Billets publiés en février 2014

La télévision ukrainienne joue en boucle les images des funérailles qui se succèdent. Les funérailles de l’« escadron du ciel ». C’est comme ça qu’ils appellent ceux qui sont tombés la semaine dernière et dont la mort a marqué la fin du régime Ianoukovitch.

Se succèdent leurs biographies, leurs photos. La plupart étaient jeunes, très jeunes, des étudiants, des ouvriers de la construction. Presque tous sont morts d’une balle dans la tête ou au cou, l’œuvre d’un tireur embusqué sur un des toits entourant la place de l’Indépendance.

La place Maïdan commence petit à petit à se vider. Il reste des montagnes de fleurs, des milliers de lampions et les pavés arrachés. Et quelques dizaines de jeunes, casque vert vissé sur la tête et accoutrement simili militaire hétéroclite, dont des protège-genoux et protège-coudes noirs, « trophées de guerre » pris sur les hommes des forces spéciales honnies, les « Birkout », démobilisés manu militari après les combats de la semaine dernière.

Ces jeunes, c’est l’« autodéfense de Maïdan ». Eux sont loin d’être démobilisés. On les voit un peu partout dans la ville de Kiev, foulard jaune autour du cou et carte plastifiée sur la poitrine où il est écrit en cyrillique « samoabarona », autodéfense. Ils dirigent le trafic au côté de la police, surveillent l’entrée de la Banque centrale et de la Présidence toujours vides.

Plusieurs dizaines entourent l’édifice du Parlement où se trouve, depuis samedi, le centre du pouvoir ukrainien. Ils surveillent leurs députés qui eux votent presque sans interruption… de la destitution du président Ianoukovitch à la dissolution de Birkout, en passant par le retour à la constitution de 2004 et à la nomination du nouveau président par intérim, nouveau ministre de l’Intérieur et, dans quelques heures, nouveau gouvernement au grand complet.

Le nouveau président par intérim annonce ses couleurs : l’Ukraine reprendra immédiatement le chemin de l’Europe. Les gardes populaires écoutent les débats retransmis par haut-parleurs, applaudissent, discutent, se réchauffent autour des vieux barils rouillés à l’intérieur desquels les flammes sont un rappel. Il y a moins d’une semaine, c’est leur chère place de l’Indépendance qui brûlait. Aujourd’hui, l’avenir est un peu moins incertain, mais à peine.

« Si les Russes envoient leurs troupes, on va défendre Kiev », dit Oleg, 27 ans, ouvrier de la construction qui a lâché son travail pour s’enrôler dans l’autodéfense il y a deux mois déjà. À voir l’arme dont il dispose, un grand bâton de bois, il y a comme un doute. C’est que Moscou se fait menaçante. Le premier ministre russe, Dmitri Medvedev, l’a dit, il ne reconnaît pas ce pouvoir qui s’est emparé de l’Ukraine par la force, ne respectant aucunement l’accord de la semaine dernière, l’accord que l’envoyé spécial de Vladimir Poutine a pourtant refusé de signer.

Le ton monte, la Russie menace de sanctions économiques. L’ours russe se réveille de son sommeil hivernal. Pourtant il a fait un beau rêve : Sotchi et ses Jeux olympiques d’hiver. Vladimir Poutine peut être fier. La première place au podium des médailles, des Jeux grandioses. Il a gagné son pari olympique, mais a perdu l’Ukraine. Son réveil risque d’être brutal.

Que s’est-il passé? N’avait-il pas promis 15 milliards de dollars en novembre dernier pour aider l’économie ukrainienne au bord de la banqueroute et pour détourner Kiev de son projet de partenariat avec l’Union européenne?

Dimanche soir, moins de 48 heures après la fuite de Ianoukovitch, un orateur-surprise s’est adressé à la foule de Maïdan, Mikhaïl Saakashvili, ancien président de la Géorgie et ancienne bête noire du Kremlin. En ukrainien, il a lancé aux milliers de gens toujours massés malgré le froid : « Le cœur de l’Europe bat aujourd’hui non pas à Bruxelles, à Berlin ou à Paris, mais ici, à Kiev! »

C’était le soir de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques. Au travers des feux d’artifice, Vladimir Poutine ne l’a peut-être pas entendu. Mais j’ai comme un doute…

Comme d’habitude, la rencontre irrite au plus haut point les dirigeants chinois. Pékin parle de « grossière ingérence » de la part des États-Unis dans les affaires étrangères de la Chine, d’une visite qui risque de porter atteinte aux relations bilatérales entre les deux pays.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a même été jusqu’à demander à Washington de carrément annuler la rencontre vendredi matin. « La Chine est fermement opposée à la réception à la Maison-Blanche du dalaï-lama, a indiqué le ministère. Nous exhortons les États-Unis à prendre en compte de façon sérieuse nos inquiétudes. »

Jeu politique

Si la menace est ouverte, le jeu politique du président américain l’est tout autant. Barack Obama sait bien qu’en recevant le dalaï-lama, il créera des remous de l’autre côté de l’océan. Il a accueilli le chef spirituel en 2010 et 2011, et chaque fois, les visites ont soulevé la colère de Pékin.

