Billets classés sous la catégorie « Afrique »

Les Burkinabés se libèrent aujourd’hui du joug de celui qui a pris le pouvoir par la force, il y a 27 ans, dans un coup d’État qui avait renversé et tué le président de l’époque, Thomas Sankara, le Che Guevara africain, un héros libérateur chanté par tout un continent.

Ceux qui connaissent un tant soit peu le Burkina Faso ne sont pas surpris aujourd’hui.  Les Burkinabés n’ont jamais vécu de grande histoire d’amour avec Blaise Compaoré, qui était devenu le président le plus influent de l’Afrique de l’Ouest, médiateur de tous les conflits, même ceux qu’il initiait lui-même. C’était aussi devenu un président complètement coupé de la réalité, comme c’est souvent le cas des dirigeants autoritaires.

J’ai interviewé le président bientôt déchu du Burkina Faso en janvier 2013, après avoir couvert la guerre au Mali voisin. J’ai eu mal à mon Afrique ce jour-là. Le dispositif mis en place pour nous plaire nous avait rendus pantois.

La veille de l’entrevue, nous sommes convoqués dans les jardins de la présidence afin de choisir un emplacement pour l’entrevue. Une grande plateforme, une tente de cérémonie et des fauteuils princiers en velours attendent d’être installés, selon nos désirs. Je discute avec l’entourage présidentiel des séquences que l’on souhaite tourner. Je demande à quelle heure le président rencontre son état-major pour discuter de la crise malienne et ses impacts sur le Burkina. On me répond : « À quelle heure voulez-vous que cela se fasse? »

Le lendemain, nous filmons M. Compaoré drapé d’un magnifique boubou blanc, en entrevue. Il est ensuite habillé en civil pour une réunion avec son entourage dans son bureau présidentiel. Puis, il revêt son uniforme de commandant en chef pour rencontrer les membres de son état-major. Ce jour-là, des chefs de guerre combattant une réelle incursion d’islamistes sur leur territoire avaient été transformés en faire-valoir pour un président en mal de bonne publicité. Ils faisaient pitié à voir.

Pour moi, ces mises en scène étaient l’illustration parfaite des dérives d’un chef autoritaire au pouvoir depuis trop longtemps. Je ne suis pas surprise que ces mêmes chefs militaires lui tournent le dos aujourd’hui. Ils ont été les premiers à voir l’ampleur de cette dérive.

À la fin de l’entrevue (à la fin de ce reportage), j’avais demandé à Blaise Compaoré s’il avait l’intention de se représenter en 2015. « Ah, on ne m’a jamais posé la question, avait-il menti sans broncher. Alors je n’y ai pas réfléchi, mais, constitutionnellement, je n’y ai pas droit. »  C’est parce qu’il a de nouveau tenté de s’accrocher au pouvoir, en modifiant la Constitution, que le peuple, aujourd’hui, lui montre la porte.

Mais les Burkinabés ne sont pas au bout de leurs peines. Des hommes comme Blaise Compaoré restent longtemps au pouvoir parce qu’ils savent éliminer habilement leurs concurrents. Les chefs de l’opposition qui sont tolérés dans ce type de régime sont habituellement les plus faibles.

Qui peut prendre la relève aujourd’hui au Burkina Faso? Je prédis que demain, beaucoup vont se réclamer de l’héritage du héros national, Thomas Sankara.  Blaise Compaoré n’a jamais réussi à ternir l’image de son ancien camarade de révolution, qu’il est soupçonné d’avoir fait assassiner. Il faudra se demander où ces disciples de Sankara étaient et ce qu’ils ont fait depuis 27 ans.

De retour de l’Ebola

Mardi 28 octobre 2014 à 7 h 15 | | Pour me joindre

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SRCLanglois

Mes collègues de CBC, revenus du Liberia il y a trois semaines, m’avaient prévenue qu’on risquait d’être vus comme des pestiférés à notre retour de la Guinée, où nous avons couvert l’épidémie d’Ebola. Je n’ai pas encore reçu de commentaires agressifs, comme mes amis torontois, mais le silence peut faire aussi mal. Les non-dits suintent la peur et l’incompréhension. Pourquoi être allée là-bas, au risque de nous contaminer au retour? Le sous-entendu des regards inquiets, des silences au bout du fil, ne trompe pas.

Pourtant, je ne suis pas contagieuse. Je n’ai pas de symptômes, donc je ne suis pas contagieuse. Et comme l’on n’a jamais été en contact avec des malades symptomatiques, il est à peu près impossible que l’on soit infectés. Je sais cela, mes proches et mes voisins le savent, vous le savez. Mais qui viendrait jouer aux quilles avec moi ce soir?

