Tous les billets publiés par Manon Globensky

À propos de Manon Globensky

Manon Globensky a fait ses débuts comme reporter radio en 1986. Après avoir été correspondante parlementaire à Ottawa, elle a été nommée correspondante au Proche-Orient en 2004. À ce titre, elle a suivi le retrait israélien de la bande de Gaza, l'élection du Hamas et la guerre entre le Hezbollah et Israël en 2006. De 2007 à 2010, elle a été correspondante de la radio de Radio-Canada à Paris. Depuis l’automne 2010, elle est correspondante à Washington. Visitez le carnet de Manon Globensky

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La plus récente gaffe de campagne du candidat à l’investiture républicaine Mitt Romney n’est pas sortie de sa bouche, même si, à de nombreuses reprises dans le passé, il a montré qu’il a un don pour les déclarations controversées.

Cette fois, c’est son principal stratège, Eric Fehrnstrom, qui s’est mis les pieds dans les plats. Cela, au lendemain de la victoire de M. Romney en Illinois, et le jour même où il recevait l’appui convoité de l’ancien gouverneur de Floride Jeb Bush. Eric Fehrnstrom se fait demander par CNN si le candidat Romney n’a pas été obligé de se positionner trop à droite pour plaire aux électeurs du centre. Voici sa réponse : « Pour la campagne électorale à l’automne, c’est presque comme si on appuyait sur le bouton recommencer, tout change, on secoue pour tout effacer comme sur un Etch-a-Sketch et on recommence. »

Ses opposants ont sauté sur la gaffe et pas seulement au Parti républicain… la campagne démocrate a produit deux publicités en deux jours qui reprennent la gaffe de l’Etch-a-Sketch

Rick Santorum et Newt Gingrich, deux des opposants de Mitt Romney dans la course républicaine, vont à tous leurs événements de campagne avec une petite tablette rouge sous le bras. Et ils ne se gênent pas pour dénoncer le manque de conviction du candidat qui les distance allègrement. Cette histoire n’a pas fini de le hanter.

Et en post-scriptum, il faut mentionner une conséquence tout à fait américaine à la controverse : les ventes d’Etch-a-Sketch ont augmenté (la petite tablette rouge avec ses deux boutons blancs s’est hissée aux premiers rangs sur Amazon) et les actions de la compagnie qui les produit, Ohio Art Company, ont monté en flèche, une augmentation de 212 % en une journée.

Mon collègue Anthony

Vendredi 17 février 2012 à 15 h 49 | | Pour me joindre

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Anthony Shadid, le correspondant du New York Times au Moyen-Orient, gagnant du prix Pulitzer, est mort à 43 ans. Vraisemblablement terrassé par une crise d’asthme au moment où il tentait de repasser la frontière turque, après être entré une semaine clandestinement en Syrie.

Ce n’était pas la première fois qu’il allait secrètement en reportage sur le territoire syrien depuis le début de la révolte en mars 2011. L’an dernier, il était entré en motocyclette via la frontière libanaise. J’avais souri en lisant ses articles sur cette épopée au nez et à la barbe du régime syrien qui ne laisse entrer les journalistes qu’au compte-gouttes et les encadre strictement une fois qu’ils débarquent à Damas.

Tony avait décrit son besoin « d’aller voir » sur les ondes de la radio publique américaine en décembre dernier

 Il avait payé le prix de cette excursion syrienne et de sa couverture de la répression. À Beyrouth, où il avait installé ses pénates, sa jeune famille a été suivie par des agents syriens. Anthony savait qu’il faisait son métier au péril de sa vie. En 2002, alors qu’il travaillait pour le Boston Globe, il avait reçu une balle à l’épaule à Ramallah pendant le siège de la Muqata’a, le quartier général de Yasser Arafat, par l’armée israélienne.

Au Caire, durant les manifestations qui ont précédé la chute d’Hosni Moubarak en Égypte, il était talonné par la police secrète. Et durant un raid, il avait réussi à cacher les ordinateurs utilisés par ses collègues.

