanceurs d'alerte, traîtres ou héros?

Une image qui vaut mille mots racistes

Vendredi 20 juin 2014 à 16 h 33 | | Pour me joindre

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Nombreux sont ceux qui croient que les équipes de sport ne devraient pas porter un nom comme Redskins, car c’est offensant pour les Autochtones. L’appel est lancé périodiquement depuis au moins 25 ans, et il semble que tout a été dit dans ce débat.

Pourtant, la principale intéressée n’en démord pas : l’équipe de football des Redskins de Washington garde son nom.

Peut-être qu’une image venant d’Ottawa pourrait changer la donne.

Les membres du groupe A Tribe Called Red. À droite, Ian DJ NDN porte le fameux chandail au logo jugé raciste par certains. À gauche, Bear Witness, et au centre, DJ Shub.
Les membres du groupe A Tribe Called Red. À droite, Ian DJ NDN porte le fameux chandail au logo jugé raciste par certains. À gauche, Bear Witness, et au centre, DJ Shub.

Le logo « Caucasians » s’adresse à ceux qui n’ont pas compris pourquoi les Autochtones n’aiment pas que des équipes de sport se dénomment Redskins. Il s’agit de la caricature d’un homme blanc inspiré par l’argent. Il a été conçu par une compagnie américaine de vêtements. Il a été publicisé par un des membres du groupe A Tribe Called Red, qui réunit des musiciens autochtones originaires de la capitale canadienne.

L’image choque. On la juge raciste, au point où la participation du groupe autochtone dans un festival de musique a été remise en question. Les musiciens y ont finalement joué.

Le musicien qui porte le logo controversé (Caucasians) sur cette  photo a déjà réussi à convaincre les Redskins de Nepean, une équipe canadienne de football amateur de la région d’Ottawa, de changer de nom. 

L’image pourrait aussi influencer le débat aux États-Unis. La regarder peut en aider plusieurs à se mettre dans la peau des Autochtones, à comprendre comment un stéréotype de longue date peut blesser l’ego.

Aux États-Unis, la question a refait surface à la mi-juin. L’équipe de football de Washington a perdu les droits d’auteurs pour protéger sa marque.

C’est la deuxième fois que cela se produit. Dans le passé, les propriétaires ont utilisé les tribunaux pour faire infirmer la décision. Cette fois, ils semblent vouloir adopter la même stratégie.

Ultimement, c’est une question d’argent, de revenus associés à une image de marque. Certains croient qu’un changement pourrait être rentable, parce que les partisans devraient se procurer des tasses et chandails aux nouvelles couleurs.

Quel nom donneriez-vous à l’équipe de football de Washington?

Pour approfondir :

- Les explications d’un avocat sur l‘impact de la récente décision sur les activités commerciales de l’équipe (en anglais)

- Des suggestions originales comme nom de remplacement (en anglais)

La « crise humanitaire » dénoncée par le président américain semble s’aggraver à la frontière sud des États-Unis. Chaque jour, des centaines de Latino-Américains se présentent aux postes-frontières du Texas et de l’Arizona. J’en ai parlé déjà; ce sont souvent des jeunes, qui fuient la guerre et les faibles perspectives économiques chez eux.

Depuis octobre, 47 000 sans-papiers ont été appréhendés. Il y en a tellement que les autorités ne savent plus où les loger, le temps de trier ceux qui peuvent rester et de retourner les autres dans leur pays d’origine. Le gouvernement américain est en mode de gestion de crise, comme il le serait après une catastrophe naturelle.

Trois centres de détention provisoires ont été ouverts sur des bases militaires. Les médias n’ont pas accès à ces installations. Les rumeurs qui en sortent parlent de mauvais traitements, de conditions insalubres. Depuis quelques jours, des images clandestines font surface… et ce qu’elles montrent n’est pas joli. Elles proviennent d’installations frontières où les sans-papiers sont d’abord retenus.

