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Au lendemain des élections de mi-mandat, le président Obama s'adresse à la presse.
Au lendemain des élections de mi-mandat, le président Obama s’adresse à la presse.

C’est en nombre record que les Américains n’ont pas voté aux élections de mi-mandat. C’est tout juste si un électeur sur trois a pris la peine de faire connaître ses choix. Les Américains n’aiment pas ce que font leurs représentants à Washington. Ils ne leur font pas confiance. Une méfiance – ou une indifférence – exprimée en ne faisant pas de détour vers un bureau de vote mardi dernier.

On estime que 3,7 milliards de dollars ont été injectés dans cette campagne de mi-mandat. C’est la plus coûteuse de l’histoire. C’est tellement d’argent, que plusieurs stations de télé n’avaient plus de place pour diffuser d’autres publicités. Un grand, très grand, feu d’artifice. Un spectacle qui n’a pas fait courir les foules.

Au lendemain d’une cuisante défaite pour son parti, Barack Obama a lancé aux spectateurs absents « qu’il les avait aussi entendus ». Selon le président, les Américains veulent que les élus travaillent aussi fort qu’eux. Il faut donc mettre fin à l’obstruction systématique d’un parti quand l’autre avance ses idées. Les républicains, le torse bombé par leur victoire, emploient aussi le même langage. Mais lisez entre les lignes, et vous conclurez probablement que ce sont des promesses faites avec les doigts croisés derrière le dos.

Dans un long point de presse au lendemain de la défaite, Barack Obama n’avait pas l’air d’un dirigeant penaud, qui vient de se faire réprimander. Pas du tout l’image d’un homme qui a compris qu’il doit changer sa façon de faire. Au contraire, il dit attendre les suggestions républicaines. Il répète des idées déjà écartées par ceux d’en face. La main du président est tendue, mais il n’avance pas.

En fait, le président est même provocateur. Il promet de signer sous peu un décret pour normaliser la présence aux États-Unis de millions de sans-papiers. La question a trop souvent été repoussée et Obama dit qu’il ne veut plus attendre. C’est une question très chère aux démocrates (leur électorat aime l’idée) et aussi très délicate pour les républicains (leur électorat déteste l’idée). « Quand vous jouez avec des allumettes, vous risquez de vous brûler », avertit l’un des dirigeants républicains, John Boehner.

Son collègue Mitch McConnell est aussi franc : si le président agit seul, il va tuer dans l’œuf les efforts de collaboration sur cette question. McConnell, c’est le politicien qui avait promis de tout faire pour assurer qu’Obama n’obtienne pas un second mandat, rappelle une collègue de CBC.

Les républicains campent aussi sur des positions qui irritent les démocrates. Ils parlent encore de tout faire pour miner la réforme du système d’assurance maladie, l’héritage du président Obama. Ces efforts vont assurément être bloqués par le veto présidentiel. Pas de branche d’olivier tendue, pas de geste de bonne volonté de la part des gagnants.

Regardez aussi les sujets mentionnés comme de possibles terrains d’entente : négociation de libre-échange, réforme fiscale… Ce sont des champs importants, mais qui ne sont pas exactement sur la liste des choses que les Américains discutent autour d’une bière ou d’un café. Comparez avec la liste des grands problèmes aux États-Unis : changements climatiques, inégalités économiques, dette gigantesque. Dans ces domaines, les deux partis conservent leurs visions distinctes.

C’est un peu comme si les deux partis se tendaient la main, sans vouloir franchir la distance qui les sépare. Après les feux d’artifice, le spectacle reprend sur cette grande scène qu’est Washington.

Me trouvez-vous trop peu optimiste?

La Caroline du Nord, l’Arkansas, la Louisiane, le Colorado et le Kansas sont parmi les États qui seront les plus chaudement disputés le 4 novembre, à l’élection de mi-mandat aux États-Unis.

Alors que la Chambre des représentants (435 sièges) restera fort probablement sous la gouverne des républicains, les démocrates tentent tant bien que mal de garder le contrôle du Sénat. À la Chambre haute, 36 des 100 sièges sont renouvelés cette année.

Actuellement, les démocrates dirigent le Sénat avec 55 sièges, contre 45 pour les républicains. Ces derniers doivent donc remporter seulement six sièges pour dominer la Chambre haute et le Congrès en entier.