C’est ce qui étonne le plus dans cette « psychose Ebola ». Des gens instruits, bien informés, entendent médecins et scientifiques répéter sans relâche que le virus de l’Ebola se contracte difficilement, la contamination n’est possible que si l’on a été en contact avec les liquides corporels d’un malade, soit l’urine, la diarrhée, la vomissure et la salive. Le virus ne survit ni dans l’eau ni dans l’air. La grippe est beaucoup plus contagieuse et fera beaucoup plus de morts cette année que l’Ebola. Rien n’y fait. La peur est plus forte que la raison.

- Amie : « On ne croit plus les messages des gouvernements, plus ils essaient de nous rassurer, plus on a peur, on se dit qu’ils ne nous disent pas tout.
- Sophie : Mais dans ce cas-ci, ce sont les autorités médicales et scientifiques planétaires qui l’affirment d’une seule voix : ceux qui n’ont pas de symptômes ne sont pas contagieux. Le médecin new-yorkais n’était pas contagieux quand il a pris le métro et joué aux quilles.
- Amie : Même s’il n’y a que 0,000000000000001 % de risque, les gens ne veulent pas être exposés même à un risque quasi inexistant, c’est le « quasi » qui tue.

Peur irrationnelle et le cerveau reptilien en question

Mon collègue, le journaliste scientifique Michel Rochon, soupire quand je lui rapporte cet échange. Selon lui, le responsable de cette peur irrationnelle est notre cerveau reptilien qui, face au danger, offre seulement deux options : combattre ou fuir. Devant un prédateur (ici l’Ebola) la peur conditionne notre réaction beaucoup plus que la raison, qui est logée dans le lobe frontal. Cette partie du cerveau, plus « jeune », est moins fortement ancrée que la reptilienne, qui domine notre mécanique cérébrale depuis des centaines de millions d’années.

Lutter contre le cerveau reptilien est le combat de l’humanité pensante depuis des millénaires. Je ne vais pas le gagner toute seule, ici, maintenant. Cela explique en partie notre décision de vivre la période d’incubation du virus dans un certain isolement. Nous ne sommes pas contagieux, mais si jamais les scientifiques devaient se tromper, nous aurons protégé nos familles et le public contre une contamination improbable.

Nous protégeons aussi nos proches contre l’ostracisme certain. Je ne voulais pas que des parents refusent d’envoyer leurs enfants à l’école que fréquente mon fils, sous prétexte que sa mère revient de la Guinée. Comme c’est arrivé à Sherbrooke aux enfants d’un médecin de Médecins sans frontières. L’isolement me protège aussi des regards accusateurs, que mon conjoint, lui, subit.

L’isolement n’est pas médicalement requis. La seule chose déconseillée durant la période d’incubation c’est d’aller dans les foules. Le cinéma, les spectacles, les amphithéâtres, les marchés publics sont à proscrire. L’isolement est davantage une mesure « d’apaisement social », comme l’a qualifiée ma collègue de CBC Adrienne Arsenault. Il vise à éviter que les gens soient mal à l’aise en notre présence, car la peur est compréhensible.

Le virus, quand il frappe, tue plus de la moitié de ses victimes. Et les images de soignants couverts de combinaisons de cosmonautes, que nous diffusons sans arrêt, nourrissent les angoisses. On perd notre temps à rassurer le public sur les faibles risques de contagion au Canada, si on le dit sur des images apocalyptiques.

J’ai appris depuis notre retour que notre pire ennemi, en Amérique du Nord, n’est pas l’Ebola, mais notre cerveau reptilien qui refuse d’admettre les faits scientifiques dans l’évaluation du danger. N’oublions pas que le virus a fait près de 5000 morts en Afrique, un seul en Amérique. Comme le caméraman et moi nous n’avons jamais été en contact avec des malades, si nous avons été infectés et devenons malades de l’Ebola dans les prochains jours, les scientifiques du monde entier devront revoir leur certitude quant aux modes de transmission du virus.

Le virus Ebola en 3 questions

Les visages de l’Ebola en Afrique

Dimanche 19 octobre 2014 à 13 h 12 | | Pour me joindre

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SRCLanglois

Mamata Sankon

Mamata Sankon a 38 ans, 10 enfants et un sourire moqueur.  Elle est née et a toujours vécu à Konta, un petit village isolé sur le bord de l’océan Atlantique, pas très loin de la frontière avec la Sierra Leone. Un pauvre village comme il y en a des milliers en Afrique de l’Ouest.  Pas d’eau courante ni de toilette. Je n’ai même pas vu de cheval ni d’âne, juste des petits poulets tout maigres.

La seule trace de l’Ebola ici est deux petits collants affichés sur les portes du service de santé. « Allons rapidement à l’hôpital si nous avons la fièvre, la diarrhée ou des vomissements. » Les villageois ne savent rien du virus à part ce que leur ont dit deux agents de santé de la préfecture de Forécariah, venus en juin avec des savons et du chlore.

Petit collant affiché sur les portes du service de santé à Konta.