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Les images montrent des dizaines de femmes et d’enfants entassés dans des petites pièces sans fenêtres. Avec peu d’espace pour dormir. Les hommes sont gardés dans d’autres pièces, où il n’y a pas plus d’intimité. Dans certains centres, les sans-papiers sont entassés entre des clôtures métalliques, renforcées par des barbelés.

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Il est difficile de commenter sur les conditions hygiéniques en regardant ces images. Les gens dorment sur une couverture déposée au sol. Ils ont de l’eau. Dans certains centres, ils mangeraient des tacos et des sandwiches au bologne.

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

« Je pense qu’on a vu cela après Katrina », explique Don Ray, d’un regroupement de shérifs du Texas. Il y a tant de gens dans un seul endroit; les conditions sont là pour que des maladies se propagent. »

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Une vidéo obtenue par le Washington Post donne une meilleure idée de l’ampleur de l’improvisation. Les malades semblent séparés des bébés et des femmes enceintes par de simples cordons de sécurité.

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Certains politiciens ont pu visiter ces installations. Le révérend Jarrett Maupin se rappelle surtout de la forte odeur présente au centre de Nogales, en Arizona, où sont détenus des mineurs sans parent. « Je pouvais les sentir parce qu’ils ne se sont pas lavés depuis le début de leur périple il y a 10 jours. C’est inhumain. C’est injuste et inacceptable. Je ne blâme pas les gardes frontaliers; ils font du mieux qu’ils peuvent. »

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Photo fournie par un des représentants du Texas, Henry Cuellar

Ces images alarment les Américains, qui répondent en envoyant bénévoles et matériel vers ces centres de détention improvisés. Ces images déplaisent aux autorités, qui affirment tout faire pour améliorer la situation.

Hillary Clinton
Crédit : iStock/Getty/Dan Kitwood

C’est à la fois l’événement littéraire de l’année et l’un des temps forts de la politique américaine. Hillary Clinton, l’ex-première dame, jadis sénatrice, ancienne secrétaire d’État, lance son plus récent livre. Une brique qui semble signaler le début de la vraie campagne pour la première femme à briguer la présidence des États-Unis. Ce n’est pas officiel, mais qui peut en douter? Après tout, la biographie de HRC sur Twitter se termine par le subtil « glass ceiling craker, TBD » (démolisseuse de plafond de verre, à suivre…).

Le livre fait plus de 600 pages. Le titre du livre Hard choices (que l’on peut traduire par Décisions difficiles) fait surtout référence au temps où Hillary Clinton était secrétaire d’État sous Obama (2009-2013).

Voici cinq données sur la femme et son livre pour que vous sachiez de quoi il s’agit, avant même d’avoir lu l’ouvrage.

C’est sa version des événements

Le livre permet à Hillary (on parle souvent d’elle ainsi aux États-Unis) de donner son point de vue définitif sur des éléments controversés de son passé. C’est aussi l’occasion d’admettre, candidement, des erreurs de jugement. Elle revient sur l’attaque contre la mission diplomatique de Benghazi, en 2012, pendant laquelle un ambassadeur américain a été tué. Un événement ensuite utilisé pour critiquer l’administration Obama. Difficile de s’entendre sur ce qui s’est passé exactement, avance-t-elle.

Elle parle aussi du raid qui a mené à la mort d’Oussama ben Laden (le raid de 15 minutes lui a paru une éternité). Hillary Clinton lève (un peu) le voile sur les longues négociations pour la libération du sergent Bowe Bergdahl (tout échange avec les talibans sera difficile à avaler pour les Américains, explique-t-elle). Elle s’en prend aussi à Vladimir Poutine, selon elle un autocrate qui n’aime pas la critique.

Le but n’est pas de faire des vagues

N’oubliez pas, ce livre est écrit par une femme qui n’a pas terminé sa carrière. Il ne faut pas y chercher des règlements de comptes ni des révélations fracassantes sur les tractations à la Maison-Blanche sous Obama. CBS dit avoir lu l’ensemble du livre et le juge bien timide. Le bouquin n’est donc pas un bon guide lorsqu’il s’agit de déterminer si Clinton a fait une bonne secrétaire d’État. Je vous renvoie aux experts, qui avertissent des périls de ce genre d’exercice.

