Billets publiés en janvier 2014

Centrafrique : machettes oubliées

Vendredi 31 janvier 2014 à 17 h 31 | | Pour me joindre

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SRCLanglois

Au moins 60 personnes ont été tuées à Bangui depuis trois jours, lit-on dans la dernière dépêche sur la crise en Centrafrique, que l’ONU qualifie maintenant de « prégénocidaire ».

Le vrai bilan est bien pire, ajoute un porte-parole de la Croix-Rouge. Beaucoup de familles enterrent elles-mêmes leurs enfants, décédés avant d’avoir pu atteindre les services de santé. Quand un père musulman défie l’insécurité pour transporter un fils blessé à la machette, les deux risquent de se faire attaquer en route, ou même à l’hôpital.

Depuis 10 mois, ce magnifique pays s’est tranquillement transformé en enfer, dans l’indifférence planétaire. Depuis quelques jours, une multitude d’ONG et d’organismes de l’ONU tentent de secouer les consciences.

Le directeur général de l’UNICEF, Anthony Lake, qui est en Centrafrique ces jours-ci, dit que « le risque d’un nouveau cycle d’atrocités et de violences barbares est présent. Cela pourrait déraper de façon terrible, très très rapidement ».

Depuis deux mois, ce sont surtout des musulmans – qui représentent 15 % de la population – qui se font lyncher par des foules de chrétiens en colère.

Des musulmans innocents, souvent des femmes et des enfants, qu’on tue à coups de machette seulement en raison de leur confession. On les associe aux rebelles de la Séléka, cette rébellion à majorité musulmane qui a renversé le gouvernement de François Bozizé en mars, et qui avait passé les mois suivants à attaquer des églises, des écoles, des villages, et des chrétiens surtout, car ils sont plus de 80 % en Centrafrique.

Depuis le début du mois de janvier, depuis le départ de Michel Djotodia, le chef de la rébellion, qui s’était autoproclamé président, les rebelles sont en fuite. Et les chrétiens, qui ont été leurs victimes, se vengent.

La rage populaire fait tache d’huile, une réaction qui n’avait pas été prévue par la France. Les forces françaises ont cru qu’en se débarrassant des rebelles de la Séléka qui régnaient en rois et maîtres depuis mars, elles pourraient facilement reprendre le contrôle de Bangui et du reste du pays. Mais quand les rebelles sont partis, des milices chrétiennes d’abord, puis la population, se sont déchaînées contre tout ce qui est musulman pour relancer le cycle de violence et les fuites de population.

Selon Médecins sans frontières (MSF), la Centrafrique vit l’une des plus importantes crises humanitaires sur la planète, avec la Syrie et la République démocratique du Congo. Plus de 1 million de personnes (25 % de la population centrafricaine) sont déplacées, la majorité dans la brousse, où ils n’ont ni toit ni eau potable, et très peu de nourriture.

Le Dr Amos Hercz, un médecin montréalais qui revient tout juste d’une mission d’un mois à Bangui avec MSF, a vu des horreurs tous les jours. « On tue des enfants innocents à coups de machette, c’est terrible. Mais il ne faut pas oublier que les infections font plus de morts que les armes. Pour un mort par balle ou par machette, il y a 30 morts par infection, par paludisme, par diarrhée, etc. », dit-il.

Malgré tous les cris d’alarme qui se multiplient, on accorde beaucoup moins d’attention aux massacres qui se déroulent en ce moment en Centrafrique qu’au génocide rwandais, dont on soulignera le 20e anniversaire en avril. Pourquoi?

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C’était subtil, mais Barack Obama a montré sa frustration dans son discours sur l’état de l’Union. Il était tout sourire, a même lancé quelques blagues. N’empêche, celui qui occupe l’un des postes les plus prestigieux et puissants de la planète faisait penser à un enfant frustré. Un de ces gamins qui menace de cesser de jouer parce que les autres gagnent trop souvent ou parce qu’ils trichent. Mardi soir, Barack Obama a lancé un message simple aux 535 membres du Congrès : vous faites comme je veux, ou je vais jouer tout seul. Une attitude qui a beaucoup à voir avec le calendrier politique.

Les visages du président Barack Obama (centre), du vice-président Joe Biden (gauche) et du président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner (droite) en disaient long sur la soirée de chacun.
Les visages du président Barack Obama (centre), du vice-président Joe Biden (gauche) et du président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner (droite) en disaient long sur la soirée de chacun.

