Billets publiés en novembre 2013

Comment tuer un président

Jeudi 21 novembre 2013 à 13 h 12 | | Pour me joindre

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Je ne suis pas encore habitué. Cela fait presque trois mois que je suis installé à Washington. Trois mois à passer presque chaque jour devant la Maison-Blanche. Il y a bien sûr l’aura qui enveloppe cette demeure ultra symbolique. Mais il y a aussi autre chose. Une aura de sécurité.

Passer tout près de la Maison-Blanche, c’est se frôler à l’un des nombreux boucliers qui protègent le président.

Cette place, juste au nord de la Maison-Blanche, c’est une zone étrange. Le premier indice, ce sont les solides (mais courts) poteaux qui bloquent l’arrivée des voitures. Certains sont rétractables, pour les véhicules de sécurité. Les vélos y passent sans problème. Mais ces poteaux marquent le début d’une zone bien sécurisée.

On ne voit pas les caméras au premier coup d’oeil. Mais on se sent immédiatement surveillé. Plusieurs voitures des services secrets sont stationnées à l’intérieur du périmètre. Il y a presque toujours un ou deux agents à pied ou à vélo qui scrutent les touristes.

C’est le genre d’endroit très calme où on ne jette pas un papier par terre, de peur que le geste attire l’attention des agents en noir.

Ces temps-ci, le président des États-Unis est bien protégé. Ses déplacements sont étudiés, planifiés. Chaque trajet est détaillé dans un cartable. Cette compilation de plusieurs dizaines de pages établit les risques et prévoit les solutions de rechange en cas de pépin.

Quand le président remet des médailles ou prononce un discours (à de rares exceptions près, comme lors de son inauguration), c’est devant une foule de gens triés, fouillés. Un peu comme à l’aéroport.

C’est une protection efficace, un système qui doit beaucoup au président John F. Kennedy.

Un héritage de JFK

JFK rendait la vie difficile aux agents chargés de le protéger. Il aimait les bains de foule improvisés. Il insistait souvent pour se déplacer dans une voiture décapotable, le toit retiré. Une habitude aujourd’hui impensable. Le véhicule qui transporte Barack Obama est blindé, et comparable à un fourgon de la Brinks.

En 1963, les services secrets n’ont pas fouillé les édifices le long du parcours emprunté par JFK au centre-ville de Dallas. Lee Harvey Oswald a apporté son arme le jour même de l’assassinat. Il se serait installé dans son perchoir à l’heure du lunch. Il a pu quitter l’édifice sans grand problème après l’attentat.

Beaucoup a été écrit sur les événements de ce jour de novembre. Plusieurs se demandent si le cours de l’histoire aurait pu être changé. Comment serait le monde moderne si le 35e président avait terminé son premier mandat?

Les responsables des services secrets se sont posé beaucoup de questions après la tragédie. (Nul doute que les agents ont aussi appris des tentatives d’assassinat contre Reagan et Ford; Kennedy est le dernier à avoir été tué sous leur protection.) Ils installent maintenant des tireurs d’élite sur les toits le long du parcours du président.

Le seul agent des services secrets assez près de JFK pour sauter sur la limousine après le premier coup de feu, lui, repasse le fil des événements dans sa tête depuis 50 ans. Clint Hill croit qu’une petite seconde aurait fait toute la différence du monde.

Une toute petite seconde. S’il avait été plus près de la voiture. S’il avait voyagé dans le véhicule, même si cela déplaisait au président.

On dit que les services secrets de l’époque étaient mal préparés, sous-financés, pas assez nombreux. Ça ne semble plus être le cas aujourd’hui. C’est peut-être un intrigant héritage de Kennedy et de son assassin. Depuis Dallas, le commandant en chef des États-Unis est protégé comme jamais. Mais parce que la menace aussi a évolué (pensez aux gens prêts à se faire exploser pour une cause), le président est l’un des chefs d’État les plus isolés du monde, rarement en contact avec le public.

La Chine en renfort aux Philippines

Jeudi 21 novembre 2013 à 11 h 34 | | Pour me joindre

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Après avoir été fortement critiqué pour le peu d’aide offert aux sinistrés aux Philippines à la suite du passage du typhon Haiyan, la Chine décide de sortir l’artillerie lourde et dépêche l’un de ses joyaux dans l’archipel, le Peace Ark, son bateau-hôpital ultramoderne.

Lire le reste de l’article d’Yvan Côté.

C’est une lettre qui fait fureur depuis quelques jours sur les médias sociaux en Chine. Un pacte, rédigé en six points, stipulant les obligations que doivent respecter un officiel du Parti communiste et sa maîtresse pour que leur relation extraconjugale se poursuive.

Lire le reste de l’article d’Yvan Côté

Difficile d’échapper à Rob Ford, même de Washington. Et ce n’est pas seulement la curiosité de l’ancien Torontois que je suis.

Les émissions télé de fin de soirée font leurs choux gras des frasques du premier magistrat de la plus grande ville canadienne depuis plusieurs mois déjà. Mais depuis quelques jours, les grands médias s’y intéressent aussi. En fait, bien des Américains suivent l’affaire comme s’il s’agissait d’un maire de chez eux. Au point où c’est devenu un sujet de conversation lorsqu’un Américain rencontre un Canadien : « Ah! Vous venez de la ville de Rob Ford! »

Dans son grand bulletin matinal, NPR expliquait que la rencontre de mercredi à l’hôtel de ville de Toronto pouvait être « décisive » pour le maire Ford. CNN a suivi cette houleuse rencontre en même temps que les audiences sur la réforme de la santé du président Obama. La chaîne a diffusé de longs échanges entre les conseillers en direct, en plus d’une entrevue « exclusive » avec le frère du maire.