Puis en mars, il avait été capturé en Libye avec trois collègues du New York Times. Il avait passé six dures journées dans les prisons du régime Kadhafi. D’ailleurs, son dernier papier, publié le 9 février, portait sur la tumultueuse Libye des milices qui a succédé à celle du colonel.

Quel suivi nécessaire à la révolution libyenne dont les projecteurs des médias se sont détournés! C’est ce talent d’écrivain qui a valu à Anthony Shadid un Pulitzer en 2004 pour sa couverture de l’invasion américaine en Irak. Il avait aussi reçu une mention Pulitzer en 2010 pour une série sur le retrait américain d’Irak, et il est en lice cette année pour sa couverture du printemps arabe.

J’ai croisé Anthony Shadid en Irak et au Sud-Liban. Il avait cette force tranquille qui rassure et la prudence nécessaire pour ne pas « devenir » l’histoire qu’il couvrait.

Parfois, les auditeurs sont frustrés de ne pas nous voir sur le terrain, où ils voudraient que nous soyons. Et ils nous reprochent de ne pas avoir le courage d’y être, sans réaliser que c’est surtout une question de moyens.

Anthony Shadid, en tout cas, n’en manquait pas de courage. Et comme l’écrit un de ses anciens collègues, « sans Shadid, nous en saurons un peu moins et devrons nous contenter de moins de nuances et de moins de vérité humaine ».

Excerpts From Anthony Shadid’s Reporting
Article du New York Times – 16 février 212

Anthony Shadid, Reporter in the Middle East, Dies at 43
Article du New York Times – 16 février 2012

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Une des choses qui m’avait frappée pendant les trois ans où j’ai été basée à Paris, c’est à quel point le rapport à l’argent des Français (et de plusieurs autres Européens) est différent de celui des Canadiens et des Américains.

Et depuis que je vis à Washington, ce constat est renforcé. Les Français parlent peu d’argent, on peut même dire que ça les met mal à l’aise. Ceux qui parlent de prix passent pour de nouveaux riches. Même les montres trop voyantes (du président Sarkozy, entre autres) et les voitures trop tape-à-l’oeil (de Dominique Strauss-Kahn, par exemple) attirent les reproches et la déconsidération. Ce n’est pas qu’il n’y a pas de richesse, mais mieux vaut qu’elle se manifeste dans une certaine sobriété. Une petite robe noire de chez Chanel peut coûter plus de 2000 euros, mais elle ne fait pas m’as-tu-vu et jamais on ne mentionnerait son prix.

Aux États-Unis, la donne est différente. Ici, c’est le pays de la réussite. Le rêve américain c’est que tous les rêves peuvent se réaliser, à condition d’y mettre l’effort nécessaire. Et être riche c’est avoir réussi! On parle du prix des maisons, des voitures, des chaussures. Le magasinage est un sport national… « Money makes the world go round », a écrit Fred Ebb, le parolier américain de Cabaret.

Alors, il est un peu surprenant ces jours-ci de voir le Parti républicain aux prises avec pas un, mais deux débats qui tournent autour de l’argent et de Mitt Romney, le meneur de la course à l’investiture du parti, en vue des élections présidentielles de novembre prochain.

Romney et Bain Capital

Le premier débat porte sur la façon dont Mitt Romney a fait son argent lorsqu’il dirigeait Bain Capital, une société de capital de risques. Quelques-uns de ses opposants républicains laissent entendre qu’il n’a pas fait son argent de façon morale. Rick Perry, le gouverneur du Texas, l’a même décrit comme un vautour.

Au coeur du débat, le fonctionnement des sociétés de capital de risques, qui rachètent des compagnies naissantes ou en difficulté avec l’argent de leurs investisseurs, les mettent en bonne santé financière ou tirent le maximum de leurs actifs avant de les revendre ou de les fermer, à profit idéalement. Mitt Romney dit qu’il a un bilan enviable avec Bain Capital, et que sous sa gouverne, des milliers d’emplois ont été créés. Ils ne parlent pas des mises à pied qui ont dû être faites.

