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À propos de Joyce Napier

Entrée à Radio-Canada en 1989, Joyce Napier a été correspondante parlementaire à Ottawa et journaliste au Point. En 1998, elle devient correspondante à Jérusalem. Depuis 2003, Joyce Napier est correspondante de la télévision de Radio-Canada à Washington. Au cours des dernières années, elle a réalisé des reportages à la base de Guantanamo, elle a suivi les conséquences de l’explosion de la plate-forme de BP en Louisiane et elle s’est penchée sur le sort des immigrants mexicains en Arizona.

New York : La rançon du prestige

lundi 23 septembre 2013 à 16 h 55 | | Pour me joindre

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Les New-Yorkais ne sont vraiment pas ravis ces jours-ci, pas ravis du tout. Comme chaque année en cette période, la planète entière se donne rendez-vous à Manhattan, et ce n’est pas au sens figuré. Un vrai rendez-vous planétaire, avec tous les problèmes que cela peut entraîner.

C’est la semaine des bouchons et des embouteillages, et pas n’importe lesquels, des embouteillages monstres, une symphonie de klaxons et de jurons.

New York
C’est l’Assemblée générale des Nations unies. On pourrait l’appeler la grande foire de la diplomatie, événement annuel et unique, qui rassemble les dirigeants des quatre coins du monde. Midtown Manhattan – cette zone qui abrite l’ONU, Grand Central Station et l’Empire State Building – devient pour une dizaine de jours une des zones les plus sécurisées de la planète.

Une demi-douzaine de rues sont bouclées, et n’y ont accès que ceux qui ont les laissez-passer appropriés, notamment les journalistes et les délégués. La 1re avenue, qui longe l’ONU, est un véritable bunker, avec ses barrières amovibles pour contrôler la foule et ses blocs de ciment pour contrôler la circulation, ses tireurs d’élite, ses chiens renifleurs et ses postes de contrôle.

Policiers à New York
Policiers, agents des services secrets et gardes du corps feront des milliers d’heures supplémentaires afin d’assurer la sécurité des Barack Obama, François Hollande, Hassan Rouhani et Benyamin Nétanyahou, pour n’en nommer que quelques-uns, et pour les 190 délégations qui sont en ville pour l’occasion.

Ce monde polyglotte ne serait pas complet sans une armée de journalistes, caméramans, techniciens et réalisateurs qui viennent couvrir leurs chefs respectifs. Promenez-vous dans les parages de l’ONU cette semaine, et vous entendrez parler presque toutes les langues du monde.
Nations unies
Pour les hôtels, cette période est une manne, une bénédiction des dieux. Les chambres se louent à des prix usuraires, même celles avec vue sur mur de briques.

Les réseaux de télévision locaux n’arrêtent pas de rappeler à leurs téléspectateurs qu’il faut s’armer de patience et, surtout, choisir le transport en commun.

Un porte-parole du secrétaire général des Nations unies s’est même excusé auprès des résidents de la Big Apple pour les inconvénients que tous ces distingués invités vont leur causer.

Pour New York, siège du quartier général de l’ONU, c’est tout simplement la rançon du prestige.

 

 

Un homme gai brandit un drapeau de la fierté gai et un drapeau américain lors d’une manifestation en 2008, à Hollywood.

Rob Portman, dont le nom ne vous dit peut-être rien, attend, comme des millions d’Américains, la décision de la Cour suprême des États-Unis sur le mariage gai. Mais, comme la majorité de ses concitoyens, il a déjà décidé.

M. Portman incarne à lui seul l’évolution de la pensée américaine sur cette question. Il n’a même pas fait exprès. Ce n’est ni par conviction ni par passion. Sa pensée a tout simplement évolué, inexorablement, parce que la réalité a frappé un jour à sa porte.

Rob Portman est un sénateur républicain. Pieux, marié, conservateur, antiavortement, proarmes à feu, un bon père de famille, il croyait dur comme fer que le mariage est une sainte union entre un homme et une femme.

La vie était simple pour ce sénateur de l’Ohio. Il pouvait invoquer la Bible, les prêches de son pasteur, il vivait dans son monde bien rangé où les hétérosexuels sont les seuls à pouvoir se marier. Les gais n’ont qu’à choisir de ne pas être gais. Une vie simple, quoi.

Et puis, un beau jour, son fils Will, 21 ans, étudiant à la prestigieuse Université Yale, lui a dit : « Papa, je suis gai. »

Boum! L’univers bien rangé de Rob Portman a basculé. Avant d’être sénateur, il est papa.

