Billets publiés en juin 2013

 

Il faut bien l’avouer, avant le mois d’avril dernier, avant les attentats du marathon de Boston, bien peu de gens dans le monde étaient au courant de l’existence du Daguestan. Moins nombreux encore, ceux qui s’intéressaient à cette petite république du Caucase du Nord russe.

Pas nécessairement parce que rien ne s’y passe. Bien au contraire. En fait, rarement une semaine ne s’écoule sans que la capitale, Makhatchkala, ne soit secouée par un attentat terroriste. Lors de notre passage sur place, nous avons compté pas moins de trois explosions meurtrières en huit jours (deux attentats à la voiture piégée et une femme kamikaze). Ces attaques, régulières, tuent des centaines de personnes chaque année. Pourtant, elles ne font jamais la une des journaux. Ni en Amérique, ni en Europe, ni même en Russie. C’est que les terroristes du Daguestan frappent rarement à l’extérieur de leurs frontières. Et quand ils le font, Moscou reste leur cible prioritaire.

En ce sens, les cocottes-minute déposées sur la ligne d’arrivée du marathon de Boston constituent une exception, un précédent. Si tant est bien sûr que les enquêteurs russes et américains arrivent à établir un lien entre les attentats de Boston et le séjour au Daguestan en 2012 de Tamerlan Tsarnaev, présumé auteur (avec son jeune frère Djohar) des attentats de Boston.




Une pépinière à terroristes?

Les enquêteurs et journalistes américains sont débarqués en masse au Daguestan au cours des dernières semaines avec une interrogation lancinante : la poudrière du Daguestan est-elle devenue un nouveau front de la guerre mondiale au terrorisme, une nouvelle pépinière de militants islamistes prêts à frapper n’importe où sur la planète? Une question cruciale au moment où la Russie s’apprête à tenir les Jeux olympiques d’hiver à Sotchi, à quelques centaines de kilomètres du Daguestan.

La grande question est en fait de savoir si Tamerlan Tsarnaev a bénéficié de complicités, de soutien lors de son séjour au Daguestan entre janvier et juillet 2012, s’il répondait à des instructions venues de Makhatchkala ou s’il a agi de son propre chef. Nous ne le saurons peut-être jamais. Le principal intéressé ne parlera plus. Tamerlan Tsarnaev est mort le 19 avril dernier dans une fusillade avec la police, à Watertown, au Massachusetts.

Pour essayer de trouver des réponses, nous avons remonté la piste Tsarnaev au Daguestan. Nous avons visité les villes où a séjourné Tamerlan Tsarnaev. Nous sommes retournés sur les lieux qu’il a fréquentés. Nous avons rencontré ses amis et les membres de sa famille.

La mère parle

Le tableau qui en ressort est complexe. De fait, il faut savoir lire entre les lignes pour tenter de dégager des parcelles de vérité du discours de ses proches. Il est clair, par exemple, que sa mère Zoubeidat Tsarnaeva ne veut rien dire qui soit de nature à ternir la mémoire de son fils aîné, Tamerlan, ou qui ne puisse incriminer le plus jeune, Djohar, actuellement emprisonné en lien avec les attentats de Boston, et qui risque la peine de mort. Ses avocats lui ont conseillé la plus grande prudence.

Dans l’entrevue exclusive qu’elle nous a accordée, Mme Tsarnaeva soupèse donc chacun de ses mots, consciente de marcher sur des oeufs. Cette mère éplorée, qui a vu en quelques jours tout son univers basculer, est totalement désemparée. Elle s’accroche à la mission qu’elle s’est fixée : tout faire pour sauver le seul fils qu’il lui reste. Elle dit faire confiance à la justice américaine. Elle veut croire en son impartialité, en la possibilité pour son fils d’obtenir un procès juste et équitable.

Et pourtant, en discutant avec cette femme, profondément religieuse, impossible de ne pas réaliser qu’elle est dans le déni le plus total. Elle répète à l’envi ses théories du complot voulant que ses fils aient été victimes d’une machination des services secrets américains ou du FBI. Elle présente ses fils comme des anges. Elle refuse d’envisager la possibilité qu’ils aient déraillé, qu’ils aient sombré dans un islam radical et violent.

