Tous les billets publiés par Michel C. Auger

À propos de Michel C. Auger

La carrière de Michel C. Auger s’étend sur plus de 30 années au cours desquelles il a couvert la politique, en français et en anglais, comme correspondant parlementaire à Ottawa et à Québec pour plusieurs quotidiens. Au printemps 2007, il est devenu chef de bureau de Radio-Canada à l’Assemblée nationale, puis, à l’automne 2010, correspondant à Washington. Au cours de sa carrière, Michel C. Auger a reçu de nombreuses distinctions, notamment du Barreau canadien en journalisme juridique. Visitez le carnet de Michel C. Auger

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WASHINGTON – Il n’y a pas de jeu plus dangereux pour un journaliste que d’essayer de prédire le jugement que rendra un tribunal à partir des questions que les juges ont posées à l’audience. Après tout, ce sont des juges qui ont inventé la notion d’« avocat du diable ». (Des juges de procès de canonisation, mais des juges tout de même!)

Reste que presque tous les observateurs qui ont écouté les trois jours d’audiences de la Cour suprême des États-Unis sur la réforme de l’assurance maladie du président Obama sont ressortis avec la même idée : si la réforme n’est pas morte, elle a été mortellement touchée.

Pour un Canadien, le côté le plus surprenant de ces audiences était de voir la partisanerie affichée des juges, d’un côté comme de l’autre. Les juges nommés par des présidents républicains reprenaient les arguments de leur parti sans aucune retenue, ceux qui ont été nommés par des démocrates défendaient la loi avec plus de vigueur que les avocats de l’administration.

On était loin des débats feutrés et respectueux que l’on entend à la Cour suprême du Canada, même dans les causes les plus disputées ou les plus politiques.

Il était d’autant plus étonnant d’entendre les arguments des juges qu’il est traditionnel, aux États-Unis, pour les politiciens de droite de dénoncer les juges gauchisants qui essayent de « légiférer depuis le banc » au lieu d’écouter la voix des élus du peuple, dont c’est pourtant le travail.

Lors des audiences sur la santé, c’étaient les juges les plus conservateurs qui s’interrogeaient ouvertement sur les mérites du projet de loi – le travail du Congrès – plutôt que sur sa constitutionnalité.

On en a entendu de toutes sortes au cours des audiences de la part des juges. Certains citaient les chiffres du Bureau du budget du Congrès, comme s’ils étaient des législateurs qui doivent considérer les arguments économiques plutôt que strictement juridiques.

On a aussi entendu exactement les mêmes arguments qu’utilisent tous les jours les dirigeants républicains du Congrès pour s’opposer à la réforme. Comme la désormais célèbre « théorie du brocoli », qui veut que si le gouvernement peut obliger un citoyen à acheter de l’assurance maladie, il peut aussi l’obliger à manger du brocoli.

L’argument est tellement gros qu’on aurait pensé que les juges de la Cour suprême se seraient gardé une petite gêne… Ça a été fait dès la toute première intervention du juge Anthony Scalia, le chef de l’aile conservatrice de la Cour.

Mais la « théorie du brocoli » est pourtant au cœur des débats. Il touche le « mandat individuel » qui est au centre de toute la réforme de l’assurance maladie. C’est l’obligation pour tous les citoyens de souscrire une assurance maladie, que ce soit auprès d’un assureur privé ou d’un programme gouvernemental.

Le mandat individuel est une idée d’un groupe de réflexion de droite bien connu, Heritage Foundation, qui le présentait comme une solution respectueuse du marché comparativement au système public de payeur unique (celui qui est en vigueur au Canada) et que proposait alors le président Bill Clinton.

Elle était aussi au cœur de la réforme de l’assurance maladie mise de l’avant par Mitt Romney quand il était gouverneur du Massachusetts – une loi qui n’a jamais été contestée devant les tribunaux. Mais cette même idée est devenue toxique quand elle a été adoptée par Barack Obama.

Devant la Cour suprême, les arguments contre le mandat individuel sont tous revenus à la même chose : l’État ne peut obliger quelqu’un à acheter un service. Même quand il s’agit de la santé, alors qu’on sait que tout le monde, à un moment ou à un autre, aura besoin des services d’un médecin.

On oblige déjà les automobilistes à souscrire à l’assurance automobile? Mais on n’est pas obligé d’acheter une auto, répondent les juges conservateurs. Les tarifs du téléphone sont réglementés, comme le seraient ceux de l’assurance maladie, pour qu’on puisse étendre le service au plus grand nombre de gens possible. « Mais ça ne s’applique que si on se sert du téléphone », disait le juge Scalia.

Bref, la liberté individuelle de souscrire ou non à une assurance maladie doit primer. Même si cela défait le principe même de l’assurance, soit de mettre en commun les risques et de les faire partager par le plus grand nombre. L’État n’a pas plus le droit d’obliger un tel partage des risques que d’obliger quelqu’un à acheter du brocoli.