Dans une entrevue exclusive à CNN, au mois d’avril, il a déclaré : « Ma pensée a changé. »

« Pour moi, d’un point de vue personnel, je pense qu’il est temps de permettre [à des couples gais] de se marier et de connaître cette joie et cette stabilité que le mariage apporte, une joie que je vis depuis 26 ans. » — Rob Portman

Les Américains n’attendront pas 

Courage politique ou amour paternel, ou peut-être un peu des deux, il reste que Rob Portman est le premier sénateur républicain à appuyer le mariage gai. Mais il pense comme un bon nombre d’Américains. Oui, les temps ont changé, les mœurs aussi.

Contrairement aux Français qui s’arrachent la chemise et montent aux barricades depuis que le mariage gai a été légalisé, en mai, les Américains sont pragmatiques, « cool » même, quand il s’agit d’accorder les mêmes droits aux couples de même sexe.

On attend le jugement de la Cour suprême des États-Unis, d’ici la fin du mois, mais les Américains, eux, n’attendent pas de se faire dire ce qu’il faut accepter ou pas.

On peut dire que le peuple est en avance sur son plus haut tribunal. Selon un sondage effectué en mai, par la maison Pew, 72 % des Américains interrogés estiment que la légalisation du mariage homosexuel est « inévitable ».

Les neuf juges de la Cour suprême des États-Unis se penchent depuis le 26 mars sur le « Defense of Marriage Act », ou DOMA pour les initiés, une loi adoptée par le président démocrate Bill Clinton en 1996 qui limite les bénéfices fiscaux du mariage, en matière d’héritage ou d’immigration, aux seuls couples hétérosexuels. La définition du mariage, selon DOMA, est une union entre un homme et une femme.

Depuis 2003, plusieurs États, dont New York, Washington et le Maryland, ont légalisé localement le mariage gai. La Californie, qui abrite trois millions d’homosexuels, attend avec impatience la décision de la Cour suprême. Jusqu’à présent, ces mariages « locaux » ne sont pas reconnus par les lois fédérales.

« Il est grand temps pour la Cour suprême de reconnaître que cette discrimination – interdire aux couples de même sexe d’avoir les mêmes bénéfices que les couples hétérosexuels – va à l’encontre du principe que nous sommes tous égaux devant la loi, a fait valoir l’avocat du gouvernement américain, Me Donald Verrilli.

Selon un autre sondage ABC, 58 % des Américains sont maintenant favorables au mariage gai contre 36 % qui estiment qu’il devrait être illégal. Un grand changement par rapport à 2003 quand seulement 37 % des personnes sondées étaient en faveur du mariage homosexuel et que 55 % étaient contre.

Le sénateur républicain Rob Portman
Le sénateur républicain Rob Portman

Obama et Clinton ouvertement favorables

Cette évolution sociale explique les récentes sorties de Barack Obama et d’Hillary Clinton. Le vent change, et les deux sont maintenant ouvertement et officiellement en faveur du mariage homosexuel.

Courage? Non. Pragmatisme? Oui.

« On ne peut pas distinguer les droits de la personne des droits des gais, déclarait Hillary Clinton sur un site web en mars dernier, au moment où la Cour suprême s’apprêtait à entendre les arguments. Je suis en faveur du mariage homosexuel. Pour moi, c’est une question personnelle et une question de droit. »

Quand elle était première dame, elle était pourtant contre tout ça.

Le mariage était une institution sacrée qu’il ne fallait pas polluer. Sans être homophobe, Mme Clinton était une traditionaliste bien pensante. Les gais, selon elle, avaient le droit de vivre, mais pas de se marier.

Elle a changé d’avis. Après huit ans au Congrès à titre de sénatrice et quatre au Cabinet, à titre de secrétaire d’État, c’est un risque bien calculé. Accepter les gais, c’est dans l’air du temps. Les mauvaises langues vous diront que c’est un peu d’opportunisme et qu’Hillary Clinton prépare sa candidature à la présidence des États-Unis pour 2016.

Et Barack Obama? Après cinq ans de présidence, il a finalement déclaré avoir bien réfléchi : « Notre travail ne sera pas terminé tant que nos frères et sœurs gais et lesbiennes n’auront pas les mêmes droits que les autres », a-t-il dit le jour de sa deuxième assermentation, devant la planète entière.

L’amour gai et l’amour hétérosexuel doivent donc être égaux devant la loi, dit le président des États-Unis. Il y a trois ans, il n’aurait jamais osé.

Une société qui évolue. Le sénateur Rob Portman reconnaît maintenant que l’homosexualité de son fils n’est pas un choix, et qu’on ne peut pas convertir les gais à l’hétérosexualité.

