Tous les billets publiés par François Brousseau

À propos de François Brousseau

Analyste de Radio-Canada pour les affaires internationales, François Brousseau tient une chronique à Désautels en plus d’apparitions ponctuelles à la télévision et à la radio. D’abord reporter et éditorialiste aux affaires internationales pour Le Devoir et reporter à L’Actualité, il a ensuite présenté la revue de presse internationale à Maisonneuve en direct, en 2003-2004. Il s’est occupé aussi des affectations des journalistes à l’information internationale pour les nouvelles à la radio. Visitez le carnet de François Brousseau

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L’Europe n’est pas au bout de ses peines. Les prévisions économiques rendues publiques le 11 mai par la Commission européenne (récession en 2012, minirebond hypothétique en 2013, chômage à plus de 11%) ne permettent pas d’être optimiste. Elles pourraient durement plomber le mandat du second président socialiste de la Cinquième République française.  

Les deux élections du 6 mai, la grecque et la française, ont été largement interprétées comme des votes de protestation contre l’austérité. L’austérité sous toutes ses formes, sous toutes les latitudes et dans tous les contextes politiques.

Il y a celle, déjà bien concrète, qui fait souffrir les Grecs depuis deux ans, et menace de s’aggraver, au moment où le pays inventeur de la démocratie est en pleine décomposition politique. Les salaires presque réduits de moitié et le chômage à 21 % ont accouché d’un Parlement où les extrêmes – des néonazis aux trotskystes – prospèrent au détriment des deux partis traditionnels, PASOK et Nouvelle Démocratie. Le message du peuple : « Assez! Nous souffrons! Nous saignons! On n’en peut plus! »

Et puis, il y a l’austérité annoncée et crainte qui pourrait bientôt être décrétée en France, même si le nouveau président est socialiste, et même s’il a fait officiellement campagne « contre la fatalité » de ce fléau.

L’espoir d’une nouvelle politique

L’espoir de nombreux Grecs, Français, et celui de millions d’Européens en général, c’est qu’un virage « à gauche », un vote « contre l’austérité », puisse faire la différence et infléchir les politiques menées par les gouvernements. Des politiques aujourd’hui caractérisées par une obsession dogmatique des déficits et des compressions budgétaires.

Des analystes sérieux, comme le Prix Nobel d’économie Paul Krugman, ont démontré au cours des dernières années que les politiques d’austérité « à outrance », soit couper le plus possible dans les déficits, immédiatement et sans compromis, non seulement sont critiquables à cause des souffrances qu’elles infligent, mais qu’en plus, elles n’aboutissent même pas à l’assainissement promis.

Les malheurs de l’Espagne et du Portugal, sans parler de l’Irlande ou de la Grande-Bretagne, montrent depuis 2010 que cette austérité-là ne combat pas la récession, mais qu’elle semble au contraire l’alimenter de façon perverse, en coupant les liquidités et en écrasant la demande.

Cependant, même devant de telles évidences, les résistances politiques restent très fortes devant les demandes d’assouplissement.

La chancelière allemande Angela Merkel et le premier ministre britannique David Cameron incarnent cette fermeté, embrassée un moment par le président sortant Nicolas Sarkozy. Mme Merkel l’a encore dit après les deux élections de dimanche : « Il n’y aura pas de croissance à crédit, car c’est une illusion, a-t-elle fait valoir. Nous ne reviendrons pas sur les textes déjà signés. » Des textes qui disent : on coupe, on coupe, on coupe.

L’élection de François Hollande peut certes inspirer l’espoir d’un nouveau rapport de forces en Europe sur les politiques économiques. Le mot « croissance » est désormais répété comme un mantra, pour faire pièce à « l’austérité » honnie. Et la « relance », avec des politiques publiques, mais à l’échelle de l’Europe cette fois, n’est plus un sujet tabou. Encore faut-il savoir de quelles politiques on parle… et avoir l’argent pour les appliquer.

Un débat de titans

Dans le débat de titans qui s’annonce sur l’avenir d’une Europe guettée par le déclin, les Allemands continuent d’avoir le gros bout du bâton. Même si leur dogmatisme paraît dangereux, même si leur prospérité est moins méritoire qu’ils aiment à le répéter (ils ont besoin d’acheteurs, et leurs légendaires exportations ont été surtout absorbées par les autres Européens), ils ont tout de même des arguments.

L’État allemand est endetté comme les autres – proportionnellement plus, par exemple, que l’Espagne! –, mais les industries du pays sont hyperconcurrentielles, les taux d’intérêt très bas, l’excédent commercial spectaculaire, et le chômage sous les 6 % nargue le reste de l’Europe. Il est de 10 % en France, 21 % en Grèce et 25 % en Espagne.

Quand l’Allemagne parle, les autres Européens sont obligés d’écouter. Mais ils commencent à se rebiffer.

Par ailleurs, et malgré tout ce qu’on peut dire sur le besoin de croissance et les méfaits de l’austérité dogmatique, la France a un vrai, un grave problème de finances publiques. François Hollande le sait. Il a même promis l’équilibre budgétaire à l’horizon de son quinquennat. Cela implique une réduction des dépenses de l’ordre de 90 milliards d’euros par an. La croissance et la compétitivité ne se décrètent pas.

C’est pourquoi, hormis les 60 000 nouvelles embauches dans l’Éducation nationale, le candidat Hollande s’est gardé de faire des promesses trop ambitieuses. Pour éviter sans doute que le président Hollande, dans 6 mois, un an, 18 mois, se trouve à son tour avec des foules dans la rue, hurlant à la trahison devant les inévitables sacrifices qui s’annoncent.

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À Bahreïn, petit royaume du golfe Persique où le vent démocratique du printemps arabe avait été écrasé en mars 2011, le Grand Prix de formule 1 programmé pour le 22 avril soulève aujourd’hui les foules. Mais pas tout à fait dans le sens où l’espèrent Bernie Ecclestone, grand vizir international de la course automobile, et son ami le prince héritier Salman ben Hamad Al-Khalifa, dictateur du pays en question.

Le vendredi 20 avril, au moins 10 000 personnes ont manifesté contre le Grand Prix dans les faubourgs de Manana, aux cris de « À bas la dictature! », « Révolte jusqu’à la victoire! », et « Prêts à mourir pour Bahreïn! ». Et à défaut d’empêcher la tenue de l’événement, les manifestants veulent offrir au monde « un bon show » parallèle… en marge des flonflons officiels du Grand Prix.

