Billets publiés en juillet 2013

Mandela : les vrais vautours

Mardi 16 juillet 2013 à 15 h 55 | | Pour me joindre

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SRCLanglois

Nelson Mandela tient une pièce de 5 rands vendue à l’occasion de son 90e anniversaire.
Nelson Mandela tient une pièce de 5 rands vendue à l’occasion de son 90e anniversaire.

Nelson Mandela aura 95 ans le 18 juillet. L’anniversaire qui défie tous les pronostics sera célébré un peu partout dans le monde. Mais cette année, personne ne pourra se faire photographier avec le vieil homme aux poumons malades, qui est toujours officiellement entre la vie et la mort. C’est peut-être la seule consolation qu’on peut tirer du triste cirque qu’est devenue sa longue agonie. Le président de l’ANC (Congrès national africain) et de l’Afrique du Sud, Jacob Zuma, ne pourra jeudi se faire filmer à côté de l’icône malade pour s’attirer des faveurs politiques, comme il le faisait encore en avril, dans une vidéo qui avait choqué les Sud-Africains.

Les deux familles de Nelson Mandela, politique et biologique, sont en train d’écrire une fin malheureuse à une œuvre qu’on devrait plutôt célébrer.

Il y a, d’abord, les mensonges. Le gouvernement et la famille invoquent le secret professionnel et le droit à la vie privée pour dire n’importe quoi et son contraire sur l’état de santé de l’homme le plus aimé en Afrique du Sud. Les mensonges sont entretenus par les uns et les autres à des fins contradictoires. Chacun le fait avec un intérêt à défendre et ce n’est pas pour la dignité du patient (sauf dans le cas de sa femme, Graça Machel).

Il ne faut pas en vouloir aux médias qui campent devant l’hôpital, ils ne font que leur travail. Ils n’ont pas le choix. Nelson Mandela est aimé comme un père ou un grand-père par des millions de Sud-Africains qui veulent savoir comment il se porte, qui souffrent de ne pas savoir. Les Sud-Africains savent que leur gouvernement ne dit pas la vérité, les mensonges sur la santé de Madiba ont été trop fréquents ces dernières années. Ils veulent que les médias soient là pour chercher et diffuser l’information, la vraie.

Puis, les batailles légales qui déchirent les clans de la famille Mandela dégoûtent les Sud-Africains. Dans un coin de l’arène, le petit-fils aîné, Mandla, l’héritier « politique » du patriarche, député de l’ANC à Mvezo, le village natal de Nelson Mandela. En 2011, ce politicien controversé avait fait déplacer en cachette les tombes de trois enfants de l’ex-président à Mvezo, où il souhaiterait ériger un complexe touristique en hommage à son illustre grand-père. Mandla soutient que le héros antiapartheid doit aussi être enterré à Mvezo, même si ce dernier a dit souhaiter être inhumé à Qunu, le village de son enfance, où il est retourné vivre il y a une dizaine d’années.

De l’autre côté, deux des filles Mandela, Makaziwe et Zenani, affirment représenter 15 membres de la famille. Elles ont réclamé et obtenu de la cour, il y a deux semaines, l’autorisation de faire exhumer et de rapatrier à Qunu les corps de leurs frères et sœur décédés. Elles souhaitent aussi « récupérer la fortune » de leur père. En 2004, le héros de la lutte antiapartheid avait cédé la gestion de ses fonds à trois gestionnaires indépendants de la famille. Les sœurs Mandela tentent de reprendre le contrôle de ces fonds, de quelques millions de dollars.

L’image de la grande famille unie derrière l’icône a volé en éclats depuis l’hospitalisation de Nelson Mandela le 8 juin, il y a bientôt six semaines. Les clans n’hésitent plus à s’attaquer publiquement et les Sud-Africains regardent ce spectacle désolant avec une tristesse infinie. Les vautours ne sont pas les caméramans qui ne font que leur boulot devant l’hôpital. Ce sont les héritiers directs et des dirigeants de l’ANC qui n’ont même pas eu la décence d’attendre la mort du patriarche avant de s’entredéchirer pour mettre la main sur son héritage… financier et politique.

Si jamais l’ancien prisonnier sort de l’hôpital pour aller finir ses jours à Qunu comme il l’avait désiré, souhaitons-lui d’être soit trop faible pour recevoir la visite de ses « amis » qui veulent surtout se faire prendre en photo avec lui. Ou soit assez fort pour refuser d’être à nouveau exploité à des fins bassement partisanes ou commerciales.