Quand on entend de tels arguments, on n’est guère surpris que la grande majorité de ceux qui ont entendu ces trois jours d’audiences de la Cour en soit sortie en pensant que la réforme de l’assurance maladie n’avait que peu de chances d’être jugée constitutionnelle par les juges.

Les maths peuvent-elles remplacer l’amour?

Mercredi 14 mars 2012 à 17 h 42 | | Pour me joindre

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WASHINGTON – Les mathématiques peuvent-elles remplacer l’amour? C’est la question du jour au Parti républicain, tandis que le favori mal-aimé, Mitt Romney, a échoué, encore une fois, à gagner des primaires qui auraient nettement prouvé qu’il sera le candidat de son parti à l’élection présidentielle de novembre.

En laissant filer de peu les primaires de l’Alabama et du Mississippi, Mitt Romney a montré que les républicains les plus conservateurs ont encore autant de doutes à son égard. Et il se trouve à maintenir en vie la campagne de Rick Santorum, le préféré de la droite religieuse, qui n’a ni argent ni message, mais qui peut continuer en étant simplement l’anti-Romney du moment.

Devant ce manque d’amour évident, que dit M. Romney? Il invoque les mathématiques. Ou plus précisément la froide réalité statistique qui veut que ni Rick Santorum ni Newt Gingrich ne puissent de manière réaliste penser obtenir suffisamment de délégués pour avoir la nomination républicaine.

Pour que M. Santorum obtienne les 1144 délégués requis pour être élu au premier tour, il faudrait qu’il gagne les deux tiers des délégués qui sont en jeu dans les primaires et les caucus qui restent d’ici le mois de juin. Autant dire que c’est mission impossible.

Parce que malgré les victoires au vote populaire, ce qui compte, ce sont les délégués. Or, il est bien possible que lorsque tous les calculs seront terminés, Mitt Romney soit celui qui a gagné le plus de délégués mardi soir dernier. Même au Mississippi, où M. Romney a pourtant fini troisième, c’est lui qui obtient le plus de délégués : 14 contre 13 pour M. Santorum et 12 pour M. Gingrich.

Comme il est le seul à avoir une organisation digne de ce nom, M. Romney a facilement gagné les caucus d’Hawaï et des îles Samoa américaines (9 délégués!) et la même chose devrait être vraie à Porto Rico ce week-end (20 délégués).

L’homme d’affaires avisé qu’est Mitt Romney sait qu’il n’y a pas de petits profits. Donc, son organisation lui permet d’avoir des délégués partout où les campagnes moins onéreuses de ses adversaires n’ont pas pu avoir des candidats dans tous les districts, ou n’ont pas eu assez de signatures pour être sur le bulletin de vote.

Ainsi, le District de Columbia – un bastion démocrate, s’il en est, qui tiendra sa primaire le 3 avril – aura tout de même 19 délégués à la convention de Tampa. M. Romney devrait les remporter presque tous, puisque M. Santorum ne sera pas sur le bulletin de vote.

On se retrouve alors dans la situation absurde d’un candidat qui est en train de voguer vers la victoire, même quand il subit la défaite. « Les résultats des derniers jours ont vu le gouverneur Romney augmenter son avance dans le nombre de délégués, tandis que ses adversaires sont plus proches du jour de leur élimination mathématique », a affirmé mercredi le directeur politique de la campagne de Romney, Rich Beeson.

Cette logique toute mathématique a conduit le candidat Newt Gingrich – le grand perdant des primaires d’Alabama et du Mississippi – à élaborer une nouvelle théorie justifiant de rester dans la course, malgré ses mauvais résultats.

Son but, disent ses organisateurs, est d’empêcher Romney d’arriver au chiffre magique de 1144 délégués. De cette façon, il faudrait des négociations entre les candidats entre la fin des primaires au début juin et la convention républicaine à la fin août. Ce serait la première fois en 64 ans que les républicains auraient une « nomination négociée » et une convention qui ne serait pas réglée comme du papier à musique.

Chez M. Santorum aussi, on veut empêcher Romney de gagner au premier tour, sauf que la solution est bien différente : elle passe par un retrait de la course de M. Gingrich pour faire cesser la division des voix plus conservatrices. Mais M. Gingrich, dont l’ego est légendaire, ne montre aucune indication qu’il est prêt à se retirer en faveur de M. Santorum.

Et pendant tout ce temps, on assiste à l’improbable spectacle d’un Mitt Romney mal-aimé qui invoque les mathématiques pour montrer qu’il est toujours le candidat incontournable du Parti républicain. Et tant qu’il continuera d’accumuler des délégués, même s’il perd des primaires, il sera bien difficile de l’arrêter.

Comme quoi, en politique, les mathématiques peuvent remplacer l’amour. Le temps d’une course à l’investiture, en tout cas.

 

Le retour du candidat mal-aimé

Jeudi 8 mars 2012 à 15 h 21 | | Pour me joindre

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WASHINGTON — À première vue, c’est une grande victoire : 6 États sur 10 et plus de la moitié des délégués en jeu. Pourtant, il y a plus de feux jaunes que de feux verts dans la victoire de Mitt Romney au « super mardi ».