Il y a un an, à pareille date, la course – qui se tient tous les ans depuis 2004 – avait été annulée sur fond d’état d’urgence et de manifestations continues dans la capitale, Manama. Cette année, en organisant de nouveau la course après avoir « sauté un tour », les autorités espèrent faire croire que tout est maintenant rentré dans l’ordre dans ce petit royaume insulaire, à l’ombre de la grande Arabie saoudite.

Mais c’est loin d’être le cas.

Bahreïn est un des plus petits pays du monde arabe. Ce qui se passe là-bas n’a pas la même portée, la même influence, et certainement pas la même couverture médiatique, que la tragédie syrienne ou l’affrontement larvé entre islamistes et généraux égyptiens. Dans cette petite île d’environ 15 kilomètres sur 45, vivent à peine 1,2 million de personnes, dans des conditions économiques sans commune mesure avec la misère des campagnes du Yémen ou de la Tunisie.

Deux poids, deux mesures

Sur le plan géopolitique, Bahreïn est un endroit important et symbolique. Ce qui s’est passé là-bas depuis un an met en lumière le « deux poids, deux mesures » flagrant – on pourrait même dire l’hypocrisie –, avec lesquels on tend souvent à juger ce qui se passe dans le monde arabe, selon l’endroit où ça se passe.

En effet, le reste du monde, distrait et friand de divertissements comme ceux de la formule 1, se montre infiniment plus tolérant devant les violations des droits là-bas… qu’en Syrie, par exemple. Même s’il n’y a pas, à Bahreïn, un bain de sang continu et quotidien qui se prolonge sur des mois et des mois, avec des milliers de victimes; même si les quelque 50 morts à Manama depuis un an pèsent peu devant les 10 000 et plus de la Syrie.

Mais il reste choquant d’entendre les dirigeants de pays occidentaux, comme les États-Unis qui ont une importante base militaire à Bahreïn, quartier général de la Cinquième Flotte, se borner à dire qu’ils sont « préoccupés » par les abus commis là-bas… alors qu’ils expriment régulièrement leur indignation (mais aussi leur impuissance) devant les massacres perpétrés par les troupes de Bachar Al-Assad.

Les champions de l’hypocrisie en la matière sont sans doute les monarchies du Golfe, à commencer par l’Arabie saoudite, grand « parrain » régional… L’Arabie saoudite qui avait envoyé, en mars 2011, un régiment armé pour épauler les forces de la répression à Manama.

Mille soldats avaient alors aidé au « nettoyage » de la place de la Perle, au centre de la capitale. C’est la même Arabie saoudite qui dit aujourd’hui : « N’est-ce pas effrayant, ce qui se passe en Syrie? Il faut aider les Syriens dans leur lutte pour la démocratie! »

Pourquoi ce « deux poids, deux mesures »?

D’abord parce que les monarchies du Golfe sont des dictatures, même si elles sont souvent riches, paternalistes et bienveillantes envers leurs sujets. Mais il y a aussi des motivations confessionnelles et géopolitiques dans le jeu des Saoudiens. Car au Bahreïn, la rébellion est surtout chiite, alors que le pouvoir est sunnite : une dictature de la minorité confessionnelle, étroitement alliée au voisin saoudien.

Rébellion démocratique ou confessionnelle?

Pourtant, la rébellion à Bahreïn, lorsqu’elle avait commencé en février 2011, était d’abord une revendication démocratique, directement inspirée des soulèvements de Tunisie ou d’Égypte. A priori, elle ne s’affichait pas comme chiite ou antisunnite. Il y avait d’ailleurs des sunnites dans les premières manifestations de l’opposition, et il y en a sans doute encore.

Le pouvoir, là-bas, a immédiatement perçu ce mouvement comme une « subversion chiite », car les chiites comptent pour environ 60 % des citoyens du pays. Ainsi, si Bahreïn devenait, demain, une véritable démocratie où les élections sont libres et où le Parlement dispose de vrais pouvoirs, la monarchie y deviendrait purement symbolique, et le gouvernement tomberait aux mains d’une majorité chiite.

Donc, la monarchie craint la rébellion parce qu’elle est prodémocratique. Mais aussi parce qu’elle est majoritairement chiite. De plus, de l’autre côté du Golfe, qu’y a-t-il? Il y a l’Iran. Pour les dirigeants de Bahreïn, et pour leur grand frère saoudien paranoïaque, « démocratie à Bahreïn = majorité chiite = complot de l’Iran »! C. Q. F. D.

En ce printemps 2012, la rébellion, gravement décimée par les répressions de l’année précédente, n’a pas été complètement écrasée. Il y a encore des manifestations, sporadiques, mais régulières, qui affrontent – comme ce 20 avril – matraques et gaz lacrymogènes. Un opposant célèbre, Abdulhadi al-Khawaja, est entré dans son troisième mois de grève de la faim et serait au plus mal.

Un rapport étonnamment franc sur les violences

Il y avait bien eu, en novembre 2011, un rapport officiel sur la répression, plutôt bien accueilli par le roi. Rapport étonnamment franc, presque de la même teneur que ceux d’Amnistie internationale ou de Human Rights Watch, qui admettait qu’il y avait eu « violences » et « excès dans la répression » au printemps 2011. Le roi Hamad Al-Khalifa, qui représente l’aile plus douce de la monarchie, avait même déclaré qu’il fallait tenir compte de ce rapport et changer les pratiques du pouvoir.

Ces belles paroles n’ont toutefois pas été suivies d’effets. C’était sans doute une tactique rhétorique et dilatoire pour récupérer ou étouffer les protestations.

En attendant, les opposants à Manama et dans les villages environnants, qui ont tenté en vain d’empêcher la tenue du Grand Prix, ont décidé qu’ils profiteraient de l’attention mondiale que recueille l’événement, ce dimanche 22 avril, pour faire comprendre au monde qu’il y a décidément quelque chose de pourri au royaume du Bahreïn.

