Billets publiés en novembre 2014

Michaëlle Jean , nouvelle secrétaire générale de l'Organisation internationale de la francophonie
Michaëlle Jean , nouvelle secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie

Michaëlle Jean devient la première femme à diriger le « boy’s club » de la Francophonie. C’est un exploit. La Francophonie ne compte qu’une femme chef d’État, la présidente de la République centrafricaine, un pays suspendu par l’OIF. Ce sont donc exclusivement des hommes, 44 chefs d’État et de gouvernement, qui ont nommé la Canadienne pour succéder au Sénégalais Abdou Diouf.

Mme Jean a remporté sa première bataille au Canada. C’est ici qu’elle a mené sa première campagne. Au départ, le gouvernement conservateur de Stephen Harper n’était pas convaincu de vouloir appuyer, encore moins financer, la candidature de l’ex-gouverneure générale nommée par le libéral Paul Martin. L’ancienne journaliste est peut-être devenue fédéraliste, mais elle n’est pas réputée pour ses convictions de droite.

L’appui du gouvernement québécois n’était pas non plus gagné d’avance. L’ex-ministre des Relations internationales Jean-François Lisée, que j’avais questionné sur le sujet, refusait d’appuyer sa candidature. L’arrivée au pouvoir du gouvernement de Philippe Couillard a changé la donne pour Mme Jean. Convaincre Ottawa, le Québec et le Nouveau-Brunswick, les trois gouvernements membres en règle de la Francophonie, a été son premier exploit.

Ce « consensus canadien » a été la principale force de sa campagne, jusqu’à la fin. Le front commun canadien, avec l’appui discret de la bureaucratie de l’OIF, a fini par faire plier la France, qui, jusqu’à vendredi, privilégiait un hypothétique « candidat du consensus africain ».

Michaëlle Jean a été la seule candidate à faire véritablement campagne dans plusieurs pays stratégiques, avec un programme axé sur une francophonie plus « économique ». Son mandat ne sera pas facile, car elle aura des moyens diminués. Elle parle cinq langues, se dit du Nord et du Sud.  Elle se battra avec conviction pour la diversité culturelle, dans une mondialisation qui menace les identités plus fragiles.

Cela n’enlève rien aux qualités de sa candidature de dire qu’elle devient la numéro un de la Francophonie par défaut. Si les Africains avaient réussi à se rallier derrière une candidature africaine, Michaëlle Jean ne l’aurait pas emporté.

Les gens des délégations du Québec et du Canada étaient inquiets depuis leur arrivée à Dakar. Ils ont vu à quel point les Africains tenaient à un candidat de leur continent. Ils ont constaté aussi à quel point certaines politiques du gouvernement Harper nuisaient à la candidature de Michaëlle Jean. Le retrait du Canada de plusieurs pays africains et, surtout, la récente décision de suspendre les visas des ressortissants des trois pays touchés par l’Ebola ont hanté la candidature de la Canadienne.

La France, qui finance 53 % du budget de l’OIF, appuyait l’idée d’un candidat africain… jusqu’à hier. La chute de Blaise Compaoré, président du Burkina Faso chassé du pouvoir par la colère de la rue il y a quelques semaines, a rendu difficile la promotion, à tout prix, d’un des candidats africains. L’un avait gagné le pouvoir par un violent coup d’État. Trois autres étaient issus de régimes connus pour les abus de pouvoir et les violations des droits de l’homme.

Le candidat de dernière minute, que la France a beaucoup cherché, n’est jamais venu. Les Africains ont été incapables de faire leur propre consensus.  Sans doute parce qu’aucun des candidats africains n’était assez fort pour s’imposer.

Au-delà des jeux de pouvoir et de coulisses, au-delà de cette « défaite africaine », la Canadienne d’origine haïtienne s’est imposée aussi parce que c’est une femme noire. Michaëlle Jean a réussi à convaincre un grand nombre d’Africains et beaucoup, beaucoup d’Africaines, qu’elle était une des leurs. C’est peut-être là son plus grand exploit.

Cette affaire sordide est l’une des histoires les plus importantes du Mexique depuis de nombreuses années.

Non seulement la police municipale d’Iguala, dans l’État du Guerrero, a mitraillé les autobus dans lesquels se déplaçaient les étudiants et a fait six morts, mais elle en a fait littéralement disparaître 43 autres.

Même au Mexique, c’est difficile de faire disparaître des personnes, la spécialité des narcotrafiquants. Mais 43 d’un coup, c’est un comble.

Tout ça parce qu’on les soupçonnait de vouloir perturber une activité du maire et de son épouse.

Cela fait des années qu’on sait et qu’on dit que les corps de police et la politique à bien des niveaux sont infiltrés par le crime organisé. Le phénomène touche des milliers de municipalités et bien des États.