En montrant qu’il n’est pas capable de passer la barre des 30 % dans les États du Sud profond et qu’il y a toujours autant d’électeurs républicains qui ont des doutes sur sa candidature, Mitt Romney est retourné, en quelque sorte, à la case départ. Celle du candidat mal-aimé qui doit tout prouver aux membres de son propre parti.

Le problème de Mitt Romney n’est pas qu’il pourrait perdre. C’est maintenant hautement improbable. Pour gagner, l’un de ses trois adversaires devrait remporter les deux tiers des caucus et primaires qui restent. Mission impossible, pour ainsi dire.

De plus, à partir de maintenant, plusieurs États tiendront des primaires « winner-take-all », où le gagnant, ne serait-ce que par une voix, remporte tous les délégués de l’État. Une recette qui ne peut qu’aider le meneur dans la course. Il reste que Mitt Romney aura tout de même à gagner près de la moitié (47 %) des délégués qui reste à choisir pour l’emporter dès le premier tour. C’est difficile, mais jouable compte tenu des règles.

Il faut aussi dire que le scénario de la convention bloquée, où un candidat qui ne s’est pas soumis à l’épreuve des primaires pourrait surgir et sauver le parti, n’est pas réaliste. D’abord, parce que les principaux candidats potentiels y ont déjà renoncé, et aussi parce qu’il serait impensable de détourner ainsi l’exercice démocratique des primaires au profit d’une convention manipulée par de prétendues éminences grises du parti.

Normalement, à ce moment-ci de la course, les candidats moins bien placés seraient forcés de reconsidérer leur campagne et de se retirer. Le plus souvent par manque d’argent.

Sauf qu’avec le jugement de la Cour suprême de 2010 levant toutes les limites de financement et permettant la création des Super PAC (organismes prétendument indépendants des campagnes officielles, mais qui peuvent recevoir des fonds et dépenser sans limites), il suffit d’avoir des amis fortunés qui ne s’occupent pas trop des résultats électoraux. Comme ce milliardaire de Las Vegas qui finance Newt Gingrich à coup de chèques de cinq millions de dollars.

Traditionnellement, les candidats se retiraient aussi soit pour le bien et l’unité du parti, soit par ambition personnelle (comme d’avoir une chance d’être choisi candidat à la vice-présidence), soit pour préserver ses chances pour une prochaine fois.

Toutefois, les règles habituelles ne jouent pas vraiment cette année.

Ni Ron Paul (76 ans) ni Newt Gingrich (69 ans) ne seront là au prochain cycle électoral. Quant à Rick Santorum (53 ans), il répète sur tous les tons que l’avenir du parti passe par un vrai conservateur comme lui et pas par tous ces modérés qui finissent par perdre comme John McCain, il y a quatre ans, ou Mitt Romney, cette année.

La course va donc se poursuivre pendant encore quelques semaines avec des candidats qui n’ont pratiquement aucune chance de l’emporter, mais qui continuent la course, au risque d’affaiblir l’éventuel candidat républicain à la présidence.

Mitt Romney finira certainement par obtenir le nombre de délégués requis, donc la nomination. Cela semble désormais acquis. Reste à savoir dans quel état le candidat mal-aimé se trouvera quand il franchira enfin la ligne d’arrivée.

L’incapacité de pivoter

Lundi 27 février 2012 à 10 h 31 | | Pour me joindre

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L’un des éléments essentiels du succès dans une campagne électorale américaine est la capacité de pivoter. Le système est ainsi fait qu’on doit d’abord séduire les militants de son propre parti pour obtenir la nomination, mais qu’on doit ensuite pivoter pour convaincre les électeurs indépendants et centristes qui détiennent toujours la clé de l’élection générale.

Le président Obama a obtenu un énorme cadeau de la part de l’aile gauche de son parti. Elle a décidé de ne pas présenter de candidat contre lui aux primaires démocrates. Non seulement n’a-t-il pas eu à se battre pour obtenir l’investiture de son parti, mais il a pu, d’entrée de jeu, s’adresser aux électeurs indépendants.

Pendant ce temps, chez les républicains, on se dispute de plus en plus sur les questions qui intéressent surtout l’aile droite du parti. Depuis quelques semaines, on parle d’avortement, de contraception, de sécularisation de la société, de mariage gai, de liberté religieuse et même des méfaits de l’école publique et de l’éducation universitaire.

Avec la montée de Rick Santorum, le Parti républicain est retourné à l’époque de la « guerre culturelle », quand le meilleur moyen de mobiliser la droite était de parler de ce qui était considéré comme l’érosion des valeurs profondes de l’Amérique, souvent présenté comme sorte de complot tramé par Hollywood, la culture populaire, les médias libéraux et, bien entendu, les politiciens démocrates.