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Nicolas Sarkozy aura-t-il tiré profit de l’épisode du tueur fou de Montauban et de Toulouse, survenu à un mois du premier tour d’une élection où il essaie difficilement de conserver son siège? Son comportement « présidentiel » – entendre : digne et mesuré – au cours des heures qui ont suivi la fin violente de Mohamed Merah, est-il de nature à réorienter le vote en sa faveur? Le président « rassembleur dans l’épreuve »… recueille-t-il les fruits de son action?

En gros, la réponse est non.

Les derniers sondages pour le premier tour, en date du 27 mars, montraient une quasi-égalité, autour de 27-28 %, avec le candidat socialiste François Hollande, alors qu’une lutte à trois se déroulait pour la troisième place, entre Jean-Luc Mélenchon (extrême gauche), Marine Le Pen (extrême droite) et le centriste François Bayrou. C’est à peu de choses près ce qui se passait déjà juste avant les tueries…

La miniremontée de Sarkozy au premier tour (deux ou trois points pour rejoindre Hollande, voire le dépasser d’un poil) était en fait antérieure aux événements. Elle n’a rien à voir avec cet épisode.

Au second tour, les projections ne donnent certes plus une avance de 16 % à François Hollande (58 % contre 42 % comme en janvier et février). Mais l’écart en sa faveur reste confortable : 54 % contre 46 %, selon au moins deux sondages postérieurs aux événements.

Bravo M. Sarkozy, mais…

La retenue et l’élévation – inhabituelles – du président qui, juste après le dénouement sanglant de Toulouse, a prévenu les citoyens contre tout « amalgame » antiarabe ou antimusulman, ne sont pas considérées par l’opinion comme déterminantes.

Il aura somme toute « bien fait ça », reconnaissent les Français à 74 % (sondage SOFRES du 23 mars), mais ce n’est pas une raison suffisante pour changer son vote en faveur de Sarkozy. Et puis, les Français se souviennent que c’est le même homme qui avait – quelques jours plus tôt –, soufflé sur les braises, dénonçant pêle-mêle l’immigration excessive, les frontières poreuses de l’Europe et l’imposition (réelle ou supposée) de la viande halal aux non-musulmans.

Et puis, quelques jours après les événements, M. Sarkozy revenait à la charge sur le thème de la menace sécuritaire. Il a affirmé que l’antiterrorisme serait pour lui « la priorité d’un nouveau mandat »… irrésistiblement attiré sur ce terrain par une Marine Le Pen elle-même en perte de vitesse, qui « en rajoutait » sur les dangers de l’islam extrémiste.

Malheureusement pour M. Sarkozy et Mme Le Pen, « l’immigration et la sécurité ne sont pas au centre des préoccupations des électeurs », ainsi que le titrait Le Monde du 28 mars. Avant comme après Toulouse, ils restent plutôt obsédés – sans surprise – par l’emploi, le pouvoir d’achat, l’éducation et le logement.

Les événements, disent les sondeurs, n’ont rien changé aux angoisses économiques fondamentales des Français, effarés par le déclin de leur pays, de leur continent, et toujours tentés de se tourner vers l’État protecteur.

Ces événements n’ont rien changé, non plus, à leur évaluation fondamentale des candidats devant eux. Sarkozy « l’agité » exaspère le peuple. Son bilan économique le plombe. Hollande « le mou » s’apprête à récolter des votes « contre », par défaut et sans enthousiasme.

Quant à Marine Le Pen, elle a perdu l’attrait de la nouveauté qui lui donnait, début 2011, des sondages à 21 %, voire 23 %. Elle agite des épouvantails qui – leçon cruciale de cet épisode tragique – ne font plus autant recette aujourd’hui. Selon la firme de sondages BVA (27 mars), elle devra même se battre pour ne pas glisser, le 22 avril, sous les 15 %, barre dont s’approche, par ailleurs, le flamboyant néocommuniste Jean-Luc Mélenchon. La gauche radicale a encore de belles réserves en France.

À moins de quatre semaines du vote, la campagne française offrait donc le spectacle d’une mer relativement calme, qui résiste aux secousses, avec quelques courants sous-marins… et peu de surprises appréhendées.

Bien différent de l’Espagne en 2004

On est loin, bien loin, du scénario espagnol de mars 2004. À l’époque, une droite au pouvoir arrogante, sûre d’une réélection qu’elle croyait facile, avait trébuché de façon catastrophique sur un épisode terroriste survenu en toute fin de campagne législative.

Les attentats de Madrid, il y a huit ans, avaient certes une autre dimension que les dernières tueries du sud de la France. Ce jour-là, le 11 mars 2004, ce sont près de 200 personnes qui ont trouvé la mort.

Le résultat du scrutin en a été totalement bouleversé. C’est que José Maria Aznar, le premier ministre sortant, avait faussement accusé l’organisation basque ETA d’avoir fait sauter les 10 bombes qui ont semé la mort dans des gares madrilènes et des trains de banlieue.

Malgré toute une série d’indices qui, très rapidement, ont désigné la filière maghrébine d’Al-Qaïda, le gouvernement Aznar avait non seulement maintenu, à des fins électoralistes, la fausse thèse de l’ETA, mais il avait également exercé des pressions indues contre la presse, pour qu’elle ne contredise pas la thèse officielle mensongère.

Mais à 24 heures du scrutin, la version gouvernementale s’effondrait… et le gouvernement avec. Le 14 mars 2004, le Parti socialiste ouvrier espagnol cueillait une victoire totalement inespérée, dans une campagne mise cul par-dessus tête par une irruption terroriste, doublée d’un vote de rage antigouvernemental.

En comparaison, devant les errances sanglantes de Mohamed Merah, la France de 2012 – électeurs et politiciens confondus – aura gardé son sang-froid. Et elle aura maintenu, contre les aléas du terrorisme et les transports émotionnels, ses critères de vote, restés plus proches de l’angoisse économique que de l’obsession sécuritaire.

Carnage en Syrie

Vendredi 24 février 2012 à 15 h 32 | | Pour me joindre

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Le monde angoissé assiste au siège de la ville martyre de Homs. Pendant qu’une énième réunion internationale – le 24 février à Tunis, sous le thème des « amis de la Syrie » – a essayé de contourner les impasses qui bloquent toute intervention en faveur des Syriens insurgés contre leur dictateur, un rapport du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, rendu public à la veille de ce symposium, évoque des « crimes contre l’humanité » commis sous les ordres « des plus hauts échelons de l’armée et du gouvernement syriens ».

