Billets publiés en septembre 2014

Le calme feutré des collines verdoyantes rehaussées de clochers vieux de plusieurs siècles, la présence tranquille de troupeaux de moutons, les routes sinueuses et pratiquement désertes… Tout cela donne l’impression, en arrivant près de la capitale Édimbourg, que rien ne peut bouleverser l’ordre des choses en Écosse.

Et pourtant.

Cette région a été le théâtre de cruelles batailles entre divers royaumes, particulièrement entre Écossais et Anglais. Et même si le débat référendaire actuel n’a plus rien à voir avec les guerres médiévales, le potentiel de divisions historiques est bien réel.

Le débat entre partisans et opposants à l’indépendance est toutefois resté très civilisé. Comme me le dit le chauffeur de taxi qui me mène vers la capitale : « Avec tout ce qui se passe dans le monde actuel, c’est extraordinaire de pouvoir changer autant de choses avec seulement un crayon et un bulletin de vote! »

Il y a bien eu quelques engueulades bien senties sur les trottoirs de l’East End de Glasgow et des frustrations évidentes de partisans du non qui n’osent pas afficher leurs couleurs de peur d’être étiquetés anti-Écosse. Mais on n’entend pas parler de familles déchirées par ce débat comme ça a été le cas au Québec en 1995. Peut-être parce qu’il n’y a pas de facteur linguistique qui divise les Écossais des Anglais. C’est ce que croient plusieurs analystes que j’ai consultés et qui avaient suivi les campagnes référendaires québécoises dans le passé.

Autre différence majeure, l’Écosse a déjà été un pays indépendant. Pendant trois siècles. On sait que c’est possible. Même les partisans du non le reconnaissent.

On s’attend à ce que plus de 90 % des 4,3 millions de personnes inscrites sur les listes exercent leur droit de vote.

Tout le monde vous le dira, ici, et mon chauffeur de taxi le premier, quel que soit le résultat du vote, au final, c’est toute l’Écosse qui gagne à l’issue de cette campagne référendaire. D’abord parce que la législature écossaise obtiendra plus de pouvoirs, de toute façon, promesse de Westminster… et surtout, parce que la majorité des Écossais est maintenant plus politisée que jamais. La politique, au sens noble du terme, n’a jamais été aussi vivace que maintenant au pays du kilt et du whisky.

En complément : quelques unes de journaux qui illustrent la place du référendum dans les médias




Réveiller le guerrier las des combats

Mercredi 10 septembre 2014 à 15 h 29 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Les combattants de l'EI poursuivent leur progression en Irak (juin 2014). Photo : REUTERS/Stringer

Les combattants de l’EI poursuivent leur progression en Irak (juin 2014). Photo : REUTERS/Stringer

Il n’a fallu que quelques jours pour qu’un vent guerrier, belliqueux, souffle sur la Maison-Blanche et l’ensemble du Congrès. C’est l’impact de deux vidéos montrant la décapitation d’otages américains. Barbare, moyenâgeux, dégoûtant. Les qualificatifs ne suffisent pas pour décrire l’horreur qu’ont connue deux journalistes, venus témoigner des difficultés des citoyens de cette partie du monde.

La diffusion de ces images représente « une erreur stratégique géante », disent certains. Une erreur, parce que ces images ont choqué, réveillé les Américains. Eux qui tentaient d’oublier les coûteuses aventures militaires d’Irak et d’Afghanistan. Mon collègue Christian Latreille en parlait récemment : les Américains veulent que leur pays en fasse bien plus contre ces extrémistes.

Jetez un oeil aux récents sondages. Ils montrent aussi que les Américains ont peur. Peur comme jamais depuis les attentats de septembre 2001. Peur de ces djihadistes qui veulent former un califat, peur d’une attaque en sol américain.