Mamata m’explique fièrement en langue soussou comment elle a montré à ses enfants à bien se laver les mains avant de préparer la nourriture, avant chaque repas, après avoir uriné, etc. Elle me sourit comme une élève fière de montrer qu’elle a bien appris sa leçon. Je regarde les enfants sales qui s’agglutinent autour de nous et lui renvoie son sourire. On se comprend.

Elle sait comme moi qu’elle n’a pas les moyens de faire plus. Et encore. Le savon et le chlore de la préfecture sont finis depuis longtemps. Les conditions de vie dans ces villages sont en soi des vecteurs importants de contagion. Ils le savent mieux que nous. Le choléra sévit régulièrement dans la région et, encore cette année, la simple diarrhée va tuer bien plus d’enfants de moins de 5 ans que l’Ebola.

Des enfants de Konta jouent sur la plage.

Je n’ai pas porté de masque ni de gants ni rien de spécial pour aller dans la région de Forécariah, où un nouveau foyer de contagion a fait 11 morts depuis un mois.  Ni dans les quartiers de Conakry où nous avons filmé. Parce qu’il n’y avait aucun risque d’être en contact avec des malades de l’Ebola.

Des journalistes habitués aux terrains difficiles ont dit dernièrement préférer les risques d’une guerre à ceux de l’Ebola, cet ennemi « invisible ».  Ce sont des déclarations maladroites, qui alimentent le mythe que l’Ebola est partout et peut s’attraper n’importe comment. C’est faux. On peut circonscrire le risque lié au virus et le gérer.

Seule une personne ayant les symptômes peut transmettre l’Ebola. Il faut être en contact avec les liquides corporels d’un malade – sang, vomi, urine, diarrhée – pour risquer d’être contaminé. Le virus ne survit pas dans l’eau ni dans la sueur, ne se transmet pas dans l’air, comme le SRAS  ou l’influenza.

Comme journaliste, il est donc relativement simple de se protéger, il s’agit de ne jamais être en présence de malades contagieux. C’est ce que nous avons fait. Nous n’avons jamais approché un malade, même de près, ni à Conakry ni dans la région de Forécariah. Nous n’avons visité aucun lieu, aucune maison n’ayant hébergé un malade. C’est pourquoi nous n’avons jamais eu à mettre les combinaisons de protection qui doivent être portées en présence des malades et des corps contaminés.

Des travailleurs de la Croix-Rouge guinéenne transportent le corps d'un homme qui pourrait être mort de l'Ebola. Il a agonisé pendant 3 jours sous une étale du marché Madina de Conakry.
Des travailleurs de la Croix-Rouge guinéenne transportent le corps d’un homme qui pourrait être mort de l’Ebola. Il a agonisé pendant 3 jours sous un étal du marché Madina de Conakry.

Cela dit, couvrir l’Ebola est une mission immensément stressante, car il faut gérer des perceptions et des peurs bien réelles, à commencer par les nôtres. Quand on choisit d’aller en zones à risque, la peur fait partie de l’affectation.  Elle nous pousse à la prudence et nous incite à mieux nous préparer, à prévoir même l’imprévisible. Moi, je ressens la peur surtout avant de partir, alors qu’on n’a que des résumés alarmants à se mettre sous la dent. La réalité du terrain est presque toujours mieux qu’anticipée. Ça a été encore plus vrai avec l’Ebola en Guinée.

Conakry n’est pas une ville en crise. Au début, c’était étonnant, même un peu inquiétant de voir les Guinéens vivre dans la même promiscuité que d’habitude, comme si de rien n’était. L’infirmier militaire embauché pour assurer notre sécurité était, deux semaines auparavant, avec une équipe de CBC au Liberia. Il nous disait que les Libériens ne se touchent plus, ne s’échangent plus de poignées de main. « Ici, c’est une autre histoire, il n’y a pas de cadavres dans les rues, c’est le jour et la nuit si l’on compare avec Monrovia, » a-t-il observé le premier matin.

Le plus difficile a été de refuser les mains offertes par à peu près tous les Guinéens rencontrés et de ne pas toucher aux enfants qui s’agglutinent souvent autour de nous avec curiosité. Reculer devant eux me brisait le cœur, j’avais l’impression d’ajouter à la stigmatisation dont les Guinéens souffrent tant. Ce qui leur fait le plus mal, c’est d’avoir l’impression d’avoir été mis au ban comme des lépreux. Alors que 99,9 % des Guinéens ne sont pas malades de l’Ebola, donc pas contagieux.

Un soldat et des habitants de Conakry observent l’évacuation  du corps d’un homme qui a agonisé pendant trois jours sous une étale du marché Madina, le plus grand marché du pays.
Un soldat et des habitants de Conakry observent l’évacuation du corps d’un homme qui a agonisé pendant trois jours sous un étal du marché Madina, le plus grand marché du pays.