Et si ce rapport, basé sur des centaines d’interviews de victimes, témoins, réfugiés, dissidents et ex-membres du gouvernement, souligne que l’Armée syrienne libre (les déserteurs qui ont pris les armes) a elle aussi commis des exécutions sommaires, ses exactions sont « sans commune mesure » avec les crimes perpétrés par l’armée et les milices pro-Assad.

Propagande officielle

Le gouvernement prétend qu’à Homs – comme à Idlib, au nord, et à Deraa, au sud, où le sang coule aussi – l’armée « ne fait que combattre des terroristes en armes, soutenus par l’Occident ». Une propagande qu’évoquait, dans son tout dernier reportage, la journaliste américaine Marie Colvin, tuée le 22 février par une roquette de l’armée de Bachar : « C’est un mensonge, un mensonge intégral, absolu. L’armée syrienne bombarde une cité remplie de civils, qui meurt de froid et de faim. »

Homs, ville de un million d’habitants située au centre-ouest de la Syrie, 150 km au nord de Damas, est en train de devenir ce qu’a été Sarajevo (Bosnie-Herzégovine) dans les années 1990, ou Grozny (Tchétchénie) au tout début des années 2000 : une cité rebelle en état de siège, complètement encerclée par un pouvoir hostile, par des forces armées et des agents irréguliers qui tirent du haut des toits sur tout ce qui bouge, et qui veulent écraser toute volonté de résistance.

L’extrême difficulté d’accès au terrain permet à la propagande officielle syrienne – reprise par certains réseaux en Occident, d’extrême gauche et d’extrême droite, très actifs sur les chats, notamment en français – d’accuser systématiquement les rebelles et de disculper les autorités. Même si assez peu de gens, à l’étranger, sont aujourd’hui dupes de cette propagande.

Le gouvernement syrien, qui, il y a 30 ans, avait rasé la ville voisine de Hama dans un historique massacre à huis clos (entre 10 000 et 30 000 morts) perpétré par le père de Bachar, Hafez el-Assad, ne veut pas que l’on sache ce qui se passe sur le terrain, même si la dissimulation totale n’est plus possible en 2012 comme elle l’était en 1982… D’où cette profonde hostilité envers la presse internationale et – possibilité ahurissante et rarissime – le ciblage direct de journalistes étrangers.

Feu sur les journalistes

Telle est en tout cas l’accusation portée par Jean-Pierre Perrin, de Libération, présent à Homs jusqu’au 21 février, qui a évoqué la possibilité de repérage électronique des communications par téléphone satellitaire (moyen qu’utilisent les rares journalistes sur place). Plus le fait, dixit Perrin, que « des officiers syriens dont les communications ont été interceptées au Liban recommandent de tuer tout journaliste surpris entre la frontière libanaise et Homs, et de faire croire qu’il a été tué dans des combats contre des groupes terroristes ».

Les deux reporters fauchés le 22 février à Homs, l’Américaine Colvin et le Français Ochlik, étaient les sixième et septième journalistes étrangers à avoir trouvé la mort en Syrie depuis un an. On se souvient aussi du cas, le 11 janvier, du reporter télé français Gilles Jacquier, tué par un obus de mortier…

Colvin et Ochlik étaient entrés clandestinement en Syrie. Mais Jacquier, lui, avait eu une autorisation des autorités de Damas. Il ne circulait qu’accompagné d’officiels, ce qui a poussé deux collègues de Jacquier à accuser des agents syriens d’être responsables de sa mort, voire d’avoir tendu un guet-apens au journaliste. Ces collègues Patrick Vallélian et Sid Ahmed Hammouche étaient du même voyage que Jacquier. Ils l’ont vu mourir, et ils ont présenté dans Le Monde du 17 février une série de faits et d’arguments troublants qui, selon eux, incriminent directement les autorités…

« Plus jamais ça », qu’ils disaient…

Après Sarajevo, le monde avait crié : « Plus jamais ça! » Et pourtant, à l’heure du martyre de Homs, il se retrouve bloqué, impuissant, tétanisé devant l’horreur. Et ce n’est pas uniquement à cause des vetos russes et chinois aux Nations unies.

La Syrie est une mosaïque ethnique complexe, communautaire et religieuse, qui fait peur. Même si le front principal fondateur de cette rébellion reste celui d’un peuple, toutes communautés confondues, soulevé contre la dictature, d’autres fronts peuvent s’ouvrir au fil du temps.

À Homs, le quartier sunnite de Baba Amro est la cible principale des autorités, tandis que le quartier alaouite voisin d’Akrama, 500 mètres plus à l’est, est épargné par les destructions. Explication : les alaouites, c’est la communauté dominante du clan au pouvoir.

L’incendie syrien pourrait s’étendre aux autres pays de la région : l’Iran chiite, le Liban et son Hezbollah, la Jordanie et ses Frères musulmans… Le monde extérieur est bel et bien révulsé par l’intensité de la répression, bien pire que tout ce qu’on a vu depuis un an dans le monde arabe, y compris en Libye, mais il ne veut, ni ne peut, intervenir directement.

C’est tellement vrai que les Clinton, Juppé et autres diplomates occidentaux se sont montrés, aux premiers mois de la rébellion et pratiquement jusqu’à l’été 2011, très réservés au sujet de la Syrie, et ils étaient prêts à donner sa chance à Bachar El-Assad. Ils lui disaient : « Allez-y, réformez, ouvrez votre régime, nous serons avec vous! » Ils voulaient tellement y croire. Ce n’est que devant l’évidence et la persistance de la répression, et du double langage de Damas, qu’ils ont finalement changé de ton.

Une issue diplomatique possible?

La conférence de Tunis aura accouché de quelques décisions symboliques, comme la reconnaissance du Conseil national syrien, une des organisations en exil de cette opposition divisée et dispersée, comme interlocuteur principal de la communauté internationale. Elle a aussi donné lieu à la nomination d’un bon diplomate, l’ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, comme mandataire extraordinaire de l’ONU et de la Ligue arabe. Elle aura aussi permis d’insister sur l’aspect humanitaire, avec la demande de « couloirs humanitaires »…

Avec un régime qui semble aussi déterminé à tuer et à vendre chèrement sa peau, avec le soutien diplomatique persistant (mais peut-être pas éternel) de Moscou et de Pékin, de moins en moins de gens semblent croire à une issue diplomatique. La Syrie rebelle devra-t-elle aller jusqu’au bout de son sang?

