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Poutine peut compter sur la Chine

Lundi 3 mars 2014 à 21 h 25 | | Pour me joindre

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Alors que le président russe Vladimir Poutine s’est mis à dos la plupart des pays occidentaux en déployant ses troupes en Crimée, la Chine, deuxième puissance économique de la planète, a pour sa part décidé de mettre tout son poids du côté de la Russie et d’appuyer les manœuvres de son allié.

Lors d’un entretien téléphonique lundi, les chefs des deux diplomaties ont dit avoir constaté « leur concordance de vues sur la situation en Ukraine ». Un appui de taille dans la région, qui ne surprend cependant pas sur la scène internationale.

La Russie et la Chine font front commun sur plusieurs dossiers depuis des années. Les deux pays ont notamment bloqué des projets de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies à plusieurs reprises. Les cas les plus récents ont freiné l’offensive de la communauté internationale en Syrie qui voulait intervenir pour mettre fin aux attaques perpétrées par le président Bachar Al-Assad.

Mentalité de guerre froide

La semaine dernière, l’organe de presse officiel du Parti communiste chinois a même demandé aux pays occidentaux de mettre fin à leurs réflexes empruntés des années 1980 pour coopérer avec la Russie en Ukraine, insinuant que les pays du G7 avaient conservé une mentalité de guerre froide.

« Se débarrasser des chaînes de la mentalité guerre froide réduira les confrontations inutiles, permettant de ce fait une transition plus en douceur des relations internationales », écrivait le Quotidien du Peuple.

Il faut comprendre que la Chine veut elle aussi avoir les coudées franches dans certaines régions qui ne sont plus sous sa juridiction. Le cas le plus éloquent est celui des îles Senkaku dans la mer de Chine orientale. Pékin revendique le petit archipel qui appartient au Japon. À la fin de l’année dernière, le géant communiste a d’ailleurs créé une « zone aérienne d’identification » qui englobe les îles, ce qui a soulevé la colère du Japon.

La Chine revendique aussi des îles appartenant aux Philippines. Dans les deux cas, les États-Unis ont invité Pékin à faire preuve de prudence et dans les deux cas les revendications visent à accroître le leadership du régime dans la région, mais aussi à contrôler les richesses naturelles, tout comme en Ukraine.

En d’autres termes, en appuyant la Russie, la Chine s’adresse directement à la communauté internationale et lui dit : vous n’avez plus l’autorité d’intervenir comme lors de la guerre froide, laissez les géants (Russie-Chine) décider de ce qu’ils jugent être juste pour leur région.

Comme d’habitude, la rencontre irrite au plus haut point les dirigeants chinois. Pékin parle de « grossière ingérence » de la part des États-Unis dans les affaires étrangères de la Chine, d’une visite qui risque de porter atteinte aux relations bilatérales entre les deux pays.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a même été jusqu’à demander à Washington de carrément annuler la rencontre vendredi matin. « La Chine est fermement opposée à la réception à la Maison-Blanche du dalaï-lama, a indiqué le ministère. Nous exhortons les États-Unis à prendre en compte de façon sérieuse nos inquiétudes. »

Jeu politique

Si la menace est ouverte, le jeu politique du président américain l’est tout autant. Barack Obama sait bien qu’en recevant le dalaï-lama, il créera des remous de l’autre côté de l’océan. Il a accueilli le chef spirituel en 2010 et 2011, et chaque fois, les visites ont soulevé la colère de Pékin.

À cela, il faut ajouter les tensions croissantes entre les deux pays. Après des années d’absence en Asie, les États-Unis ont annoncé qu’ils voulaient renforcer leur présence militaire dans l’océan Pacifique.

Une décision qui survient alors que la Chine tente de reconquérir certaines parcelles de territoire dans la région et qu’elle a créé une zone de contrôle aérien qui empiète du côté du Japon, allié de Washington.

Concession de Washington

Question de calmer le jeu, la Maison-Blanche a néanmoins tenu à souligner que le président américain rencontrait le dalaï-lama « en tant que chef religieux et culturel respecté internationalement », et que le Tibet « faisait partie de la République populaire de Chine ».

Barack Obama a aussi choisi de recevoir le dalaï-lama dans la salle des cartes de la Maison-Blanche. Une pièce jugée moins symbolique que le bureau ovale.