Un documentaire de 27 minutes commandité par les sympathisants d’un de ses opposants, Newt Gingrich, se fait un plaisir de mettre en lumière les exemples moins reluisants des investissements de Bain Capital. Le documentaire contiendrait cependant plusieurs erreurs, et Newt Gingrich a dû s’en désolidariser.

Mais la question demeure : y a-t-il une bonne et une moins bonne façon de faire de l’argent légalement?

Romney et l’impôt

L’autre débat autour de M. Romney touche aux impôts qu’il verse. Ses opposants réclament depuis plusieurs jours qu’il rende publiques ses déclarations d’impôt, dans le but bien entendu de montrer qu’il est beaucoup trop riche, bien trop loin de l’Américain moyen. Cela viendra, répond-il, ce sera même une obligation s’il est élu.

Mais M. Romney a tout de même levé un peu le voile, en affirmant qu’il est imposé autour de 15 % sur quelques millions de dollars de revenus, parce que la plupart de ses revenus sont des revenus d’investissements, moins taxés que les revenus d’emploi.

Et Mitt Romney, sur cette question, s’est mis lui-même dans le trouble avec un peu d’aide du Parti démocrate. Il a dit qu’il avait eu quelques autres revenus, dont les gages qu’il reçoit lorsqu’il prononce des discours, mais que ce n’était pas un gros montant. Or, le Parti démocrate a rappelé que selon les informations données par M. Romney lui-même, ses revenus de discours avaient été de 374 000 $ l’an dernier, soit plus de sept fois le revenu moyen d’une famille américaine.

Il n’y a qu’à espérer qu’il ne pariera 10 000 $ avec personne (autre gaffe lors d’un débat en Iowa, en décembre dernier, qui a soulevé son manque de contact avec la réalité) que ces histoires seront vite oubliées!

L’Iowa

Mardi 3 janvier 2012 à 15 h 37 | | Pour me joindre

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Cet État est cinq fois plus grand que Montréal, et deux fois et demie plus grand que Toronto. Avec ses 3 millions d’habitants, il n’y a que 21 personnes au kilomètre carré. En comparaison, Toronto compte presque 4000 habitants au kilomètre carré.

Pourtant, tous les quatre ans, l’Iowa a l’honneur d’être le premier État à choisir les candidats des partis républicain et démocrate en vue des élections présidentielles. Les prochaines sont en novembre 2012. C’est ainsi depuis 1972. Pourquoi? Justement parce que c’est un petit État.

La campagne en Iowa est perçue comme étant à la portée de toutes les bourses. Les candidats parcourent l’État à bord d’autobus ou en voiture, les événements de campagne sont à échelle humaine. Les militants des deux partis peuvent d’ailleurs se vanter de côtoyer en personne le futur président. Rare privilège habituellement réservé à une élite qui a les moyens.

Le système de vote « en caucus » est particulier. Les membres du parti qui le veulent se réunissent en plus ou moins grande assemblée, parfois dans les cuisines ou les salons de leurs voisins, en milieu rural, et discutent des mérites des uns et des autres jusqu’à la tenue d’un vote secret, où ils inscrivent le nom de leur candidat sur un bout de papier.

Les délégués à la convention du parti seront alloués proportionnellement au nombre de votes reçus par chaque candidat. La convention républicaine, fin août à Tampa, en Floride, investira le candidat qui aura le plus grand nombre de délégués envoyés par les États.

On dit qu’il y a trois billets pour sortir de l’Iowa : première classe, économie et en attente. Les candidats qui arrivent en quatrième place ou pire auront des difficultés, dit-on, à remonter au classement.

Une victoire en Iowa ne garantit cependant rien. Depuis 1972 (donc 10 fois), seulement trois candidats ont remporté l’Iowa pour ensuite être élus présidents : Jimmy Carter, George W.  Bush et Barack Obama.

Cette fois, seuls les républicains tiennent un vote. Chez les démocrates, la candidature de Barack Obama n’est pas contestée.