À cela, il faut ajouter les tensions croissantes entre les deux pays. Après des années d’absence en Asie, les États-Unis ont annoncé qu’ils voulaient renforcer leur présence militaire dans l’océan Pacifique.

Une décision qui survient alors que la Chine tente de reconquérir certaines parcelles de territoire dans la région et qu’elle a créé une zone de contrôle aérien qui empiète du côté du Japon, allié de Washington.

Concession de Washington

Question de calmer le jeu, la Maison-Blanche a néanmoins tenu à souligner que le président américain rencontrait le dalaï-lama « en tant que chef religieux et culturel respecté internationalement », et que le Tibet « faisait partie de la République populaire de Chine ».

Barack Obama a aussi choisi de recevoir le dalaï-lama dans la salle des cartes de la Maison-Blanche. Une pièce jugée moins symbolique que le bureau ovale.

Washington a cependant indiqué qu’il était « inquiet des tensions persistantes et de la détérioration de la situation des droits de l’homme dans les zones tibétaines de la Chine ».

La hantise de Pékin

Malgré un exil de 55 ans en Inde, le dalaï-lama continue de générer la hantise dans les différentes sphères politiques en Chine. Il est considéré par Pékin comme un dangereux séparatiste, un homme qui a toujours le pouvoir de générer la révolte dans le pays.

C’est pourquoi depuis vendredi matin, tous les sites des médias étrangers sont censurés en Chine. Impossible d’accéder aux différentes pages d’actualité. Les autorités ont tout bloqué pour s’assurer que le message du chef religieux ne soit pas entendu dans l’Empire du Milieu.

Depuis son départ en 1959, le dalaï-lama réclame une véritable autonomie pour le Tibet. Il dénonce le système de répression mis en place par Pékin et juge que la Chine tente par tous les moyens de détruire la culture dans la région.

En signe de désespoir, 120 Tibétains se sont immolés depuis 2009 pour dénoncer les politiques de Pékin.

À voir la carte publiée par Reporters sans Frontières (RSF), on pourrait croire que certains pays ont le cancer lorsqu’il s’agit de liberté de presse. Parmi ceux-ci, la Chine, l’endroit le plus populeux de la planète et deuxième économie du monde.

Le pays occupe cette année le 175e rang du classement, en baisse de deux positions principalement due à la censure et parce que « l’ancien Empire du Milieu […] continue d’emprisonner les voix dissidentes », écrit RSF, comme celle de Xu Zhiyong, universitaire et avocat condamné récemment à quatre ans de prison.

L’universitaire et avocat a été déclaré coupable de « rassemblement illégal visant à perturber l’ordre public » il y a trois semaines. Mais, selon son avocat, il s’agit là de « pur théâtre » de la part de l’État chinois. Son client, croit-il, est plutôt devenu la cible du gouvernement après avoir créé le « Mouvement des nouveaux citoyens ». Un groupe qui réclame plus de transparence dans le pays et la fin de la corruption chez les dirigeants du Parti communiste.

Et ironiquement, alors qu’il est question de censure dans le classement de Reporters sans frontières, les Chinois ont eu droit à un nouvel exemple de l’imposant système mis en place pour contrôler ce qui est diffusé dans le pays. Selon le China Digital Times, les autorités ont demandé ce matin aux médias locaux de supprimer tous les articles reliés au palmarès qui traite de liberté de presse et du droit à l’information. Une directive qui semble avoir été suivie à la lettre, puisque les principaux médias chinois ont été muets à ce sujet.

Ce contrôle serré de l’État ne date évidemment pas d’aujourd’hui en Chine, mais le gouvernement est plus que jamais conscient des disparités entre riches et pauvres dans le pays et, selon certains analystes, le régime craint de perdre le contrôle s’il permet la critique ou même les rassemblements. Une espèce de paranoïa qui a mené à la création d’un système de surveillance parmi les plus hermétiques de la planète, que décrie RSF.

Le Canada et les États-Unis

Le Canada, pour sa part, gagne deux positions (18e rang), alors que les États-Unis reculent. La condamnation du soldat Bradley Manning, la traque face à Edward Snowden et le scandale des relevés téléphoniques d’Associated Press saisis par le département de la Justice ont fait en sorte que notre voisin du sud a perdu 13 places. Il se situe maintenant en 46e position.

Une fois de plus c’est l’Érythrée qui arrive dernière cette année, tout juste après la Corée du Nord, le Turkménistan et la Syrie.