Le livre sert à polir son image

Le livre offre aussi un côté plus doux et maternel d’Hillary Clinton. Elle évoque de nombreux souvenirs de sa mère, décrite comme une source d’inspiration et de réconfort dans les temps difficiles. Le magazine Vogue en a d’ailleurs publié des extraits… juste à temps pour la fête des Mères. Ces passages permettent peut-être à Hillary Clinton de se débarrasser de l’image qui lui collait lors de sa campagne contre Barack Obama en 2008, où on la jugeait trop froide et calculatrice.

Hillary Clinton au mariage de sa fille Chelsea
Hillary avec sa mère, Dorothy Rodham et sa fille Chelsea en 2010

Elle met fin à certaines rumeurs

En lançant son livre, Hillary Clinton entreprend aussi un marathon publicitaire. Une vingtaine d’apparitions publiques en trois semaines, au Canada et sur les deux côtes américaines. C’est pour augmenter les ventes, bien sûr, mais probablement aussi pour faire taire les mauvaises langues au sujet de son âge et de sa santé. Les républicains aiment bien souligner qu’elle aura 69 ans vers la fin de campagne de 2016. On a insinué qu’il y avait un lien à faire entre une hospitalisation en 2012 et des troubles au cerveau, finalement tous des faits sans fondement. Une autre rumeur a récemment couru : Hillary utiliserait une marchette pour se déplacer.

 

Elle ne répond pas à votre principale question, sauf que…

Si les républicains cherchent déjà à percer l’armure d’Hillary Clinton, c’est parce que son accession à la présidence des États-Unis semble inévitable. Les récents sondages lui donnent une large avance sur les meilleurs candidats républicains. Les analyses des forces et faiblesses de son éventuelle candidature se multiplient depuis de nombreux mois. Les rétrospectives de sa carrière également. D’ailleurs, la tournée de promotion du livre est vue par plusieurs comme une sorte de répétition générale avant une campagne à l’investiture.

Quand se lancera-t-elle formellement dans la course? La principale intéressée soutient que son choix n’est pas encore arrêté, qu’elle y réfléchira après les élections de mi-mandat de novembre. Pour la fin de son livre, Hillary Clinton a choisi des mots qui rappellent le titre qu’elle donne à son bouquin :  « Le temps pour prendre une autre décision difficile viendra assez rapidement. »

Les groupes qui n’aiment pas le droit à l’avortement ont adopté une stratégie bien particulière pour faire avancer leur cause. Ils sont étapistes, patients. Petit à petit, ils dressent un barrage de plus en plus imposant entre une femme et une clinique d’avortement. L’Ohio est peut-être l’endroit où cette tactique est la plus avancée.

Prenez le projet de loi 351, à l’étude devant la législature à Columbus. Le texte propose d’interdire à tous les assureurs (y compris l’État, qui offre une couverture médicale aux démunis) de rembourser les frais pour un avortement. La femme a été violée? L’existence du foetus menace sa vie? Peu importe : la femme devrait sortir son portefeuille. Aux États-Unis, un avortement lors du premier trimestre coûterait de 300 $ à 1000 $. Le projet de loi interdirait aussi de rembourser l’achat d’un stérilet. Pourquoi? « Ça provoque aussi un avortement », explique John Becker, l’élu qui parraine le projet de loi. « C’est mon avis personnel. Je ne suis pas un docteur en médecine », dit-il.

Ces commentaires enflamment les militants pro-choix, qui tentent d’empêcher l’adoption de cette loi. Ces groupes ont cependant été incapables de bloquer d’autres mesures pour restreindre l’accès à l’avortement. En Ohio, comme dans des dizaines d’autres États, de nombreux règlements rendent plus compliquée la gestion d’une clinique d’avortement. Au nom de la sécurité des patientes, les États obligent les cliniques à atteindre des standards qui ressemblent à ceux des hôpitaux. Cela exige souvent de coûteuses rénovations, qui sont parfois même impossibles physiquement à réaliser. Ces obligations forcent les cliniques à fermer leurs portes. C’est arrivé récemment au Texas. Dans le sud de cet État, il faut faire des centaines de kilomètres pour trouver une clinique d’avortement encore ouverte.