Quand une catastrophe humanitaire frappe le continent noir, nous avons souvent l’impression, nous du Nord, que les Africains démunis ne font qu’attendre qu’on vienne les secourir. Je suis contente d’avoir pu montrer que c’est exactement le contraire qui se passe. Les Guinéens se sont pris en main et ont, pendant six longs mois, affronté seuls cette terrible épidémie. Jusqu’en août, seule l’ONG Médecins sans frontière a envoyé des expatriés.

Étant donné notre lenteur à réagir, les chiffres seraient encore plus catastrophiques s’ils avaient attendu notre aide. Le courage inouï des Guinéens bien portant qui prennent le risque de soigner les malades impose le respect. Je me suis sentie toute petite devant la force de ces bénévoles de MSF et de la Croix-Rouge qui sont au front « pour sauver leur pays ». La crise de l’Ebola en Afrique a maintenant des visages.  Il ne faudra pas les oublier quand une autre crise viendra chasser celle-ci de vos écrans.

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Note de Radio-Canada : Pourquoi la direction de l’information a décidé d’envoyer une équipe en Afrique pour couvrir l’Ebola

Les enterrements sanitaires font partie des mesures déployées pour contrer la contagion de l’Ebola en Guinée.

Au début, les dépouilles des victimes étaient nettoyées et enterrées loin des familles, pour éviter que des gens en deuil touchent au corps hautement contagieux du défunt.

Cela a poussé certaines familles à cacher leur mort pour l’enterrer dignement, selon leurs pratiques religieuses.

La Croix-Rouge guinéenne a donc modifié ses façons de faire. Elle permet maintenant à un membre de la famille d’assister à toutes les étapes de la préparation du corps. Toute la famille peut prier le corps, à une saine distance, et assister de loin à son enterrement.

 « Il y a eu des rumeurs disant que les volontaires de la Croix-Rouge, après le décès, découpaient les membres de leur parent. Donc, ils ont décidé d’associer la famille pour que tout se passe devant eux. » –  Abdoul Aziz Sylla, un volontaire de la Croix-Rouge guinéenne qui s’occupe de ces enterrements depuis mars.

« Je suis un être humain, me dit Addoul Aziz Sylla. Si je vois des personnes en détresse, j’ai pitié d’eux et je dois agir. C’est ça qui m’a motivé à m’engager dans ça, pour sauver l’humanité. »

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La dépouille d’un diamentaire guinéen, mort de l’Ebola mardi à Conakry, est désinfectée une dernière fois à l’entrée d’un cimetière par des travailleurs de la Croix-Rouge guinéenne. Photo : Radio-Canada/Sophie Langlois

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Photo : Radio-Canada/Sophie Langlois

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Photo : Radio-Canada/Sophie Langlois

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Photo : Radio-Canada/Sophie Langlois

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Les membres de la famille regardent de loin. Ils ne s’approchent qu’à la fin, quand les rameaux recouvrent le sac mortuaire.

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Le plus jeune des fils du défunt a insisté pour pelleter un peu de terre sur son père. Photo : Radio-Canada/Sophie Langlois

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Photo : Radio-Canada/Sophie Langlois

Voici d’autres images prises à Conakry, en Guinée, sur l’épidémie d’Ebola.

L’AGONIE D’UN HOMME AU MARCHÉ DE MADINA

Des travailleurs de la Croix-Rouge récupèrent le corps d’un homme possiblement mort de l’Ebola. Il agonisait depuis trois jours sous l’étal du marché de Madina, le plus grand du pays. Aboul Aziz va chercher les corps des victimes de l’Ebola et les enterre depuis le tout début de l’épidémie, en mars dernier. « Je le fais parce que je suis un être humain. Quand l’humanité souffre, il faut l’aider », dit-il, trempé de sueur après avoir enterré un diamantaire mort dans la nuit. La température à l’intérieur des combinaisons protectrices qu’il porte peut atteindre 50 degrés Celsius. Ces travailleurs guinéens de Médecins sans frontières et de la Croix-Rouge sont mes nouveaux héros.

 

Le corps est transporté dans une camionnette jusqu’au centre de traitement de l’Ebola de Médecins sans frontières, à Conakry, pour vérifier s’il est contaminé.

 

Des centaines de personnes ont assisté à l’événement. Beaucoup d’entre elles se sont indignées du fait qu’il a fallu trois jours pour que les autorités viennent au secours du malade.

 

 

VISITE AU CENTRE DE TRAITEMENT DE L’EBOLA DE MSF

Le centre de traitement de Médecins sans frontières à Conakry soigne la majorité des malades de l’Ebola de la capitale. Quand nous y étions, 51 patients en isolement y étaient traités.

La plupart des travailleurs du centre sont guinéens. Lorsqu’on les a interviewés, ils étaient méconnaissables sous leurs masques. En effet, plusieurs travaillent là sans que leur famille le sache, de peur d’être rejetés.