Historiquement, les élections de mi-mandat aux États-Unis prennent l’allure d’un référendum sur la performance du président au pouvoir. Le 4 novembre prochain ne fera pas exception.

L’impopularité du président

Les candidats démocrates, qui se présentent pour un poste de sénateur ou de représentant au Congrès à Washington, souffrent déjà de l’impopularité de Barack Obama.

Aucun d’entre eux ne souhaite s’associer aux politiques de la Maison-Blanche, ni même à la réforme de l’assurance maladie, l’Obamacare, qui, de l’avis de plusieurs, est un succès.

Le frein mis à la réforme de l’immigration et la montée du groupe armé État islamique au Proche-Orient ont miné la crédibilité du président au cours des derniers mois.

Critiqué par son ex-secrétaire d’État, Hillary Clinton, et par son ex-secrétaire à la Défense, Leon Panetta, qui reprochent à leur ex-patron de ne pas être intervenu en Syrie pour armer les rebelles, Obama a perdu beaucoup de crédibilité en matière de politique étrangère.

Seulement 42 % des Américains approuvent le travail du président démocrate, selon le dernier sondage Gallup. C’est à peine 4 points de pourcentage de plus que Georges W. Bush juste avant les élections de mi-mandat de 2006.

Mais si les Américains sont insatisfaits du travail du chef de la Maison-Blanche, ils ne sont pas prêts à voter les yeux fermés pour les républicains, qu’ils tiennent responsables des nombreuses impasses budgétaires et législatives vécues à Washington.

Ce qui explique que plusieurs démocrates sont encore dans la course, malgré l’impopularité de leur chef.

Les républicains en excellente position

Dans ce contexte, des États comme la Caroline du Nord et le Kansas, par exemple, auraient dû être des gains plus faciles pour les républicains au lieu de courses serrées actuellement.

L’argent a aussi joué un rôle, comme toujours diront certains, mais encore un peu plus durant ces élections de mi-mandat, où les candidats auront dépensé au moins 3,6 milliards de dollars, soit 40 millions de plus qu’en 2010.

Les républicains sont, malgré tout, en excellente position pour prendre le contrôle du Congrès à Washington. Ils mènent dans les sondages dans 7 des 10 courses les plus serrées.

Mais Sénat républicain ou pas, le président Obama va devoir tout de même naviguer dans des eaux troubles durant les deux dernières années de son mandat. Entre autres, il devra procéder par décret pour imposer sa réforme de l’immigration.

Une réforme qu’il a tardé à mettre en place afin de ne pas nuire aux démocrates durant ces élections de mi-mandat, mais qui ironiquement pourrait lui coûter des sièges au Congrès en raison du mécontentement des Latino-Américains.

À lire aussi : les analyses des élections américaines de la Chaire Raoul-Dandurand, de l’Université du Québec à Montréal

L’Ebola et la peur

Lundi 20 octobre 2014 à 11 h 14 | | Pour me joindre

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Ce n’est pas à Dallas que j’ai vraiment mesuré combien l’Ebola fait peur. C’est en rentrant à Washington. Au Texas, dans la rue où habite une des infirmières malades, je m’attendais à des réactions un peu trop vives. Mais pas dans mon quartier, à quelques rues de chez moi.

La peur de l’Ebola a foutu en l’air les plans de déménagement d’un couple d’amis. Ils quittent Washington pour Seattle. Le plan original : la femme part avec leur enfant de 14 mois en avion. L’homme les rejoint en voiture avec leurs deux gros chiens et un chat.

Le plan post-Ebola : tout le monde dans une camionnette! Le bébé, les animaux et le couple se taperont 4500 km ensemble. Oui, la route plutôt que l’avion. L’enfer prévisible des longues heures avec un bébé inconfortable et bruyant.

Ce qui a bousillé leur plan, c’est l’infirmière qui a fait un aller-retour Dallas-Cleveland en avion pour aller se magasiner une robe de mariée. Elle n’aurait pas dû. Elle faisait un peu de fièvre. Elle a l’Ebola.

C’est la femme dans le couple qui a peur. Pour elle, mais surtout pour leur petit bout de chou. Ce n’est pas une cruche cette dame. Éduquée, ouverte, un boulot important au gouvernement fédéral. Mais elle a peur. La détermination de notre amie semble inébranlable. L’avion n’est plus sûr. Vraiment. Elle y croit au point de s’imposer 4500 km sur la route avec un bébé plutôt qu’un vol de moins de cinq heures. C’est comme si je croyais pouvoir gagner le million parce que j’utilise le même 25 ¢ pour gratter mon billet.