 

Une mère en déni

De fait, Zoubeidat Tsarnaeva ne peut accepter d’envisager la probable réalité sans se remettre en question elle-même. Car elle semble, selon de multiples témoignages, à l’origine de la radicalisation de son fils aîné, Tamerlan. Elle-même pratiquant un islam strict et rigoureux, elle acceptait visiblement mal les influences négatives de l’Amérique et de ses « perversions » sur ses fils. Si elle avait la possibilité de revenir en arrière, elle aimerait refaire sa vie ailleurs qu’en Amérique, nous a-t-elle dit en entrevue. Si possible dans un petit village de montagne au Daguestan, où elle aurait pu garder un oeil sur ses enfants.

La drogue, les mauvaises fréquentations de ses fils, voilà ce qui inquiétait Zoubeidat Tsarnaeva. L’islam était, pour elle, la seule solution. Et pas n’importe quel islam : le salafisme, qui vise la création d’un califat, soit un État islamique avec la charia pour seule loi. Elle citait en exemple à son fils Tamerlan le cas de son cousin Magomed Kartashov, militant salafiste aujourd’hui emprisonné. La plupart des terroristes islamistes du Daguestan, ceux qui brandissent le drapeau noir du djihad, se réclament de cette doctrine.

Mais Tamerlan Tsarnaev — et dans une moindre mesure, son frère cadet Djohar — sont-ils pour autant des produits d’une fabrique à terroristes « made in Daguestan », prête à frapper de nouveau en Amérique ou en Europe?

Difficile à dire, tant leur profil semble atypique. Une chose est certaine : les frères Tsarnaev sont les produits d’une famille maintes fois déracinée, perturbée, en quête d’identité et, visiblement, très mal intégrée dans l’Amérique d’aujourd’hui. Un cas qui n’est sans doute pas unique. Et c’est peut-être à ce titre, plus que la menace potentielle venue du Daguestan, que le précédent créé par les frères Tsarnaev donne froid dans le dos…

Un homme gai brandit un drapeau de la fierté gai et un drapeau américain lors d’une manifestation en 2008, à Hollywood.

Rob Portman, dont le nom ne vous dit peut-être rien, attend, comme des millions d’Américains, la décision de la Cour suprême des États-Unis sur le mariage gai. Mais, comme la majorité de ses concitoyens, il a déjà décidé.

M. Portman incarne à lui seul l’évolution de la pensée américaine sur cette question. Il n’a même pas fait exprès. Ce n’est ni par conviction ni par passion. Sa pensée a tout simplement évolué, inexorablement, parce que la réalité a frappé un jour à sa porte.

Rob Portman est un sénateur républicain. Pieux, marié, conservateur, antiavortement, proarmes à feu, un bon père de famille, il croyait dur comme fer que le mariage est une sainte union entre un homme et une femme.

La vie était simple pour ce sénateur de l’Ohio. Il pouvait invoquer la Bible, les prêches de son pasteur, il vivait dans son monde bien rangé où les hétérosexuels sont les seuls à pouvoir se marier. Les gais n’ont qu’à choisir de ne pas être gais. Une vie simple, quoi.

Et puis, un beau jour, son fils Will, 21 ans, étudiant à la prestigieuse Université Yale, lui a dit : « Papa, je suis gai. »

Boum! L’univers bien rangé de Rob Portman a basculé. Avant d’être sénateur, il est papa.

Dans une entrevue exclusive à CNN, au mois d’avril, il a déclaré : « Ma pensée a changé. »

« Pour moi, d’un point de vue personnel, je pense qu’il est temps de permettre [à des couples gais] de se marier et de connaître cette joie et cette stabilité que le mariage apporte, une joie que je vis depuis 26 ans. » — Rob Portman

Les Américains n’attendront pas 

Courage politique ou amour paternel, ou peut-être un peu des deux, il reste que Rob Portman est le premier sénateur républicain à appuyer le mariage gai. Mais il pense comme un bon nombre d’Américains. Oui, les temps ont changé, les mœurs aussi.