 

Mohamed Lamine Kaba, médecin guinéen spécialiste des maladies infectieuses, basé à Dakar, est venu en août passer ses vacances au centre de Conakry. Il est toujours là et ne compte pas repartir avant décembre.

 

« On travaille pour sauver la nation », explique le menuisier Joseph Beavogui.


Des infirmières, des médecins, des menuisiers et des logisticiens se préparent à aller dans la zone d’isolement où sont soignés les malades de l’Ebola.

 

 

Premières impressions de Guinée

Lundi 13 octobre 2014 à 12 h 20 | | Pour me joindre

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Notre envoyée spéciale en Guinée est arrivée dimanche soir dans la capitale, Conakry. Voici ses premières images.

« Petit marché sur la route le Prince à Conakry. La proximité corporelle n’a pas changé. Les enfants sont partout, car les écoles sont fermées pour cause d’Ebola pour une période indéterminée. »

« Petit marché sur la route le Prince à Conakry. La proximité corporelle n'a pas changé. Les enfants sont partout, car les écoles sont fermées pour cause d'Ebola, pour une période indéterminée. »

« Petit marché sur la route le Prince à Conakry. La proximité corporelle n'a pas changé. Les enfants sont partout, car les écoles sont fermées pour cause d'Ebola, pour une période indéterminée. »

« Petit marché sur la route le Prince à Conakry. La proximité corporelle n'a pas changé. Les enfants sont partout, car les écoles sont fermées pour cause d'Ebola, pour une période indéterminée. »

« Petit marché sur la route le Prince à Conakry. La proximité corporelle n'a pas changé. Les enfants sont partout, car les écoles sont fermées pour cause d'Ebola, pour une période indéterminée. »

« Le caméraman de Radio-Canada Frédéric Tremblay doit se laver les mains et faire prendre sa température avant d’entrer à l’hôtel, comme tous les clients et visiteurs. À Conakry, c’est comme ça dans plusieurs hôtels, banques, entreprises privées, dans certains ministères et services publics. »

Le caméraman de Radio-Canada Frédéric Tremblay doit se laver les mains et faire prendre sa température avant d'entrer à l'hôtel, comme tous les clients et visiteurs. À Conakry, c'est comme ça dans plusieurs hôtels, banques, entreprises privées, dans certains ministères et services publics.

« On voit des bacs d’eau chlorée un peu partout en ville. Se laver les mains régulièrement est devenu une habitude. Mais les gens, se croyant protégés par le chlore, continuent d’échanger des poignées de main. »

On voit des bacs d’eau chlorée un peu partout en ville. Se laver les mains régulièrement est devenu une habitude.  Mais les gens, se croyant protégés par le chlore, continuent d'échanger des poignées de main.

Une pancarte pour sensibiliser les gens à la prévention de l'Ebola en Guinée.

À lire aussi :
- Pourquoi je pars couvrir l’Ebola

Pourquoi je pars couvrir l’Ebola

Jeudi 9 octobre 2014 à 19 h 49 | | Pour me joindre

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Préparatifs de départ avec le caméraman Frédéric Tremblay et Nathalie Gagné, conseillère en prévention des infections à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont.
Préparatifs de départ avec le caméraman Frédéric Tremblay et Nathalie Gagné, conseillère en prévention des infections à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Pourquoi accepter d’aller travailler dans un des trois pays où sévit la pire épidémie d’Ebola de l’histoire? Un virus terrible qui, jusqu’ici, tue rapidement plus de la moitié des gens infectés, qui meurent au bout de leur sang.

Je pars parce que la désinformation, dans cette crise, fait des morts. Je suis convaincue que l’information, la bonne, celle qui éclaire au lieu de faire peur, est capable de faire reculer les chiffres effarants d’une crise sans précédent. Il faut combattre la peur, qui est plus contagieuse que le virus.

Je pars aussi parce que les victimes sont des Africains. Au printemps, des centaines de Guinéens, puis des hordes de Libériens et de Sierra-Léonais sont morts. Silence. En juin, l’organisation Médecins sans frontières déclare l’épidémie hors contrôle.  Silence. L’ONG répète son cri d’alarme en juillet. Silence. Il a fallu que des humanitaires blancs soient infectés, en août, pour qu’on commence à s’y intéresser, à s’inquiéter pour notre santé.

Essayage de gants avec Jan Caron, directeur technique des productions à Radio-Canada.
Essayage de gants avec Jan Caron, directeur technique des productions à Radio-Canada.

La semaine dernière, l’Ebola a débarqué en Amérique et on en a parlé davantage que durant les six premiers mois de l’épidémie. Tout le monde a vu le visage de cette première victime de l’Ebola en sol américain. Combien de visages de victimes mortes en Afrique avons-nous vus?

Notre silence et notre inaction nous rattrapent. Si on avait pris cette épidémie au sérieux dès le départ, elle serait déjà maîtrisée. Mais le pire reste à venir.