Elle n’est pas la seule à penser ainsi. Deux écoles d’Ohio ont fermé leurs portes une journée après avoir appris qu’un de leur employé s’était trouvé à bord de l’appareil qui a transporté l’infirmière maintenant malade. Ils n’étaient pas dans le même vol. Mais c’était le même appareil. Il a été nettoyé quatre fois, juste au cas.

Un spécialiste des maladies infectieuses du Nebraska appelle ça l’hystérie de l’Ebola. Au Washington Post, Mark Rupp a expliqué les probabilités qu’un élève contracte l’Ebola parce que quelqu’un autour de lui était dans le même avion que l’infirmière. Il faut que l’infirmière ait été contagieuse, qu’elle ait contaminé l’appareil, que le virus se soit transmis sur une surface, qu’une autre personne ait été en contact avec cette surface infectée, qu’elle ait été contaminée et qu’elle le transmette immédiatement à un enfant. Conclusion : « C’est improbable, improbable, improbable, improbable et impossible, impossible. »

Vous pensez que ce genre d’argument peut convaincre mon amie? Ou d’autres parents? Ça ne marche pas. (Voyez combien le voyage de cette infirmière a perturbé les classes au Texas.) Ce n’est plus rationnel rendu là, mais instinctif. Défensif. Irrationnel.

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Source : Live Action Safety

Je comprends les parents de s’inquiéter pour leurs enfants. J’en ai deux, que je veux protéger des moindres microbes. Et attention : ce couple semble être dans la minorité. Autour de moi, la plupart semblent comprendre que c’est dur de choper cette maladie-là. Mais là peur (l’hystérie?) est alimentée par les médias qui versent dans le sensationnalisme, les politiciens qui dramatisent.

J’ai un dernier argument pour tenter de convaincre notre amie de prendre l’avion vers Seattle. Vous vous souvenez d’Eric Duncan, le Libérien qui a amené l’Ebola à Dallas? Il n’a contaminé que deux personnes : deux femmes qui l’ont soigné. Pas les passagers des avions qui l’ont transporté de l’Afrique vers Dallas. Pas sa blonde ou ceux avec qui il a partagé un appartement quand il était malade. Deux femmes dévouées à l’aider à survivre.

Les Américains, y compris leur président, ne cessent de répéter qu’ils sont prêts à affronter chez eux des cas d’infections au virus Ebola. Ils assurent que leur système de santé est robuste, et que leurs infirmières et médecins sont parmi les meilleurs du monde.

À la lumière du premier cas d’Ebola à Dallas, au Texas, la question se pose sérieusement : les Américains sont-ils vraiment prêts?

Thomas Eric Duncan est arrivé aux États-Unis en provenance du Liberia le 20 septembre dernier, sans aucun symptôme.

Six jours plus tard, il se rend à l’urgence d’un hôpital de Dallas en raison d’un malaise. L’infirmière lui aurait demandé s’il a voyagé en Afrique de l’Ouest au cours des derniers mois. Le patient a répondu que oui.

Malgré ce oui clair et précis, le personnel médical du Texas Health Presbyterian Hospital lui a donné congé, et il est retourné à la maison avec des antibiotiques.

Comment expliquer qu’un patient arrivant du Liberia, le pays le plus touché par l’Ebola, puisse tout simplement reprendre le chemin de la maison après s’être présenté à l’urgence avec des symptômes ressemblant à ceux du virus?

On apprenait lors d’un point de presse, le 1er octobre, que l’infirmière n’a pas transmis au reste du corps médical l’information selon laquelle le patient arrivait du Liberia. Il a été hospitalisé deux jours plus tard.

Cette erreur inexplicable a donc permis à un patient atteint de l’Ebola, aux États-Unis, de retourner chez lui. Ça multiplie les risques de contaminer des dizaines de personnes. Résultats : des enfants de la région de Dallas avec qui cet homme aurait été en contact sont actuellement sous surveillance médicale.

Ces mêmes spécialistes en santé publique répètent aussi qu’il n’y a pas d’autres cas, et que les chances que le virus se propage sont minces. Oui, peut-être, on veut rassurer la population. Mais n’est-il pas un peu trop tôt pour faire de telles prédictions, alors que la période d’incubation du virus peut s’étendre jusqu’à 21 jours?

