Tous les billets publiés par Ginette Lamarche

À propos de Ginette Lamarche

Ginette Lamarche travaille d'abord à Radio-Canada, à Moncton, de 1976 à 1980. En 1987, elle est reporter à différentes émissions d'affaires publiques de la radio de Radio-Canada, dont Présent national et Les actualités. En 1989, elle se joint à l'équipe de Dimanche magazine. Elle en devient l'animatrice en 1994. De 2003 à 2010, Ginette Lamarche est correspondante pour la radio à Rio de Janeiro, au Brésil, d'où elle couvre toute l'Amérique du Sud. Depuis l’automne 2010, elle est la correspondante de Radio-Canada au Moyen-Orient.

Tout a commencé à la chute du régime Moubarak. Un groupe de jeunes artistes décide de raconter la révolution sur les murs de la ville.

Puis ce sont les visages des martyrs, des amis qui ont donné leur vie pour la révolution, qui ont orné la place Tahrir. Des visages joyeux, colorés, plein d’idéaux.

C’est ainsi qu’est né ce collectif des artistes de la rue. Aujourd’hui, le groupe réunit 150 jeunes artistes qui pratiquent leur art révolutionnaire. « C’est ensemble, dit Ahmed Biro, le chef du groupe, que nous décidons quel thème nous allons aborder et sur quel mur de la ville il sera dessiné. » Une vingtaine d’artistes peuvent travailler pendant trois jours pour réaliser un grand graffiti.

« Nous plaçons toujours le citoyen ordinaire au centre de notre travail, c’est notre premier public, raconte Ahmed. Nous ne voulons pas attiser la violence ou la division. Au contraire. Quand la rue a perdu confiance dans l’armée, on a fait des graffitis montrant l’armée et le peuple main dans la main. »

« Ces dernières semaines, nous avons fait des dessins pour montrer que nous sommes tous égaux, musulmans, chrétiens, laïques. On s’est opposés au message distillé par les islamistes, comme quoi ceux qui votent contre la Constitution sont des traîtres à l’islam. » — Ahmed Biro

« Nous abordons aussi les thèmes sociaux comme le harcèlement sexuel et la dévalorisation des femmes », poursuit la graffiteuse Christine Safawat.

« Au lendemain de la révolution, racontent Ahmed et Christine, notre art a explosé en toute liberté. Depuis l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans, les choses ont beaucoup changé. Nos graffitis sont régulièrement effacés, noircis ou souillés. »

Ces artistes de la rue sont conscients que leur art est peut-être éphémère, mais ils croient que leur message va rester. L’important pour eux, c’est de ne jamais perdre de vue les revendications de la révolution : liberté, égalité, justice sociale.

P.-S. Ces graffitis continuent de vivre grâce au patient travail de Chaban Sayed qui, durant les deux dernières années, a parcouru les rues du Caire pour les croquer sur le vif. Une exposition sera consacrée à ses photos au Centre culturel égyptien de Paris en janvier prochain.

Am Ramadan, un vendeur de journaux de la place Tahrir
Am Ramadan. Photo : Chaban EL Sayed

Au petit matin, Am Ramadan étale ses journaux sur le trottoir. Am Ramadan sait à peine lire et écrire, mais il sait quels seront les sujets de préoccupations du jour.

Avant la révolution, se rappelle-t-il, son kiosque était peu fréquenté. Les quatre journaux officiels ne faisaient pas recette. Ses clients achetaient surtout les journaux sportifs.

Aujourd’hui, Am Ramadan fait des affaires d’or. Certains jours, il y a des clients qui peuvent acheter jusqu’à sept quotidiens. Une centaine de publications ont vu le jour depuis la chute de Moubarak.

Am Ramadan est surpris par la popularité de ses journaux, alors que des dizaines de télévisions privées et de sites Internet ont fait leur apparition ces derniers mois.

Am Ramadan n’affiche pas ses convictions politiques ou religieuses. Le journal des Frères musulmans, Liberté et justice, se vend comme des petits pains chauds pendant les grandes manifestations baptisées « Un million d’hommes ».

Am Ramadan ne sait pas jouer avec les mots, mais il sait qu’ils peuvent changer son pays.

Le camp de réfugiés syriens en Turquie

Le Syrien Mahomed s’est réfugié dans un camp près de Hatay, en Turquie. Le camp de réfugiés est rigoureusement contrôlé par le Croissant-Rouge turc et l’armée turque. De quoi rassurer Mahomed. Malgré tout, il ne se sent pas en sécurité ici à cause des chabihas, ces miliciens syriens en civil qui rôdent autour des camps de réfugiés. Le Croissant-Rouge  donne aux réfugiés qui le demandent  des permissions d’une heure ou deux pour aller au marché s’acheter de la nourriture. Mahomed ne sort jamais seul du camp, c’est plus sécuritaire de sortir à plusieurs. Il y a un mois, un réfugié n’est jamais revenu du marché. Il a disparu. Probablement l’œuvre des chabihas, murmure-t-on dans le camp.

En Syrie c’est souvent eux qui déclenchent les hostilités, me raconte Mahomed. Ils se mêlent aux manifestants, ils tirent sur l’armée pour la provoquer, puis l’armée tire sur les manifestants pacifiques. Mahomed a peur pour ses amis qui sont restés en Syrie. Si jamais ils tombent entre les mains de ces voyous, qu’on dit payés par le régime de Bachar Al-Assad, ils n’en sortiront sans doute pas vivants.

Mahomed regarde constamment de l’autre côté de la montagne vers son pays. Il espère pouvoir y retourner un jour en homme libre.

Ginette Lamarche et son guide

Le camp

Ginette Lamarche et son guide dans le camp