Même au Conseil national syrien, on parle désormais du recours aux armes comme de quelque chose d’inévitable. Les États-Unis mentionnent la possibilité d’une aide aux rebelles.

Le 22 février, le roi Abdallah d’Arabie saoudite a pris la peine d’expliquer au téléphone, au président russe Dimitri Medvedev qui l’avait appelé, que « tout dialogue est désormais vain avec le régime de Damas ».

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Adieu les dénonciations humanitaires, bonjour les affaires!

Les temps ont changé depuis les premières professions de foi de Stephen Harper au sujet de la Chine, lorsqu’il dénonçait vertement, peu après son arrivée au pouvoir en 2006, le régime communiste de Pékin et promettait que « les droits de la personne passeront avant le commerce à tout prix et le dollar tout-puissant ».

Le second voyage en Chine de M. Harper, en ce début de février 2012, permet de revenir sur l’évolution qui amène aujourd’hui le premier ministre sur son chemin de Damas, vers le réalisme économique, au détriment des flamboyantes déclarations d’appui aux Tibétains, aux dissidents et aux fidèles du Falung Gong.

Cette évolution est tout à fait dans la tendance des pays occidentaux quant à la Chine. En présence de l’interlocuteur chinois - qui est aussi le banquier, l’investisseur et l’acheteur potentiel -, on se fait le plus discret possible lorsqu’il s’agit des intellectuels emprisonnés comme Liu Xiaobo, Prix Nobel de la paix 2010, ou des Tibétains qui s’immolent par désespoir (près d’une vingtaine depuis le début 2011).

Le dernier à avoir osé

Pourtant, entre 2006 et 2009, pendant ses trois premières années au pouvoir, Stephen Harper était à peu près le dernier dirigeant occidental à oser parler haut et fort des droits de la personne en Chine. En octobre 2007, il avait même reçu le dalaï-lama en grande pompe, symbole de la résistance à l’oppression et à l’assimilation forcée des Tibétains.

À l’époque, une bonne partie de la presse au Canada avait parlé de « la gaffe de Stephen Harper » lorsqu’il avait invité l’éminent tibétain à Ottawa. Au lieu de titrer, par exemple, « Harper se tient debout face à la Chine », ou « Harper défend les droits de la personne en Chine » – ce qui eût été un angle de couverture raisonnable –, tout le monde, médias et milieux d’affaires, a préféré mettre en relief « la gaffe » du premier ministre. Imaginez : il s’était mal comporté avec les Chinois, il avait offensé les Chinois… Il serait donc puni pour ça! Et notre économie avec.

À l’été 2008, M. Harper en rajoute : il ne se rend pas à la cérémonie d’ouverture des Jeux de Pékin. Il faut rappeler que ce printemps-là, les nationalistes tibétains avaient manifesté en masse. Des violences avaient eu lieu à Lhassa, la capitale, et ailleurs dans les zones de peuplement tibétain. Une terrible répression avait suivi : au moins 200 morts selon les ONG, plus de 1000 selon le dalaï-lama, et ce, à quelques semaines des Jeux!

Il y eut ce printemps-là un petit débat parmi les dirigeants occidentaux : après ce qu’on venait de voir au Tibet, allait-on gratifier les dirigeants chinois de notre présence? Le Français Nicolas Sarkozy, par exemple, avait fait mine de dire : « Je n’irai pas »… avant de se raviser et de prendre l’avion pour Pékin.

M. Harper, lui, n’a pas vacillé, et son absence était liée, non seulement à sa « ligne » générale sur les droits de l’homme en Chine, mais spécifiquement à la répression toute récente au Tibet.

Répression sans conséquences diplomatiques

Les autorités chinoises, à l’époque, avaient fait de l’épisode « Tibet+Jeux olympiques 2008 » une sorte de test : un test de leur capacité à défier avec succès les protestations internationales, et à faire passer le commerce, la coopération économique, les bons rapports d’État à État, la politique du prestige, etc., avant toute considération sur les droits de la personne ou la répression des minorités.

Et ça a marché! La sanglante répression au Tibet n’a pas empêché les Jeux olympiques de Pékin d’être un immense succès. Plus encore. Voyant que cette répression, parallèle aux Jeux, n’entraînait aucune réaction conséquente des Occidentaux – hormis la petite dissidence canadienne –, les dirigeants chinois réalisaient que la voie était désormais libre en matière de droits et libertés. Ils pourraient désormais se permettre à peu près ce qu’ils voulaient.

Le reste du monde allait marcher droit, et venir quand même à Pékin pour y faire du commerce, tout en restant très gentil avec le monsieur chinois, et en évitant soigneusement les sujets qui fâchent.

C’est l’année suivante, en 2009, que le « principe de réalité », l’exigence du commerce, rattrape finalement M. Harper. À l’automne, il se rend à Pékin pour une première mission économique. C’est là qu’en conférence de presse conjointe, son homologue Wen Jiabao, en public et devant toute la presse, lui lance : « Pourquoi, M. Harper, n’êtes vous pas venu ici plus tôt? Nous vous attendions depuis longtemps! »

Pour qui connaît la valeur des « petites phrases » en diplomatie, celles-là étaient un camouflet. Une punition pour les égarements canadiens des trois ou quatre années précédentes, ce militantisme humanitaire et anticommuniste qui n’était plus de saison… Et pour dire en substance au premier ministre canadien : « Soyons sérieux M. Harper, parlons commerce et développons nos rapports économiques. Ils ne sont pas au niveau où ils devraient être. Et en matière politique… eh bien mêlons-nous donc de nos propres affaires! »

En 2012, ce message est reçu cinq sur cinq à Ottawa.

Dans l’approche canadienne à la Chine, les traces se font désormais rares du fervent militantisme « droits-de-l’hommiste » du Stephen Harper de 2006-2008.

