La France qui se lève tôt. La France qui trime dur. La France qui souffre en ces temps d’austérité, de crise, de chômage élevé et de hausse du coût de la vie.
Cette France-là fait l’objet d’une intense cour de la part des prétendants à l’Élysée.
Impossible de rater le remarquable tourbillon de candidats ces jours-ci à l’incontournable Salon de l’Agriculture, immense foire annuelle très populaire aux portes de Paris.
Certains viennent y vanter leurs origines rurales ou provinciales; d’autres se plient, même en costume-cravate, au rituel de la traite des vaches ou de la toilette des animaux; et tous goûtent aux produits de la ferme, de la terre et de la vigne. Et ils font un brin de jasette avec les agriculteurs et les éleveurs.
Tout ça, bien sûr, dans une nuée de micros et de caméras.
Les médias qui croquent aussi la tournée des candidats dans les usines en crise. Les annonces de sauvetage in extremis, faites par le président candidat, disputent la manchette aux promesses de protection des emplois ou de préservation des sites menacés, faites par les uns et les autres.
Plus de 700 000 emplois industriels ont disparu en 10 ans au pays.
Des statistiques.
C’est la dure réalité pour Bernard Garrigou, Robert Nagel et Éric Haennel. Ils ont travaillé pendant des années au site alsacien de la raffinerie Petroplus, qui a fermé il y a plusieurs mois. Je les ai rencontrés à Strasbourg, dans le nord de la France. J’ai bien senti leur déception.

Robert Nagel, Éric Haennel et Bernard Garrigou, employés de la raffinerie du géant Pétroplus de Reichstett, en Alsace, qui a fermé ses portes il y a quelques mois. Strasbourg, février 2012
En ces temps de désillusion, la chef frontiste Marine Le Pen serait en tête des intentions de vote chez l’électorat ouvrier. En tout cas, c’est ce que dit un récent sondage. Elle est devant le socialiste François Hollande, et devant Nicolas Sarkozy, qui avait courtisé avec un certain succès les ouvriers en 2007. Cinq ans plus tard, pour en savoir plus sur l’électorat ouvrier et son état d’esprit, j’en ai parlé avec Florent Gougou, de Sciences Po à Paris.

Florent Gougou, spécialiste du vote ouvrier et doctorant au Centre d’études européennes de Sciences Po. Paris, février 2012
En me promenant à Strasbourg, j’ai croisé d’autres travailleurs qui ne se font plus trop d’illusions. C’est le cas de François Moes, apiculteur de père en fils. Il n’est pas du tout enclin à voter Nicolas Sarkozy, qui selon les sondages, serait le favori chez les commerçants, les artisans et les chefs d’entreprise.

François Moes, apiculteur de père en fils, au stand de l’entreprise familiale dans un marché de Strasbourg. Février 2012