Contrairement aux Français qui s’arrachent la chemise et montent aux barricades depuis que le mariage gai a été légalisé, en mai, les Américains sont pragmatiques, « cool » même, quand il s’agit d’accorder les mêmes droits aux couples de même sexe.

On attend le jugement de la Cour suprême des États-Unis, d’ici la fin du mois, mais les Américains, eux, n’attendent pas de se faire dire ce qu’il faut accepter ou pas.

On peut dire que le peuple est en avance sur son plus haut tribunal. Selon un sondage effectué en mai, par la maison Pew, 72 % des Américains interrogés estiment que la légalisation du mariage homosexuel est « inévitable ».

Les neuf juges de la Cour suprême des États-Unis se penchent depuis le 26 mars sur le « Defense of Marriage Act », ou DOMA pour les initiés, une loi adoptée par le président démocrate Bill Clinton en 1996 qui limite les bénéfices fiscaux du mariage, en matière d’héritage ou d’immigration, aux seuls couples hétérosexuels. La définition du mariage, selon DOMA, est une union entre un homme et une femme.

Depuis 2003, plusieurs États, dont New York, Washington et le Maryland, ont légalisé localement le mariage gai. La Californie, qui abrite trois millions d’homosexuels, attend avec impatience la décision de la Cour suprême. Jusqu’à présent, ces mariages « locaux » ne sont pas reconnus par les lois fédérales.

« Il est grand temps pour la Cour suprême de reconnaître que cette discrimination – interdire aux couples de même sexe d’avoir les mêmes bénéfices que les couples hétérosexuels – va à l’encontre du principe que nous sommes tous égaux devant la loi, a fait valoir l’avocat du gouvernement américain, Me Donald Verrilli.

Selon un autre sondage ABC, 58 % des Américains sont maintenant favorables au mariage gai contre 36 % qui estiment qu’il devrait être illégal. Un grand changement par rapport à 2003 quand seulement 37 % des personnes sondées étaient en faveur du mariage homosexuel et que 55 % étaient contre.

Le sénateur républicain Rob Portman
Le sénateur républicain Rob Portman

Obama et Clinton ouvertement favorables

Cette évolution sociale explique les récentes sorties de Barack Obama et d’Hillary Clinton. Le vent change, et les deux sont maintenant ouvertement et officiellement en faveur du mariage homosexuel.

Courage? Non. Pragmatisme? Oui.

« On ne peut pas distinguer les droits de la personne des droits des gais, déclarait Hillary Clinton sur un site web en mars dernier, au moment où la Cour suprême s’apprêtait à entendre les arguments. Je suis en faveur du mariage homosexuel. Pour moi, c’est une question personnelle et une question de droit. »

Quand elle était première dame, elle était pourtant contre tout ça.

Le mariage était une institution sacrée qu’il ne fallait pas polluer. Sans être homophobe, Mme Clinton était une traditionaliste bien pensante. Les gais, selon elle, avaient le droit de vivre, mais pas de se marier.

Elle a changé d’avis. Après huit ans au Congrès à titre de sénatrice et quatre au Cabinet, à titre de secrétaire d’État, c’est un risque bien calculé. Accepter les gais, c’est dans l’air du temps. Les mauvaises langues vous diront que c’est un peu d’opportunisme et qu’Hillary Clinton prépare sa candidature à la présidence des États-Unis pour 2016.

Et Barack Obama? Après cinq ans de présidence, il a finalement déclaré avoir bien réfléchi : « Notre travail ne sera pas terminé tant que nos frères et sœurs gais et lesbiennes n’auront pas les mêmes droits que les autres », a-t-il dit le jour de sa deuxième assermentation, devant la planète entière.

L’amour gai et l’amour hétérosexuel doivent donc être égaux devant la loi, dit le président des États-Unis. Il y a trois ans, il n’aurait jamais osé.

