Une des choses qui m’avait frappée pendant les trois ans où j’ai été basée à Paris, c’est à quel point le rapport à l’argent des Français (et de plusieurs autres Européens) est différent de celui des Canadiens et des Américains.
Et depuis que je vis à Washington, ce constat est renforcé. Les Français parlent peu d’argent, on peut même dire que ça les met mal à l’aise. Ceux qui parlent de prix passent pour de nouveaux riches. Même les montres trop voyantes (du président Sarkozy, entre autres) et les voitures trop tape-à-l’oeil (de Dominique Strauss-Kahn, par exemple) attirent les reproches et la déconsidération. Ce n’est pas qu’il n’y a pas de richesse, mais mieux vaut qu’elle se manifeste dans une certaine sobriété. Une petite robe noire de chez Chanel peut coûter plus de 2000 euros, mais elle ne fait pas m’as-tu-vu et jamais on ne mentionnerait son prix.
Aux États-Unis, la donne est différente. Ici, c’est le pays de la réussite. Le rêve américain c’est que tous les rêves peuvent se réaliser, à condition d’y mettre l’effort nécessaire. Et être riche c’est avoir réussi! On parle du prix des maisons, des voitures, des chaussures. Le magasinage est un sport national… « Money makes the world go round », a écrit Fred Ebb, le parolier américain de Cabaret.
Alors, il est un peu surprenant ces jours-ci de voir le Parti républicain aux prises avec pas un, mais deux débats qui tournent autour de l’argent et de Mitt Romney, le meneur de la course à l’investiture du parti, en vue des élections présidentielles de novembre prochain.
Romney et Bain Capital
Le premier débat porte sur la façon dont Mitt Romney a fait son argent lorsqu’il dirigeait Bain Capital, une société de capital de risques. Quelques-uns de ses opposants républicains laissent entendre qu’il n’a pas fait son argent de façon morale. Rick Perry, le gouverneur du Texas, l’a même décrit comme un vautour.
Au coeur du débat, le fonctionnement des sociétés de capital de risques, qui rachètent des compagnies naissantes ou en difficulté avec l’argent de leurs investisseurs, les mettent en bonne santé financière ou tirent le maximum de leurs actifs avant de les revendre ou de les fermer, à profit idéalement. Mitt Romney dit qu’il a un bilan enviable avec Bain Capital, et que sous sa gouverne, des milliers d’emplois ont été créés. Ils ne parlent pas des mises à pied qui ont dû être faites.
Un documentaire de 27 minutes commandité par les sympathisants d’un de ses opposants, Newt Gingrich, se fait un plaisir de mettre en lumière les exemples moins reluisants des investissements de Bain Capital. Le documentaire contiendrait cependant plusieurs erreurs, et Newt Gingrich a dû s’en désolidariser.
Mais la question demeure : y a-t-il une bonne et une moins bonne façon de faire de l’argent légalement?
Romney et l’impôt
L’autre débat autour de M. Romney touche aux impôts qu’il verse. Ses opposants réclament depuis plusieurs jours qu’il rende publiques ses déclarations d’impôt, dans le but bien entendu de montrer qu’il est beaucoup trop riche, bien trop loin de l’Américain moyen. Cela viendra, répond-il, ce sera même une obligation s’il est élu.
Mais M. Romney a tout de même levé un peu le voile, en affirmant qu’il est imposé autour de 15 % sur quelques millions de dollars de revenus, parce que la plupart de ses revenus sont des revenus d’investissements, moins taxés que les revenus d’emploi.
Et Mitt Romney, sur cette question, s’est mis lui-même dans le trouble avec un peu d’aide du Parti démocrate. Il a dit qu’il avait eu quelques autres revenus, dont les gages qu’il reçoit lorsqu’il prononce des discours, mais que ce n’était pas un gros montant. Or, le Parti démocrate a rappelé que selon les informations données par M. Romney lui-même, ses revenus de discours avaient été de 374 000 $ l’an dernier, soit plus de sept fois le revenu moyen d’une famille américaine.
Il n’y a qu’à espérer qu’il ne pariera 10 000 $ avec personne (autre gaffe lors d’un débat en Iowa, en décembre dernier, qui a soulevé son manque de contact avec la réalité) que ces histoires seront vite oubliées!