Reste à voir ce que diront les neuf sages de la Cour suprême. Finiront-ils par conclure, comme le président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner, que le mariage reste une union entre un homme et une femme? « Mon opinion ne changera pas », disait-il récemment.

C’est ce que disaient une majorité d’Américains sur les mariages mixtes. Ils étaient contre, point final. Les mariages entre Noirs et Blancs étaient contre nature. Les mêmes arguments avancés aujourd’hui par ceux qui ne veulent pas du mariage gai.

En juin 1967, la Cour suprême des États-Unis avait conclu qu’interdire l’amour mixte, ces mariages « interraciaux », était inconstitutionnel.

On peut se demander maintenant si, 46 ans plus tard, le plus haut tribunal aura le même égard pour les homosexuels.

Le directeur du renseignement américain, James Clapper.

On parle beaucoup de lui aux États-Unis, depuis ses révélations-chocs aux quotidiens The Guardian et Washington Post, et depuis une entrevue à visage découvert, lundi dernier, de sa chambre d’hôtel à Hong Kong, où il s’est réfugié depuis le 20 mai.

Héros, crapule, Edward Snowden, 29 ans, reste un mystère. Ses motivations sont mises en doute par ceux qui veulent le voir muselé, emprisonné, puni pour avoir révélé au monde entier que la très secrète agence nationale de sécurité, la NSA, a mis en place un programme de surveillance sans précédent. Le gouvernement américain, c’est officiel, espionne ses propres citoyens. Un vrai «grand frère » à la George Orwell.

On parle beaucoup d’Edward Snowden parce qu’il a eu l’audace, le courage, le culot de dire la vérité.

Mais on parle aussi beaucoup du tsar des services de renseignement, James Clapper, directeur du National Intelligence, qui, lui, a eu l’audace, le courage et le culot de mentir.

Lors d’un témoignage au Congrès, le 12 mars dernier, le sénateur républicain de l’Oregon, Ron Wyden, demandait à M. Clapper si les agences américaines du renseignement « collectaient des informations, n’importe quelles informations sur des millions d’Américains? »

« Non, Monsieur », a répondu James Clapper, les yeux baissés, en se grattant la tête. « Sauf dans de rares cas et par inadvertance », a-t-il ajouté.

Inadvertance? Pas vraiment, puisqu’on sait maintenant que cette surveillance est plutôt systématique.

James Clapper n’a pas dit la vérité aux Américains. Il le savait lors de son témoignage. Tout le monde le sait maintenant. Il a menti, et ce n’est pas par inadvertance. Et puis, il en a rajouté, en accusant le dénonciateur, la taupe, Edward Snowden d’avoir « violé la confiance sacrée du public ». Il s’est même dit « profondément vexé » par l’auteur de cette fuite.

Donc, si on suit la logique du chef de la National Intelligence, celui qui dit la vérité viole une confiance sacrée. Et celui qui ment, comme lui, le fait pour sauvegarder cette confiance sacrée? Il ment pour le bien des autres? Et M. Snowden dit la vérité au détriment de ses concitoyens?

« Je ne suis pas un traître », dit Snowden

On sait maintenant que toutes les communications aux États-Unis – téléphone, Internet, messages électroniques, photos, recherches ainsi qu’une grande part des messages entrant et sortant du pays – sont interceptés, scrutés, collectés et rangés dans une immense banque de données.

Vous appelez votre maman? Hop, le coup de fil est archivé par la NSA. Vous commandez une pizza, attention, c’est répertorié et rangé dans un dossier virtuel top secret, sait-on jamais, l’information pourrait servir un jour.

Edward Snowden, la source du Guardian

Edward Snowden était au courant de ce programme ultra-secret parce qu’il y travaillait comme analyste de données pour Booz-Allen-Hamilton, un sous-traitant de la NSA, une firme privée à but très lucratif qui a accès à toutes sortes d’informations très confidentielles sur les Américains. Pratique douteuse, mais passons.

Un secret trop lourd pour un seul homme. Edward Snowden dit qu’il a révélé l’existence de ce programme parce qu’il ne pouvait pas « permettre au gouvernement américain de détruire la vie privée, la liberté d’Internet et les libertés fondamentales des personnes avec ce système gigantesque de surveillance qu’ils sont en train de bâtir secrètement ».

