Blogue de Luc Chartrand

Les promesses du modéré Hassan Rohani

mardi 18 juin 2013 à 13 h 59 | | Pour me joindre

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Hassan Rohani, le 14 juin, à Téhéran

Faut-il croire en Hassan Rohani? Cette question, ce sont bien sûr les réformateurs iraniens qui se la posent. Ils se sont ralliés derrière ce candidat dit « modéré » qui ne paraissait pas prédestiné à surfer sur une vague de contestation du régime.

Ce religieux, ex-négociateur dans le dossier nucléaire, est apparu dès le début de la campagne électorale comme l’héritier du mouvement vert de 2009, celui que les Gardiens de la révolution avaient écrasé à coups de matraque en 2009. On a compris que quelque chose pouvait se passer dès le 2 juin lorsque, dans un discours, M. Rohani a déclaré que l’obsession sécuritaire du régime devait cesser. Il a aussi demandé la « libération des prisonniers politiques », et la foule s’est mise aussitôt à scander : « Moussavi-Rohani! », établissant la filiation idéologique entre le chef du mouvement vert et le nouveau candidat.

            Qui est Moussavi?

Les réformistes Mirhossein Moussavi et Mehdi Karoubi, qui avaient mené la contestation contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en 2009, sont assignés à résidence sans inculpation depuis plus deux ans, depuis qu’ils ont appelé à manifester pour soutenir les mouvements de révolte dans le monde arabe en 2011.

M. Rohani a aussi déclaré qu’il était temps de cesser de harceler les jeunes femmes à propos de leur tenue vestimentaire. Dans les jours qui ont suivi, les foules se sont massées toujours plus nombreuses à ses rassemblements.

Entre espoir et méfiance

Un candidat, Mohammad Reza Aref, s’est retiré de la course, puis deux ex-présidents aussi associés au camp réformateur, Mohammad Khatami et Akbar Hashemi Rafsanjani, ont donné le mot d’ordre de voter en grand nombre.

Vainqueur au premier tour, devant une cohorte d’opposants très conservateurs, Rohani a certainement créé une vague d’espoir. Dans ce contexte, la réaction du ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, paraît quelque peu brutale. M. Rohani, dit-il, « ne sera qu’une autre marionnette entre les mains des ayatollahs ». Il ajoute que « les résultats du scrutin du 14 juin ne veulent rien dire dans les faits ».

L’avenir lui donnera peut-être raison, mais on se demande d’où vient cette précipitation à fermer la porte lorsqu’elle semble s’entrouvrir.

La réponse se trouve peut-être du côté de Jérusalem. Le Canada et Israël sont en train de former un véritable axe diplomatique. Or, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a fait de l’échéancier nucléaire iranien une quasi-obsession. Il craint que le régime de Téhéran ne réussisse à endormir la communauté internationale, à gagner du temps, et finalement à se doter de la bombe atomique.

M. Nétanyahou a invité la communauté internationale à ne pas se laisser duper par le nouveau visage apparemment plus conciliant de l’Iran des ayatollahs. « Quoiqu’il en soit, dit-il, c’est le soi-disant guide suprême de l’Iran (l’ayatollah Khamenei) qui détermine sa politique nucléaire, pas le président. Plus les pressions sur l’Iran seront fortes, plus grandes seront les chances de mettre fin au programme nucléaire iranien. »

Les États-Unis se montrent plus circonspects que le Canada et Israël. Le secrétaire d’État américain, John Kerry, a reconnu que les Iraniens avaient exprimé un désir de changement et qu’il faudrait voir quels seraient les résultats concrets dans les mois à venir.

De son côté, le nouveau président iranien s’est dit prêt à plus de transparence que son prédécesseur dans le dossier nucléaire, tout en précisant que son pays poursuivrait l’enrichissement de l’uranium « à des fins pacifiques » et que le dialogue avec les États-Unis ne pourrait reprendre que si ces derniers reconnaissaient le droit des Iraniens d’avoir un programme nucléaire national.

Bref, pas de rupture en vue dans la position iranienne. Mais une évolution, possible, oui.