Billets publiés le 18 juin 2013

Un homme gai brandit un drapeau de la fierté gai et un drapeau américain lors d’une manifestation en 2008, à Hollywood.

Rob Portman, dont le nom ne vous dit peut-être rien, attend, comme des millions d’Américains, la décision de la Cour suprême des États-Unis sur le mariage gai. Mais, comme la majorité de ses concitoyens, il a déjà décidé.

M. Portman incarne à lui seul l’évolution de la pensée américaine sur cette question. Il n’a même pas fait exprès. Ce n’est ni par conviction ni par passion. Sa pensée a tout simplement évolué, inexorablement, parce que la réalité a frappé un jour à sa porte.

Rob Portman est un sénateur républicain. Pieux, marié, conservateur, antiavortement, proarmes à feu, un bon père de famille, il croyait dur comme fer que le mariage est une sainte union entre un homme et une femme.

La vie était simple pour ce sénateur de l’Ohio. Il pouvait invoquer la Bible, les prêches de son pasteur, il vivait dans son monde bien rangé où les hétérosexuels sont les seuls à pouvoir se marier. Les gais n’ont qu’à choisir de ne pas être gais. Une vie simple, quoi.

Et puis, un beau jour, son fils Will, 21 ans, étudiant à la prestigieuse Université Yale, lui a dit : « Papa, je suis gai. »

Boum! L’univers bien rangé de Rob Portman a basculé. Avant d’être sénateur, il est papa.

Dans une entrevue exclusive à CNN, au mois d’avril, il a déclaré : « Ma pensée a changé. »

« Pour moi, d’un point de vue personnel, je pense qu’il est temps de permettre [à des couples gais] de se marier et de connaître cette joie et cette stabilité que le mariage apporte, une joie que je vis depuis 26 ans. » — Rob Portman

Les Américains n’attendront pas 

Courage politique ou amour paternel, ou peut-être un peu des deux, il reste que Rob Portman est le premier sénateur républicain à appuyer le mariage gai. Mais il pense comme un bon nombre d’Américains. Oui, les temps ont changé, les mœurs aussi.

Contrairement aux Français qui s’arrachent la chemise et montent aux barricades depuis que le mariage gai a été légalisé, en mai, les Américains sont pragmatiques, « cool » même, quand il s’agit d’accorder les mêmes droits aux couples de même sexe.

On attend le jugement de la Cour suprême des États-Unis, d’ici la fin du mois, mais les Américains, eux, n’attendent pas de se faire dire ce qu’il faut accepter ou pas.

On peut dire que le peuple est en avance sur son plus haut tribunal. Selon un sondage effectué en mai, par la maison Pew, 72 % des Américains interrogés estiment que la légalisation du mariage homosexuel est « inévitable ».

Les neuf juges de la Cour suprême des États-Unis se penchent depuis le 26 mars sur le « Defense of Marriage Act », ou DOMA pour les initiés, une loi adoptée par le président démocrate Bill Clinton en 1996 qui limite les bénéfices fiscaux du mariage, en matière d’héritage ou d’immigration, aux seuls couples hétérosexuels. La définition du mariage, selon DOMA, est une union entre un homme et une femme.

Depuis 2003, plusieurs États, dont New York, Washington et le Maryland, ont légalisé localement le mariage gai. La Californie, qui abrite trois millions d’homosexuels, attend avec impatience la décision de la Cour suprême. Jusqu’à présent, ces mariages « locaux » ne sont pas reconnus par les lois fédérales.

« Il est grand temps pour la Cour suprême de reconnaître que cette discrimination – interdire aux couples de même sexe d’avoir les mêmes bénéfices que les couples hétérosexuels – va à l’encontre du principe que nous sommes tous égaux devant la loi, a fait valoir l’avocat du gouvernement américain, Me Donald Verrilli.

Selon un autre sondage ABC, 58 % des Américains sont maintenant favorables au mariage gai contre 36 % qui estiment qu’il devrait être illégal. Un grand changement par rapport à 2003 quand seulement 37 % des personnes sondées étaient en faveur du mariage homosexuel et que 55 % étaient contre.

Le sénateur républicain Rob Portman
Le sénateur républicain Rob Portman

Obama et Clinton ouvertement favorables

Cette évolution sociale explique les récentes sorties de Barack Obama et d’Hillary Clinton. Le vent change, et les deux sont maintenant ouvertement et officiellement en faveur du mariage homosexuel.

Courage? Non. Pragmatisme? Oui.

« On ne peut pas distinguer les droits de la personne des droits des gais, déclarait Hillary Clinton sur un site web en mars dernier, au moment où la Cour suprême s’apprêtait à entendre les arguments. Je suis en faveur du mariage homosexuel. Pour moi, c’est une question personnelle et une question de droit. »

Quand elle était première dame, elle était pourtant contre tout ça.

Le mariage était une institution sacrée qu’il ne fallait pas polluer. Sans être homophobe, Mme Clinton était une traditionaliste bien pensante. Les gais, selon elle, avaient le droit de vivre, mais pas de se marier.

Elle a changé d’avis. Après huit ans au Congrès à titre de sénatrice et quatre au Cabinet, à titre de secrétaire d’État, c’est un risque bien calculé. Accepter les gais, c’est dans l’air du temps. Les mauvaises langues vous diront que c’est un peu d’opportunisme et qu’Hillary Clinton prépare sa candidature à la présidence des États-Unis pour 2016.