Une affaire de plus en plus bizarre, que Barack Obama justifie au nom de la sécurité : « On ne peut pas avoir une sécurité garantie à 100 % sans que cela n’affecte notre vie privée. Il faut faire des choix. »

Et il faut croire que l’administration Obama, et celle de son prédécesseur, George W. Bush, ont fait leur choix. Ces programmes, estiment-elles, sont indispensables dans cette lutte constante contre le terrorisme.

La sénatrice démocrate Dianne Feinstein, présidente de la puissante commission du renseignement, accuse Edward Snowden d’avoir commis « un acte de trahison » et réclame son extradition de Hong Kong afin qu’il soit jugé aux États-Unis. Son collègue, le sénateur Bill Nelson, et bien d’autres sont d’accord avec elle.

D’ailleurs, selon un sondage du Washington Post et de l’Institut Pew, 56 % des Américains interrogés estiment que ce programme de surveillance est un moyen « acceptable » d’enquêter sur la menace terroriste, et oui, même si leurs droits sont empiétés.

Ces mêmes Américains ne veulent pas qu’on touche à leur droit de posséder des armes à feu, mais cèdent volontiers leur droit à leur « privacy », le droit de ne pas avoir toutes leurs communications répertoriées et stockées.

« Je ne suis ni un traître, ni un héros. Je suis un Américain », a dit Edward Snowden dans un entretien au South China Morning Post, un quotidien de Hong Kong.

Mais pour un grand nombre d’Américains, il est aujourd’hui un traître. Et le directeur du National Intelligence, lui, est un menteur. Entre un menteur et un traître, qui faut-il croire?

 

Vous ne connaissez peut-être pas le sénateur républicain Marco Rubio.

Il faut le connaître, car à travers lui, ses tergiversations et son ascension, on comprend mieux le Parti républicain d’aujourd’hui.

On comprend mieux pourquoi après s’être opposés bec et ongle à une réforme de l’immigration aux États-Unis, les républicains se rendent compte maintenant que cette réforme pourrait sauver leur avenir politique.

Élu au Sénat américain en 2010, Marco Rubio était LE candidat du Tea Party, le prototype parfait : pro-vie, anti-mariage gai, catholique pratiquant, partisan de l’austérité fiscale, il choisit la religion plutôt que la science. Pour lui, Dieu a créé le monde il y a plus ou moins 6000 ans, et, après tout, les théories de l’évolution ne sont-elles pas que des théories?

Bref, Marco Rubio incarnait si bien ce virage à droite qu’a pris le Grand Old Party, le GOP comme on l’appelle ici, le Parti républicain.

Et de plus, Marco Rubio, d’origine cubaine, était contre toute réforme de l’immigration. Régulariser la situation de quelque 12 millions de sans-papiers, hispanophones et venus comme lui du sud? Jamais! Il disait que c’était une capitulation, une « amnistie ». Inacceptable. La solution : déporter les illégaux et resserrer la sécurité à cette frontière poreuse, avec murs, surveillance électronique. Bref, il faut interdire l’entrée aux États-Unis à cette masse de travailleurs clandestins.

« De cette façon, avait dit Marco Rubio en octobre 2010, nous aurons un système d’immigration qui fonctionne comme il faut. »

Tout comme le GOP, Marco Rubio s’opposait vivement à tout relâchement, à tout genre de pardon. Les illégaux représentent une main-d’oeuvre à bon marché dont l’économie américaine ne peut plus se passer, tant pis. La loi c’est la loi, les républicains réclamaient haut et fort qu’on l’applique.

C’était en 2010. Marco Rubio a remporté son élection, il est devenu le jeune sénateur de Floride, l’étoile montante du GOP.

Mais deux ans en politique, c’est une éternité.

Pendant la campagne présidentielle, en 2012, le candidat républicain Mitt Romney continuait de prôner la ligne dure sur l’immigration : « LA solution, avait-il déclaré à plusieurs reprises, c’est l’autodéportation. »

Bref, le GOP ne voulait pas de compromis, même pour les nombreux clandestins dont les enfants sont nés aux États-Unis. Sa position était claire : l’immigration n’est pas une question d’humanité, c’est une question de respect des lois. Point final.

Et puis, le 6 novembre dernier, plus de 70 % des hispanophones ont voté pour le candidat démocrate Barack Obama. Faut-il même s’en étonner?

Fort de l’appui massif des minorités — et 95 % du vote noir —, Obama a remporté la Maison-Blanche, même si seule une minorité de Blancs, 39 %, a voté pour lui.

Message aux républicains : ce qu’il faut retenir de ces résultats, c’est qu’on ne remporte plus la Maison-Blanche sans l’appui des minorités. Une majorité de Blancs ne suffit plus. Les temps changent, la démographie aussi.