Pas ici. Les scientifiques sont rarement d’accord, mais dans ce cas-ci, ils disent tous la même chose. « Le risque de contracter l’Ebola en Occident est presque nul », titrait le Globe and Mail dans un article qui résume la littérature médicale sur le sujet.

Des gants et du désinfectant, deux items essentiels.
Des gants et du désinfectant, deux items essentiels.

Le virus Ebola ne peut pas se propager en Amérique ni en Europe, comme il l’a fait en Afrique.  Ceux qui deviennent malades ici seront, selon toutes probabilités, rapidement pris en charge, isolés et soignés.

Pas en Afrique de l’Ouest. La présidente de MSF international, la Montréalaise Joanne Liu, dit qu’à Monrovia, la capitale du Liberia, l’ONG brûle plus de cadavres qu’elle ne sauve de malades. Chaque jour, les humanitaires doivent, faute de lits dans les centres de traitement, renvoyer chez eux des malades qui vont infecter leurs proches. C’est pourquoi l’épidémie est exponentielle. La moitié des contaminations enregistrées l’ont été depuis seulement trois semaines. Pourquoi?

Les trois pays frappés par l’Ebola sont parmi les 15 plus pauvres de la planète. Guinée (178e sur 187), Sierra Leone (177e), Liberia (174e). Même quand tout va bien, les établissements de santé manquent de tout, de médecins, d’équipements, de médicaments, de produits sanguins.

Quelques plats préparés autochauffants.
Quelques plats préparés autochauffants.

Les épidémies frappent toujours de plein fouet les plus pauvres. Mais cela n’est pas une fatalité. On peut contenir cette flambée, les moyens sont à notre portée. L’information fait partie de ces moyens. Nos reportages vont montrer ce qu’il est possible de faire pour vaincre le virus, même dans l’extrême pauvreté.

Beaucoup de gens me demandent pourquoi je suis prête à prendre des risques que la plupart refuseraient d’assumer. Je ne suis ni folle ni tête brûlée. Je ne ressens aucune adrénaline malsaine face au danger, au contraire. Les risques me poussent à être extrêmement prudente (voir les mesures sanitaires et sécuritaires décrites plus bas).

Je suis motivée par la seule volonté de raconter des histoires qui doivent l’être. Plus l’information est difficile à obtenir, plus il est important d’aller la chercher sur le terrain. Les guerres oubliées sont les plus cruelles et les plus longues. On est en train de découvrir que la même logique implacable s’applique aux épidémies.

Benoît Suire, chef déploiements et activités à hauts risques à Radio-Canada, présente les différents équipements à Sophie Langlois.
Benoît Suire, chef déploiements et activités à hauts risques à Radio-Canada, présente les différents équipements à Sophie Langlois.

Bien sûr, je me sens terriblement coupable d’imposer à mes proches une inquiétude qui sera peut-être plus grande que d’habitude, à cause du puissant stigmate entourant l’Ebola. Mais je me sentirais plus coupable encore de ne pas y aller.

Les victimes de l’Ebola ont souffert de notre silence et continuent de mourir à cause de notre lenteur à réagir. Comme l’écrit le collègue Jérôme Delay, de l’Associated Press, qui revient du Liberia, « dans tous les médias, il y a des journalistes qui pensent que raconter l’histoire de l’humanité vaut le risque. Sans cela, il n’y a pas d’humanité ».

Je pars pour tenter, encore une fois, de secouer notre fatalisme, notre indifférence face à l’Afrique. Parce que je crois encore qu’on peut le faire, un reportage à la fois.

Des recouvre-bottes en caoutchouc.
Des recouvre-bottes en caoutchouc.

Mesures sanitaires et sécuritaires

Le caméraman Frédéric Tremblay et moi avons suivi une formation, offerte par les experts en prévention des infections de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont à Montréal, pour savoir bien utiliser l’équipement sanitaire. Nous avons compris que les risques de contagion sont très faibles, à moins d’être en contact direct avec les liquides corporels d’un malade. Ce qui ne sera pas notre cas.

Les gants chirurgicaux deviendront nos meilleurs amis durant notre séjour en Guinée. Nous serons tenus de porter une combinaison complète, qui nous couvre de la tête aux pieds, avec masque et lunettes, seulement si nous allons dans l’unité du Centre de traitement de l’Ebola de Médecins sans frontières à Conakry, où les Guinéens très malades et, donc, très contagieux sont soignés en isolement.

Nous n’avons pas l’intention de tourner dans cette zone à risque, mais nous sommes tenus de suivre la formation, au cas où les restrictions sanitaires, qui ne cessent de changer, nous inciteraient à les porter dans d’autres circonstances.

Nous suivons aussi régulièrement une formation pour couvertures en zones à risque. Et, comme pour chaque déploiement en terrain difficile, Radio-Canada nous fournit tout l’équipement de protection et de premiers soins nécessaires, pour lesquels nous sommes formés.