Et Barack Obama? Après cinq ans de présidence, il a finalement déclaré avoir bien réfléchi : « Notre travail ne sera pas terminé tant que nos frères et sœurs gais et lesbiennes n’auront pas les mêmes droits que les autres », a-t-il dit le jour de sa deuxième assermentation, devant la planète entière.

L’amour gai et l’amour hétérosexuel doivent donc être égaux devant la loi, dit le président des États-Unis. Il y a trois ans, il n’aurait jamais osé.

Une société qui évolue. Le sénateur Rob Portman reconnaît maintenant que l’homosexualité de son fils n’est pas un choix, et qu’on ne peut pas convertir les gais à l’hétérosexualité.

Reste à voir ce que diront les neuf sages de la Cour suprême. Finiront-ils par conclure, comme le président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner, que le mariage reste une union entre un homme et une femme? « Mon opinion ne changera pas », disait-il récemment.

C’est ce que disaient une majorité d’Américains sur les mariages mixtes. Ils étaient contre, point final. Les mariages entre Noirs et Blancs étaient contre nature. Les mêmes arguments avancés aujourd’hui par ceux qui ne veulent pas du mariage gai.

En juin 1967, la Cour suprême des États-Unis avait conclu qu’interdire l’amour mixte, ces mariages « interraciaux », était inconstitutionnel.

On peut se demander maintenant si, 46 ans plus tard, le plus haut tribunal aura le même égard pour les homosexuels.

Les promesses du modéré Hassan Rohani

mardi 18 juin 2013 à 13 h 59 | | Pour me joindre

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Hassan Rohani, le 14 juin, à Téhéran

Faut-il croire en Hassan Rohani? Cette question, ce sont bien sûr les réformateurs iraniens qui se la posent. Ils se sont ralliés derrière ce candidat dit « modéré » qui ne paraissait pas prédestiné à surfer sur une vague de contestation du régime.

Ce religieux, ex-négociateur dans le dossier nucléaire, est apparu dès le début de la campagne électorale comme l’héritier du mouvement vert de 2009, celui que les Gardiens de la révolution avaient écrasé à coups de matraque en 2009. On a compris que quelque chose pouvait se passer dès le 2 juin lorsque, dans un discours, M. Rohani a déclaré que l’obsession sécuritaire du régime devait cesser. Il a aussi demandé la « libération des prisonniers politiques », et la foule s’est mise aussitôt à scander : « Moussavi-Rohani! », établissant la filiation idéologique entre le chef du mouvement vert et le nouveau candidat.

            Qui est Moussavi?

Les réformistes Mirhossein Moussavi et Mehdi Karoubi, qui avaient mené la contestation contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en 2009, sont assignés à résidence sans inculpation depuis plus deux ans, depuis qu’ils ont appelé à manifester pour soutenir les mouvements de révolte dans le monde arabe en 2011.

M. Rohani a aussi déclaré qu’il était temps de cesser de harceler les jeunes femmes à propos de leur tenue vestimentaire. Dans les jours qui ont suivi, les foules se sont massées toujours plus nombreuses à ses rassemblements.

Entre espoir et méfiance

Un candidat, Mohammad Reza Aref, s’est retiré de la course, puis deux ex-présidents aussi associés au camp réformateur, Mohammad Khatami et Akbar Hashemi Rafsanjani, ont donné le mot d’ordre de voter en grand nombre.

Vainqueur au premier tour, devant une cohorte d’opposants très conservateurs, Rohani a certainement créé une vague d’espoir. Dans ce contexte, la réaction du ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, paraît quelque peu brutale. M. Rohani, dit-il, « ne sera qu’une autre marionnette entre les mains des ayatollahs ». Il ajoute que « les résultats du scrutin du 14 juin ne veulent rien dire dans les faits ».

L’avenir lui donnera peut-être raison, mais on se demande d’où vient cette précipitation à fermer la porte lorsqu’elle semble s’entrouvrir.

La réponse se trouve peut-être du côté de Jérusalem. Le Canada et Israël sont en train de former un véritable axe diplomatique. Or, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a fait de l’échéancier nucléaire iranien une quasi-obsession. Il craint que le régime de Téhéran ne réussisse à endormir la communauté internationale, à gagner du temps, et finalement à se doter de la bombe atomique.

M. Nétanyahou a invité la communauté internationale à ne pas se laisser duper par le nouveau visage apparemment plus conciliant de l’Iran des ayatollahs. « Quoiqu’il en soit, dit-il, c’est le soi-disant guide suprême de l’Iran (l’ayatollah Khamenei) qui détermine sa politique nucléaire, pas le président. Plus les pressions sur l’Iran seront fortes, plus grandes seront les chances de mettre fin au programme nucléaire iranien. »

Les États-Unis se montrent plus circonspects que le Canada et Israël. Le secrétaire d’État américain, John Kerry, a reconnu que les Iraniens avaient exprimé un désir de changement et qu’il faudrait voir quels seraient les résultats concrets dans les mois à venir.

De son côté, le nouveau président iranien s’est dit prêt à plus de transparence que son prédécesseur dans le dossier nucléaire, tout en précisant que son pays poursuivrait l’enrichissement de l’uranium « à des fins pacifiques » et que le dialogue avec les États-Unis ne pourrait reprendre que si ces derniers reconnaissaient le droit des Iraniens d’avoir un programme nucléaire national.

Bref, pas de rupture en vue dans la position iranienne. Mais une évolution, possible, oui.