Ces nouvelles règles ont même un nom : TRAP laws. Des règlements précis pour les fournisseurs d’avortements. Des règles que la National Abortion Federation, un groupe pro-choix,  juge inutiles, restrictives et motivées par des raisons politiques. En Ohio, ces mesures sont déjà en place. Les cliniques d’avortement y sont tenues d’offrir à la femme la possibilité d’entendre le cœur du foetus et de le voir par échographie. Une femme qui décide de se faire avorter doit attendre 24 heures avant de subir l’opération. « C’est déjà une décision difficile à prendre, explique une femme de l’Ohio. De la rendre encore plus difficile en passant ces lois, et en poussant les femmes à se sentir coupable, c’est terrible », commente-t-elle.

En fait, la stratégie des militants contre l’avortement n’est pas neuve. Elle semble efficace, à en juger par le nombre d’avortements qui diminue en Ohio. Les partisans de ce genre de tactiques légales entendent poursuivre leur chemin. « L’avortement est légal, lance le président de l’Ohio Right to Life, Mike Gonidakis. Ça prend une approche légale pour sauver le plus de bébés possible. Nous allons continuer cette approche des petits pas et changer l’opinion des gens », indique-t-il.

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Des clients chez un marchand de café Photo : Open Carry Texas

Les événements de Moncton suivent un scénario qui est malheureusement trop familier pour les Américains. Des balles blessent et tuent des innocents, le suspect est rapidement identifié, sa vie numérique vite scrutée à la recherche d’indices pour expliquer ce qui s’explique difficilement. La page Facebook du suspect de Moncton est souvent citée. Il y tient un discours qui s’apparente à celui de certains militants proarmes aux États-Unis : le deuxième amendement (le port d’armes), le besoin de se défendre contre l’État et ses policiers. Ce qui fait penser à des événements survenus récemment au Texas, où des militants ont poussé bien loin leurs revendications. Trop loin, disent plusieurs.

Attention, je ne prétends pas qu’il y a un lien entre l’homme soupçonné d’avoir tué trois policiers à Moncton et les militants du Texas. Je ne veux pas non plus laisser entendre que les gestes sont de la même gravité. Bien au contraire. Ce que je vois, ce sont des similitudes dans les discours. Est-ce que la parole mène aux actes? Je ne suis pas capable d’en juger. Mais rappelez-vous qu’après des tueries semblables à celle de Moncton, certains militants américains se sentent obligés de hausser le ton pour défendre leur droit aux armes.

Au Texas, il est légal de se promener avec une carabine bien en vue, mais on ne peut pas montrer son arme de poing. Cela permet aux membres de l’Open Carry Texas de manifester d’une manière spectaculaire… et légale. Sur le trottoir, devant un commerce, au rayon des jouets dans une grande surface. Ils se tiennent debout, calmement, un fusil de chasse ou un fusil d’assaut en bandoulière. Pourquoi font-ils cela? C’est pour revendiquer leur droit, pour répondre aux commerçants qui ne veulent pas de clients armés chez eux. Des gens d’affaires qui craignent que la vue d’un AR-15 ne fasse peur aux clients.

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Photo : Open Carry Texas

En toile de fond, il y a les efforts pour légaliser le port d’arme visible (open carry) dans le plus grand nombre d’États américains possible. Mais une récente manifestation à Fort Worth semble être allée trop loin aux goûts de plusieurs. Une poignée de manifestants, carabine ou fusil d’assaut à l’épaule, ont suivi un ancien soldat qui les filmait. Ils l’ont intimidé, insulté (« Tu vas pleurer? Tu sembles sur le point de pleurer »). L’ancien marine, pourtant musclé, a préféré battre en retraite devant le groupe armé. La confrontation a été filmée, la vidéo a beaucoup circulé, avant d’être retirée. Des femmes qui militent pour un meilleur contrôle des armes à feu ont aussi goûté à une médecine semblable.

