Blogue de Yanik Dumont Baron

Les Américains, insensibles aux tueries?

vendredi 20 septembre 2013 à 16 h 26 | | Pour me joindre

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Aaron Alexis
Aaron Alexis

Quelques jours après la publication de la première version de ce texte, le président américain s’est adressé à son peuple lors d’une cérémonie en hommage aux victimes de la tuerie de Washington.

Barack Obama a déploré ce qu’il juge être «une résignation rampante » (a creeping resignation) lors de ces tragédies. Il appelle les Américains à exiger des changements. Ses mots parlent d’eux-mêmes.

En voici quelques citations:

«On ne peut pas accepter ceci. En tant qu’Américains unis par la douleur et l’amour, nous devons insister: il n’y a rien de normal quand des femmes et des hommes innocents sont tués sur leur lieu de travail».

«Maintenant, ça doit être clair que les changements nécessaires ne viendront pas de Washington, même quand la tragédie frappe Washington. Le changement viendra par où il est toujours venu, c’est-à-dire du peuple américain.»

 

Je tenais à ajouter ce développement à la version originale du texte, que voici:

 

Aaron Alexis a disparu des conversations aussi rapidement qu’il est entré dans nos vies en début de semaine.

Il s’agit de ce jeune Américain qui s’est introduit dans l’un des quartiers généraux de la marine américaine lundi matin et s’est mis à tirer sur une foule de fonctionnaires. Le bilan est lourd : 12 morts (plus le tireur, abattu par les policiers) et plus d’une douzaine de blessés. Moins de 10 heures après la tuerie, le FBI diffusait la photo du responsable et les médias interrogeaient ceux qui l’ont connu pour tenter d’expliquer le pourquoi de la chose.

Puis, 24 heures après la fusillade, les drapeaux étaient en berne, quelques fleurs ont été déposées, les victimes ont été honorées. Certains se sont arrêtés pour réfléchir. Enfin, la rapide vie moderne a repris son cours. J’écris cela, bien conscient que ce début de semaine a changé à jamais le quotidien des blessés, de ceux qui ont perdu un proche. Certes, les enquêtes se poursuivent, et la sécurité sera révisée sur les installations militaires. Mais pour la grande majorité des Américains, cette tuerie ne semble plus qu’une autre entrée dans un triste palmarès, celui des fusillades meurtrières. Il y a eu près de 80 tueries en public dans les 30 dernières années, selon le Centre de recherche du Congrès. Plus de 550 Américains y ont perdu la vie.

Le Washington Post y voit plus qu’un besoin d’oublier l’horreur des événements. Ce « geste lâche », selon les mots du président Barack Obama, ne regroupe pas tous les ingrédients pour demeurer imprimé dans l’inconscient collectif. Ce n’est pas arrivé dans un endroit où tous pourraient se retrouver (un cinéma au Colorado), les victimes ne sont pas des adolescents à l’avenir brillant (Virginia Tech, Colombine). Au Navy Yard de Washington, le tueur ne semble même pas avoir été motivé par des raisons idéologiques (Boston, Fort Hood). Ce serait plutôt un Américain moyen, qui n’a peut-être pas reçu l’aide psychologique dont il semblait avoir besoin.

Il n’y aura pas de procès, pas de longue traque aux suspects. Peu, donc, pour garder cette tuerie dans l’inconscient d’une nation divisée sur la place à faire aux armes à feu. Il y a bien eu quelques appels pour restreindre l’accès aux fusils d’assaut et aux armes automatiques. Mais la plupart des élus n’ont pas réagi, même si le massacre a eu lieu à quelques kilomètres du Congrès et de la Maison-Blanche. Le Sénat a observé un moment de silence mardi. Depuis, c’est la perspective d’un « shutdown », un arrêt forcé des services gouvernementaux pour manque de fonds qui préoccupent les élus fédéraux.

Beaucoup espéraient que l’horreur et le choc qui ont suivi la tuerie de Newtown allaient convaincre les politiciens d’agir. C’était il y a 10 mois. Depuis, il y a eu d’autres tueries, le Sénat a refusé de resserrer les mesures de contrôle. Même Barack Obama semble avoir modifié sa liste des priorités. Le jour de la fusillade, il a rendu hommage aux victimes, et s’est contenté de dire qu’il s’agissait « encore une fois, d’une autre tuerie ». Aucun appel à changer les choses.

Il reste peut-être la société civile, comme l’a fait remarquer un collègue. Il pensait à l’entreprise Starbucks, qui demande cette semaine à ses clients de laisser leurs armes à la maison avant de commander un café. Pas une interdiction formelle, mais une demande polie de la part d’un PDG. Le seul geste concret vraiment remarqué après la tuerie de lundi.