Washington a cependant indiqué qu’il était « inquiet des tensions persistantes et de la détérioration de la situation des droits de l’homme dans les zones tibétaines de la Chine ».

La hantise de Pékin

Malgré un exil de 55 ans en Inde, le dalaï-lama continue de générer la hantise dans les différentes sphères politiques en Chine. Il est considéré par Pékin comme un dangereux séparatiste, un homme qui a toujours le pouvoir de générer la révolte dans le pays.

C’est pourquoi depuis vendredi matin, tous les sites des médias étrangers sont censurés en Chine. Impossible d’accéder aux différentes pages d’actualité. Les autorités ont tout bloqué pour s’assurer que le message du chef religieux ne soit pas entendu dans l’Empire du Milieu.

Depuis son départ en 1959, le dalaï-lama réclame une véritable autonomie pour le Tibet. Il dénonce le système de répression mis en place par Pékin et juge que la Chine tente par tous les moyens de détruire la culture dans la région.

En signe de désespoir, 120 Tibétains se sont immolés depuis 2009 pour dénoncer les politiques de Pékin.

À voir la carte publiée par Reporters sans Frontières (RSF), on pourrait croire que certains pays ont le cancer lorsqu’il s’agit de liberté de presse. Parmi ceux-ci, la Chine, l’endroit le plus populeux de la planète et deuxième économie du monde.

Le pays occupe cette année le 175e rang du classement, en baisse de deux positions principalement due à la censure et parce que « l’ancien Empire du Milieu […] continue d’emprisonner les voix dissidentes », écrit RSF, comme celle de Xu Zhiyong, universitaire et avocat condamné récemment à quatre ans de prison.

L’universitaire et avocat a été déclaré coupable de « rassemblement illégal visant à perturber l’ordre public » il y a trois semaines. Mais, selon son avocat, il s’agit là de « pur théâtre » de la part de l’État chinois. Son client, croit-il, est plutôt devenu la cible du gouvernement après avoir créé le « Mouvement des nouveaux citoyens ». Un groupe qui réclame plus de transparence dans le pays et la fin de la corruption chez les dirigeants du Parti communiste.

Et ironiquement, alors qu’il est question de censure dans le classement de Reporters sans frontières, les Chinois ont eu droit à un nouvel exemple de l’imposant système mis en place pour contrôler ce qui est diffusé dans le pays. Selon le China Digital Times, les autorités ont demandé ce matin aux médias locaux de supprimer tous les articles reliés au palmarès qui traite de liberté de presse et du droit à l’information. Une directive qui semble avoir été suivie à la lettre, puisque les principaux médias chinois ont été muets à ce sujet.

Ce contrôle serré de l’État ne date évidemment pas d’aujourd’hui en Chine, mais le gouvernement est plus que jamais conscient des disparités entre riches et pauvres dans le pays et, selon certains analystes, le régime craint de perdre le contrôle s’il permet la critique ou même les rassemblements. Une espèce de paranoïa qui a mené à la création d’un système de surveillance parmi les plus hermétiques de la planète, que décrie RSF.

Le Canada et les États-Unis

Le Canada, pour sa part, gagne deux positions (18e rang), alors que les États-Unis reculent. La condamnation du soldat Bradley Manning, la traque face à Edward Snowden et le scandale des relevés téléphoniques d’Associated Press saisis par le département de la Justice ont fait en sorte que notre voisin du sud a perdu 13 places. Il se situe maintenant en 46e position.

Une fois de plus c’est l’Érythrée qui arrive dernière cette année, tout juste après la Corée du Nord, le Turkménistan et la Syrie.

La liberté de presse dans le monde, telle qu'illustrée  par Reporters sans frontières.
La liberté de presse dans le monde, telle qu’illustrée par Reporters sans frontières.

 

 

De plus en plus de consommateurs chinois, écoeurés par les scandales alimentaires à répétition, se tournent vers les produits biologiques, qui sont pourtant loin d’être fiables dans ce pays.

Lire le reste de l’article d’Yvan Côté.

Mao du même calibre que Staline ou Hitler

Jeudi 26 décembre 2013 à 11 h 38 | | Pour me joindre

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Pendant que les autorités chinoises célèbrent le 120e anniversaire de Mao Tsé-Toung, plusieurs voix s’élèvent pour réclamer la vérité sur le règne meurtrier du dictateur.