Mais l’électeur américain moyen est de moins en moins intéressé par ces guerres culturelles. On note, par exemple, une grande et rapide évolution de l’opinion sur la question du mariage des couples de même sexe. Il se désintéresse d’autant plus de ces enjeux après une cruelle récession et avec une reprise économique qui demeure fragile. Les Américains ont des préoccupations plus pressantes.

Il y a quelques semaines, beaucoup de commentateurs avaient vivement réagi à la politique de l’administration Obama d’obliger tous les employeurs, y compris les hôpitaux ou universités catholiques, à payer les services de contraception dans le cadre de l’assurance maladie que ces institutions offraient à leurs employés. Cette initiative a vivement été dénoncée par les évêques catholiques.

Même des commentateurs démocrates affirmaient que, cette fois, le président Obama était allé trop loin. Qu’il s’attaquait à la liberté religieuse garantie par la Constitution. Mais comme les leaders républicains au Congrès, ces commentateurs avaient une chose en commun : c’étaient tous des hommes d’un certain âge.

Incapables de ne pas en faire trop quand une occasion politique se présente, les républicains du Congrès ont introduit un projet de loi étendant cette liberté religieuse à tous les employeurs. Le propriétaire d’un supermarché aurait donc pu refuser de payer pour les services de contraception à ses employés en prétextant ses convictions religieuses.

Dur, dur d’être Mitt Romney

Vendredi 10 février 2012 à 15 h 39 | | Pour me joindre

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WASHINGTON – C’est une biographie de campagne comme il s’en publie chaque année. Mais The Real Romney , des journalistes Michael Kranish et Scott Helman, est bien plus que ça. Ce pourrait être un traité sur la difficulté qu’ont les gens d’affaires à réussir en politique.

On l’a vu au Minnesota, au Colorado et au Missouri, Mitt Romney reste plus que jamais le favori mal-aimé de la course à l’investiture républicaine. Et chaque fois qu’il semble sur le point de conclure la vente, de convaincre les éléments les plus conservateurs qu’il est l’un des leurs, les électeurs républicains lui rappellent qu’ils ont encore des doutes.

Après avoir lu le livre de Kranish et de Helman, on comprend mieux pourquoi.

Dans le monde des affaires, la première question que l’on pose, c’est : est-ce que ça va marcher? De plus en plus, en politique américaine, on se demande : est-ce une idée de droite ou de gauche?

En affaires, on doit défendre un bilan et des résultats. En politique, on défend une idéologie et des valeurs. Dans le monde des affaires, changer d’idée, c’est une preuve de sa capacité d’adaptation, un gage de succès. En politique, c’est un signe d’opportunisme, c’est la preuve qu’on est une girouette.

Mitt Romney était un redresseur d’entreprises en difficultés. Cela implique de changer les pratiques de ces entreprises pas d’en adopter les valeurs. Mais c’était, en fait, une bien mauvaise préparation pour la politique.

Quand il s’est lancé en politique, autant quand il a été battu au Sénat par Ted Kennedy, en 1994, que lorsqu’il s’est fait élire gouverneur du Massachusetts en 2002, Romney a agi en homme d’affaires qui voulait obtenir un résultat : gagner l’élection.

Cela demandait d’adopter des positions qui ne heurteraient pas trop cet État très démocrate qu’est le Massachusetts, par exemple d’être pro-choix en matière d’avortement et pour le contrôle des armes à feu. Mais dans le Parti républicain d’aujourd’hui, ce sont des idées qu’il est pratiquement impossible de défendre.

L’approche d’un homme d’affaires qui veut des résultats explique aussi ce qu’on lui reproche le plus dans le Parti républicain : une réforme de l’assurance maladie vers la fin de son mandat de gouverneur et qui ressemble un peu trop à celle du président Obama.

C’était la réforme d’un politicien qui voulait d’abord obtenir des résultats et ne se souciait guère de l’idéologie. Il a fait les compromis idéologiques nécessaires pour s’assurer qu’elle soit acceptable, autant pour les compagnies d’assurances que pour les législateurs démocrates.

Au cœur de cette réforme, il y a la notion de mandat individuel : l’obligation pour chaque citoyen de s’assurer. C’est cette obligation, d’abord suggérée par un « think tank » de droite, qui est au cœur des objections du Parti républicain à la réforme de la santé du président Obama. C’est essentiellement sur la base de cette obligation, jugée contraire à la Constitution, que certains États contestent la réforme en Cour suprême.

Kranish et Helman montrent très bien combien la réforme de la santé de Barack Obama est presque un calque de celle de Mitt Romney. Pourtant, Mitt Romney dit aujourd’hui qu’il ne regrette pas sa réforme au Massachusetts, mais qu’il abolirait celle du président Obama.

On avait déjà dit de l’ex-président français François Mitterrand qu’il « n’est pas socialiste, mais il a appris à le parler ». C’est un peu ce que les conservateurs reprochent à Mitt Romney : il parle comme un conservateur, mais on croit qu’au fond, il fera tous les compromis pour obtenir les résultats qu’il souhaite.

