Billets publiés en janvier 2015

Le retour d’Obama

Mercredi 21 janvier 2015 à 9 h 50 | | Pour me joindre

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Le président Barack Obama durant son discours sur l'état de l'Union
Le président Barack Obama durant son discours sur l’état de l’Union

Le président Obama semble être redevenu le politicien combatif et engagé que les Américains ont élu en 2008. Il montre à nouveau cette assurance qui lui a permis de gravir tous les échelons jusqu’au pouvoir ultime. Sa réforme de l’immigration, l’entente sur l’environnement avec la Chine, le rapprochement diplomatique historique avec Cuba et sa proposition pour imposer davantage les riches prouvent qu’il a réussi à imposer ses priorités ces dernières semaines. Résultat : son taux de popularité atteint 50 %. Un bond de 8 points comparativement aux derniers sondages.

Barack Obama n’était plus que l’ombre de lui-même depuis quelques mois. Ce tribun remarquable semblait condamné à lire passivement son télésouffleur. On ne lui sentait plus aucune passion. Les républicains, qui n’ont cessé de l’attaquer sur tous les fronts, ont réussi avec succès à dépeindre le chef de la Maison-Blanche comme un politicien incompétent, solitaire, aux idées socialistes. Pour les républicains, Obama est responsable de tous les problèmes aux États-Unis, même des cas d’Ebola au Texas.

Bref, celui qui incarnait l’espoir et le renouveau pour des millions d’Américains en 2008 avait perdu tout son éclat à l’automne 2014. Certains diront par sa propre faute. Obama a été blâmé pour les avancées du groupe armé État islamique en Syrie et en Irak. L’ex-secrétaire d’État Hillary Clinton et l’ex-secrétaire à la défense Robert Gates ont critiqué durement leur ancien patron pour ne pas être intervenu afin de ralentir ce groupe qui terrorise une partie du Proche-Orient.

Un bouc émissaire

On lui a reproché de ne pas avoir suffisamment tendu la main au Congrès pour créer des alliances et faciliter les relations et l’adoption de projets de loi et de réformes. Barack Obama ne sera jamais Bill Clinton. Il ne possède pas cet art du compromis et de la négociation qui a permis à son prédécesseur démocrate de survivre à un Congrès républicain qui lui était aussi très hostile en 1994.

Ce rôle de bouc émissaire du président Obama été cristallisé lors de la défaite des démocrates aux élections de mi-mandat, en novembre dernier. Ses propres troupes ne souhaitaient pas le voir faire campagne à leurs côtés tant son impopularité était grande. La défaite des candidats démocrates a été cuisante. Paradoxalement, cet électrochoc semble lui avoir redonné l’énergie pour se battre.

Mardi soir, le président a livré un de ses meilleurs discours sur l’état de l’Union. Une allocution aux idées progressistes, à la limite de la provocation pour plusieurs républicains. À l’aise, enthousiaste, sûr de lui, il a présenté un menu législatif audacieux à un Congrès qu’il ne contrôle pas. Augmentation du salaire minimum, aide financière aux parents pour les garderies, égalité du salaire entre hommes et femmes sont toutes des mesures pour aider la classe moyenne à se relever de la crise économique, qui est maintenant chose du passé, a répété Barack Obama.

Ces idées libérales ne deviendront probablement jamais loi sous un Congrès à majorité républicaine. D’autant plus que le chef de la Maison-Blanche propose de taxer les mieux nantis pour les financer. Cela horripile la droite américaine. Ce menu législatif est irréaliste dans le contexte politique actuel aux États-Unis. Ce discours a cependant le mérite de mettre en place les grands enjeux pour l’élection présidentielle de 2016.

À défaut de faire adopter ces nouvelles propositions, le président démocrate promet d’imposer son veto à toute loi qui pourrait menacer son héritage, dont la réforme de l’immigration et la création de l’assurance-maladie (Obamacare) à laquelle plus de 10 millions d’Américains non assurés ont adhéré.