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La Chine en renfort aux Philippines

Jeudi 21 novembre 2013 à 11 h 34 | | Pour me joindre

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Après avoir été fortement critiqué pour le peu d’aide offert aux sinistrés aux Philippines à la suite du passage du typhon Haiyan, la Chine décide de sortir l’artillerie lourde et dépêche l’un de ses joyaux dans l’archipel, le Peace Ark, son bateau-hôpital ultramoderne.

Lire le reste de l’article d’Yvan Côté.

C’est une lettre qui fait fureur depuis quelques jours sur les médias sociaux en Chine. Un pacte, rédigé en six points, stipulant les obligations que doivent respecter un officiel du Parti communiste et sa maîtresse pour que leur relation extraconjugale se poursuive.

Lire le reste de l’article d’Yvan Côté

Le choix d’une ville pour l’organisation de Jeux olympiques fait rarement l’unanimité. Cela dit, force est de constater qu’à quatre mois de l’ouverture des Jeux d’hiver de Sotchi en février 2014, les organisateurs, malgré les moyens qu’ils se sont donnés, n’ont pas réussi à faire disparaître les nombreux doutes, les questions et les inquiétudes.

De nombreux critiques se sont fait entendre au cours des dernières années sur le choix d’une ville au climat subtropical pour organiser des Jeux d’hiver, sur le risque de pénurie de neige, sur le fait qu’il fallait tout construire à partir de zéro, cette ville ne disposant d’aucune installation de calibre olympique, sur les dépassements de coûts faramineux (la facture dépasse déjà les 50 milliards de dollars, soit quatre fois le devis initial), sur les graves conséquences écologiques de cet immense chantier de construction, sur les conditions de travail des ouvriers du chantier et sur l’éviction forcée de centaines de familles pour faire place aux stades et arénas.

Il est une autre question, évoquée moins souvent, mais qui inquiète bien davantage : la question de la sécurité. Et pour cause. Sotchi se situe à un jet de pierre des zones les plus troublées, les plus instables, les plus dangereuses de Russie : la Tchétchénie et le Daguestan.

Un soldat russe au Daguestan
Rien qu’au Daguestan, petite république de 3 millions d’habitants, les affrontements entre militants islamistes et forces de l’ordre ont déjà fait plus de 200 morts et autant de blessés depuis le début de l’année.

À l’approche des Jeux, les autorités semblent en fait redoubler d’ardeur pour tenter de régler le problème par la force. Chaque mois qui passe, le macabre décompte des présumés islamistes tués lors d’opérations spéciales semble s’accroître. Non seulement les unités antiterroristes ne font pas dans la dentelle, mais beaucoup d’organisations de défense des droits de la personne les accusent de procéder à des exécutions extrajudiciaires.

« Notre constitution ne semble pas s’appliquer ici, affirme Elena Denisenko, de l’organisme Mémorial. Où est passée la présomption d’innocence? Si une personne a commis un crime, il devrait y avoir une enquête, un processus judiciaire, un procès en bonne et due forme. Mais ici on ne voit jamais ça. »

La représentante de Mémorial parle aussi de punitions collectives, notamment les nombreux biens détruits sans compensation et le harcèlement dont sont victimes les familles des présumés islamistes.

« Pourquoi punir la population de tout un village parce que deux ou trois jeunes de ce village sont devenus terroristes? », demande Mme Denisenko.

À Bouïnaksk, nous avons rencontré Zoulaïkha Karanayeva, mère de Khan Karanayev, un jeune militant islamiste tombé dans la clandestinité il y a deux ans. Elle affirme qu’en mai dernier, les forces de l’ordre ont détruit à l’explosif sa maison, sous prétexte de déminage.

Maison détruite par les forces de l'ordre russes au Daguestan
« Quand ils sont partis, ils ont accroché la photo de mon fils devant la maison. Comme pour dire que ce qui nous arrive, c’est à cause de lui », nous a dit Mme Karanayeva.

Entre deux sanglots, cette mère de famille nous avait dit s’inquiéter du sort de son jeune fils de 18 ans, disparu dans la forêt sans laisser de traces. Elle nous avait dit ne pas comprendre les raisons qui avaient au départ poussé « un bon musulman » comme lui à prendre le maquis, à se rebeller contre les autorités. En revanche, elle était convaincue d’une chose : la méthode forte employée par les autorités était totalement contre-productive. « Ce genre de méthodes là, ça pousse les jeunes à se rebeller. Ça ne les incite surtout pas à revenir de la forêt. »

Trois mois plus tard, son fils Khan était tué lui aussi par les forces de l’ordre lors d’un assaut contre une maison de Bouïnaksk, où il s’était réfugié avec neuf autres militants. Tous ont été tués.