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WASHINGTON — Quand on écrira la petite histoire de la campagne présidentielle de 2012, cette fin de semaine du Super Bowl sera sans doute considérée comme un tournant : le moment où le ton de la campagne a soudainement changé.

En grande partie, ce sont les bonnes nouvelles économiques et, plus particulièrement les chiffres du chômage, qui auront forcé ce changement.

Mais on aurait tort de penser que cette élection va se jouer strictement sur le taux de chômage, d’autant que des économistes sérieux et non partisans comme ceux du Congressional Budget Office estiment que le nombre de sans-emploi va augmenter d’ici la fin de l’année.

Mais on constate aussi que certaines politiques économiques du président Barak Obama commencent, bien que plus tard que prévu, à porter leurs fruits.

Pendant ce temps, chez les républicains, on note certains signes inquiétants. D’abord, la mobilisation n’est pas là. On note une baisse importante du taux de participation aux primaires et caucus, ce qui signifie probablement que les électeurs républicains sont plutôt déçus du groupe de candidats qui s’offre à eux.

Dans cette brochette pas particulièrement attirante, l’ancien gouverneur du Massachusetts, Mitt Romney, a réussi à s’imposer. Et il est difficile de voir comment il pourrait perdre la nomination républicaine. Aucun autre candidat n’a les ressources, l’organisation ou ne suscite suffisamment d’enthousiasme pour barrer la route à Romney.

Ce qui ne signifie pas que la course est pour autant terminée. Newt Gingrich, avec des moyens financiers limités, dit déjà qu’il va aller jusqu’au bout et qu’il peut tenir jusqu’à la convention républicaine en août.

Mais quand on voit le ton des attaques de Gingrich contre son principal adversaire, cela laisse entrevoir une sorte de long derby de démolition qui ne peut que faire mal à Mitt Romney à long terme. D’ailleurs, les sondages montrent que plus le temps passe, plus les Américains ont une image négative de Romney. Les attaques qu’il doit encaisser dans son propre parti ne peuvent être étrangères à cette situation.

En plus des critiques de ses adversaires, il devient de plus en plus clair que Mitt Romney a un petit côté gaffeur, qui pourrait lui coûter cher lors de l’élection générale. Même s’il est clair que certaines de ses déclarations ont été utilisées hors de leur contexte, il reste que des phrases échappées comme : « Je ne m’occupe pas des plus pauvres » ou « J’aime congédier des gens » vont nuire à l’image de Romney.

Mais, avec la situation économique qui s’améliore, le principal problème de Mitt Romney risque d’être ailleurs. Ce pourrait être le fait que toute la logique de sa candidature serait dépassée quand les Américains voteront en novembre.

« C’est un candidat unidimensionnel. Il veut être le PDG des États-Unis, mais la présidence, c’est beaucoup plus que cela », disait récemment Rick Santorum, l’un des adversaires de M. Romney pour l’investiture républicaine.

Depuis le début de la campagne, Romney n’a, en effet, qu’un seul discours : Obama est responsable des difficultés économiques actuelles et l’expérience de Romney dans le secteur privé reste la meilleure garantie qu’il pourra faire mieux.

C’est un discours qui ne tient la route que si le pays traverse de grandes difficultés et craint de retomber en récession à n’importe quel moment. Si les Américains ont le sentiment que les choses s’améliorent, c’est un discours qui risque de sonner de plus en plus faux.

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WASHINGTON En se retirant de la course à l’investiture républicaine à ce moment-ci ce qui a pour effet de donner la victoire à Mitt Romney l’ex-ambassadeur des États-Unis en Chine Jon Huntsman vient de se donner le statut de favori de la course de… 2016, si, bien sûr, Romney ne l’emportait pas en novembre.

Huntsman quitte la course pour une seule et bonne raison : il ne va pas gagner en Caroline du Sud, samedi prochain, et chaque vote qu’il prendrait serait autrement allé à Romney. En se retirant maintenant, il donnera au favori 8 ou 10 % des voix supplémentaires, de quoi assurer sa victoire.

En fait, il ne fait que suivre exactement la voie qu’avait empruntée Mitt Romney, il y a exactement quatre ans. Avant qu’il ne devienne absolument évident qu’il ne pourrait battre John McCain, Romney s’est retiré de la course, même s’il avait les ressources pour continuer un bout de temps. Il a tout de suite annoncé son appui pour McCain et a passé le reste de l’année à faire campagne pour des candidats républicains d’un bout à l’autre du pays.

Avec le résultat que Romney s’est fait des amis un peu partout, et surtout dans l’establishment du Parti républicain. Et ce dernier a reconnu en lui un homme qui faisait passer l’intérêt du parti avant son intérêt personnel. Quatre ans plus tard, il est le favori pour l’investiture républicaine et en bonne voie de l’obtenir.