Une société qui évolue. Le sénateur Rob Portman reconnaît maintenant que l’homosexualité de son fils n’est pas un choix, et qu’on ne peut pas convertir les gais à l’hétérosexualité.

Reste à voir ce que diront les neuf sages de la Cour suprême. Finiront-ils par conclure, comme le président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner, que le mariage reste une union entre un homme et une femme? « Mon opinion ne changera pas », disait-il récemment.

C’est ce que disaient une majorité d’Américains sur les mariages mixtes. Ils étaient contre, point final. Les mariages entre Noirs et Blancs étaient contre nature. Les mêmes arguments avancés aujourd’hui par ceux qui ne veulent pas du mariage gai.

En juin 1967, la Cour suprême des États-Unis avait conclu qu’interdire l’amour mixte, ces mariages « interraciaux », était inconstitutionnel.

On peut se demander maintenant si, 46 ans plus tard, le plus haut tribunal aura le même égard pour les homosexuels.

Les promesses du modéré Hassan Rohani

Mardi 18 juin 2013 à 13 h 59 | | Pour me joindre

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Hassan Rohani, le 14 juin, à Téhéran

Faut-il croire en Hassan Rohani? Cette question, ce sont bien sûr les réformateurs iraniens qui se la posent. Ils se sont ralliés derrière ce candidat dit « modéré » qui ne paraissait pas prédestiné à surfer sur une vague de contestation du régime.

Ce religieux, ex-négociateur dans le dossier nucléaire, est apparu dès le début de la campagne électorale comme l’héritier du mouvement vert de 2009, celui que les Gardiens de la révolution avaient écrasé à coups de matraque en 2009. On a compris que quelque chose pouvait se passer dès le 2 juin lorsque, dans un discours, M. Rohani a déclaré que l’obsession sécuritaire du régime devait cesser. Il a aussi demandé la « libération des prisonniers politiques », et la foule s’est mise aussitôt à scander : « Moussavi-Rohani! », établissant la filiation idéologique entre le chef du mouvement vert et le nouveau candidat.

            Qui est Moussavi?

Les réformistes Mirhossein Moussavi et Mehdi Karoubi, qui avaient mené la contestation contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en 2009, sont assignés à résidence sans inculpation depuis plus deux ans, depuis qu’ils ont appelé à manifester pour soutenir les mouvements de révolte dans le monde arabe en 2011.

M. Rohani a aussi déclaré qu’il était temps de cesser de harceler les jeunes femmes à propos de leur tenue vestimentaire. Dans les jours qui ont suivi, les foules se sont massées toujours plus nombreuses à ses rassemblements.

Entre espoir et méfiance

Un candidat, Mohammad Reza Aref, s’est retiré de la course, puis deux ex-présidents aussi associés au camp réformateur, Mohammad Khatami et Akbar Hashemi Rafsanjani, ont donné le mot d’ordre de voter en grand nombre.

Vainqueur au premier tour, devant une cohorte d’opposants très conservateurs, Rohani a certainement créé une vague d’espoir. Dans ce contexte, la réaction du ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, paraît quelque peu brutale. M. Rohani, dit-il, « ne sera qu’une autre marionnette entre les mains des ayatollahs ». Il ajoute que « les résultats du scrutin du 14 juin ne veulent rien dire dans les faits ».

L’avenir lui donnera peut-être raison, mais on se demande d’où vient cette précipitation à fermer la porte lorsqu’elle semble s’entrouvrir.

La réponse se trouve peut-être du côté de Jérusalem. Le Canada et Israël sont en train de former un véritable axe diplomatique. Or, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a fait de l’échéancier nucléaire iranien une quasi-obsession. Il craint que le régime de Téhéran ne réussisse à endormir la communauté internationale, à gagner du temps, et finalement à se doter de la bombe atomique.