Bien sûr, le président a tendu la main à l’adversaire républicain, qui contrôle l’une des chambres du Congrès. Barack Obama veut travailler avec eux, faire de 2014, « l’année de l’action ». Sa grande priorité? Aider les dizaines de millions d’Américains qui ne goûtent pas encore aux fruits de la reprise économique. Les pauvres, comme les travailleurs de la classe moyenne, pour qui les salaires ne semblent plus couvrir autant de besoins. Et ceux qui ont si peu pour survivre dans le pays le plus riche de la planète.

L’inégalité (économique) s’est approfondie. La mobilité (l’ascension vers les classes supérieures) est en panne. La vérité toute crue, c’est que même en pleine reprise, trop d’Américains travaillent énormément, seulement pour joindre les deux bouts… encore moins pour améliorer leur sort. Et ils sont trop nombreux à ne pas travailler du tout. — Barack Obama

Des solutions, il en a présenté plusieurs, le président. Le problème, c’est qu’une bonne partie de ses propositions ne sont pas neuves. Les démocrates savent déjà qu’elles déplaisent aux républicains. On peut penser à la hausse du salaire minimum (de 7,25 $/h à 10,10 $/h), au prolongement de l’aide financière à certains chômeurs. L’une des rares suggestions qui ont soulevé l’enthousiasme de tous, c’est sur l’égalité salariale.

Dans les médias, ils sont nombreux à noter le peu d’ambition du menu proposé par le président Obama. Il n’y a rien pour rappeler les thèmes de sa première campagne (l’espoir, le changement), aucune idée qui transformerait la société américaine. Même le contraste avec son précédent discours sur l’état de l’Union est frappant. « C’est l’année durant laquelle il y a un rendez-vous avec la réalité », explique Jack Pitney, un politologue de Californie.

La réalité, c’est que Barack Obama ne semble plus vouloir essayer de collaborer avec les républicains. Pour son premier mandat, il promettait un gouvernement différent, moins partisan. L’aile radicale du Tea Party n’a rien voulu savoir. L’année 2013 a marqué un creux. C’est l’une des années les moins productives du Congrès (au nombre de lois passées, du moins), avec des tensions qui ont mené à la paralysie partielle du gouvernement. La Maison-Blanche change donc de tactique. Le président peut agir seul à bien des égards, contourner un Congrès récalcitrant.

Barack Obama peut signer des décrets, utiliser l’influence de la présidence dans la société civile, à l’extérieur de Washington. Il a déjà annoncé une série de mesures, dont la hausse du salaire minimum pour les employés qui dépendent de contrats fédéraux. Mais son pouvoir est aussi bien limité. Il ne peut légaliser le sort des millions de sans-papiers sans l’appui du Congrès, par exemple.

Malgré tout, les républicains ont été rapides à dénoncer ce changement de ton. On parle du « roi Obama », qui veut gouverner de manière tyrannique. « C’est quelque chose de vraiment effrayant pour les Américains », lance Michelle Bachmann, une proche du Tea Party. D’autres élus menacent le président de poursuites, l’accusant d’abuser de ses pouvoirs.

La réalité, c’est qu’il y a bien des avantages politiques à utiliser des décrets pour faire avancer un agenda. Pour les démocrates, le président agit même dans l’adversité. Pour les républicains, le président en fait trop. Dans les deux cas, ce sont de bons slogans. Et ça sera utile en 2014, une année électorale.

Les élections de mi-mandat, en novembre, teintent déjà à peu près tout ce qui se passe à Washington. Les thèmes du discours d’Obama peuvent être utiles aux démocrates, souligne la politologue Élisabeth Vallet, de la Chaire Raoul-Dandurand (UQAM).

« Il a égratigné au passage le GOP (Grand Old Party) et ses manœuvres dilatoires au Congrès. De la même manière, parler des femmes est gagnant. Elles sont particulièrement touchées dans le sud-est par les restrictions sur l’avortement par exemple, par la paupérisation (l’appauvrissement de la population) aussi. Donc, le président cherche à mobiliser sa base traditionnelle là où ça peut faire la différence. » — Élisabeth Vallet

La réalité pour le président, c’est aussi que les démocrates risquent de perdre le contrôle du Sénat en novembre… et risquent peu de reprendre le contrôle de la Chambre. Devant un Congrès tout républicain, le président démocrate deviendrait alors un canard boiteux… deux ans avant la fin de son dernier mandat. Barack Obama voit sûrement le temps filer et se demande ce que les historiens retiendront de lui.