Pour Jon Huntsman, cette campagne se solde par un succès d’estime. Il a vite été vu comme l’un des trois (avec Romney et Newt Gingrich) candidats ayant le bagage d’expérience et la profondeur pour être président des États-Unis. Les autres, que ce soit Monsieur Pizza (Herman Cain) ou Madame Tea Party (Michele Bachmann), n’auraient jamais dû se retrouver sur l’estrade et ont surtout nui à l’image de marque du Parti républicain en passant les six derniers mois dans des débats télévisés où ils avaient autant de place que les trois autres.

Mais, pour Jon Huntsman, le succès d’estime qu’il a remporté au New Hampshire peut être un point de départ. Il peut utiliser sa notoriété pour bâtir en vue de 2016. En attendant, il fera campagne pour Romney, en prenant bien soin de collectionner les éventuels renvois d’ascenseur.

Huntsman en 2016, donc? Dans ce pays où on est en campagne électorale permanente, il y a certainement des gens qui ont commencé à y penser…

Le Tea Party

Une autre faction du Parti républicain qui pourrait avoir perdu au jeu de « Qui perd gagne » est le Tea Party. Ces représentants ont été la révélation des élections de mi-mandat en 2010 et ont largement contribué, depuis, au blocage politique que l’on constate au Congrès.

D’abord, leur représentante dans la course à la présidence, Michele Bachmann, a été la première à jeter l’éponge après les caucus de l’Iowa à cause de ses faméliques appuis.

Le Tea Party n’a surtout pu imposer un candidat crédible pour empêcher que la nomination aille à un modéré comme Mitt Romney. Pourtant, la naissance même du Tea Party est venue de la défaite du tout aussi modéré John McCain en 2008. Pour ceux qui allaient se retrouver dans la mouvance du Tea Party, c’était la preuve que la modération n’apporte pas la victoire et que, tant qu’à y être, aussi bien choisir un candidat qui partage nos valeurs.

Le problème, c’est que la campagne républicaine nous montre que lorsqu’on pose la question aux électeurs plutôt qu’aux militants, ils préfèrent encore les candidats modérés…

L’influence du Tea Party ne s’est guère fait sentir dans le choix du candidat républicain à la présidence, et elle est en nette baisse dans les autres aspects de la vie politique.

Pas étonnant que pratiquement la moitié des Américains estiment que le Tea Party nuira aux républicains lors des élections de novembre. Les partisans du Tea Party détestent peut-être le mot « compromis », mais la plupart des Américains croient que c’est essentiel quand on veut diriger un pays comme les États-Unis.

Les pires ennemis des républicains

Jeudi 12 janvier 2012 à 16 h 35 | | Pour me joindre

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WASHINGTON – Les pires ennemis du Parti républicain sont-ils les républicains eux-mêmes? On est en droit de se le demander quand on voit la tournure qu’est en train de prendre la course à l’investiture du parti en vue de l’élection présidentielle de novembre.

Depuis le début informel de la course, l’été dernier, tous les candidats ont été, chacun leur tour, en tête des sondages. Tous ont été « la saveur du mois » contre Mitt Romney, ce favori mal-aimé parce que trop modéré, qui finira sans nul doute par gagner la course à l’investiture, mais à quel prix?

Trop modéré, pas assez conservateur, vire-capot sur nombre de sujets importants pour les conservateurs comme l’avortement ou le contrôle des armes à feu, on a tout reproché à Romney. Même d’être un trop bon capitaliste.

La campagne de Newt Gingrich a même acheté une vidéo de 27 minutes qui dénonce les méthodes de Bain Capital, la société que dirigeait Romney avant d’entrer en politique.

La vidéo veut montrer des manœuvres à l’éthique douteuse de la part de Bain Capital. C’est peut-être le genre d’arguments que voudront exploiter les démocrates. Cela dit, c’est une tout autre chose que de voir un autre candidat républicain utiliser un vocabulaire qui est plutôt associé à des mouvements comme Occupy Wall Street!

Même si elles sont déplacées, les attaques personnelles désespérées contre un candidat ou un autre font partie des campagnes électorales, et les électeurs finissent tôt ou tard par les oublier. Mais les républicains ont connu une campagne à l’investiture qui a réussi à salir la réputation du parti et de sa marque de commerce.

La principale vitrine du Parti républicain, ces derniers mois, a été la quinzaine de débats des candidats à la présidence, dont les cotes d’écoute à la télévision ont été fort respectables. Sauf que ces débats, souvent organisés par des groupes représentant la droite du parti (Tea Party, Fox News, etc.), ont surtout donné une plateforme aux candidats qui défendaient des idées plus radicales.

Les débats sont vite devenus des tests pour débusquer ceux qui s’écarteraient du credo républicain de cette année : aucune hausse d’impôts de quelques formes que ce soit, une opposition totale au mariage gai, déportation pour les immigrants illégaux, refus de reconnaître les changements climatiques, abolition de la réforme de la santé et de plusieurs organismes comme l’Agence de protection de l’environnement.

Quand un candidat remettait en question cette orthodoxie, il devait encaisser les attaques nourries de ses adversaires. Même quand on ne faisait que reconnaître une certaine réalité, comme lorsque Newt Gingrich avait tout simplement noté qu’il était illusoire de penser déporter les 11 ou 12 millions d’immigrants en situation illégale, dont certains vivent aux États-Unis depuis des décennies.