Même si, lors de son passage à Guangzhou le 10 février, devant un auditoire essentiellement économique (et très canadien), il laissera tout de même tomber que dans la relation sino-canadienne, « on doit s’attendre à ce que la question des libertés fondamentales et des droits de la personne puisse être évoquée ». Voilà, c’est dit, on n’y reviendra plus…

Nécessités économiques, discrétion humanitaire

La recherche de débouchés pour le pétrole de l’Ouest canadien fournit un contexte parfait qui éclaire ce nouveau réalisme face à la question chinoise. Désormais, comme presque tous les autres, le Canada se tiendra « à carreau » avec l’hôte chinois!

Pourtant, si on lit les récents rapports d’Amnistie internationale et de Human Rights Watch, la situation est loin de s’améliorer dans l’Empire du Milieu. Au cours des années 2000, plus particulièrement depuis 2008, année du triomphe olympique,  les droits et libertés en Chine ont suivi une courbe diamétralement opposée à celle du réchauffement des rapports entre Pékin et l’Occident. Il n’y a plus de lien entre les deux.

D’un côté, la situation empire : l’année 2011 a été terrible, si on considère les rafles de dissidents et la reprise de la répression au Tibet. Et de l’autre, c’est l’amélioration continue des rapports de la plupart des pays occidentaux avec Pékin.

Il y a des exceptions comme la petite Norvège, punie à cause du Prix Nobel à Liu Xiaobo en octobre 2010. Ou la puissante Allemagne, dont la chancelière Angela Merkel a essayé, début février, de rencontrer à Pékin l’avocat de Liu Xiaobo. Un essai en vain – la police a empêché l’avocat de sortir -, mais un essai quand même.

Mais globalement, les Européens – économiquement dans de sales draps, et qui espèrent une aide financière du superbanquier chinois – sont de plus en plus muets sur le thème des libertés en Chine. On les comprend. Pékin, par exemple, a commencé à verser quelques milliards en Grèce…

Au cours des deux dernières années, devant l’évidence de la puissance financière et commerciale des Nouveaux Mandarins, le Canada de Stephen Harper n’a fait que rentrer dans le rang.

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L’Écosse se séparera-t-elle bientôt du Royaume-Uni, auquel elle avait été rattachée en 1707 après quatre siècles d’une première indépendance, acquise avec le grand William Wallace, devenu Braveheart au cinéma?

En tout cas, entre Londres et Édimbourg, le sujet est revenu à l’ordre du jour depuis la réélection, en mai dernier, pour un second mandat, des indépendantistes du Scottish National Party (Parti national écossais). Et plus encore depuis le début janvier 2012, lorsque le gouvernement central de Londres a dit accepter le fait qu’il y aura bel et bien, dans les prochaines années, un référendum sur l’indépendance de l’Écosse… mais à ses conditions!

Querelle sur le calendrier

Londres veut que cette consultation se tienne au plus vite… et selon ses propres conditions de « clarté » et de formulation de la question. La polémique a éclaté lorsque le premier ministre écossais, Alex Salmond, lui a répondu : « M. Cameron, c’est nous, Écossais, qui allons décider quand, comment et selon quelles modalités on va le tenir, ce référendum. »

Résigné à un référendum sur la séparation de l’Écosse, le premier ministre britannique David Cameron exige une consultation rapide, dans les 18 mois tout au plus. Et il sait bien qu’en Écosse, l’option de l’indépendance reste aujourd’hui minoritaire : les sondages de la dernière année oscillent entre 30 et 40 % de OUI.

Mais il sait aussi qu’elle est en ascension, ce qui peut expliquer pourquoi il veut faire vite pour couper l’herbe sous le pied de M. Salmond. En disant : « OK à un référendum. Nous allons même vous aider à l’organiser. Mais avec un cadre législatif approprié, et au plus tard à l’été 2013. »

Salmond, lui, veut plutôt attendre la fin de son mandat. Il parle maintenant de l’automne 2014. Entre autres, parce qu’il pense qu’il a peut-être plus de chances en attendant un peu. Avec l’espoir, encouragé par les derniers sondages, que le OUI monte, que le sentiment national écossais vive un renouveau, grâce aussi à une économie – merci au pétrole de la mer du Nord – qui malgré la crise européenne ne va pas si mal.

Et puis dans l’ordre symbolique, 2014, ce sera le 700e anniversaire de la bataille de Bannockburn, à l’époque de la première indépendance écossaise. Ce sera aussi l’année des Jeux du Commonwealth à Glasgow. Curieusement, Alex Salmond a beau être un séparatiste écossais, il n’a rien contre la reine et la royauté. Alors le Commonwealth, c’est tout bon pour lui!

Une intervention qui fait boomerang

L’intervention de David Cameron et de ses ministres dans le débat écossais semble avoir fait boomerang. C’est d’ailleurs ce que la presse, tant britannique qu’écossaise, a écrit toute la semaine du 9 janvier. Selon un éditorialiste du quotidien The Scotsman d’Édimbourg, l’intervention tonitruante de Londres fait le jeu des indépendantistes : « Ce qui semblait il y a deux ans être le rêve perdu des nationalistes est aujourd’hui revenu en tête de l’ordre du jour… grâce au rusé Alex Salmond, qui a maintenant un jeu ouvert devant lui. »

Le 10 janvier, lors d’une tribune téléphonique à la radio de la BBC d’Édimbourg, beaucoup d’auditeurs ont appelé pour dire : mais de quoi se mêlent donc les Anglais? « Ils veulent nous organiser notre référendum? Alors moi je vais voter oui! » Certains intervenants ont également fait valoir que la présence des conservateurs au pouvoir à Londres les poussait à devenir plus favorables à l’indépendance écossaise.

Il faut savoir que le Parti conservateur est notoirement impopulaire en Écosse, où il n’a obtenu aux élections britanniques de 2010 qu’un seul député sur 59. Un peu comme le Parti conservateur canadien, très faible au Québec (16 % des voix), mais ayant obtenu presque 50 % dans le Rest of Canada. Un gouvernement central conservateur aliène les nationalistes et stimule l’indépendantisme en Écosse : un signe de ce qui pourrait se produire au Québec?

Cela dit, David Cameron a quand même des arguments lorsqu’il dit qu’il faut un cadre législatif. L’Écosse autonome n’a son propre Parlement que depuis 1999, avec des responsabilités limitées (éducation, services sociaux, infrastructures), et sans le pouvoir de lever ses propres impôts. Alors, pour changer le statut constitutionnel de façon légale, ça devrait en principe passer par Londres. C’est ce que font valoir M. Cameron et ses ministres.