Mais pour chaque présumé militant islamiste ainsi éliminé, combien d’autres ont pris le maquis à leur tour, choqués par un sentiment d’injustice, par une corruption endémique, par un taux de chômage deux fois plus élevé que la moyenne russe et des salaires plus bas de moitié? Le sentiment d’un avenir bouché est très répandu chez les jeunes. Ça en fait des proies faciles pour les prêcheurs islamistes extrémistes qui les font rêver de djihad, selon Siville Novruzova, membre de la Commission d’État pour la réadaptation des islamistes repentis.

Elle s’est jointe à la commission après la mort de son jeune frère Ramil, tué lui aussi lors d’une opération antiterroriste, motivée par le désir d’éviter à d’autres le sort réservé à son frère. Trois ans plus tard, le bilan est mitigé, selon elle. La commission gouvernementale n’a permis la réinsertion que d’une trentaine de jeunes militants. Selon Mme Novruzova, une crise de confiance entre les deux parties et un manque de volonté de la part des autorités seraient en cause.

« Si on veut que les jeunes reviennent, il faut leur promettre une amnistie, dit-elle. Et il est important que l’on traite bien les premiers qui reviennent de la forêt, si on veut convaincre les autres de suivre. »

Aujourd’hui, Siville Novruzova consacre ses énergies à la prévention et à la sensibilisation auprès des jeunes de sa région. Cette mission qu’elle s’est donnée après la mort de son frère Ramil, elle la sait à long terme.

Comme pour donner un sens à sa vie… dans une région du monde qui n’en a plus beaucoup.

 

La ville est loin d’être l’une des plus riches de Chine et, pourtant, elle plante ses immeubles avec aplomb le long du fleuve Yalu. Bienvenue à Dandong! Population : 740 000.

La ville de Dandong, en Chine, à la frontière avec la Corée du Nord. Photo : Lei Yang
Photo : Lei Yang

Le contraste avec la ville voisine, sur la rive orientale du fleuve, est saisissant. Le fleuve sépare la Chine de la Corée du Nord. Aussi bien dire qu’il sépare deux mondes.

Dans certains de ces grands immeubles, des restaurants offrent une vue panoramique sur l’un des pays les plus pauvres de la planète. Ici, des convives se gavent, attablés non loin d’un généreux buffet, tandis que là-bas, on meurt de faim. Abondance rime avec indécence.

D'un côté du fleuve Yalu, la Chine, et de l'autre, la Corée du Nord
D’un côté du fleuve Yalu, la Chine et ses immeubles illuminés, de l’autre, la Corée du Nord, dans le noir. Photo : Lei Yang

Une banderole rouge typiquement chinoise
Une banderole rouge typiquement chinoise. Photo : Lei Yang

Sur cette banderole, les grands caractères blancs nous annoncent la foire printanière de l’immobilier à Dandong. De l’autre côté de la rivière, pas de trace de boom. On devine la modeste silhouette de Sinuiji, ville nord-coréenne qui compte tout de même 350 000 habitants. Là-bas, les arbres sont encore les rois de l’horizon, aucun bâtiment ne dépasse leur cime.

Si la Chine bâtit avec frénésie – il n’est pas rare de compter les grues par dizaine, surtout dans les villes de province, longtemps tenues à l’écart du développement fulgurant –, en Corée du Nord, le temps semble s’être arrêté.

Ce chantier, en Corée du Nord, semble sorti tout droit d’un autre siècle.
Ce chantier, en Corée du Nord, semble sorti tout droit d’un autre siècle. Photo : Lei Yang

Le jour de notre passage, on pouvait voir les travailleurs s’avancer un par un jusqu’aux abords du fleuve. Ils y plongeaient un seau pour y recueillir l’eau glaciale, probablement pour faire du ciment. Aucune machine n’était visible. En bordure du chantier, quelques vélos attendaient patiemment la fin de la journée.

Le pont brisé est un des symboles de la ville de Dandong.