Nous voyageons aussi avec un Whisper, genre de GPS sophistiqué qui permet de nous suivre à la trace par satellite en tout temps et de nous venir une aide en cas d’urgence.

L'enlèvement des jeunes Nigérianes a déclenché un mouvement de soutien qui s'étend partout sur la planète, notamment sur Twitter et Facebook, où plusieurs personnalités ont lancé un appel à la libération des adolescentes.
L’enlèvement des jeunes Nigérianes a déclenché un mouvement de soutien qui s’étend partout sur la planète, notamment sur Twitter et Facebook, où plusieurs personnalités ont lancé un appel à la libération des adolescentes.

La planète s’est levée en bloc cette semaine pour s’indigner haut et fort contre l’enlèvement de 276 étudiantes par des djihadistes du groupe Boko Haram, au nord du Nigeria. Aujourd’hui, 223 de ces jeunes filles sont encore aux mains de leurs ravisseurs, près d’un mois après l’enlèvement.

Un blogue de Sophie Langlois

Il aura fallu des mères désespérées devant l’inaction de leur gouvernement et des groupes de femmes mobilisés au Nigeria pour propulser la colère locale sur les écrans du monde, grâce aux réseaux sociaux, alimentés par les chapitres britanniques et américains d’ONG nigérianes. Trois semaines après leur disparition, nos gouvernements bougent enfin. Que font-ils? Voici la réponse que j’ai reçue par courriel vendredi à 21:30, d’un porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Canada.

« Le Canada a offert son aide aux autorités nigérianes dans leurs efforts pour assurer la libération de ces jeunes filles. Le Canada travaille avec le Nigeria et avec ses partenaires américains et britanniques pour déterminer la meilleure façon d’offrir son soutien dans cette situation sérieuse et difficile. Le Canada sera toujours solidaire pour combattre la menace internationale que représente le terrorisme. Nous n’avons pas d’autres informations à partager à ce stade-ci. »

Si cette formidable indignation planétaire ne se transforme pas en action, elle n’aura servi à rien. Il faudra continuer de talonner les Barack Obama, François Hollande, David Cameron et John Baird qui se sont levés cette semaine, la main sur le coeur, pour dénoncer l’horreur que vivent 223 fillettes dans la savane africaine depuis un mois. L’ont-ils fait simplement pour réagir à l’indignation de leur électorat?

S’ils veulent vraiment aider, ce combat contre le terrorisme dans le Sahel doit se faire « sur la durée », comme le disait le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Il ne suffira pas de sauver les 223 étudiantes transformées en esclaves sexuelles depuis le 14 avril. Il faudra protéger toutes les écoles devenues les cibles privilégiées de ces islamistes extrémistes. Et, surtout, combattre la haine, ancrée dans un profond sentiment d’aliénation et d’injustice qui anime les populations du nord du Nigeria, du nord du Mali, du nord du Niger où les groupes terroristes recrutent et nourrissent des jeunes qui n’ont rien devant eux.

En janvier dernier, la France inaugurait un nouveau hangar à Niamey, au Niger, juste à côté de celui des Américains. Les deux nations y abritent notamment des drones capables de rapporter en temps réel des images d’une grande précision : un homme portant un fusil est visible depuis 8000 mètres d’altitude à 15 kilomètres de distance. On avait les moyens de trouver ces filles et leurs agresseurs dans les premiers jours suivant le kidnapping. Encore fallait-il vouloir les déployer.

Si le gouvernement nigérian avait pris cette prise d’otages au sérieux, au lieu de la minimiser pendant deux semaines, jusqu’à la nier dans le cas de la First Lady, les filles seraient probablement déjà de retour chez elles. Il est encore possible de les sauver, mais ça prendra plus que la réponse vague fournie par le gouvernement canadien.

« L’irréparable, c’est pétrir chaque matin ma peine avec des larmes qui peinent à couler. C’est cette odeur de charogne humaine qui envahit mes vêtements à tout moment, qui envahit mon repas, mon eau, cette charogne humaine qui n’est rien d’autre que les nôtres qui pourrissent au soleil.

L’irréparable c’est de savoir que je suis une tombe et que dans cette tombe grouillent les morts.

L’irréparable c’est me retrouver dans le trou où je me suis caché en avril dans la peur que ne me surprennent mes deux ennemis. C’est d’avoir peur de dormir pour ne pas être tué dans mon sommeil.

L’irréparable c’est de savoir que je vivrai à jamais amputé et que mon amputation ne connaîtra jamais de prothèse.

Le génocide, c’est une absurdité énorme, on cesse d’être humain pour devenir un produit de boucherie.

C’est ce vomi du passé qui n’a de honte à se mettre entre moi et mon avenir, entre moi et l’autre.

Quand on met le passé devant nous, on avance à reculons.  Il faut accepter que notre passé ne soit jamais derrière nous, mais il nous faut le mettre à côté, pour un jour voir le soleil se lever à l’autre bout de notre douleur.