Force est de constater que les Américains ont échoué à leur premier test concernant la présence du virus Ebola sur leur territoire.

Les États-Unis peuvent se vanter d’assurer les meilleurs soins de santé du monde. Mais sans la première ligne qui transmet l’information correctement, les risques de propagation de ce virus mortel, même en Amérique, sont bien réels.

La vie d’Obama en danger?

Mercredi 1 octobre 2014 à 14 h 18 | | Pour me joindre

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Oubliez les films d’Hollywood. Pas besoin d’entraîner un commando de mercenaires, de lancer des explosifs d’un avion pour pénétrer dans la demeure du plus puissant politicien de la planète. Il suffit d’être assez en forme pour sauter une clôture et de courir un peu plus de 60 mètres sur le gazon.

Il semble que les agents de sécurité ne courent pas bien vite. Que les chiens de garde demeurent en laisse. Que les tireurs d’élite n’appuient pas sur la gâchette. La porte d’entrée principale? Elle n’est pas verrouillée. Du moins, elle ne l’était pas. Jusqu’à ce qu’un ancien combattant fasse voler en éclat le mythe de la Maison-Blanche comme d’une forteresse gardée par des chevaliers invincibles.

La caricature du NY Daily reprend les insinuations  d'un élu : la Maison-Blanche serait-elle mieux protégée par une firme privée?

La caricature du NY Daily reprend les insinuations d’un élu : la Maison-Blanche serait-elle mieux protégée par une firme privée?

Remarquez, l’armure des chevaliers du Service secret était déjà bien amochée. Des agents ont sollicité des prostituées, d’autres ont trop bu, même à quelques heures d’un quart de travail. La liste est longue, et ne compte pas que des failles individuelles.

Il y a aussi des bévues opérationnelles. Le genre de faille qui pourrait coûter la vie au président. Ce sont des secrets maintenant publics, parce que depuis quelques jours le Service secret subit une sorte de supplice de la goutte. Des révélations quasi quotidiennes qui remettent sérieusement en question les capacités de l’agence. Parmi celles-ci :

  • En 2011, le Service secret met quatre jours à confirmer que sept balles ont atteint la Maison-Blanche. L’une des filles du président était à l’intérieur. C’est une domestique qui a remarqué l’impact des balles.
  • Omar Gonzalez, le sixième à avoir sauté la clôture de la Maison-Blanche cette année, a été appréhendé dans un salon protocolaire de la demeure. Semble-t-il par un agent qui n’était pas en service. Un hasard. Le Service secret a d’abord laissé entendre qu’il avait été appréhendé « après être entré par les portes du portique nord ».
  • Le mois dernier, un vigile armé (avec un passé criminel violent) a été autorisé à prendre le même ascenseur que le président.

Des révélations qui laissent bien des Américains nerveux, choqués. Le Service secret mène des « opérations crackerjack », lance un chroniqueur du New York Times. Il semble que l’agence soit « brouillonne (sloppy), paresseuse, imprudente », dit un commentateur de renom. Bien sûr, la situation fournit un bon matériel aux humoristes. Au-delà de la dérision, il y a des questions importantes liées au terrorisme, à la sécurité nationale.

La directrice du Service secret n’a pas réussi à rassurer les Américains. Devant les élus, Julia Pierson parle de problèmes opérationnels et promet une révision des pratiques. Mais les récentes révélations mènent vers un problème plus grand. Un problème au sein même du Service secret.

« Quelque chose est pourri. La vie du président est en danger », lance Ronald Kessler, l’auteur de plusieurs ouvrages sur le Service secret. Il dénonce une culture d’intimidation, souligne que le moral des troupes est bien bas, que les agents travaillent trop, manquent de repos. Il cite d’ailleurs un de ces agents, qui veut garder l’anonymat : « Si vous osez rapporter quelque chose de mauvais, on va se moquer de vous. »

Au Congrès, le démocrate Ellijah Cummings s’inquiète parce que des agents préfèrent lancer des alertes de manière anonyme, plutôt que de rapporter les problèmes à leurs supérieurs. « Si vous menez une agence dans laquelle les gens ne vous donnent pas l’information pour bien faire les choses, comment savez-vous où sont les problèmes? »

La responsable du Service secret n’a pas vraiment parlé de cela. Pourtant, elle a justement été embauchée, il y a 18 mois, pour redresser une agence déjà malmenée. Aujourd’hui, peu d’élus lui font confiance.  Elle ne semble pas non plus avoir la confiance du premier concerné, le président des États-Unis. Il vient d’accepter sa démission.