Avec le résultat que le Parti républicain est en voie de s’aliéner une grande partie de la communauté d’origine latino-américaine, dont il aurait pourtant grand besoin pour gagner certains des États qui vont déterminer la prochaine élection, en particulier dans le Sud-Ouest.

C’est une réalité incontournable de la politique américaine de courtiser les militants « purs et durs » pour obtenir la nomination de son parti et d’aller ensuite à toute vitesse vers le centre, vers les indépendants, là où l’on gagne les élections.

Encore faut-il que la course à l’investiture n’ait pas obligé le candidat à défendre des positions qui deviendront autant de boulets pendant l’élection générale.

Mais les militants républicains ne croient pas à cet argument. Pour eux, la défaite du modéré John McCain contre Barack Obama, en 2008, est la preuve que modération n’est pas garantie de victoire aux élections. D’où cette insistance à obliger les candidats de cette année à prendre des engagements bétonnés sur les questions qui leur tiennent à cœur.

Romney le mal-aimé finira par obtenir la nomination. Il est le seul à avoir le financement et l’organisation pour continuer très longtemps dans cette course. Mais ce sera un candidat qui n’inspire pas tellement ses propres troupes. Un mariage de raison plutôt que d’amour, donc, et avec un contrat de mariage qui pourrait se révéler bien encombrant.

Gingrich : saveur du mois ou lutte à deux?

Vendredi 2 décembre 2011 à 16 h 14 | | Pour me joindre

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WASHINGTON – Un autre mois, un autre meneur dans la course à l’investiture républicaine. Cette fois, c’est l’ancien président de la Chambre des représentants, Newt Gingrich, qui est en tête des sondages.

Est-il seulement la saveur du mois, comme les Bachmann, Perry et Cain l’ont été avant lui? Ou est-il plutôt celui qui pourra ravir la nomination au candidat que l’on disait inévitable, l’ancien gouverneur Mitt Romney?

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles Gingrich est un candidat plus sérieux que les précédents. D’abord, nul ne doute de son intelligence, de sa capacité de saisir les questions les plus complexes ou de son expérience. Ce n’est pas lui qui dira que la Chine n’a pas la bombe atomique, comme Herman Cain, ou qui ne se souviendra pas des trois principaux éléments de son propre programme, comme Rick Perry.

Le problème de tous ceux qui ont mené la course depuis quelques mois est que dès qu’ils se sont retrouvés sous la lumière des projecteurs, ils ont surtout réussi à faire la preuve qu’ils n’étaient aucunement prêts à assumer la présidence des États-Unis. Ça n’arrivera pas à Newt Gingrich.

En même temps, dans cet étrange derby de démolition qu’est devenue la course républicaine, il est le dernier candidat sérieux à être encore debout et à pouvoir affronter Mitt Romney – qui se maintient constamment au premier ou deuxième rang des sondages, mais toujours avec le même désespérant quart des voix.

Mitt Romney

Les sondages ont beau indiquer que, de tous les républicains en lice, c’est Romney qui a les meilleures chances de battre Barack Obama, on dirait que les républicains – et particulièrement les plus conservateurs – sont incapables de lui trouver des qualités.

Trop modéré, sans véritables convictions conservatrices, dit-on de Romney. Certains le trouvent même trop parfait, au point d’être « un candidat en plastique ».

Il est vrai que Mitt Romney a souvent changé d’idée. Sa réforme de l’assurance maladie au Massachusetts ressemble beaucoup à celle d’Obama, qu’il promet pourtant d’abandonner. Il a été pour le sauvetage des banques, pour une bourse du carbone et pro-choix en matière d’avortement, mais il défend aujourd’hui le contraire. Il a longtemps été favorable au contrôle des armes à feu, pour ensuite devenir membre à vie de la National Rifle Association, le principal lobby des armes à feu, à 59 ans!

Et c’est un mormon, ce qui pour bien des chrétiens évangélistes, qui sont une force dans le Parti républicain, n’est rien de plus qu’une secte dont il faut se méfier.

Newt Gingrich

Newt Gingrich n’a pas, lui non plus, le profil pour plaire à l’aile droite de son parti.

Il a permis à son parti de prendre le contrôle de la Chambre des représentants pour la première fois en 30 ans pendant les années Clinton, mais il devait démissionner en disgrâce seulement quatre ans plus tard parce qu’il s’était fait de puissants ennemis au sein même de son parti. Des ennemis qui le sont encore…

Sa vie personnelle est loin d’être parfaite : il en est à son troisième mariage et ses aventures extra-conjugales sont bien connues.

Il a, lui aussi, appuyé le sauvetage des banques et il a été l’un des rares républicains à rejeter le budget proposé par le représentant Paul Ryan pour réduire le déficit.