La liberté de presse dans le monde, telle qu'illustrée  par Reporters sans frontières.
La liberté de presse dans le monde, telle qu’illustrée par Reporters sans frontières.

 

 

Comme au bon vieux temps de la guerre froide

Mercredi 5 février 2014 à 16 h 03 | | Pour me joindre

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Les Américains pensent beaucoup aux Jeux de Sotchi depuis quelques semaines, mais ce n’est pas vraiment aux espoirs de médailles qu’ils s’intéressent.

Ils passent beaucoup de temps à relever les failles dans la préparation des Jeux, à dénoncer tout ce qui cloche à leurs yeux dans la société russe. Dernier point sur la liste : les Russes refuseraient le yogourt des Américains!

Avec ces Jeux, c’est comme si les Américains étaient revenus à l’époque de la guerre froide. Ils se sont trouvé un ennemi commun. Du moins, temporairement.

Des policiers patrouillent les installations olympiques de Sotchi, à quelques jours du début des Jeux.
Des policiers patrouillent dans les installations olympiques de Sotchi, à quelques jours du début des Jeux.

Les présidents Obama et Poutine ne s’entendent pas. C’est bien connu. Pensez aux différends sur la Syrie, au sort du fugitif Edward Snowden.

Barack Obama avait beaucoup de raisons pour justifier son absence de la cérémonie d’ouverture des Jeux. Aux yeux de bien des Américains, leur président ne sera pas en Russie parce qu’il veut dénoncer la controversée loi russe qui interdit la « propagande homosexuelle ».

En fait, ni Obama ni son vice-président n’y seront. Du rarement vu dans aux Olympiques. Celle qui mène la délégation américaine est une « ancienne » membre du Cabinet d’Obama. Un véritable pied de nez à la Russie de Vladimir Poutine.

Dans ce dossier, la Maison-Blanche a bien compris comment marquer des points de manière subtile. Ainsi, un communiqué sur la délégation américaine souligne que Team USA représente « la diversité que sont les États-Unis ». Cette carte, Barack Obama l’a aussi jouée lors de son discours sur l’état de l’Union :

« Nous croyons en la dignité et l’égalité de tous les êtres humains, peu importe leur race, leur religion ou leur orientation sexuelle. La semaine prochaine, le monde verra une expression de cet engagement lorsque Team USA marchera en rouge, blanc et bleu dans le stade olympique et rapportera l’or à la maison. »

Encore une fois, les Américains applaudissent!

Depuis quelques semaines, les Américains s’interrogent beaucoup sur les risques d’attentats à ces Jeux. Une majorité croit qu’un attentat est inévitable.

La préoccupation est justifiée, mais elle frôle l’obsession, même dans un pays habitué à enlever ses souliers au nom de la sécurité aérienne. Certaines familles d’athlètes ont souligné publiquement qu’elles n’iraient pas à Sotchi. La raison? La présence de proches dans une zone à risque pourrait déconcentrer les athlètes.

Le Congrès s’est aussi penché sur la question. De hauts gradés ont témoigné. Plusieurs élus jugent les risques trop grands. Ils n’iraient pas à Sotchi, même si on payait toutes leurs dépenses.

La question a même été posée à Barack Obama : « Est-ce que vous recommanderiez aux amis de vos enfants d’aller à Sotchi? » La réponse du président était très nuancée. « Malgré les préparatifs russes, a-t-il dit, il y a des risques. Ça serait plus sécuritaire aux États-Unis. »

Officiellement, le président ne veut pas décourager les Américains d’assister aux Jeux. Il les juge sécuritaires. Mais la Maison-Blanche fait aussi beaucoup pour souligner les risques. On a publié des avis aux voyageurs, des suggestions sur les tenues vestimentaires appropriées.

On a aussi beaucoup publicisé les mesures pour secourir les ressortissants, en cas d’urgence, notamment le fait que la marine a des navires dans la mer Noire, non loin.

L’appétit des Américains pour des nouvelles négatives venant de Sotchi semble bien grand. Ils sont nombreux à démoniser Poutine, à décrier le sort réservé aux dissidents et aux manifestants.

Ils sont encore plus nombreux à rire des multiples (et parfois risibles) retards dans les préparatifs. Même ce qui roule bien à Sotchi est souligné par la négative. « Une prévision de désastre qui ne s’est pas réalisée », titre la sérieuse NPR.

Tout ça, c’est le genre de matériel qui s’échange très vite sur les médias sociaux… et qui renforce un sentiment de supériorité devant l’ennemi retrouvé.

Pour les Américains, l’esprit de fraternité auquel tenait tant le fondateur des JO modernes ne semble plus tenir, du moins en ce qui a trait au pays hôte de ces Jeux.