M. Nétanyahou a invité la communauté internationale à ne pas se laisser duper par le nouveau visage apparemment plus conciliant de l’Iran des ayatollahs. « Quoiqu’il en soit, dit-il, c’est le soi-disant guide suprême de l’Iran (l’ayatollah Khamenei) qui détermine sa politique nucléaire, pas le président. Plus les pressions sur l’Iran seront fortes, plus grandes seront les chances de mettre fin au programme nucléaire iranien. »

Les États-Unis se montrent plus circonspects que le Canada et Israël. Le secrétaire d’État américain, John Kerry, a reconnu que les Iraniens avaient exprimé un désir de changement et qu’il faudrait voir quels seraient les résultats concrets dans les mois à venir.

De son côté, le nouveau président iranien s’est dit prêt à plus de transparence que son prédécesseur dans le dossier nucléaire, tout en précisant que son pays poursuivrait l’enrichissement de l’uranium « à des fins pacifiques » et que le dialogue avec les États-Unis ne pourrait reprendre que si ces derniers reconnaissaient le droit des Iraniens d’avoir un programme nucléaire national.

Bref, pas de rupture en vue dans la position iranienne. Mais une évolution, possible, oui.

Le directeur du renseignement américain, James Clapper.

On parle beaucoup de lui aux États-Unis, depuis ses révélations-chocs aux quotidiens The Guardian et Washington Post, et depuis une entrevue à visage découvert, lundi dernier, de sa chambre d’hôtel à Hong Kong, où il s’est réfugié depuis le 20 mai.

Héros, crapule, Edward Snowden, 29 ans, reste un mystère. Ses motivations sont mises en doute par ceux qui veulent le voir muselé, emprisonné, puni pour avoir révélé au monde entier que la très secrète agence nationale de sécurité, la NSA, a mis en place un programme de surveillance sans précédent. Le gouvernement américain, c’est officiel, espionne ses propres citoyens. Un vrai «grand frère » à la George Orwell.

On parle beaucoup d’Edward Snowden parce qu’il a eu l’audace, le courage, le culot de dire la vérité.

Mais on parle aussi beaucoup du tsar des services de renseignement, James Clapper, directeur du National Intelligence, qui, lui, a eu l’audace, le courage et le culot de mentir.

Lors d’un témoignage au Congrès, le 12 mars dernier, le sénateur républicain de l’Oregon, Ron Wyden, demandait à M. Clapper si les agences américaines du renseignement « collectaient des informations, n’importe quelles informations sur des millions d’Américains? »

« Non, Monsieur », a répondu James Clapper, les yeux baissés, en se grattant la tête. « Sauf dans de rares cas et par inadvertance », a-t-il ajouté.

Inadvertance? Pas vraiment, puisqu’on sait maintenant que cette surveillance est plutôt systématique.

James Clapper n’a pas dit la vérité aux Américains. Il le savait lors de son témoignage. Tout le monde le sait maintenant. Il a menti, et ce n’est pas par inadvertance. Et puis, il en a rajouté, en accusant le dénonciateur, la taupe, Edward Snowden d’avoir « violé la confiance sacrée du public ». Il s’est même dit « profondément vexé » par l’auteur de cette fuite.

Donc, si on suit la logique du chef de la National Intelligence, celui qui dit la vérité viole une confiance sacrée. Et celui qui ment, comme lui, le fait pour sauvegarder cette confiance sacrée? Il ment pour le bien des autres? Et M. Snowden dit la vérité au détriment de ses concitoyens?

« Je ne suis pas un traître », dit Snowden

On sait maintenant que toutes les communications aux États-Unis – téléphone, Internet, messages électroniques, photos, recherches ainsi qu’une grande part des messages entrant et sortant du pays – sont interceptés, scrutés, collectés et rangés dans une immense banque de données.

Vous appelez votre maman? Hop, le coup de fil est archivé par la NSA. Vous commandez une pizza, attention, c’est répertorié et rangé dans un dossier virtuel top secret, sait-on jamais, l’information pourrait servir un jour.

Edward Snowden, la source du Guardian

Edward Snowden était au courant de ce programme ultra-secret parce qu’il y travaillait comme analyste de données pour Booz-Allen-Hamilton, un sous-traitant de la NSA, une firme privée à but très lucratif qui a accès à toutes sortes d’informations très confidentielles sur les Américains. Pratique douteuse, mais passons.