Réveiller le guerrier las des combats

Mercredi 10 septembre 2014 à 15 h 29 | | Pour me joindre

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Les combattants de l'EI poursuivent leur progression en Irak (juin 2014). Photo : REUTERS/Stringer

Les combattants de l’EI poursuivent leur progression en Irak (juin 2014). Photo : REUTERS/Stringer

Il n’a fallu que quelques jours pour qu’un vent guerrier, belliqueux, souffle sur la Maison-Blanche et l’ensemble du Congrès. C’est l’impact de deux vidéos montrant la décapitation d’otages américains. Barbare, moyenâgeux, dégoûtant. Les qualificatifs ne suffisent pas pour décrire l’horreur qu’ont connue deux journalistes, venus témoigner des difficultés des citoyens de cette partie du monde.

La diffusion de ces images représente « une erreur stratégique géante », disent certains. Une erreur, parce que ces images ont choqué, réveillé les Américains. Eux qui tentaient d’oublier les coûteuses aventures militaires d’Irak et d’Afghanistan. Mon collègue Christian Latreille en parlait récemment : les Américains veulent que leur pays en fasse bien plus contre ces extrémistes.

Jetez un oeil aux récents sondages. Ils montrent aussi que les Américains ont peur. Peur comme jamais depuis les attentats de septembre 2001. Peur de ces djihadistes qui veulent former un califat, peur d’une attaque en sol américain.

C’est peut-être une erreur stratégique ou alors une provocation calculée des extrémistes sunnites. Peu importe, ils ont fait peur à un géant militaire. Un géant nostalgique de sa puissance et de son influence de jadis. Les Américains retournent donc sur le sentier de la guerre, mais peut-être à reculons. L’idéologie de ces extrémistes « c’est tellement répugnant et mauvais », lance Jerry Hanaver, un retraité du New Hampshire. « Si la guerre est vraiment nécessaire et méritée, alors, être tanné de la guerre n’est plus une raison pour ne pas la faire. » « C’est difficile, souligne Christine Hall, aussi du New Hampshire. Une partie de moi pense qu’on ne doit pas être le gendarme du monde. Mais si on ne l’est pas, qui le sera? »

Les cyniques peuvent demander si Washington aurait réagi autrement si tout cela ne s’était pas produit si près d’une importante campagne électorale. Les démocrates pourraient perdre le contrôle du Sénat en novembre. Leur président est impopulaire. Ce conflit peut lui donner l’occasion de redorer son blason.

Le président des États-Unis, Barack Obama

Le président Obama est sur le point de lancer sa première guerre depuis son arrivée à la Maison-Blanche. Une guerre qu’il ne souhaite probablement pas, mais qui est devenue inévitable face à la menace que représente l’État islamique (EI).

C’est en quelque sorte une revanche de l’histoire pour ce président et Prix Nobel de la paix (2009) qui promettait de tout faire pour se distancer de l’attitude va-t-en-guerre de l’administration Bush.

Mais la décapitation de deux journalistes américains par l’EI, cet été, a révolté l’opinion publique aux États-Unis. Selon un récent sondage Washington Post/ABC, plus de 70 % des Américains sont pour des frappes aériennes contre l’État islamique.

Obama ne peut plus rester les bras croisés. Il doit combattre les extrémistes au Proche-Orient de peur qu’ils ne frappent aux États-Unis.

Les bombardements aériens ne seront cependant pas suffisants pour éliminer les islamistes qui contrôlent une partie de l’Irak et de la Syrie. Le président le reconnaît.

Pas question de troupes américaines sur le terrain pour le moment, affirme Obama. Mais combien de temps l’Amérique pourra-t-elle combattre sans soldats au sol?

Notre dossier

« Nous n’avons pas encore de stratégie »

Après avoir dit publiquement, il y a une dizaine de jours, qu’il n’avait pas de stratégie pour intervenir en Syrie, Barack Obama a été attaqué de toutes parts.

Ses adversaires, et même certains démocrates, lui ont reproché son indécision et son manque d’agressivité contre la menace terroriste.