Une question claire

Londres veut organiser un référendum légalement contraignant. Avec une question claire, unique, du genre : « Oui ou non, souhaitez-vous la séparation d’avec le Royaume-Uni? » La « loi sur la clarté » canadienne de 2000 inspire peut-être, en 2012, les chefs britanniques devant le nouveau défi écossais. 

La réponse d’Alex Salmond à cet argument massue de Londres? Eh bien! dit-il, moi je veux un référendum consultatif! Mais un référendum taillé à mon goût, avec l’arrière-pensée qu’il aura une portée morale très forte.

M. Salmond veut se réserver la possibilité d’une question avec trois réponses possibles : (1) statu quo (2), indépendance ou (3) superautonomie (appelée « dévolution maximale »). Il pourrait également poser une seconde question, sur la possibilité pour Édimbourg de lever directement ses propres impôts.

Le 12 janvier, Alex Salmond a publié dans plusieurs journaux, dont The Independent de Londres, un article dans lequel il dénonce les méthodes « thatchériennes » du gouvernement Cameron, disant qu’elles vont apporter de l’eau au moulin des indépendantistes. Il conclut : « La mondialisation va de pair avec le désir croissant des nations de gérer leurs propres affaires. L’Écosse se joindra bientôt à la grande famille des nations, en tant qu’indépendante et égale. »

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Les États-Unis hors d’Irak! Au 31 décembre 2011, il ne doit plus y avoir de soldats américains sur le territoire irakien. Huit ans et neuf mois après l’invasion des troupes américaines, qui a donné lieu à une guerre catastrophique et meurtrière. Le président Barack Obama a terminé, comme promis, le processus de retrait des troupes américaines d’Irak.

Le 14 décembre, M. Obama a souligné ce retrait en y allant, à la base de Fort Bragg, d’un éloge appuyé à l’armée américaine. Un éloge qui faisait presque oublier que le même homme, en 2002, s’était élevé contre ce qu’il avait appelé à l’époque « une guerre stupide ».

Devant 3000 vétérans, dans une ambiance patriotique, il s’est émerveillé de l’esprit américain, de l’esprit de sacrifice américain… sacrifice toujours « désintéressé », bien entendu. Air connu. En précisant que « nous laissons derrière nous un Irak souverain, stable, autosuffisant. Ce qui nous permet de partir aujourd’hui la tête haute ».

Et pourtant…

Pourtant, presque une décennie plus tard, l’intervention en Irak présente un bilan au mieux mitigé… avec un départ qui n’a rien de triomphal.

Massacre après massacre

La guerre et tous ses morts… Quatre mille cinq cents soldats américains tués, mais aussi 20 000 soldats irakiens et surtout 100 000 civils innocents (évaluation « basse » du site spécialisé www.iraqbodycount.org). Des civils interceptés aux barrages et tués « par accident », par des Américains à la gâchette légère. Le massacre de Haditha, en novembre 2005 : 24 civils massacrés par une troupe de marines fous de rage, vengeresse après la mort d’un officier. Un épisode qui, à une moindre échelle, rappelle le massacre de My Lai au Vietnam, en 1968, par un bataillon américain.

Et puis, à partir de février 2006 et pendant environ deux ans, ce sera la guerre civile sunnites-chiites, une guerre atroce, avec des assassinats ciblés, des bombes quotidiennes et des pointes de 100 morts par jour à l’été 2006… Les explosions au coin de la rue, les cadavres partout dans Bagdad au petit matin.

Et puis — quand même — dans la colonne positive, la chute d’un dictateur cruel, Saddam Hussein, mais exécuté dans des conditions honteuses, en décembre 2006, à la suite d’un long procès où l’on n’aura finalement pas appris grand-chose. Et puis, certes, l’éclosion d’une vie politique pluraliste : il y a aujourd’hui, en Irak, des partis libéraux, islamistes, sunnites, chiites, kurdes…

Mais à quel prix? Et ces prétendus « acquis », sont-ils durables ou non? La question reste ouverte.

D’autant qu’il y a encore des violences presque quotidiennes en Irak. Des assassinats politiques. Des attentats à l’explosif. Rien à voir avec la descente aux enfers de 2006. Mais en 2011, en Irak, il y a quand même eu, en moyenne, un gros attentat à la bombe par mois. Avec, chaque fois, 8, 10, 20, 30 morts… On parle, cette année, de 3000 morts violentes, soit huit par jour en moyenne. C’est douze fois moins qu’en 2006, mais l’Irak reste un pays instable et violent.

Des tensions qui persistent

Malgré ce qu’a dit Barack Obama aux soldats de Fort Bragg — « un pays souverain, stable, autosuffisant » —, ce n’est pas un territoire en paix que les États-Unis laissent derrière eux. Loin de là. Les tensions intercommunautaires sont omniprésentes. La question de la cohabitation entre Arabes sunnites et chiites, entre Arabes et Kurdes, reste incertaine.

Les Kurdes au nord veulent leur indépendance, même s’ils sont prêts à se contenter d’une superautonomie. Les sunnites minoritaires (le groupe de Saddam Hussein) n’ont pas encore digéré que le pays soit désormais gouverné par les chiites, majorité démocratique oblige. Le partage des ressources pétrolières entre Bagdad, le Nord et le Sud? Un gros, gros point d’interrogation.

Économiquement, le solde de la guerre n’est toujours pas payé. Les gens ont-ils commencé à vivre mieux? Tout est très relatif. La pauvreté absolue touche un quart de la population. La fourniture quotidienne d’électricité, indicateur important et symbolique à Bagdad, reste toujours limitée à quelques heures par jour. La production de pétrole n’a pas tout à fait retrouvé ses niveaux d’avant-guerre, qui étaient de presque 3 millions de barils par jour dans les meilleures années. On est aujourd’hui entre deux et deux et demi.

L’influence nouvelle de l’Iran

Il y a eu des attentats, encore tout récemment, contre des installations pétrolières… On soupçonne les insurgés sunnites. Mais il y a aussi des brigades chiites, restées très actives, même si leur fameux chef charismatique, Moktada el-Sadr, a aujourd’hui intégré le jeu politique.