J’ai passé ces 20 dernières années à m’assommer de médicaments dans l’espoir que demain sera toujours possible.

J’ai arrêté de souhaiter la mort quand j’ai réalisé que mourir, c’était cédé la victoire aux génocidaires.  Je suis debout aujourd’hui pour dire :  ils n’ont pas réussi.  Je ne me suis pas réconcilié avec le passé, ce n’est pas possible. Je me suis réconcilié avec la vie. »

Eugène Nshimiyimana est professeur de littérature française à l’Université McMaster à Hamilton.  Il a perdu son père, deux frères, six neveux et nièces, quatre oncles, presque tous ses voisins et amis, massacrés durant le génocide contre les Tutsis.  Sa mère a survécu après avoir été attaquée par des chiens lancés à ses trousses.  Il n’est pas encore capable de raconter comment sa fiancée a été tuée.

Le rescapé, qui a maintenant 46 ans, sera bientôt le papa de jumelles.  « Cela m’a pris 20 ans à être capable d’envisager avoir des enfants. »

Le malaise rwandais

Vendredi 4 avril 2014 à 16 h 56 | | Pour me joindre

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SRCLanglois

Il y a 20 ans lundi, commençait un des pires massacres collectifs de l’histoire. Le 7 avril 1994, 800 000 Rwandais, presque tous des Tutsis, ont été horriblement assassinés en moins de 100 jours.

Vendredi matin, j’ai dû faire une entrevue à la radio de Winnipeg sur le génocide. L’animatrice Martine Bordeleau a expliqué que parmi les Rwandais vivant au Manitoba qu’elle a contactés, aucun n’avait accepté de parler publiquement du terrible drame qui continue de hanter le magnifique pays aux 1000 collines. Même les Rwandais de la diaspora installés au Canada depuis 20 ans refusent d’en parler à nos micros. J’ai aussi beaucoup de difficulté à convaincre des victimes de parler à la caméra. Pourquoi?

Évidemment, il est extrêmement difficile de se souvenir et de parler des horreurs vécues il y a 20 ans. Beaucoup ne sont pas encore capables de raconter avoir vu leur famille se faire massacrer à la machette. Et on le comprend parfaitement.

Malgré la douleur extrême de l’exercice, nous avons toujours trouvé des Rwandais prêts à témoigner, des rescapés pour qui parler est un devoir de mémoire, pour éviter que le génocide ne tombe dans l’oubli, pour éviter une prochaine fois. Cette année, la douleur semble plus puissante, paralysante. Pourquoi?

Des opposants au régime du président Paul Kagame, qu’ils soient Hutus ou Tutsis, disent craindre les représailles depuis que l’ancien patron des services de renseignement, devenu un dissident, a été assassiné en Afrique du Sud le 31 décembre dernier. Paul Kagame a alors déclaré ceci : « Quiconque trahit notre cause ou souhaite du mal à notre peuple deviendra une victime. Il reste seulement à savoir comment il deviendra une victime. »

On peut comprendre cette peur de parler contre celui qui a été réélu, en 2010, avec 93 % des suffrages, après avoir écrasé toute opposition.

Mais la très grande majorité des victimes du génocide ne sont ni des opposants ni des critiques du régime de Kigali. Pour eux, Paul Kagame demeure le héros qui a mis fin aux massacres des Tutsis en 1994, alors que la planète fermait les yeux. Le héros qui a réunifié et reconstruit le Rwanda de façon spectaculaire. Pourquoi ces Rwandais, qui sont habitués de témoigner des horreurs qu’ils ont vécues durant le génocide, refusent-ils de le faire cette année?

Ils m’ont posé une condition :  qu’ils soient les seuls à témoigner, qu’on s’engage à ne parler que du génocide contre les Tutsis en 1994, qu’on ne fasse pas le bilan des 20 dernières années, qu’on ne se demande pas si les Rwandais ont réussi à se réconcilier, si le génocide pouvait se reproduire. Ils jugent que les médias font preuve d’insensibilité en posant ces questions durant les commémorations des 20 ans du génocide.

D’un côté, des Tutsis nous demandent de taire une partie de la vérité (comme cela se fait au Rwanda) pour leur permettre de prier leurs morts en paix. De l’autre, des Hutus se plaignent de n’avoir jamais pu pleurer leurs morts, car les crimes de l’armée de Paul Kagame n’existent pas dans l’histoire officielle imposée depuis 1994.

Simplement en parler peut attirer une accusation de divisionnisme et une peine de prison. Car tout le monde est désormais Rwandais, il n’y pas plus de Tutsis ni de Hutus. Nommer les ethnies comme je le fais dans ce blogue, c’est jouer le jeu des divisionnistes, et c’est un crime.

Qu’en pensez-vous, les Rwandais sont-ils réconciliés?

Si vous êtes un rescapé du génocide, j’aimerais beaucoup vous parler.