Le pont brisé est l’un des symboles de la ville de Dandong. Construit au début des années 1900, il a été bombardé par les Américains pendant la guerre de Corée. Aujourd’hui, c’est au bout de ce pont fracturé que les touristes chinois viennent payer 5 yuans pour entrevoir la vie chez leur troublante voisine. Plusieurs agences de voyages de Dandong proposent des séjours en Corée du Nord.

Pourtant, bien des Chinois n’ont aucune envie d’aller jouer les touristes dans la dernière dictature stalinienne du monde. « Les gens sont tellement pauvres, ils ont si peu à manger que si je sortais un biscuit pour le manger, ils me sauteraient dessus pour l’attraper », me disait une dame chinoise sur la promenade le long du fleuve.

Le pont de l'amitié sino-coréenne

Pourtant, des produits chinois traversent bel et bien le fleuve. Le pont de l’amitié sino-coréenne, lui aussi détruit pendant la guerre de Corée, mais reconstruit ensuite, est un des rares liens routiers et ferroviaires avec la Corée du Nord. C’est d’ailleurs à Dandong qu’on enregistre le plus d’échanges commerciaux entre les deux pays.

Halte touristique à la frontière sino-coréenne

Les contradictions ne manquent pas à la frontière sino-coréenne. À cette minihalte touristique, sur les étalages de vendeuses chinoises, on retrouve pêle-mêle des bustes de Mao, de la fausse monnaie nord-coréenne et autres bibelots made in China. La Chine a beau être dirigée par le Parti communiste, elle est devenue aujourd’hui un temple de la consommation. À mille lieux, donc, de la Corée du Nord, même si en cet endroit précis, surnommé « La traversée d’une enjambée », la rivière est si étroite qu’un seul bond suffit pour sauter par-dessus la frontière.

Deux employées nord-coréennes de l'hôtel. Elles portent le « hanbok », l'habit traditionnel coréen.
Deux employées nord-coréennes de l’hôtel. Elles portent le « hanbok », l’habit traditionnel coréen.Photo : Lei Yang

La Corée du Nord changera-t-elle un jour? Ce totalitarisme crispé en a-t-il encore pour longtemps? Nul ne le sait. Mais certains croient que la petite sœur pourrait imiter la grande et emprunter lentement la voie des réformes économiques. On apprenait cette semaine que Pyongyang allait envoyer 120 000 travailleurs en Chine. Notre hôtel à Dandong comptait déjà une centaine de travailleurs nord-coréens. Leur employeur verse 1500 yuans (environ 250 $CA) par mois au gouvernement nord-coréen, qui ne leur en redonne que 200 environ (33 $CA).

Des paysans nord-coréens se servant d’un bœuf comme bête de somme
Des paysans nord-coréens se servant d’un bœuf comme bête de somme. Photo : Lei Yang 

Des bateaux attendent les touristes qui veulent s’offrir une vue de la Corée du Nord depuis le fleuve Yalu.
Des bateaux attendent les touristes qui veulent s’offrir une vue de la Corée du Nord depuis le fleuve Yalu.

Un beau ciel bleu sans smog ni fumée en Corée du Nord
Photo : Lei Yang

Ironie du ciel : l’économie moribonde de la Corée du Nord signifie que les taux de pollution n’ont rien à voir avec ceux des grands centres industriels chinois.


Le caméraman Andrew Lee et moi. Photo : Lei Yang

Cette semaine s’ouvrait à Pékin l’Assemblée nationale populaire, qui marque la dernière étape de la longue transition politique en Chine.

C’est à l’issue de cette session du Parlement chinois que le pays aura enfin un nouveau président. Au 18e congrès du Parti communiste, en novembre dernier, Xi Jinping est devenu secrétaire général du Parti. Cette fois-ci, un vote, qui n’est essentiellement qu’une formalité, viendra entériner l’accession de Xi Jinping au pouvoir.

Wen Jiabao, le premier ministre sortant, à l'Assemblée nationale populaire de Chine
Wen Jiabao, le premier ministre sortant, à l’Assemblée nationale populaire de Chine. Photo : Kas Roussy

Une élection marquera aussi l’entrée en poste du nouveau premier ministre, Li Keqiang. Mais avant de lui céder la place, Wen Jiabao, le premier ministre sortant, a, comme le veut la tradition, prononcé son discours d’adieu.