Depuis la défaite cuisante de 2012, on n’entend plus parler de Mitt Romney, et les républicains sont en pleine crise existentielle. Mais ils ont compris ceci : le bloc hispanophone est devenu un incontournable dans la vie américaine et en politique.

Assis dans nos bureaux à Washington, il y a deux semaines, le maire de Los Angeles, Antonio Villaraigosa, une des figures de proue de la communauté hispanophone l’expliquait :

« La population latino aux États-Unis dépasse aujourd’hui les 50 millions, dit-il. Plus de 50 % des enfants nés aux États-Unis sont d’origine latino-américaine, asiatique ou noire. »

Une nouvelle réalité politique, qui nous ramène à Marco Rubio, le « Golden Boy » de la droite. Il n’est pas nécessairement pour la science, mais il comprend les maths.

Les « latinos », sa communauté, il ne peut plus la bouder. Il y a 12 millions d’illégaux, certes, mais ils sont appuyés par 50 millions d’Américains d’origine latino, qui ont leurs papiers en règle, la nationalité américaine et le droit de vote. Et ils veulent une réforme de l’immigration. Ils veulent régulariser la situation des clandestins.

Le sénateur Rubio a vite fait le calcul, sur papier ou dans sa tête, et il a fait un virage, pas à 80 degrés, mais bien un virage complet. Tout comme les républicains au Congrès. Ils sont maintenant en faveur d’une réforme, qui sera fort probablement adoptée d’ici aux élections législatives de 2014.

Une réforme qui donnerait aux clandestins un permis de travail, une carte verte et peut-être même, éventuellement, la nationalité, serait une bonne solution, dit-il aujourd’hui.

« On ne va tout de même pas déporter 12 millions de personnes. Donnons-leur la chance d’obtenir une carte verte », disait-il l’autre jour à la radio.

Voilà comment on change d’avis en politique.

Syrie : le point de vue américain

mardi 27 novembre 2012 à 21 h 30 | | Pour me joindre

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Washington hésite à l’idée d’armer la rébellion syrienne et redoute que les armes ne se retrouvent aux mains de groupes extrémistes :

 

Sans papiers et sans droits

mardi 19 juin 2012 à 11 h 20 | | Pour me joindre

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Ils sont 12 millions, plus ou moins.

Le nombre de sans-papiers qui vivent aux États-Unis n’est qu’une estimation. Ils sont fort probablement beaucoup plus nombreux.

Ils arrivent en traversant illégalement la frontière mexicaine à pied. Ils viennent en avion et en auto aussi, munis de visas temporaires, mais ils restent aux États-Unis après la date d’expiration. Ils font des travaux modestes et sont habités par cette peur constante de se faire expulser à tout moment.

Les clandestins arrivent souvent avec de jeunes enfants, des bébés qui grandissent aux États-Unis, vont à l’école, parlent anglais comme des Américains. Mais ils sont néanmoins des sans-papiers qui n’ont pas le droit de s’inscrire à l’université publique ni de se trouver un emploi légal.

Vendredi, cette génération « d’illégaux » – ils sont 800 000 – a reçu la bonne nouvelle : Barack Obama met un stop temporaire aux expulsions de jeunes sans-papiers, ceux qui sont arrivés ici enfants et qui veulent travailler. Des jeunes, a dit le président, qui sont « Américains dans l’âme, mais pas sur papier ».

Les jeunes pourront donc obtenir un permis de travail, mais leurs parents alors? Et les millions d’autres clandestins qui frôlent les murs, qui baissent les yeux quand vous les croisez sur le trottoir? Ceux-là continueront de vivre en marge d’une société bien trop heureuse d’avoir à sa disposition cette main-d’œuvre bon marché.

L’équipe de Washington a passé cinq jours en Arizona au début du mois, l’État où les lois contre l’immigration clandestine sont les plus sévères, l’État par où entrent près de la moitié des sans-papiers qui viennent aux États-Unis. Ils traversent le désert de Sonora à pied… Des centaines y meurent de soif chaque année.

Maria, sans-papiers mexicaine qui vit à Tucson, y a perdu son frère.

Lisette, une Américaine mariée à un clandestin expulsé au Mexique, ne veut pas que son mari le traverse pour revenir.

Des millions de clandestins, des millions d’histoires.

Faut-il accorder des permis de travail à ceux qui ne présentent aucun danger pour la société, ou fermer la frontière et les expulser?  L’Arizona adopte la ligne dure. Une vingtaine d’États songent à emboîter le pas.

Est-ce la bonne solution?