Le président Obama a la réputation de peser et de soupeser toutes ses décisions, pour le meilleur ou pour le pire. Il a pris 14 mois avant d’envoyer de nouvelles troupes en Afghanistan en 2010. Le célèbre journaliste américain Bob Woodward (Watergate) a écrit un livre de plus de 350 pages sur le processus qui a mené à cette décision.

Bref, Barack Obama n’est pas un dirigeant impulsif. Mais est-il un président indécis, qui consulte trop ou qui est trop prudent, comme lui en a fait le reproche l’influente sénatrice démocrate Dianne Feinstein?

Obama, le guerrier

Son discours s’est durci depuis ces critiques. Obama s’apprête à dévoiler, enfin diront certains, sa stratégie pour lutter contre l’État islamique, la plus importante menace qui pèse sur les États-Unis depuis Al-Qaïda.

De l’aveu même du président, la guerre contre ce nouvel ennemi sera longue, mais elle doit être gagnée.

Pendant que, chez lui, on l’accusait d’avouer publiquement qu’il n’avait pas de stratégie, Obama bâtissait une coalition au sein des pays de l’OTAN prêts à appuyer les États-Unis. Parviendra-t-il à obtenir l’appui du Congrès?

Les républicains, qui critiquent son indécision, pourraient vouloir encore une fois embarrasser Obama, l’hésitant, qui est maintenant prêt à partir en guerre.

Quoi qu’il en soit, ce président, qui s’est présenté une première fois devant le peuple américain comme un homme de paix, s’apprête à laisser à ses successeurs un héritage semblable à celui que George W. Bush lui a transmis en matière de guerre contre le terrorisme.

Ferguson : en mémoire de Michael Brown

Dimanche 24 août 2014 à 6 h 47 | | Pour me joindre

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Photo : Yanik Dumont Baron

Photo : Yanik Dumont Baron

C’est un dessin d’enfant qui avertit les passants. « Ralentissez », lance l’affiche un peu défraîchie, sur laquelle on a dessiné le triangle jaune qui symbolise un passage pour piétons. Ou peut-être que le pictogramme dans le triangle représente un homme noir gisant par terre. Mort.

C’est là où Michael Brown a été abattu le 9 août. « C’est Ground Zero », explique une résidente.

Le calme est surprenant, et l’ambiance solennelle. Funèbre. L’asphalte est encore souillé de sang, noirci.

En mémoire de Michael Brown, ce jeune Noir abattu par la police à Ferguson, au Missouri

Photo : Yanik Dumont Baron

Entre deux bornes orange, sur la ligne jaune qui sépare les voies, un monument à la mémoire de celui qu’on surnommait le Gentle Giant (gentil géant). Regarder ce monument, c’est se forcer à s’arrêter, à réfléchir et à s’émouvoir.

Le jeune homme de 18 ans est mort en public. Il a été abattu en plein jour, tombé au milieu d’une rue qui traverse un complexe de petits édifices à logements. Son corps est resté de longues heures au centre de cet univers. Comme s’il avait été abattu sur une place publique. « Exécuté », disent ses proches.

Michael Brown est peut-être mort parce qu’il s’en prenait à un policier. Peu importe, sa mort a crevé un abcès. « We are Mike Brown! », scande la foule à Ferguson. Le sous-texte : ce qui lui est arrivé pourrait nous arriver. Une vie brusquement interrompue. Des espoirs que ses parents doivent maintenant effacer.

Il y a de nombreux enfants parmi les manifestants. Il y a bien des adolescents, bien sûr, mais aussi de jeunes enfants et des bébés. Leur présence est peut-être pratique (pas de gardienne disponible), mais aussi symbolique. Vont-ils grandir dans des circonstances semblables? Ou meilleures, plus équitables?

En mémoire de Michael Brown, ce jeune Noir abattu par la police à Ferguson, au Missouri

Photo : Yanik Dumont Baron

Certains de ses jeunes ont laissé des notes à l’endroit où la vie de Michael Brown s’est arrêtée. Il y a aussi bien des animaux en peluche, plusieurs ballons qui se dégonflent doucement, des tournesols et des dizaines de roses. Des fleurs maintenant fanées. Elles disparaîtront bientôt si on ne les enlève pas avant.