Lors de cette allocution de près de deux heures, Wen, 70 ans, a fait état de « victoires éclatantes ». Les Jeux olympiques, la croissance économique, la montée en puissance de la Chine, notamment sur le plan militaire, avec l’entrée en service de son tout premier porte-avions…

Ce rapport, truffé de statistiques, nous permettait d’apprendre que :

  • 19 700 km de nouvelles voies ferrées, dont 8951 km de lignes à grande vitesse, ont été construites depuis cinq ans (la Chine a aujourd’hui le plus grand réseau de TGV au monde);
  •  on compte désormais 21,5 voitures pour 100 ménages urbains, une hausse de 15,5 depuis 2007 (la Chine a aussi, malheureusement, parmi les pires problèmes de pollution atmosphérique au monde).

Wen Jiabao a aussi parlé de certains défis auxquels le gouvernement sera confronté au cours des prochaines années : pollution, urbanisation, fossé entre riches et pauvres. Il a aussi discrètement rappelé aux quelque 3000 délégués l’importance de lutter contre le fléau de la corruption.

Les représentants du gouvernement chinois arrivent en bus au palais de l'Assemblée du peuple.
Photo : Kas Roussy

D’ailleurs, pour projeter une image plus sobre, loin des scandales des récents mois (une fortune potentielle évaluée à 2,7 milliards de dollars pour la famille de Wen Jiabao, 192 maisons pour un simple fonctionnaire du sud de la Chine), on a demandé aux représentants du gouvernement de laisser leur voiture de luxe à la maison et de se rendre au palais de l’Assemblée du peuple en bus.

Catherine Mercier interviewe une déléguée de la minorité zhuang lors de l'Assemblée nationale populaire de Chine.
Photo : Kas Roussy

Parmi les quelque 3000 délégués, on compte des représentants des 56 minorités de la Chine. Cette dame, de la minorité zhuang, vient du Guangxi, dans le sud du pays. Les délégués ne sont pas élus, mais plutôt choisis par le comité central du Parti communiste. Les trois quarts d’entre eux sont membres du Parti communiste.

Certains délégués sont de véritables célébrités qui provoquent la cohue au moment d’entrer dans le palais de l’Assemblée du peuple.
Photo : Kas Roussy

Certains délégués sont de véritables célébrités qui provoquent la cohue au moment d’entrer dans le palais de l’Assemblée du peuple. Au milieu de la mêlée, se trouve ici un entrepreneur du Sichuan, qui est l’un des hommes les plus riches de Chine.

Fait intéressant, les délégués, qu’ils représentent une zone rurale ou urbaine, n’ont pas le droit d’avoir un bureau avec une petite plaque les identifiant clairement (à la manière de nos députés). Des Chinois se sont certes plaints du fait qu’ils n’arrivaient pas à entrer en contact avec leur représentant, mais la règle demeure. Est-ce que cette pratique « à l’occidentale » menacerait l’autorité toute-puissante du gouvernement? Nul ne le sait. Une chose est sûre, l’opacité règne…

Avec la tenue de l'Assemblée nationale populaire, la place Tiananmen est fermée aux visiteurs et les mesures de sécurité sont renforcées.
Avec la tenue de l’Assemblée nationale populaire, la place Tiananmen est fermée aux visiteurs et les mesures de sécurité sont renforcées.Photo : Kas Roussy

 

Un « wujing », policier armé
Un « wujing », policier armé. Photo : Kas Roussy

 

Avec la tenue de l'Assemblée nationale populaire, les pompiers sont aussi sur un pied d’alerte.
Avec la tenue de l’Assemblée nationale populaire, les pompiers sont aussi sur un pied d’alerte. Photo : Kas Roussy

Rebaptisés ironiquement la « brigade anti-immolation » par la presse étrangère, ces pompiers sont en poste au beau milieu d’une immense place pavée et bétonnée, où les risques d’incendie sont pour le moins faibles. En fait, ils sont là pour assurer qu’aucune manifestation ne vienne troubler l’Assemblée. Depuis 2009, plus de 100 Tibétains se sont immolés par le feu pour protester contre le gouvernement chinois. Aucun n’a posé ce geste au cœur de la capitale chinoise.

L’Assemblée nationale populaire prendra fin le 17 mars.

Le plafond du palais de l'Assemblée du peuple
Le plafond du palais de l’Assemblée du peuple. Photo : Kas Roussy