Dans son jeu-questionnaire sur l’actualité de la semaine, le New York Times utilise l’aveu de Rob Ford : « Oui, j’ai fumé du crack. » Les lecteurs devaient identifier son auteur. Les choix : trois maires américains qui ont fait de la prison… et celui de Toronto. Même l’Associated Press en fait mention dans les « 10 choses à savoir aujourd’hui (jeudi) ».

Sur les sites web des grands médias, les mots clés « Rob Ford » sont parmi les plus recherchés. Et les commentaires abondent. « Qu’est-il advenu de Toronto, la « New York gérée par les Suisses »? Ford à la mairie montre ce qui arrive quand un adolescent de 16 ans gère une ville. »

D’autres le comparent à Rush Limbaugh, le vitriolique animateur de radio porte-étendard de la droite dure. « Il ferait un bon candidat républicain à la présidence », dit avec ironie un autre. Certains se portent à la défense de Toronto (des Canadiens expatriés, comme des Américains). Les politiciens ne sont pas l’âme d’une ville, explique un type de l’Arizona. Sinon, toutes les grandes villes du monde seraient vues comme des corrompues.

Une question revient souvent : mais comment est-ce possible que ce politicien soit encore en poste? On s’interroge sur les pouvoirs des élus torontois (symboliques), sur l’enquête policière (toujours en cours). « Est-ce qu’une telle situation serait possible aux États-Unis? », demandait une animatrice de CNN, visiblement choquée. La réponse de l’expert juriste invité? Non, sûrement pas.

Peut-être. Le scandale Rob Ford est bon pour les cotes d’écoute des réseaux américains. Il fait la joie des satiristes de fin de soirée.

Il fait peut-être aussi le bonheur de bien des Américains, qui ont eu plus que leur part de politiciens corrompus, ineptes et menteurs dans les dernières années. Rob Ford « fait bien paraître nos politiciens », titrait le Los Angeles Times en chronique.  « C’est presque comme si le maire de Toronto avait été installé juste au nord de la frontière pour faire réfléchir les citoyens américains : « Hé, on pensait que nos politiciens étaient dysfonctionnels. Regardez ce Canadien! Les nôtres agissent comme des drogués, des fêlés… celui-ci, c’est un vrai drogué. » »

Un pompier nommé Obama

Vendredi 8 novembre 2013 à 15 h 18 | | Pour me joindre

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BLOGUE DE YANIK DUMONT BARON – Il est facile d’imaginer le président des États-Unis dans le rôle d’un pompier ces jours-ci. Barack Obama multiplie les efforts pour éteindre un feu allumé par son administration… et qui menace de le brûler.

Sa fameuse réforme des politiques d’assurance maladie continue de faire la manchette  pour les mauvaises raisons. Le site web au coeur de la réforme ne marche pas. Les Américains ne peuvent pas en mesurer les bénéfices parce qu’ils ont bien de la misère à s’inscrire en ligne. Barack Obama l’a reconnu, et son administration déploie beaucoup d’énergie pour régler les problèmes avant la fin novembre. En attendant, les responsables se montrent penauds.

Puis, d’autres flammes sont apparues. Des polices d’assurance maladie sont annulées par les assureurs. Ainsi, les citoyens sont forcés de se choisir un autre plan. Tout cela, même si le président a répété à maintes reprises depuis 2010 que « si vous aimez votre plan, vous pourrez le garder. Point final ».

Peu importe que le nouveau plan soit plus abordable, ou qu’il offre une couverture plus généreuse, ou que le problème ne touche que 5 % des Américains, ce qui retient l’attention, c’est que Barack Obama a induit son peuple en erreur. Le président le reconnaît. Il vient de s’excuser dans une entrevue accordée au réseau qui a le premier souligné cet écart entre le message et la réalité.

Ce n’est pas la première fois que Barack Obama s’excuse depuis qu’il est président, mais cela demeure un fait rare. Un tel geste peut parfois jouer à l’avantage d’un président. Pour l’instant, le fiasco « Obamacare » est surtout utile aux républicains. Ceux qui se méfient déjà du président ont des munitions supplémentaires. Le populaire animateur de radio Rush Limbaugh trace un parallèle avec le débat sur le contrôle des armes à feu : « Lorsque le président dira « vous pouvez garder votre fusil si vous l’aimez »,  on saura qu’il ment. »

Barack Obama agit en pompier parce qu’il veut bien sûr sauver une importante réforme. Mais c’est le principal accomplissement de son premier mandat. Et la seule politique majeure de son second et dernier mandat (il lui reste quand même trois ans). Le président songe aussi aux élections de mi-mandat, prévues pour l’automne prochain. Le fiasco préoccupe bien des démocrates qui doivent se faire réélire en 2014. Finalement, il y a aussi la popularité du 44e président qui en prend pour son rhume. Barack Obama est impopulaire comme rarement. Son taux d’approbation est encore loin du plancher de 24 % atteint par Richard Nixon, forcé de démissionner après le scandale du Watergate, mais il n’offre rien de réjouissant pour les démocrates. Jugez-en par vous même ici.