Celui qui a donné l’ordre d’arrêter les étudiants, le maire d’Iguala, et son épouse sont en prison. Des dizaines d’agents de la police municipale également. Cette affaire est la preuve éclatante de cette infiltration.

Il faut être sur place pour sentir cette terreur sourde des habitants d’Iguala, qui savent et voient des choses horribles tous les jours dans leur ville et dans les environs. Et personne ne veut, personne ne peut en parler.

Il faut être sur place aussi pour sentir la détresse des familles des 43 disparus, dans l’angoisse depuis maintenant cinq semaines. Ils sont persuadés que leurs enfants sont encore vivants, malgré la version officielle qui les a décrétés morts.

 

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Au lendemain des élections de mi-mandat, le président Obama s'adresse à la presse.
Au lendemain des élections de mi-mandat, le président Obama s’adresse à la presse.

C’est en nombre record que les Américains n’ont pas voté aux élections de mi-mandat. C’est tout juste si un électeur sur trois a pris la peine de faire connaître ses choix. Les Américains n’aiment pas ce que font leurs représentants à Washington. Ils ne leur font pas confiance. Une méfiance – ou une indifférence – exprimée en ne faisant pas de détour vers un bureau de vote mardi dernier.

On estime que 3,7 milliards de dollars ont été injectés dans cette campagne de mi-mandat. C’est la plus coûteuse de l’histoire. C’est tellement d’argent, que plusieurs stations de télé n’avaient plus de place pour diffuser d’autres publicités. Un grand, très grand, feu d’artifice. Un spectacle qui n’a pas fait courir les foules.

Au lendemain d’une cuisante défaite pour son parti, Barack Obama a lancé aux spectateurs absents « qu’il les avait aussi entendus ». Selon le président, les Américains veulent que les élus travaillent aussi fort qu’eux. Il faut donc mettre fin à l’obstruction systématique d’un parti quand l’autre avance ses idées. Les républicains, le torse bombé par leur victoire, emploient aussi le même langage. Mais lisez entre les lignes, et vous conclurez probablement que ce sont des promesses faites avec les doigts croisés derrière le dos.

Dans un long point de presse au lendemain de la défaite, Barack Obama n’avait pas l’air d’un dirigeant penaud, qui vient de se faire réprimander. Pas du tout l’image d’un homme qui a compris qu’il doit changer sa façon de faire. Au contraire, il dit attendre les suggestions républicaines. Il répète des idées déjà écartées par ceux d’en face. La main du président est tendue, mais il n’avance pas.

En fait, le président est même provocateur. Il promet de signer sous peu un décret pour normaliser la présence aux États-Unis de millions de sans-papiers. La question a trop souvent été repoussée et Obama dit qu’il ne veut plus attendre. C’est une question très chère aux démocrates (leur électorat aime l’idée) et aussi très délicate pour les républicains (leur électorat déteste l’idée). « Quand vous jouez avec des allumettes, vous risquez de vous brûler », avertit l’un des dirigeants républicains, John Boehner.

Son collègue Mitch McConnell est aussi franc : si le président agit seul, il va tuer dans l’œuf les efforts de collaboration sur cette question. McConnell, c’est le politicien qui avait promis de tout faire pour assurer qu’Obama n’obtienne pas un second mandat, rappelle une collègue de CBC.

Les républicains campent aussi sur des positions qui irritent les démocrates. Ils parlent encore de tout faire pour miner la réforme du système d’assurance maladie, l’héritage du président Obama. Ces efforts vont assurément être bloqués par le veto présidentiel. Pas de branche d’olivier tendue, pas de geste de bonne volonté de la part des gagnants.

Regardez aussi les sujets mentionnés comme de possibles terrains d’entente : négociation de libre-échange, réforme fiscale… Ce sont des champs importants, mais qui ne sont pas exactement sur la liste des choses que les Américains discutent autour d’une bière ou d’un café. Comparez avec la liste des grands problèmes aux États-Unis : changements climatiques, inégalités économiques, dette gigantesque. Dans ces domaines, les deux partis conservent leurs visions distinctes.

C’est un peu comme si les deux partis se tendaient la main, sans vouloir franchir la distance qui les sépare. Après les feux d’artifice, le spectacle reprend sur cette grande scène qu’est Washington.

Me trouvez-vous trop peu optimiste?

Fin de l’isolement, pas de la peur

Vendredi 7 novembre 2014 à 7 h 09 | | Pour me joindre

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SRCLanglois

Sophie Langlois au contrôle de température à l'aéroport de Conarky

Sophie Langlois au contrôle de température à l’aéroport de Conarky

Cela fait aujourd’hui 21 jours, le temps d’incubation du virus Ebola, que nous sommes sortis de la Guinée. Le caméraman Frédéric Tremblay, moi et nos familles pouvons reprendre une vie normale. J’espère que ceux qui ont eu peur que nous les contaminions oseront nous donner la main dans les prochains jours. Qu’ils sauront réprimer le réflexe de reculer d’un pas ou deux en nous voyant approcher, comme cela est encore arrivé à mon conjoint dans la cour d’école cette semaine.

