Billets publiés en juillet 2015

Donald Trump annonce qu'il se lance dans la course à l'investiture républicaine.
Donald Trump annonce qu’il se lance dans la course à l’investiture républicaine.

Donald Trump, le magnat de l’immobilier de New York, est la saveur politique du mois aux États-Unis. Depuis l’annonce de sa candidature à l’investiture républicaine, à la mi-juin, il tire dans toutes les directions. Pour l’instant, cette stratégie semble lui rapporter, au risque de faire des victimes.

Ses déclarations intempestives sur l’immigration en général, et sur celle en provenance du Mexique en particulier – qui amène, selon Trump, des meurtriers et des violeurs – ainsi que son intention de construire un mur entre le Mexique et les États-Unis ne l’empêchent pas de marquer des points.

Au contraire, un sondage Suffolk University/USA Today du 14 juillet le place devant le candidat Jeb Bush, ex-gouverneur de la Floride, fils de l’ex-président George Bush et frère d’un autre locataire de la Maison-Blanche, George W. Bush. Par ailleurs, Trump devance les 13 autres candidats républicains par au moins 6 points.

Donald Trump n’a rien à perdre. Il possède une fortune évaluée à près de 10 milliards de dollars. Il est devenu une célébrité en animant l’émission The Apprentice sur le réseau NBC. Il est l’anti-politicien qui vient brouiller les cartes et ajouter du piquant à une campagne qui s’annonçait plutôt tranquille chez les républicains.

Mais sa présence est loin de plaire à l’establishment du parti. La semaine dernière, le leader du Comité national des républicains, Reince Priebus, a demandé à Trump de faire attention à ses commentaires sur les immigrants latinos, dont les républicains ont grand besoin pour regagner la Maison-Blanche. En plus, de grandes entreprises comme NBC, Macy’s et la NASCAR l’ont largué en raison de ses propos.

Trump n’a cependant pas l’intention de ralentir la cadence, et encore moins de s’excuser. Il en rajoute. Sa dernière idée : faire payer 100 000 $ au Mexique pour chaque Mexicain qui franchit la frontière illégalement. Sans rire, il prédit même que s’il gagne, il va gagner la course avec le vote latino.

Donald Trump n’en est pas à une contradiction près. Son arrivée en politique le place face à toute une série de déclarations du passé pour lesquelles il doit aujourd’hui se justifier. En voici quelques-unes :

  • En 1999, il était pour une assurance-maladie universelle. Aujourd’hui, il est contre.
  • En 1999, il était pro-choix en matière d’avortement. Aujourd’hui, il est pro-vie.
  • En 1999, il souhaitait taxer les très riches. Aujourd’hui, il les taxerait le moins possible.
  • En 2010, il déclarait que le président Obama avait sorti le pays de la crise économique. Aujourd’hui, il affirme qu’il est un incompétent.
  • En 2012, il affirmait qu’Hillary Clinton était une femme formidable. Aujourd’hui, il affirme qu’elle a été la pire secrétaire d’État de l’histoire des États-Unis.

Pour l’instant, la présence de Donald Trump dans l’actuelle campagne est distrayante et divertissante. Mais quelles sont ses chances d’aller plus loin, et même, de l’emporter? Très faibles, selon la majorité des analystes politiques. Tous s’entendent pour dire que Trump va s’essouffler et, qu’après quelques débats, les Américains vont constater qu’il n’est pas sérieux.

Mais attention, l’histoire nous apprend qu’il faut se méfier de ces candidats mal aimés. En 1980, lors de l’élection présidentielle, l’acteur Ronald Reagan, qui avait pourtant été gouverneur de la Californie, a subi les sarcasmes de ces adversaires qui se moquaient de son statut de vedette de film de série B. En 2003, un autre acteur et culturiste, Arnold Schwarzenegger, est devenu gouverneur de la Californie. Alors, si ces deux personnages ont pu occuper de hautes fonctions publiques, pourquoi Donald Trump, un homme d’affaires qui a bâti un empire, ne pourrait-il pas faire de même?

Trump est, en effet, un électron libre, mais qui pose parfois des questions que les Américains veulent entendre. Par exemple, pourquoi avoir perdu le contrôle de l’Irak après y avoir dépensé des centaines de milliards de dollars et perdu 5000 hommes? Il n’est pas un politicien professionnel, et les Américains n’aiment pas beaucoup les politiciens de carrière en ce moment. C’est ce qui explique, entre autres, sa bonne performance dans les sondages.

Mais pour survivre, Donald Trump va devoir apprendre à faire un peu plus de politique et un peu moins de démagogie. Ce qui implique de ne pas toujours dire ce qu’il pense. Ce qui, dans son cas, est beaucoup lui demander. Ou peut-être les Américains préfèrent-ils un Donald Trump sans filtre?

Pour le meilleur ou pour le pire, ils vont devoir composer, pour l’instant, avec l’excentrique milliardaire qui prend toute la place. Jusqu’au moment où la saveur du mois aura peut-être perdu de son attrait.

Moments de grâce pour Obama

Mercredi 1 juillet 2015 à 13 h 28 | | Pour me joindre

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En chantant Amazing grace dans une église de la Caroline du Sud, vendredi dernier, le président Barack Obama rendait non seulement un émouvant hommage aux neuf victimes de la tuerie de Charleston, mais terminait du même coup la meilleure semaine de sa présidence.

Lundi, il a tout d’abord réussi à convaincre le Congrès de lui accorder la voie rapide (fast track) pour en arriver à une entente de libre-échange avec les pays de l’Asie et du Pacifique.

Un accord crucial pour les États-Unis qui tentent de consolider leur présence économique dans cette région du monde, où la Chine est très active.

Une entente qui pourrait représenter 40 % des exportations et importations du commerce américain.

Jeudi, une autre journée mémorable pour le président. La Cour suprême, dans une étonnante décision, maintenait tel quelle la loi sur l’assurance maladie (Obamacare). Ses opposants contestaient les subventions offertes par Washington aux États qui n’avaient pas mis en place leur propre système de marchés d’assurance.

L’Obamacare aura donc survécu à de nombreuses attaques judiciaires depuis son adoption en 2010. Cette assurance maladie a permis à plus de 10 millions d’Américains d’obtenir une couverture médicale. Cette réforme sera un des legs les plus importants de la présidence d’Obama.

Vendredi, est ensuite survenue l’encore plus étonnante décision de la Cour suprême ordonnant à tous les États de rendre légal le mariage pour les conjoints de même sexe. Le président qui, il y a trois ans, s’était dit en faveur des mariages gais, a déclaré que les Américains devaient être très fiers de ce jugement. « Love is love », a- t-il conclu.

Et toujours vendredi, ce moment inoubliable, historique, où le président des États-Unis a chanté devant une communauté d’Afros-Américains en deuil, en Caroline du Sud. Il a envoyé un message de paix et d’unité dans un moment de grande douleur. Il a montré au monde entier sa fierté d’être noir en chantant cet hymne religieux. Un rare moment, une rare semaine de grâce dans la vie d’un politicien.

Et au moment d’écrire ces lignes, Barack Obama annonce la réouverture de l’ambassade américaine à Cuba. L’actuel président passera-t-il à l’histoire comme un réformateur? Il est encore trop tôt pour l’affirmer, mais les derniers jours laissent croire aux Américains que tout est possible lorsqu’on a une vision et la Cour suprême de son côté.