C’est ce même Moktada qui a réussi, cet automne, à empêcher la prorogation, désirée par les Américains, de leur présence militaire, à hauteur de quelques milliers de soldats en 2012. Moktada, soutenu en sous-main par l’Iran, a dit non. Et ça a été non : les Américains dehors au 31 décembre.

N’oublions pas non plus l’influence nouvelle de l’Iran en Irak, puisque les chiites maintenant au pouvoir à Bagdad sont plutôt les amis de Téhéran. Voilà un autre effet pervers d’une guerre qui devait — pensait-on naïvement à Washington — amener un réalignement géopolitique favorable aux Occidentaux.

Donc, une guerre qui aura coûté des centaines de milliards de dollars aux États-Unis. M. Obama lui-même a dit « mille milliards », mais certaines évaluations d’économistes (Joseph Stieglitz) vont jusqu’à trois mille milliards! Donc, les États-Unis, qui vont tout de même conserver une certaine présence à Bagdad avec la plus grosse ambassade du monde,  ne retrouveront pas avant longtemps, très longtemps, un retour sur leur supposé « investissement » irakien.

Au contraire : la folle équipée irakienne, pour les États-Unis, ressemble à un immense gâchis, à une colossale perte d’argent… mais aussi de prestige et d’influence diplomatique.

Le front du refus

Vendredi 14 octobre 2011 à 17 h 06 | | Pour me joindre

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Un spectre hante l’Occident : la colère des masses contre le système. Samedi 15 octobre, à Londres, Rome, Athènes, Francfort, Madrid, mais aussi à Montréal, Toronto, Santiago, Johannesburg… et dans des centaines d’autres localités petites et grandes de dizaines de pays, les « indignés » du monde entier auront manifesté.

Les causes de la colère sont diverses. Le joyeux méli-mélo des revendications donne une forte impression de brouillon, d’improvisation. L’absence d’un leadership clair vient ajouter à ce méli-mélo, et inspire de légitimes questions : « Mais que veulent-ils au juste? » et « Quels sont leurs objectifs; comment comptent-ils les atteindre? »

Les analystes ont vite fait de souligner les impasses potentielles d’un mouvement sans programme et sans chef, qui multiplie les slogans, parfois au-delà du réalisme et qui risque, à l’instar d’un certain altermondialisme venu au monde à Seattle, en 1999, avant de s’étioler au milieu de la décennie suivante, de faire « pschitt »… après quelques beaux éclats médiatiques.

Une crise politique et morale

Devant une crise financière, politique et morale qui se mondialise chaque jour davantage, ce mouvement est d’abord une réaction viscérale et instinctive, inspirée par l’angoisse et la colère. Angoisse devant l’insécurité économique, et devant ce qui est de plus en plus perçu comme l’impuissance. ou la complicité, selon les cas, des gouvernements face à un chaos que l’on sent monter.

C’est d’abord un mouvement « contre », qui n’a pas l’ambition de proposer un programme positif… Ce qu’il affirme et demande, ce n’est pas de changer tel ou tel règlement, telle ou telle loi précise, telle ou telle pratique. Mais que le « système », avec ses résultats actuels, n’est pas globalement acceptable. Et devant une crise « systémique », émerge un cri de refus, mais pas un programme politique.

Les manifestants anti-Wall Street se sont surtout fait connaître par leur fameux slogan « Nous sommes les 99 % » (nous, les manifestants) et « Vous êtes les 1 % » (vous, les banquiers, les capitalistes et l’élite politique à leur service).

Mais le mouvement Occupons Wall Street, outre son thème fondamental de l’explosion des inégalités sociales, nous a également donné à lire des slogans parmi les plus diversifiés : sur le chômage, l’endettement étudiant, le réchauffement climatique, la brutalité policière, la stupidité des politiciens, la corruption des agents de change, le scandaleux renflouement des banques par les gouvernements, sans contrepartie politique…

On a même vu, au parc Zuccotti dans le centre-ville de Manhattan, les mots « révolution » et « révolutionnaire » sur plus d’une pancarte. Marx, es-tu là?

L’ébauche d’un mouvement mondial?

Même si l’ordre de grandeur des foules mobilisées à New York et ailleurs aux États-Unis – Boston, Chicago, San Francisco – reste modeste, avec des manifestations dans les milliers plutôt que dans les dizaines ou les centaines de milliers de participants (comme on a vu en Europe, Puerta del Sol à Madrid et place Syntagma à Athènes), tout cela commence à ressembler à l’ébauche d’un mouvement mondial.

Ce qui ne signifie pas pour autant un mouvement coordonné, dirigé verticalement, avec une idéologie précise. Marx, es-tu là? Pas vraiment… Il est même possible que cette mobilisation ne se coordonne jamais au-delà de ce qu’on voit aujourd’hui, et qu’elle finisse par se perdre dans les premières neiges et les premières nuits sous zéro.

Pour autant, et au grand dam non seulement des pouvoirs établis, mais également des utopistes catastrophistes – intellectuels européens de l’ultragauche comme Slavoj Zizek ou Alain Badiou qui voudraient récupérer et orienter ces foules en « joyeuse colère » pour en faire une sorte d’avant-garde néocommuniste –, ce mouvement, qui va laisser des traces, est en quelque sorte « irrécupérable » par les idéologies et organisations établies.

Que tout cela soit généralement inspiré par des idées de gauche, c’est plausible et même assez évident. D’ailleurs, la férocité des commentaires venus des grands ténors de la droite semble le prouver : « Hippies, vagabonds, bande de fainéants! » ont tonné en choeur Fox News et le Wall Street Journal.

Symétrique de gauche du Tea Party de droite? Peut-être en partie, pour ce qui est des États-Unis… Mais aussi, et surtout, une réaction contre tous les corps constitués, d’où qu’ils viennent, une critique postmoderne et postidéologique de la politique et de l’économie contemporaines.

Dans cette optique, même des questions du type « Quels seront les relais politiques et partisans de ces manifestations? » ne sont pas vraiment recevables. Elles sont hors sujet ou à tout le moins prématurées. Il faudra bien, par la suite, revenir à la politique et aux institutions, aux propositions et à la redistribution économique. Mais pour l’instant, place au joyeux et chaotique mouvement social.