C’est peut-être une erreur stratégique ou alors une provocation calculée des extrémistes sunnites. Peu importe, ils ont fait peur à un géant militaire. Un géant nostalgique de sa puissance et de son influence de jadis. Les Américains retournent donc sur le sentier de la guerre, mais peut-être à reculons. L’idéologie de ces extrémistes « c’est tellement répugnant et mauvais », lance Jerry Hanaver, un retraité du New Hampshire. « Si la guerre est vraiment nécessaire et méritée, alors, être tanné de la guerre n’est plus une raison pour ne pas la faire. » « C’est difficile, souligne Christine Hall, aussi du New Hampshire. Une partie de moi pense qu’on ne doit pas être le gendarme du monde. Mais si on ne l’est pas, qui le sera? »

Les cyniques peuvent demander si Washington aurait réagi autrement si tout cela ne s’était pas produit si près d’une importante campagne électorale. Les démocrates pourraient perdre le contrôle du Sénat en novembre. Leur président est impopulaire. Ce conflit peut lui donner l’occasion de redorer son blason.

Le président des États-Unis, Barack Obama

Le président Obama est sur le point de lancer sa première guerre depuis son arrivée à la Maison-Blanche. Une guerre qu’il ne souhaite probablement pas, mais qui est devenue inévitable face à la menace que représente l’État islamique (EI).

C’est en quelque sorte une revanche de l’histoire pour ce président et Prix Nobel de la paix (2009) qui promettait de tout faire pour se distancer de l’attitude va-t-en-guerre de l’administration Bush.

Mais la décapitation de deux journalistes américains par l’EI, cet été, a révolté l’opinion publique aux États-Unis. Selon un récent sondage Washington Post/ABC, plus de 70 % des Américains sont pour des frappes aériennes contre l’État islamique.

Obama ne peut plus rester les bras croisés. Il doit combattre les extrémistes au Proche-Orient de peur qu’ils ne frappent aux États-Unis.

Les bombardements aériens ne seront cependant pas suffisants pour éliminer les islamistes qui contrôlent une partie de l’Irak et de la Syrie. Le président le reconnaît.

Pas question de troupes américaines sur le terrain pour le moment, affirme Obama. Mais combien de temps l’Amérique pourra-t-elle combattre sans soldats au sol?

Notre dossier

« Nous n’avons pas encore de stratégie »

Après avoir dit publiquement, il y a une dizaine de jours, qu’il n’avait pas de stratégie pour intervenir en Syrie, Barack Obama a été attaqué de toutes parts.

Ses adversaires, et même certains démocrates, lui ont reproché son indécision et son manque d’agressivité contre la menace terroriste.

Le président Obama a la réputation de peser et de soupeser toutes ses décisions, pour le meilleur ou pour le pire. Il a pris 14 mois avant d’envoyer de nouvelles troupes en Afghanistan en 2010. Le célèbre journaliste américain Bob Woodward (Watergate) a écrit un livre de plus de 350 pages sur le processus qui a mené à cette décision.

Bref, Barack Obama n’est pas un dirigeant impulsif. Mais est-il un président indécis, qui consulte trop ou qui est trop prudent, comme lui en a fait le reproche l’influente sénatrice démocrate Dianne Feinstein?

Obama, le guerrier

Son discours s’est durci depuis ces critiques. Obama s’apprête à dévoiler, enfin diront certains, sa stratégie pour lutter contre l’État islamique, la plus importante menace qui pèse sur les États-Unis depuis Al-Qaïda.

De l’aveu même du président, la guerre contre ce nouvel ennemi sera longue, mais elle doit être gagnée.

Pendant que, chez lui, on l’accusait d’avouer publiquement qu’il n’avait pas de stratégie, Obama bâtissait une coalition au sein des pays de l’OTAN prêts à appuyer les États-Unis. Parviendra-t-il à obtenir l’appui du Congrès?

Les républicains, qui critiquent son indécision, pourraient vouloir encore une fois embarrasser Obama, l’hésitant, qui est maintenant prêt à partir en guerre.

Quoi qu’il en soit, ce président, qui s’est présenté une première fois devant le peuple américain comme un homme de paix, s’apprête à laisser à ses successeurs un héritage semblable à celui que George W. Bush lui a transmis en matière de guerre contre le terrorisme.