Avec le temps, cette petite section d’une rue résidentielle finira par reprendre les airs d’avant le 9 août 2014. Le souvenir de Michael Brown, lui, pourrait bien avoir marqué une génération.

En mémoire de Michael Brown, ce jeune Noir abattu par la police à Ferguson, au Missouri

Photo : Yanik Dumont Baron

En mémoire de Michael Brown, ce jeune Noir abattu par la police à Ferguson, au Missouri

Photo : Yanik Dumont Baron

En mémoire de Michael Brown, ce jeune Noir abattu par la police à Ferguson, au Missouri

Photo : Yanik Dumont Baron

Des collages en mémoire de Michael Brown, ce jeune Noir abattu par la police à Ferguson, au Missouri

Photo : Yanik Dumont Baron

Le privilège de ne pas être Noir

Jeudi 21 août 2014 à 17 h 35 | | Pour me joindre

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Nous quittons Ferguson la tête pleine d’images, de slogans et de cris. Une semaine sur une avenue de banlieue, soudainement propulsée au cœur de l’actualité mondiale. En quelques jours, Ferguson est devenu un de ces symboles désormais associés à la longue et difficile lutte pour l’égalité raciale.

Dans les premières de ces longues heures, à peu près tout le monde avait une histoire à raconter. Un moment où leur vie aurait pu prendre un tournant semblable à celle de Michael Brown. Attention : je ne prétends pas savoir pourquoi un policier blanc a tiré au moins six balles en direction d’un jeune Noir non armé. C’est à la justice de tenter de comprendre comment cela est arrivé. Je parle de ces craintes qui semblent bien ancrées chez de nombreux Afro-Américains, car la couleur de leur peau incite à la méfiance, à l’indifférence, à la violence.

L'endroit où Michael Brown a été tué à Ferguson, au Missouri
L’endroit où Michael Brown a été tué à Ferguson, au Missouri

Des craintes maintenant incarnées par Michael Brown. Et aussi par un autre jeune Noir de St. Louis, abattu par deux policiers une dizaine de jours plus tard. Kajieme Powell avait un couteau dans la main, selon les policiers. Les agents ont eu peur. La vidéo où on le voit tomber sous les balles est troublante. Non seulement elle montre un homme mourir… Mais la rapidité à laquelle les policiers ont tiré donne froid dans le dos. Auraient-ils pu agir autrement? Tirer une dizaine de balles était-elle la seule option pour assurer leur sécurité?

Ce dont il a été moins question dans cette histoire, c’est des craintes des Blancs. J’ai entre autres souvenir de cet ex-maire de Ferguson. Un type bien, qui aime visiblement sa ville, mais triste de voir sa réputation changer du jour au lendemain. Nous l’avons croisé dans un café, où tous les clients étaient blancs. Ce n’est pas à l’autre bout de la ville, mais à trois minutes en voiture de l’endroit où Michael Brown a été tué.

L’ex-maire ne comprend pas la colère de l’avenue West Florissant. Il ne voit pas de profilage racial dans le comportement des policiers (une force en majorité blanche pour une ville à majorité noire). Il a de bons arguments pour expliquer pourquoi les Noirs sont beaucoup plus souvent arrêtés que les Blancs pour des infractions mineures au code de la sécurité routière. Des craintes, il n’en a pas. Et il n’est pas le seul à penser ainsi. Regardez les sondages d’opinion faits après la mort de Michael Brown.

>>> À consulter : Lire la colère à Ferguson en 18 pancartes

Bien des Américains blancs croient qu’on fait trop de place à la question raciale dans cette affaire. Comme si on voyait seulement un policier qui a tué un jeune dans des circonstances pas claires. Pas un autre exemple d’indifférence pour la vie d’une personne à la couleur de peau différente.

La mort de Michael Brown a bien sûr touché de nombreux Blancs. Plusieurs ont crié leur colère sur l’avenue West Florissant. D’autres ont trouvé le courage de dénoncer ce qu’ils voient comme un « privilège de Blanc ».