Malheureusement, ce n’est pas parce que les risques de contagion au Canada sont presque nuls que la peur va disparaître. Cette période d’isolement volontaire m’a permis d’observer, de prendre conscience que la peur de l’Ebola ne s’éteindra pas de sitôt. Parce qu’elle est entretenue par ceux-là mêmes qui prétendent vouloir la combattre, à commencer par les médias et le gouvernement canadien.

On a beaucoup parlé de la responsabilité des médias, qui ont d’abord tardé à s’intéresser à l’épidémie d’Ebola et qui, subitement, en ont beaucoup parlé, quand des Blancs ont été contaminés. Sur un ton parfois alarmiste. Surtout quand le virus est débarqué aux États-Unis et en Espagne.

Il faut dire que les images de soignants couverts d’habits protecteurs qui donnent l’impression qu’ils s’en vont en guerre bactériologique n’aident pas. Dire que les risques de contagion au Canada sont minimes sur des images apocalyptiques ne sert à rien. Je crois que les médias ont appris de leurs erreurs et font maintenant extrêmement attention de ne pas créer de panique inutile.

Certaines mesures du gouvernement fédéral envoient aussi des messages contradictoires. Cette semaine, la ministre de la Santé Rona Ambrose a annoncé qu’Ottawa allait investir 30,5 millions de dollars pour mieux préparer le pays à combattre l’Ebola. Trois millions seront consacrés à une campagne publicitaire.

« Nous voulons que les Canadiens connaissent les faits sur l’Ebola, a dit Mme Ambrose, comment le virus se transmet, ses symptômes, toutes les informations nécessaires pour réduire la peur de contracter le virus, pour réduire le stigmate subit par les travailleurs qui reviennent de ce pays. » Un stigmate nourrit en partie par ce même gouvernement qui dit vouloir le combattre.

Suspendre l’émission de visas aux ressortissants des trois pays où sévit l’épidémie d’Ebola ne fait que « procurer aux Canadiens un sentiment de sécurité artificiel », a déclaré l’Organisation mondiale de la santé. L’organisme a aussi demandé au gouvernement fédéral d’expliquer cette décision, qui n’est pas scientifiquement justifiée.

« Nous ne croyons pas que la propagation d’Ebola peut être freinée en imposant des restrictions de voyage, a précisé la Dre Isabelle Nutall, de l’OMS. Ces mesures pourraient avoir des conséquences plus graves que si les voyageurs avaient pu se déplacer librement, », selon l’organisme onusien.

Ce que cette mesure fait efficacement, par contre, c’est renforcer la peur envers ceux qui viennent ou reviennent de ces pays. Cela entretien la fausse impression que d’avoir vécu dans l’un de ses pays, quelques jours ou quelques années, vous rend forcément suspect, comprendre contagieux.

Au risque de se répéter, il faut avoir été en contact avec les liquides corporels d’un patient ayant des symptômes pour être possiblement infecté. Seulement 0,11 % des Guinéens ont eu l’Ebola depuis le début de l’épidémie. Et 99,89 % des Guinéens mènent des vies normales et ne sont ni malades ni contagieux. Mais les autorités ne prennent aucun risque.

À l’aéroport de Conakry, on prend la température des voyageurs trois fois avant de les laisser embarquer dans l’avion. Une procédure rigoureuse, effectuée avec des appareils de qualité, dont une caméra thermique. Et les voyageurs venant de ces pays sont aussi contrôlés à leur arrivée au Canada, puis suivis régulièrement pendant les 21 jours de l’incubation du virus, si c’est jugé nécessaire par les agents de quarantaines de l’Agence de santé du Canada.

À vouloir trop rassurer, on entretient la peur. Comme cette précision à la fin d’un communiqué du ministère des Affaires étrangères décrivant l’aide canadienne transportée par un avion Hercules CC-130J des Forces armées, partant de Trenton en Ontario. « Pour minimiser les risques, l’avion va atterrir dans la zone non contaminée de l’aéroport international de Freetown en Sierra Leone ».

La zone non contaminée? Comme s’il y avait une partie contaminée à l’aéroport. Comme si le virus pouvait se trouver sur le tarmac et sauter sur les militaires canadiens, qui sont sortis de l’avion habillés de combinaisons protectrices, pourtant obligatoires seulement en présence de malades de l’Ebola.

Ces mesures, qui visent à rassurer les Canadiens, entretiennent plutôt leur peur, en envoyant le message que l’Ebola peut s’attraper n’importe où, n’importe comment. Vivement la publicité qui dira les faits sur les modes de transmission de l’Ebola.