Un secret trop lourd pour un seul homme. Edward Snowden dit qu’il a révélé l’existence de ce programme parce qu’il ne pouvait pas « permettre au gouvernement américain de détruire la vie privée, la liberté d’Internet et les libertés fondamentales des personnes avec ce système gigantesque de surveillance qu’ils sont en train de bâtir secrètement ».

Une affaire de plus en plus bizarre, que Barack Obama justifie au nom de la sécurité : « On ne peut pas avoir une sécurité garantie à 100 % sans que cela n’affecte notre vie privée. Il faut faire des choix. »

Et il faut croire que l’administration Obama, et celle de son prédécesseur, George W. Bush, ont fait leur choix. Ces programmes, estiment-elles, sont indispensables dans cette lutte constante contre le terrorisme.

La sénatrice démocrate Dianne Feinstein, présidente de la puissante commission du renseignement, accuse Edward Snowden d’avoir commis « un acte de trahison » et réclame son extradition de Hong Kong afin qu’il soit jugé aux États-Unis. Son collègue, le sénateur Bill Nelson, et bien d’autres sont d’accord avec elle.

D’ailleurs, selon un sondage du Washington Post et de l’Institut Pew, 56 % des Américains interrogés estiment que ce programme de surveillance est un moyen « acceptable » d’enquêter sur la menace terroriste, et oui, même si leurs droits sont empiétés.

Ces mêmes Américains ne veulent pas qu’on touche à leur droit de posséder des armes à feu, mais cèdent volontiers leur droit à leur « privacy », le droit de ne pas avoir toutes leurs communications répertoriées et stockées.

« Je ne suis ni un traître, ni un héros. Je suis un Américain », a dit Edward Snowden dans un entretien au South China Morning Post, un quotidien de Hong Kong.

Mais pour un grand nombre d’Américains, il est aujourd’hui un traître. Et le directeur du National Intelligence, lui, est un menteur. Entre un menteur et un traître, qui faut-il croire?

 

Hillary Clinton TBD

Mardi 11 juin 2013 à 14 h 35 | | Pour me joindre

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manonglobensky

Hillary Clinton a fait une entrée remarquée sur Twitter. Sur ce qui sera son site officiel maintenant qu’elle n’occupe aucune fonction publique, @HillaryClinton met en ligne une biographie très intéressante d’elle-même où, après avoir résumé les fonctions qu’elle a occupées (FLOAR veut dire première dame de l’Arkansas, FLOTUS, première dame des États-Unis), elle relève avec humour l’intérêt démesuré parfois accordé à sa coiffure ou à ses tailleurs-pantalons. Démolisseuse de plafonds de verre, conclut-elle, et TBD -to be determined- ou « à suivre » dirait-on en français.

L’engouement a été immédiat. Mille abonnés à la minute au début, plus de 350 000 après une journée, le suspense que cet « à suivre » entretient à propos de ses plans pour les élections présidentielles de 2016 a donné lieu à une vague d’excitation chez les observateurs politiques.

Et son premier tweet remercie les créateurs d’un site Tumblr, « Texts from Hillary », qui à la blague faisait état de toutes sortes de spéculations sur la candidature de l’ancienne secrétaire d’État. Dorénavant ce sera #TweetsFromHillary!

Officiellement Mme Clinton se repose (n’oubliez pas l’incident du caillot de sang près du cerveau du début de l’année), et elle écrit un livre. Elle fait un peu de travail pour la Fondation Clinton, avec son mari Bill et sa fille Chelsea. Il y a d’ailleurs un lien avec le site web.

Plusieurs personnalités ont salué son arrivée sur Twitter : Bill Clinton bien sûr, Ellen DeGeneres, John King, Julia Gillard, Cécile Duflot, John McCain et son ancien rival à la présidence, un certain Barack Obama, qui lui souhaite la bienvenue et écrit qu’il faut désormais rester à l’écoute des vrais #TweetsFromHillary.