Il y a ce journaliste qui cherche à expliquer à son fils que « différentes règles s’appliquent » aux Noirs et aux Blancs. Non, les Blancs n’ont pas à lever les mains lorsqu’un policier les approche, écrit-il… « Ce n’est pas correct, mais c’est la vérité. »

Matt Zoller Seitz raconte aussi s’être battu avec un Latino-Américain. C’est lui qui a donné le premier coup. Mais c’est l’autre qui s’est retrouvé menotté. Au Blanc, le policier offrait la possibilité de déposer des accusations contre son agresseur (en fait, l’agressé)…

Un message laissé sur le lieu du drame de Ferguson : « Les cris ne cessent pas seulement parce que nous avons arrêté d'écouter... »
Un message laissé sur le lieu du drame de Ferguson : « Les pleurs ne cessent pas seulement parce que nous avons arrêté d’écouter… »

Il y a aussi cette mère qui voit la couleur pâle de la peau de ses trois garçons comme un écran protecteur. On ne les suit pas dans un commerce pour s’assurer qu’ils ne volent pas. On ne les soupçonnera pas d’avoir volé une luxueuse voiture qui est en fait la leur…

Cette mère sait qu’elle n’a pas (ou si peu) à s’inquiéter qu’un policier décharge son arme dans le corps d’un de ses fils. Elle parle du privilège d’avoir la peau blanche aux États-Unis. Un privilège qui vient avec un incroyable fardeau : celui d’ouvrir les yeux de ses enfants à cette réalité.

Sans cela, écrit-elle, ses enfants pourraient être ceux qui appuieront sur la gâchette.

Clayton, Missouri, le 12 août 2014 : Des manifestants dénoncent  la mort de l’adolescent noir Michael Brown, tué par la police samedi dernier.
Clayton, Missouri, le 12 août 2014 : Des manifestants dénoncent la mort de l’adolescent noir Michael Brown, tué par la police samedi dernier.

Michael Brown est devenu un symbole. Rapidement. Un symbole de ce gros non-dit américain, de ce racisme qui s’infiltre un peu partout. Le nom du jeune Noir de 18 ans est déjà passé à l’histoire. Pas pour ce qu’il a fait, mais à cause de ce qu’un autre lui a fait. Un mort dans la controverse, l’indignation, la colère.

Peu de faits sont connus. La victime est noire, sans arme. Le policier est probablement blanc (il appartient à un corps policier où seulement 3 des 53 policiers sont afro-américains). Il a tiré plusieurs balles. Pour le reste, ce ne sont que des suppositions. Mais pour bien des Américains, ces quelques faits suffisent. Michael Brown est devenu un autre symbole de cette tension que les États-Unis cherchent trop souvent à masquer. Une tension qui refait surface périodiquement.

Le mot-clic #MikeBrown est devenu une cause. Il permet de dénoncer le profilage racial, l’abus policier. La ferveur alimente des émeutes et des discussions. Les médias sont aussi pris à partie. Prenez le troublant #IfTheyGunnedMeDown, qui dénonce les images stéréotypées des jeunes Noirs, véhiculées par les médias.

La colère est telle que les autorités refusent toujours d’identifier le policier qui a tué Michael Brown. Des menaces de mort ont été faites, explique le chef de la police de Ferguson, Tom Jackson. « Si on dit qu’il s’agit de cet agent, il devient immédiatement une cible. Nous prenons ces menaces de mort au sérieux. »

« Savez-vous comme c’est difficile d’envoyer un jeune Noir à l’université? » C’est la mère de Michael Brown qui pose cette question. Elle la crie plutôt de douleur. Et dans cette question, il y a d’autres griefs : les inégalités économiques, les difficultés des Noirs à gagner autant que les Blancs aux États-Unis.

Même le choix de l’avocat retenu par les proches de Michael Brown signale quelque chose. Benjamin Crump a représenté la famille d’un autre jeune Noir assassiné, Trayvon Martin. Un nom aussi associé au profilage, aux idées reçues contre les tenues vestimentaires des Noirs. En parlant de ses nouveaux clients, Me Crump est allé droit au but : « Je ne veux pas raconter d’histoires. Leur bébé a été exécuté en plein jour. »

Les mots de l’avocat font référence à la conclusion que bien des Américains ont tirée. Michael Brown ne serait pas mort s’il n’avait pas été Noir. Au moins un témoin soutient qu’il avait les bras en l’air lorsque le policier a fait feu. Un geste universel qui signale qu’on se rend. Un geste qui est devenu le symbole d’une mort encore inexpliquée. « Ne me tirez pas dessus », scandent les manifestants au Missouri. Ceux qui réclament des réponses, comme ceux qui croient déjà les avoir trouvées.

À votre avis, quelles questions méritent d’être éclaircies?