Il a été le lobbyiste grassement payé, même s’il s’en défend, de Freddie Mac et de Fannie Mae, les deux prêteurs hypothécaires quasi gouvernementaux que les républicains accusent d’être responsables de la crise actuelle.

Et, surtout, Gingrich a la réputation d’être imprévisible et de pouvoir, pratiquement à tout moment, faire une déclaration aussi spectaculaire qu’embarrassante. Comme la semaine dernière quand il a suggéré qu’on n’avait qu’à congédier les concierges des écoles et de faire faire le nettoyage par les élèves.

« Tout le monde sait qu’inévitablement, Newt va, un jour, presser le mauvais bouton et qu’il va s’autodétruire. C’est l’histoire de sa carrière », disait cette semaine un stratège démocrate.

Sauf que Gingrich est l’homme qui s’est mis à monter dans les sondages au bon moment et, intellectuellement, nul ne doute qu’il puisse tenir tête à Mitt Romney et à l’establishment du Parti républicain.

Reste à savoir s’il sera assez discipliné pour que cela dure suffisamment longtemps.

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Washington – Les membres du Congrès américain, qui sont au plus bas dans les sondages d’opinion, ont trouvé un nouveau moyen de se rendre ridicules en décrétant que la pizza était un légume.

En fait, la pizza s’est retrouvée au mauvais endroit, au mauvais moment. À l’intersection des compressions budgétaires idéologiques, d’un processus législatif dépassé et de la force des lobbys.

Les compressions budgétaires

L’administration Obama avait proposé de limiter la malbouffe dans les cafétérias scolaires. Sauf qu’un repas bien équilibré coûte un peu plus cher que la restauration rapide. Quatorze cents de plus par repas, ce qui, en cinq ans, aurait tout de même coûté 6,8 milliards de dollars au trésor fédéral.

C’était trop pour les républicains au Congrès qui cherchent partout des moyens de réduire les dépenses, y compris dans les cafétérias scolaires. Alors, le meilleur moyen d’avoir plus de légumes, c’est de changer la définition d’un légume. C’est ainsi que la loi prévoit désormais que la sauce tomate présente sur une pointe de pizza lui permet de se qualifier comme une portion de légume.

Ce n’est pas la première fois qu’on essaie quelque chose du genre. Sous l’administration Reagan, il y a 30 ans, on avait tenté de considérer le ketchup comme un légume, pour les mêmes considérations budgétaires. Sauf qu’alors, le côté ridicule de l’affaire avait fait reculer les amis du ketchup…

Le processus législatif et budgétaire

La seconde difficulté est le processus législatif et budgétaire américain. La question de la pizza n’était qu’un petit article d’un énorme projet de loi budgétaire qui comptait des centaines d’éléments disparates.

Un membre démocrate du Congrès expliquait son vote avec candeur dans une entrevue télévisée : la loi comprenait aussi des projets auxquels il tient. Dans son cas, c’était une augmentation des budgets de l’aide juridique et des fonds pour des trains à haute vitesse. « J’aurais pu voter contre la loi à cause de la pizza, mais cela aurait été voter contre ce pour quoi je me bats depuis des années. »

Les projets de loi budgétaires sont devenus des monstres législatifs qui comprennent des centaines, voire des milliers, d’articles et qui font l’objet d’un marchandage constant entre les partis et les divers comités du Congrès. On vote sur l’ensemble et pas sur chacun des éléments. C’est à prendre ou à laisser. Cela donne, à la fin, des aberrations – comme la pizza qui devient un légume –, qui sont dûment approuvées par le Congrès.

Les lobbys

Enfin, il y a les lobbys. On estime qu’il y a, à Washington, 22 lobbyistes pour chaque législateur. Les lobbys sont bien organisés, puissants et, depuis un récent arrêt de la Cour suprême, ils peuvent donner autant d’argent qu’ils le veulent à une campagne électorale.

Dans ce cas, les lobbys de la pizza et des frites congelées sont immédiatement intervenus. Tous les arguments étaient bons avec, au premier rang, la déréglementation chère aux républicains. Le gouvernement fédéral ne doit pas dire aux enfants et aux autorités locales ce qu’ils doivent manger ou servir dans les écoles.

Quand un lobbyiste dit cela, il peut souvent appuyer ses arguments avec une généreuse contribution à la caisse électorale du représentant du Congrès qui dira comme lui. Ou à celle d’un éventuel adversaire, si on a le malheur de lui tenir tête.

Évidemment, l’affaire de la pizza n’est qu’un petit exemple d’un processus législatif brisé et qui conduit aux pires aberrations. Ce n’est rien en comparaison à l’échec du « super comité », qui a échoué dans sa mission de trouver pour 1500 milliards de compressions budgétaires au cours des cinq prochaines années. Mais c’est le genre d’exemple dont le public se souvient.

C’est aussi ce qui fait que la popularité du Congrès comme institution est maintenant sous les 10 %. Il y a maintenant plus d’Américains qui croient qu’Elvis est vivant que de citoyens qui croient que leurs législateurs font du bon travail.