Dans le cas de l’ex-marine, même la puissante National Rifle Association (le principal lobby d’armes à feu) a condamné l’attitude des militants proarmes, en parlant de gestes plutôt rares, « assez bizarres » et « franchement effrayants ». Rien, selon la NRA, pour aider l’image des militants proarmes. C’est une rare déclaration pour un lobby habitué à défendre ses membres contre vents et marées. Pour une fois, la NRA semblait tracer une ligne, prendre une position nuancée dans un débat qui en mérite beaucoup plus.

Bien sûr, les gens d’Open Carry Texas n’ont pas aimé. Leurs tactiques semblent en froisser plusieurs. Ils ont menacé la NRA, qui s’est vite rétractée. Elle a parlé d’erreur, blâmé un employé pour avoir « exprimé une opinion personnelle ». La pression était politique et financière. Il reste aussi un arrière-goût d’intimidation. Les seuls gagnants sont peut-être les humoristes, qui peuvent maintenant dire que la NRA est devenue trop libérale…

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Des fillettes dans un abri pour immigrants mineurs à Ciudad Juárez, au Mexique, le 27 mai 2014. Le centre abrite de jeunes Latino-Américains qui n’ont pas réussi à passer la frontière américaine ou qui ont été renvoyés au Mexique après être entrés aux États-Unis illégalement. REUTERS/Jose Luis Gonzalez

C’est « un cauchemar à la frontière », selon un républicain. Semblables aux vagues des boat people, lance une élue démocrate. Le président Obama parle, lui, d’une « situation humanitaire urgente ». En trois ans, le nombre d’enfants et d’adolescents qui tentent de franchir la frontière sud des États-Unis a explosé. Au point où le gouvernement a dû faire appel à l’armée.

On parle ici d’enfants qui tentent d’entrer seuls au pays de l’oncle Sam, sans leurs parents. Des mineurs qui ont souvent moins de 13 ans. Certains n’ont pas 5 ans. Des enfants ou des adolescents qui, très souvent, franchissent le Rio Grande dans la partie sud du Texas. En 2011, les autorités américaines en ont appréhendé environ 4000. Un nombre qui devrait être multiplié par 15 cette année. C’est sans compter ceux qui sont morts en chemin, ceux qui ont été arrêtés avant d’entrer aux États-Unis, ou ceux qui ont réussi et survivent dans la clandestinité. Vous pouvez voir certains de ces jeunes visages.

Certains républicains ont tenté de marquer des points politiques avec cette crise en rejetant la faute sur les politiques de l’administration Obama. Reste que la plupart des mineurs risquent leur vie pour fuir des conditions difficiles en Amérique centrale ou au Mexique. Pensez à la guerre aux narcos, les maras du Salvador. Il y a aussi les déprimantes perspectives économiques de ces pays. Dans certains cas, les parents encourageraient leurs enfants à risquer le voyage. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en a interrogé quelques centaines. Leurs témoignages sont révélateurs.

Les États-Unis ne savent pas trop quoi faire de cette vague de mineurs. Appréhendés, ils sont remis aux soins d’un proche, s’ils en ont, le temps qu’on détermine s’ils peuvent rester légalement au pays. Pour l’instant, des centaines sont hébergés dans des bases militaires américaines. C’est une solution temporaire, qui devrait coûter plus de 2 milliards de dollars au Trésor américain.

La question est bien délicate. Les États-Unis ne veulent pas encourager ce genre de périple dangereux. Elle est aussi difficile sur le plan politique, car l’immigration est une patate chaude pour l’ensemble des élus. Ceux qui entrent clandestinement sont parfois vus comme des tricheurs qui passent devant ceux qui tentent d’entrer légalement. Démocrates et républicains n’arrivent pas à s’entendre sur la façon de traiter les 13 millions de sans-papiers. L’arrivée massive d’enfants va-t-elle les inspirer?