Il est bien sûr trop tôt pour en juger. Pour l’instant, les deux partis politiques donnent l’impression d’un couple fraîchement divorcé. Les adultes s’ignorent le plus clair du temps, mais sont forcés de se parler pour élever leurs enfants. L’image n’est pas de moi, mais d’un collègue anonyme, cité par la BBC. Elle résume peut-être bien ce que les Américains pensent de leurs dirigeants.

Selon vous, quelle image colle le mieux à la classe politique américaine, ces temps-ci?

La 'une' du prochain numéro du New Yorker est consacrée au scandale qui éclabousse le gouverneur du New Jersey.

La une du prochain numéro du New Yorker est consacrée au scandale qui éclabousse le gouverneur du New Jersey.

Regardez la carte : il y a plus de 350 kilomètres entre Fort Lee, au New Jersey, et Washington, où siègent les élus américains. Pourtant, les embouteillages monstres sur le pont qui relie Fort Lee à New York font jaser bien des gens au cœur de pouvoir américain.

C’est un « must-see tv » au Capitole, disait CNN. L’explication est bien sûr liée aux ambitions politiques d’un politicien du New Jersey. Chris Christie, le gouverneur de l’État, est souvent vu comme le meilleur espoir des républicains qui rêvent de reprendre la Maison-Blanche en 2016.

Mais cette semaine, la dynamique a changé. Pour le gouverneur du New Jersey, les embouteillages de septembre sont devenus un sérieux accrochage en route vers la Maison-Blanche.

L’idée de prendre des automobilistes en otage peut sembler ridicule. Celle d’ordonner une telle manœuvre par courriel surprend encore davantage.

L’ironie, c’est que l’équipe de Chris Christie n’avait pas besoin de faire pression sur le maire de Fort Lee pour assurer la réélection du gouverneur. Il a gagné par une confortable majorité, avec plus de 20 % d’avance. L’appui du maire de Fort Lee n’aurait rien changé à l’issue du vote.

Une image écornée

La machination a changé autre chose. Il n’y a plus la même aura autour de Chris Christie. Il n’est plus le sauveur assuré du parti républicain. Celui que plusieurs voient comme le meneur dans une course qui sera déclenchée dans deux ans.

Gouverneur républicain dans un état démocrate, il a cultivé l’image d’un politicien au franc-parler. Celui qui dit ce qu’il pense plutôt que ce que les sondages lui suggèrent de dire. Ce qui le rend si attrayant pour les républicains, c’est qu’il est un modéré. Un politicien moins partisan que ceux issus du Tea Party. Un homme qui n’hésite pas à travailler avec l’adversaire démocrate pour aider ses concitoyens.

L’image qui colle pour l’instant à la peau du politicien est tout autre. Un politicien calculateur, intimidateur (« bully »), ambitieux. Le « Bridgegate » a souligné à gros traits les défauts de Chris Christie. Certains « insiders » les avaient déjà notés, ce qui l’aurait empêché de devenir candidat à la vice-présidence, aux côtés de Mitt Romney en 2012.

Une conférence de 108 minutes pour s’expliquer

Les adversaires de Chris Christie (dont les républicains qui ont aussi des ambitions présidentielles) prennent des notes, se frottent peut-être les mains en privé.

Chris Christie, lui, continue de minimiser son intérêt pour la Maison-Blanche. Dans une conférence de presse marathon (108 minutes, c’est long; je résume son point de presse ici), le gouverneur a tout fait pour balayer le scandale. Chris Christie nie avoir eu connaissance de cette machination.

Fâché, honteux, il a viré sa chef de cabinet adjointe et pris ses distances d’un autre allié. Surtout, Chris Christie a dit, insisté, répété : il n’a pas demandé cette rétribution politique, ce n’est pas son style. Il n’était pas au courant. Il a plutôt été trahi par des proches qui lui ont menti.

La longue route jusqu’à la Maison-Blanche

C’est une explication que plusieurs ont de la difficulté à accepter. Surtout venant de quelqu’un réputé combatif. C’est aussi une position qui pourrait revenir le hanter dans les prochains mois. Quelques enquêtes sont en cours. Des procédures judiciaires également. Imaginez ce qui restera de sa crédibilité si des documents affirmant le contraire font surface.

La route vers la Maison-Blanche est bien longue, c’est certain. Et les électeurs ont souvent la mémoire courte. Il faudra laisser le temps filer avant de savoir si Chris Christie peut encore prétendre diriger les États-Unis.

De plus en plus de consommateurs chinois, écoeurés par les scandales alimentaires à répétition, se tournent vers les produits biologiques, qui sont pourtant loin d’être fiables dans ce pays.

Lire le reste de l’article d’Yvan Côté.